L’Ouest accueille des divisions de Panzer destinées à repousser l’Invasion des Anglo-Américains, mais sert également de cadre pour la remise en condition d’unités malmenées à l’Est. L’allocation des Panzer et les choix entre les fronts constituent un véritable casse-tête pour le haut-commandement allemand.
En dépit de la priorité accordée à l’Ouest, la mise sur pied du Panzergruppe West de Geyr von Schweppenburg se heurte à des difficultés. L’OKW doit compter avec les crises qui surviennent. Un quart des Pz IV expédiés en avril le sont ainsi en Italie, tandis que les unités faisant face aux Soviétiques en reçoivent 170, soit presque le double de l’Ouest. Quant aux 128 StuG, le gros du contingent est destiné à des divisions d’infanterie à l’Est.
Le Panther : conçu contre le T-34, déployé face au Sherman
Si plus de Panther sont à l’Ouest le 6 juin, (655 contre 313), l’allocation des Panzer en avril, donnée dans un rapport du 10 mai 1944, est intéressante. Sur 209 Panther expédiés, 160 le sont en renforts à l’Est, dont 96 pour les 4. et 5. Pz-Div. Le reste reçoit donc la portion congrue : 10 à l’Ersatzheer, 40 alloués à la 9. Pz-Div en France (24 envoyés), 24 prévus pour l’Italie pour la 26. Pz-Div (16 envoyés en fait). Hitler ordonne aussi l’envoi de bataillons de Panther, mis sur pied à Mailly-le-Camp, à leurs divisions-mères à l’Est, ce qui ne se fera pas avant le milieu de l’été. La reconstitution des unités à l’Ouest ne se fait pas sans échanges et transferts, en particulier pour les Panther. La « LAH » est mise en avant dans le rapport : en comptant les engins en route (172 doivent arriver à la division en mai, dont 25 blindés de reconnaissance à 8 roues), elle est considérée comme étant de dotation complète, mais n’aligne en réalité que 90 chars. Il a fallu pour cela transférer 45 Panther des 9. et 5. Pz-Div, ainsi que 10 Panzer IV de la 116. Pz-Div.
Jodl rappelle à ce propos à l’OB-West, donc à von Rundstedt, que les unités de Panther restent subordonnées à l’OKW et que toute relocalisation ou intégration à des plans opérationnels doit être soumis à son approbation. Ces Panther sont en effet la fine fleur de la Panzerwaffe. Le 3 juin, Jodl demande un bataillon de Panther organique pour la Panzer Lehr (le personnel –jugé de bonne qualité et expérimenté- pourra provenir du Reserve-Pz-Abt 5) et, en attendant, au lieu du I./Pz-Rgt 6, qui doit retourner en Russie (à la 3. Pz-Div, pour compenser l’envoi du s. Pz. Abt 504 en Italie), percevoir le I./Pz-Rgt 24, encore à Mailly-le-Camp (dans les faits, ce dernier sera affecté à la 116. Pz et le I./Pz-Rgt 6, monté sur trains, fera demi-tour le 6 juin et combattra pendant toute la bataille de Normandie au sein de la Panzer Lehr). Hermann Goering réclame pour sa part un bataillon de Panther pour la division éponyme qui se bat en Italie, donc contre les Alliés.
La création d’une « Angriffs-Panzerarmee » à l’Est
Alors que sa préoccupation première demeure l’Invasion attendue à l’Ouest, Hitler exige en avril qu’une force de frappe blindée soit mise sur pied sur le front russe. Il est ordonné que les unités concernées soient pleinement opérationnelles et à dotations complètes d’ici le 15 juin 1944. De façon intéressante, outre 7 unités déjà à l’Est (Heeresgruppe NordUkraine : 9. Pz-Div, 19. Pz-Div, « Hohenstaufen », « Frundsberg » ; Heeresgruppe Mitte : 4. Pz-Div, 5. Pz-Div ; Heeresgruppe Nord : Pz. Gr-Div « Feldherrnhalle »), s’y ajoutent 2 divisions motorisées déployées en Italie et dépendant donc de l’OB-Südwest (3. Pz. Gr-Div et 15. Pz. Gr-Div) et surtout 4 divisions en position derrière l’Atlantikwall (2. Pz-Div –la meilleure division à l’Ouest avec la Panzer Lehr-, « Das Reich », I. SS Pz-Korps avec la « LAH » et la « Hitlerjugend »). L’attente de l’offensive d’été soviétique et le fait que les Alliés n’aient pas débarqué expliquent sans doute cette décision. Notons que les deux Pz. Gr-Div d’Italie retenues, dont les modalités de transferts avaient du être étudiées et planifiées, seront effectivement déployées hors de la péninsule lors de la crise d’août 1944, mais en Lorraine, pas face aux Soviétiques.
Le Führer précise qu’il convient d’y ajouter dix divisions d’infanterie. La remise en condition des quatre unités citées déployées à l’Ouest ne doit souffrir d’aucune entrave ni retard. Leur mission de défense de l’Atlantikwall devra être pris en charge par les 9. Pz-Div, 10. Pz. Gr-Div et 116. Pz-Div en provenance de l’Est (en fait la 116. Pz-Div est créée à l’Ouest, mais à partir du noyau de la 16. Pz. Gr-Div.), celles-ci devant être rebâties sur la base des 155., 273. et 179. Reserve Pz-Div. Le document examiné précise que le front de l’Ouest et l’Atlantikwall seront en outre renforcés par les divisions SS « Wiking » et « Totenkopf », ce qui est intéressant car ces unités n’ont jamais quitté l’Ostfront depuis qu’elles s’y trouvent. Ces deux unités, éprouvées, seraient rétablies, tandis que l’Est, disposant déjà du II. SS Pz-Korps, recevrait donc le I. SS Pz-Korps, la redoutable « Das Reich » reconstitué et la nouvelle et complète « Hitlerjugend ».
La Scandinavie n’est pas oubliée : le Danemark doit recevoir la 6. Pz-Div et la Norvège être renforcée par la 25. Pz-Div. Quant aux deux divisions de Panzergrenadiere d’Italie, elles doivent être retirées du front d’ici le 15 mai pour devenir des réserves de l’OKW. Elles seront remplacées sur la ligne de front par des divisions de Gebirgsjäger ou de Jäger. Les 8. et 19. Pz-Div doivent être placées en réserve pour être rétablies à plein effectifs dans le secteur de Lemberg avant la 1er mai (dans les faits, au moment du 6 juin, la 19. Pz-Div ira se « rafraîchir » en Belgique), les 4. et 5. Pz-Div dans la zone de Lublin-Brest-Litovsk (les deux divisions quitteront en fait le Heeresgruppe Mitte au profit du Heeresgruppe NordUkraine de Model avant le mois de juin). Si la « Hohenstaufen » et la « Frundsberg » demeurent au Heeresgruppe NordUkraine, le Führer souligne que tout éventuel engagement doit prendre en compte l’impérative nécessité de leur remise en condition. L’anticipation de la formation d’une « Angriffs-Panzerarmee » suppose aussi l’octroi à celle-ci de formations de blindés lourds : trois Abteilungen de Tiger (le 508 d’Italie, le 504, qui n’est à ce moment-là pas encore envoyé dans la péninsule, et le 510, de constitution récente), des unités de chasseurs de chars (le 653 avec des Ferdinand, le 654 avec des Jagdpanther, qui sera engagé en Normandie, et un Abteilung de Hornisse), deux bataillons de Sturmpanzer (le 216 en provenance d’Italie et le nouveau 217). Le choix de la Panzerarmee qui se verra confiée l’ensemble de ces formations pour disposer d’une puissante force de frappe blindée n’est pas encore déterminé, mais il est prévu que le QG retenu sera remplacé par celui de la 17. Armee (qui disparaît en fait en Crimée au mois de mai…).
Hitler insiste pour que le transfert vers l’Est de la « Das Reich » et de la 2. Pz-Div s’effectue au plus tôt. Cela implique donc en échange de transférer deux autres divisions blindées depuis l’Est : le choix de Hitler se porte sur la 3. Pz-Div ainsi que ni plus ni moins la « Grossdeutschland » (dont le bataillon de Panther est bien déployé en Normandie au moment du 6 juin, au sein de la 116. Pz-Div, mais dans ce qui est alors la Seine-Inférieure). Leur relève sur le front sera assurée par deux divisions d’infanterie soutenues par deux brigades de StuG. Avec La Panzer Lehr, l’élite de la Panzerwaffe serait donc en France, avec le soutien de diverses divisions reconstituées, dont la valeureuse 21. Pz-Div, ainsi que l’arrivée des divisions « Wiking » et « Totenkopf ». A terme, les unités déployées ou en reconstitution à l’Ouest doivent former une seconde « Angriffs-Panzerarmee ». On peut supposer que celle-ci ne serait expédiée vers l’Est qu’après avoir repoussé l’Invasion.
Dans les faits, le débarquement survient avant la constitution de ces deux « Angriffs-Panzerarmeen » et ce sont au contraire au profit du front de l’Ouest que s’opèreront des transferts, en l’occurrence l’envoi du II. SS Pz-Korps depuis la Galicie.
L’impossibilité d’effectuer des transferts d’Est en Ouest
Le 6 juin 1944, les Alliés ouvrent un nouveau front décisif en Normandie. Or, contrairement aux espoirs de Hitler, faute d’avoir adhéré sans réserve à la stratégie de Rommel, faute aussi de ne pas avoir écouté von Rundstedt qui a insisté sur le « déblocage » des unités de réserves dans la nuit du 6 juin (le vieux maréchal semblant ainsi au final se rallier aux principes du « Renard du désert »). Pis, on attend un second débarquement –le « vrai »- quelque part au nord de la Somme, de sorte que la Panzerwaffe à l’Ouest ne peut pas peser de tout son poids en Normandie…
Par ailleurs, la situation en Italie s’est dégradée. Certes, les armées allemandes se sortent d’un péril extrême avec le concours de l’impéritie du général américain Clark, dont les yeux sont rivés sur Rome : mais la chute de la « Ville éternelle » et les lourdes pertes essuyées ont des répercussions sur l’Ostheer, alors même que celle-ci est déjà pénalisée par la priorité accordée à la bataille de Normandie. C’est ainsi qu’il est maintenant décidé que le s. Pz. Abt 504 n’ira pas à l’Est (il était déjà en route pour la Russie) mais sera dirigé vers l’Italie : Rome vient de tomber. Le 3 juin, alors que la chute de la ville est imminente, il est décidé d’expédier près de 110 blindés en Italie (30 Pz IV, 30 Panther, 27 Tiger, 20 StuG).
Concernant les Tiger, il est de moins en moins question d’Angriffs-Panzerarmee : on ne pense plus non plus diriger le s. Pz. Abt 503 vers la Russie, puisque l’unité s’apprête à quitter l’Allemagne (il est à Ohrdruft avec 31 Tiger dont 17 « Königstiger ») pour la Normandie. L’unité avait quitté le front de l’Est pour être recomplétée et devait initialement revenir sur l’Ostfront, mais elle ne retournera pas en Russie…
De fait, la constitution d’une armée blindée de réserve à l’Est repose en grande partie sur l’élimination de la tête de pont de Normandie, ce qui n’est pas le cas. La situation ne fait que s’aggraver : le 13 juin, avec l’échec de la contre-attaque sur Carentan, les positions alliées en France ne sont que d’un seul tenant, donc fortifiée. Quant aux autres divisions de Panzer à l’Ouest, elles sont soit incomplètes soit en attente d’un nouvel assaut vers le Pas-de-Calais. L’idée d’Angriffs-Panzerarmee semble plus caduque que jamais… La décision, le 12 juin, de transférer le II. SS-Panzerkorps depuis la Galicie vers le front de l’Invasion ne fait qu’aggraver la question, mais cette décision fait finalement sens : il importe d’anéantir les Alliés en France avant de regrouper les forces face aux Russes.
Renforcer prioritairement les divisions encore en réserve
Le Führer veut connaître les effectifs en blindés de la « LAH » et de la « Das Reich », non encore engagées en Normandie au 10 juin. On l’informe que la « LAH » en aligne 177 (78 Pz IV, 42 Panther, 45 StuG, 12 Flakpanzer, outre 36 Panther à Linz) et la « Das Reich » 147 (55 Pz IV, 50 Panther, 42 StuG et 24 Pz IV en route depuis Linz). Un total non négligeable, nettement supérieur à bien des formations à l’Est. Le 18 juin, alors que « Bagration » n’a pas encore débuté et que le front de l’Invasion conserve toutes les priorités, l’OKW fait le bilan des demandes de renforts en blindés exprimées par l’OB West : 40 Tiger, 125 Panther, 77 Panzer IV, 31 Jagdpanzer IV et 18 Jagdpanther. Notons qu’il s’agit-là pour beaucoup de blindés destinés à des forces non déployées en Normandie : on attend en effet toujours un nouveau débarquement entre la Somme et l’Escaut. Les 40 Tiger sont destinés au s. Pz. Abt 503 et presque tous les Panzer IV et Panther pour des formations encore en réserve (« LAH », « Hohenstaufen » dont le I. Abteilung est à Mailly-le-Camp et 9. Panzer-Division), mis à part 13 exemplaires prévus pour la « Hitlerjugend », alors durement engagée auprès de Caen, mais il est vrai que l’unité est montée en ligne avec seulement 66 Panther, ainsi que 24 Panzer IV pour la « Das Reich », mais cette unité n’est pas encore véritablement déployée sur le front de l’Invasion. Il n’est donc pas prévu de blindés pour compenser les pertes essuyées au combat en Normandie.
Dans le même temps, les renforts tablent sur 30 Panther vers l’Italie et seulement 48 partent effectivement pour l’Ostfront, une vraie misère si l’on considère l’immensité du front germano-soviétique et le fait que la plupart des divisions de Panzer qui y sont déployées sont dépourvues de leur bataillon de Panther, a contrario des unités combattant en Normandie. On entend pourtant recompléter aussi d’autres unités destinées au front de l’Est.
Au 20 juin 1944, quelques jours avant « Bagration », l’attribution des nouveau Panzer démontre donc la priorité accordé à l’Ouest : 121 Panzer IV sur les 317 prévus, dont 77 pour la « LAH » et la « Das Reich ». Même chose pour les 133 Panther arrivés sur les 302 promis : tous sauf 30 vont à l’Ouest (dont 71 du I./Pz-Rgt 24 qui sera rattaché à la 116. Panzer-Division). Les 72 Tiger sont tous partis en Italie ou à l’Ouest (en comptant le s. Pz. Abt 503, encore en Allemagne). Le front de l’Est, ce sont aussi les Alliés du Reich, en particulier la Roumanie. Un rapport de Guderian fait connaître à connaître à Hitler les résultats des discussions entamées avec le général roumain Rozin dans l’optique de la mise sur pied d’une division blindée roumaine. La formation du personnel doit être assurée en Allemagne, puis en Roumanie. La livraison des Panzer et StuG devrait être achevée pour le 31 décembre… Il est prévu de fournir 15 Panzer IV aux Roumains en juin (et 5 aux Espagnols), ainsi que 20 StuG. Autant de ressources qui pourraient faire défaut à la Panzerwaffe à l’Est.
Hitler attend l’engagement des nouveaux Panzer
Le 10 juin, le Führer s’inquiète de la situation des nouveaux blindés –Tiger II et Jagdpanther (28 engins au s. Panzerjäger-Abteilung 654 à Rethel le 18 juin)- : quand seront-ils enfin opérationnels et engagés au front ? Le s. Panzer-Abteilung 503, avec Avec 12 Tiger II et 33 Tiger I. Le 27 juin, il ne retourne pas en Russie : il est transféré à l’Ouest, n’entre en action près de Caen qu’en date du 11 juillet.
Les archives du mois de juin font également état d’un nouveau blindé non encore entrée en lice : le leichte Pz. Jäger 38 (t), connu depuis sous le nom de « Hetzer » : 150 sont prévus (dont 50 à l’Ersatzheer et le camp d’entraînement de Mielau, en Pologne), mais seuls 22 sont déjà en route (15 pour des centres d’essais, 7 pour Wielau). Le Führer a été informé qu’un retard de 4 à 5 semaines handicape sa mise en service et que l’expérience de l’usage de ce nouveau blindé fera encore défaut au cours de la seconde moitié du mois de juillet.
Ces nouveaux blindés pourraient, pense Hitler, contribuer à remporter la décision à l’Ouest. Sur le front, les Alliés engagent eux aussi de nouveaux moyens. Les Allemands les identifient avec plus ou moins de bonheur : le Cromwell avec un canon de 95 mm (version « close Support » comme pour le Centaur ?) ou un de 76,2 mm (il est aussi précisé un 75 mm « comme le Churchill »), le Sherman M4A4 (avec un 76,2. Est-ce une allusion au « Firefly » puisque le M4A1 (76) n’apparaît sur le front que courant juillet ?), un tank doté d’une pièce de 120 mm (le Churchill « Petard » de 290 ? Le M12 Gun Motor Carriage de 155 mm ? Le rapport mentionne « Werfer » et non « Kanone » ou « Haubitze », mais il semble bien qu’il s’agisse d’un « Petard » car le tank a été détruit par la 21. Panzer-Division et qu’il est capable d’ouvrir le feux sur les Bunker jusqu’à 100 mètres), l’antichar de 6 pounder ou 57 mm doté d’un obus à sabot et la pièce de 17 pounder -92 mm pour les Allemands- en fait déjà employée à Médenine, en Tunisie. « Ces armes, précise le rapport, ne constituent en aucune manière des surprises qui ne pourraient pas être combattue avec les armes actuelles ». De fait, les Allemands même en déplorant que le « Panther brûle cependant remarquablement vite »- gardent l’ascendant en matière de blindés et d’antichar car les performances balistiques de leurs armes et les blindages des Panzer restent sans équivalents. Les Panzerschreck et les « Puppchen », ajoute le rapport, sont tout aussi dangereux pour les tanks alliés qui n’y résistent pas. On constate par ailleurs les pertes élevées subies par les Panzer IV si on les compare à celles essuyées par les StuG, les observateurs des Panzertruppen. Ces derniers admettent aussi l’excellence de la pièce de 75 mm de L/70 (alors sur les Panther et les Jagdpanzer IV) et préconisent qu’elle supplante chez les Panzerjäger le 75 L/48 du Panzer IV et du StuG, ce 75 mm L/70 étant par ailleurs plus létal que le fameux 88 mm L/56 qui arme les Tiger I. Le Pz IV est toutefois jugé apte à détruire n’importe quel blindé américain, britannique ou soviétique. Guderian suggère de conserver ce char en production tant que le nombre de Panther sortant des chaînes de montage n’est pas suffisant (soit 900 engins par mois…).
Alors que les rapports soulignent les difficultés auxquelles sont confrontées les divisions de Panzer en Normandie, le front de l’Est s’embrase le 23 juin 1944, alors qu’aucune masse de Panzers de réserve n’existe pour contrer la ruée soviétique…
Le rapport du 28 juin : contrer « Bagration » dans l’urgence
Si des renforts en chars et StuG sont ponctionnés sur les Heeresgruppe NordUkraine et Nord pour venir à la rescousse du Heeresgruppe Mitte (4., 5. et 12. Panzer-Divisionen dans un premier temps), l’urgence de la situation à l’Est et la nécessité d’y recompléter des unités à la dotation en blindés très incomplète pousse le haut-commandement allemand à envoyer 158 Panther en juin. Les archives nous montrent qu’on entend aussi faire flèche de tout bois : le 28 juin, on ordonne à l’Ersatzheer l’envoi immédiat de 8 régiments de fantassins au front pour consolider autant que faire se peut le semblant de front qu’il reste à un Heeresgruppe Mitte exsangue… Hitler émet le souhait que cette infanterie soit renforcée de compagnies de Panzerjäger, ainsi que de formations de StuG. Le Führer déplore à ce propos que dans de nombreuses divisions, les Sturmgeschütze sont encore mal utilisés en raison de l’incompréhension des commandants de division (ces engins devraient être subordonnés aux régiments de fantassins). Il ordonne de diriger immédiatement les Sturmgeschütz-Abteilungen et les Panzerjäger-Abteilungen des divisions d’infanterie en cours d’acheminement vers le groupe d’armée vers la position de réception prévue et de les y engager. Les Panzerjäger-Abteilungen des 4. et 5. Panzer-Divisionen doivent aussi être dirigés rapidement en renforcement des 12. Et 20 Panzer-Divisionen, chez lesquelles le bataillon de Panther fait défaut, ce qui inquiète Hitler. Les 6., 19. et 25. Panzer-Divisions repliées en Allemagne ou en Belgique pour une remise en condition depuis le printemps 1944, sont toutes renvoyées à l’Est. Dès le lancement de « Bagration », le recomplètement des 6. et 19. Panzer (cette dernière au repos est pourtant proche du front de l’Invasion) est accéléré et les deux divisions sont envoyées à l’Est. Suivront les différents bataillons de Panther à l’entraînement notamment à l’Ouest, de même que celui de la Grossdeutschland, un temps rattachée à la 116. Panzer-Division, ainsi que la Fallschirm-Panzer-Division « Hermann Goering » transférée d’Italie (mais en juillet). Pour faciliter comblement des pertes, on réaffecte les engins prévus pour d’autres fronts : 38 StuG initialement pour l’Ouest et l’Italie, les 15 Panther des Roumains… On prévoit déjà des renforts pour juillet et août… Bref, on mobilise au final des forces dans l’urgence, conséquentes certes, mais en ordre dispersé, loin du projet d’Angriffs-Panzerarmee.
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L’Ouest accueille des divisions de Panzer destinées à repousser l’Invasion des Anglo-Américains, mais sert également de cadre pour la remise en condition d’unités malmenées à l’Est. L’allocation des Panzer et les choix entre les fronts constituent un véritable casse-tête pour le haut-commandement allemand.
En dépit de la priorité accordée à l’Ouest, la mise sur pied du Panzergruppe West de Geyr von Schweppenburg se heurte à des difficultés. L’OKW doit compter avec les crises qui surviennent. Un quart des Pz IV expédiés en avril le sont ainsi en Italie, tandis que les unités faisant face aux Soviétiques en reçoivent 170, soit presque le double de l’Ouest. Quant aux 128 StuG, le gros du contingent est destiné à des divisions d’infanterie à l’Est.
Le Panther : conçu contre le T-34, déployé face au Sherman
Si plus de Panther sont à l’Ouest le 6 juin, (655 contre 313), l’allocation des Panzer en avril, donnée dans un rapport du 10 mai 1944, est intéressante. Sur 209 Panther expédiés, 160 le sont en renforts à l’Est, dont 96 pour les 4. et 5. Pz-Div. Le reste reçoit donc la portion congrue : 10 à l’Ersatzheer, 40 alloués à la 9. Pz-Div en France (24 envoyés), 24 prévus pour l’Italie pour la 26. Pz-Div (16 envoyés en fait). Hitler ordonne aussi l’envoi de bataillons de Panther, mis sur pied à Mailly-le-Camp, à leurs divisions-mères à l’Est, ce qui ne se fera pas avant le milieu de l’été. La reconstitution des unités à l’Ouest ne se fait pas sans échanges et transferts, en particulier pour les Panther. La « LAH » est mise en avant dans le rapport : en comptant les engins en route (172 doivent arriver à la division en mai, dont 25 blindés de reconnaissance à 8 roues), elle est considérée comme étant de dotation complète, mais n’aligne en réalité que 90 chars. Il a fallu pour cela transférer 45 Panther des 9. et 5. Pz-Div, ainsi que 10 Panzer IV de la 116. Pz-Div.
Jodl rappelle à ce propos à l’OB-West, donc à von Rundstedt, que les unités de Panther restent subordonnées à l’OKW et que toute relocalisation ou intégration à des plans opérationnels doit être soumis à son approbation. Ces Panther sont en effet la fine fleur de la Panzerwaffe. Le 3 juin, Jodl demande un bataillon de Panther organique pour la Panzer Lehr (le personnel –jugé de bonne qualité et expérimenté- pourra provenir du Reserve-Pz-Abt 5) et, en attendant, au lieu du I./Pz-Rgt 6, qui doit retourner en Russie (à la 3. Pz-Div, pour compenser l’envoi du s. Pz. Abt 504 en Italie), percevoir le I./Pz-Rgt 24, encore à Mailly-le-Camp (dans les faits, ce dernier sera affecté à la 116. Pz et le I./Pz-Rgt 6, monté sur trains, fera demi-tour le 6 juin et combattra pendant toute la bataille de Normandie au sein de la Panzer Lehr). Hermann Goering réclame pour sa part un bataillon de Panther pour la division éponyme qui se bat en Italie, donc contre les Alliés.
La création d’une « Angriffs-Panzerarmee » à l’Est
Alors que sa préoccupation première demeure l’Invasion attendue à l’Ouest, Hitler exige en avril qu’une force de frappe blindée soit mise sur pied sur le front russe. Il est ordonné que les unités concernées soient pleinement opérationnelles et à dotations complètes d’ici le 15 juin 1944. De façon intéressante, outre 7 unités déjà à l’Est (Heeresgruppe NordUkraine : 9. Pz-Div, 19. Pz-Div, « Hohenstaufen », « Frundsberg » ; Heeresgruppe Mitte : 4. Pz-Div, 5. Pz-Div ; Heeresgruppe Nord : Pz. Gr-Div « Feldherrnhalle »), s’y ajoutent 2 divisions motorisées déployées en Italie et dépendant donc de l’OB-Südwest (3. Pz. Gr-Div et 15. Pz. Gr-Div) et surtout 4 divisions en position derrière l’Atlantikwall (2. Pz-Div –la meilleure division à l’Ouest avec la Panzer Lehr-, « Das Reich », I. SS Pz-Korps avec la « LAH » et la « Hitlerjugend »). L’attente de l’offensive d’été soviétique et le fait que les Alliés n’aient pas débarqué expliquent sans doute cette décision. Notons que les deux Pz. Gr-Div d’Italie retenues, dont les modalités de transferts avaient du être étudiées et planifiées, seront effectivement déployées hors de la péninsule lors de la crise d’août 1944, mais en Lorraine, pas face aux Soviétiques.
Le Führer précise qu’il convient d’y ajouter dix divisions d’infanterie. La remise en condition des quatre unités citées déployées à l’Ouest ne doit souffrir d’aucune entrave ni retard. Leur mission de défense de l’Atlantikwall devra être pris en charge par les 9. Pz-Div, 10. Pz. Gr-Div et 116. Pz-Div en provenance de l’Est (en fait la 116. Pz-Div est créée à l’Ouest, mais à partir du noyau de la 16. Pz. Gr-Div.), celles-ci devant être rebâties sur la base des 155., 273. et 179. Reserve Pz-Div. Le document examiné précise que le front de l’Ouest et l’Atlantikwall seront en outre renforcés par les divisions SS « Wiking » et « Totenkopf », ce qui est intéressant car ces unités n’ont jamais quitté l’Ostfront depuis qu’elles s’y trouvent. Ces deux unités, éprouvées, seraient rétablies, tandis que l’Est, disposant déjà du II. SS Pz-Korps, recevrait donc le I. SS Pz-Korps, la redoutable « Das Reich » reconstitué et la nouvelle et complète « Hitlerjugend ».
La Scandinavie n’est pas oubliée : le Danemark doit recevoir la 6. Pz-Div et la Norvège être renforcée par la 25. Pz-Div. Quant aux deux divisions de Panzergrenadiere d’Italie, elles doivent être retirées du front d’ici le 15 mai pour devenir des réserves de l’OKW. Elles seront remplacées sur la ligne de front par des divisions de Gebirgsjäger ou de Jäger. Les 8. et 19. Pz-Div doivent être placées en réserve pour être rétablies à plein effectifs dans le secteur de Lemberg avant la 1er mai (dans les faits, au moment du 6 juin, la 19. Pz-Div ira se « rafraîchir » en Belgique), les 4. et 5. Pz-Div dans la zone de Lublin-Brest-Litovsk (les deux divisions quitteront en fait le Heeresgruppe Mitte au profit du Heeresgruppe NordUkraine de Model avant le mois de juin). Si la « Hohenstaufen » et la « Frundsberg » demeurent au Heeresgruppe NordUkraine, le Führer souligne que tout éventuel engagement doit prendre en compte l’impérative nécessité de leur remise en condition. L’anticipation de la formation d’une « Angriffs-Panzerarmee » suppose aussi l’octroi à celle-ci de formations de blindés lourds : trois Abteilungen de Tiger (le 508 d’Italie, le 504, qui n’est à ce moment-là pas encore envoyé dans la péninsule, et le 510, de constitution récente), des unités de chasseurs de chars (le 653 avec des Ferdinand, le 654 avec des Jagdpanther, qui sera engagé en Normandie, et un Abteilung de Hornisse), deux bataillons de Sturmpanzer (le 216 en provenance d’Italie et le nouveau 217). Le choix de la Panzerarmee qui se verra confiée l’ensemble de ces formations pour disposer d’une puissante force de frappe blindée n’est pas encore déterminé, mais il est prévu que le QG retenu sera remplacé par celui de la 17. Armee (qui disparaît en fait en Crimée au mois de mai…).
Hitler insiste pour que le transfert vers l’Est de la « Das Reich » et de la 2. Pz-Div s’effectue au plus tôt. Cela implique donc en échange de transférer deux autres divisions blindées depuis l’Est : le choix de Hitler se porte sur la 3. Pz-Div ainsi que ni plus ni moins la « Grossdeutschland » (dont le bataillon de Panther est bien déployé en Normandie au moment du 6 juin, au sein de la 116. Pz-Div, mais dans ce qui est alors la Seine-Inférieure). Leur relève sur le front sera assurée par deux divisions d’infanterie soutenues par deux brigades de StuG. Avec La Panzer Lehr, l’élite de la Panzerwaffe serait donc en France, avec le soutien de diverses divisions reconstituées, dont la valeureuse 21. Pz-Div, ainsi que l’arrivée des divisions « Wiking » et « Totenkopf ». A terme, les unités déployées ou en reconstitution à l’Ouest doivent former une seconde « Angriffs-Panzerarmee ». On peut supposer que celle-ci ne serait expédiée vers l’Est qu’après avoir repoussé l’Invasion.
Dans les faits, le débarquement survient avant la constitution de ces deux « Angriffs-Panzerarmeen » et ce sont au contraire au profit du front de l’Ouest que s’opèreront des transferts, en l’occurrence l’envoi du II. SS Pz-Korps depuis la Galicie.
L’impossibilité d’effectuer des transferts d’Est en Ouest
Le 6 juin 1944, les Alliés ouvrent un nouveau front décisif en Normandie. Or, contrairement aux espoirs de Hitler, faute d’avoir adhéré sans réserve à la stratégie de Rommel, faute aussi de ne pas avoir écouté von Rundstedt qui a insisté sur le « déblocage » des unités de réserves dans la nuit du 6 juin (le vieux maréchal semblant ainsi au final se rallier aux principes du « Renard du désert »). Pis, on attend un second débarquement –le « vrai »- quelque part au nord de la Somme, de sorte que la Panzerwaffe à l’Ouest ne peut pas peser de tout son poids en Normandie…
Par ailleurs, la situation en Italie s’est dégradée. Certes, les armées allemandes se sortent d’un péril extrême avec le concours de l’impéritie du général américain Clark, dont les yeux sont rivés sur Rome : mais la chute de la « Ville éternelle » et les lourdes pertes essuyées ont des répercussions sur l’Ostheer, alors même que celle-ci est déjà pénalisée par la priorité accordée à la bataille de Normandie. C’est ainsi qu’il est maintenant décidé que le s. Pz. Abt 504 n’ira pas à l’Est (il était déjà en route pour la Russie) mais sera dirigé vers l’Italie : Rome vient de tomber. Le 3 juin, alors que la chute de la ville est imminente, il est décidé d’expédier près de 110 blindés en Italie (30 Pz IV, 30 Panther, 27 Tiger, 20 StuG).
Concernant les Tiger, il est de moins en moins question d’Angriffs-Panzerarmee : on ne pense plus non plus diriger le s. Pz. Abt 503 vers la Russie, puisque l’unité s’apprête à quitter l’Allemagne (il est à Ohrdruft avec 31 Tiger dont 17 « Königstiger ») pour la Normandie. L’unité avait quitté le front de l’Est pour être recomplétée et devait initialement revenir sur l’Ostfront, mais elle ne retournera pas en Russie…
De fait, la constitution d’une armée blindée de réserve à l’Est repose en grande partie sur l’élimination de la tête de pont de Normandie, ce qui n’est pas le cas. La situation ne fait que s’aggraver : le 13 juin, avec l’échec de la contre-attaque sur Carentan, les positions alliées en France ne sont que d’un seul tenant, donc fortifiée. Quant aux autres divisions de Panzer à l’Ouest, elles sont soit incomplètes soit en attente d’un nouvel assaut vers le Pas-de-Calais. L’idée d’Angriffs-Panzerarmee semble plus caduque que jamais… La décision, le 12 juin, de transférer le II. SS-Panzerkorps depuis la Galicie vers le front de l’Invasion ne fait qu’aggraver la question, mais cette décision fait finalement sens : il importe d’anéantir les Alliés en France avant de regrouper les forces face aux Russes.
Renforcer prioritairement les divisions encore en réserve
Le Führer veut connaître les effectifs en blindés de la « LAH » et de la « Das Reich », non encore engagées en Normandie au 10 juin. On l’informe que la « LAH » en aligne 177 (78 Pz IV, 42 Panther, 45 StuG, 12 Flakpanzer, outre 36 Panther à Linz) et la « Das Reich » 147 (55 Pz IV, 50 Panther, 42 StuG et 24 Pz IV en route depuis Linz). Un total non négligeable, nettement supérieur à bien des formations à l’Est. Le 18 juin, alors que « Bagration » n’a pas encore débuté et que le front de l’Invasion conserve toutes les priorités, l’OKW fait le bilan des demandes de renforts en blindés exprimées par l’OB West : 40 Tiger, 125 Panther, 77 Panzer IV, 31 Jagdpanzer IV et 18 Jagdpanther. Notons qu’il s’agit-là pour beaucoup de blindés destinés à des forces non déployées en Normandie : on attend en effet toujours un nouveau débarquement entre la Somme et l’Escaut. Les 40 Tiger sont destinés au s. Pz. Abt 503 et presque tous les Panzer IV et Panther pour des formations encore en réserve (« LAH », « Hohenstaufen » dont le I. Abteilung est à Mailly-le-Camp et 9. Panzer-Division), mis à part 13 exemplaires prévus pour la « Hitlerjugend », alors durement engagée auprès de Caen, mais il est vrai que l’unité est montée en ligne avec seulement 66 Panther, ainsi que 24 Panzer IV pour la « Das Reich », mais cette unité n’est pas encore véritablement déployée sur le front de l’Invasion. Il n’est donc pas prévu de blindés pour compenser les pertes essuyées au combat en Normandie.
Dans le même temps, les renforts tablent sur 30 Panther vers l’Italie et seulement 48 partent effectivement pour l’Ostfront, une vraie misère si l’on considère l’immensité du front germano-soviétique et le fait que la plupart des divisions de Panzer qui y sont déployées sont dépourvues de leur bataillon de Panther, a contrario des unités combattant en Normandie. On entend pourtant recompléter aussi d’autres unités destinées au front de l’Est.
Au 20 juin 1944, quelques jours avant « Bagration », l’attribution des nouveau Panzer démontre donc la priorité accordé à l’Ouest : 121 Panzer IV sur les 317 prévus, dont 77 pour la « LAH » et la « Das Reich ». Même chose pour les 133 Panther arrivés sur les 302 promis : tous sauf 30 vont à l’Ouest (dont 71 du I./Pz-Rgt 24 qui sera rattaché à la 116. Panzer-Division). Les 72 Tiger sont tous partis en Italie ou à l’Ouest (en comptant le s. Pz. Abt 503, encore en Allemagne). Le front de l’Est, ce sont aussi les Alliés du Reich, en particulier la Roumanie. Un rapport de Guderian fait connaître à connaître à Hitler les résultats des discussions entamées avec le général roumain Rozin dans l’optique de la mise sur pied d’une division blindée roumaine. La formation du personnel doit être assurée en Allemagne, puis en Roumanie. La livraison des Panzer et StuG devrait être achevée pour le 31 décembre… Il est prévu de fournir 15 Panzer IV aux Roumains en juin (et 5 aux Espagnols), ainsi que 20 StuG. Autant de ressources qui pourraient faire défaut à la Panzerwaffe à l’Est.
Hitler attend l’engagement des nouveaux Panzer
Le 10 juin, le Führer s’inquiète de la situation des nouveaux blindés –Tiger II et Jagdpanther (28 engins au s. Panzerjäger-Abteilung 654 à Rethel le 18 juin)- : quand seront-ils enfin opérationnels et engagés au front ? Le s. Panzer-Abteilung 503, avec Avec 12 Tiger II et 33 Tiger I. Le 27 juin, il ne retourne pas en Russie : il est transféré à l’Ouest, n’entre en action près de Caen qu’en date du 11 juillet.
Les archives du mois de juin font également état d’un nouveau blindé non encore entrée en lice : le leichte Pz. Jäger 38 (t), connu depuis sous le nom de « Hetzer » : 150 sont prévus (dont 50 à l’Ersatzheer et le camp d’entraînement de Mielau, en Pologne), mais seuls 22 sont déjà en route (15 pour des centres d’essais, 7 pour Wielau). Le Führer a été informé qu’un retard de 4 à 5 semaines handicape sa mise en service et que l’expérience de l’usage de ce nouveau blindé fera encore défaut au cours de la seconde moitié du mois de juillet.
Ces nouveaux blindés pourraient, pense Hitler, contribuer à remporter la décision à l’Ouest. Sur le front, les Alliés engagent eux aussi de nouveaux moyens. Les Allemands les identifient avec plus ou moins de bonheur : le Cromwell avec un canon de 95 mm (version « close Support » comme pour le Centaur ?) ou un de 76,2 mm (il est aussi précisé un 75 mm « comme le Churchill »), le Sherman M4A4 (avec un 76,2. Est-ce une allusion au « Firefly » puisque le M4A1 (76) n’apparaît sur le front que courant juillet ?), un tank doté d’une pièce de 120 mm (le Churchill « Petard » de 290 ? Le M12 Gun Motor Carriage de 155 mm ? Le rapport mentionne « Werfer » et non « Kanone » ou « Haubitze », mais il semble bien qu’il s’agisse d’un « Petard » car le tank a été détruit par la 21. Panzer-Division et qu’il est capable d’ouvrir le feux sur les Bunker jusqu’à 100 mètres), l’antichar de 6 pounder ou 57 mm doté d’un obus à sabot et la pièce de 17 pounder -92 mm pour les Allemands- en fait déjà employée à Médenine, en Tunisie. « Ces armes, précise le rapport, ne constituent en aucune manière des surprises qui ne pourraient pas être combattue avec les armes actuelles ». De fait, les Allemands même en déplorant que le « Panther brûle cependant remarquablement vite »- gardent l’ascendant en matière de blindés et d’antichar car les performances balistiques de leurs armes et les blindages des Panzer restent sans équivalents. Les Panzerschreck et les « Puppchen », ajoute le rapport, sont tout aussi dangereux pour les tanks alliés qui n’y résistent pas. On constate par ailleurs les pertes élevées subies par les Panzer IV si on les compare à celles essuyées par les StuG, les observateurs des Panzertruppen. Ces derniers admettent aussi l’excellence de la pièce de 75 mm de L/70 (alors sur les Panther et les Jagdpanzer IV) et préconisent qu’elle supplante chez les Panzerjäger le 75 L/48 du Panzer IV et du StuG, ce 75 mm L/70 étant par ailleurs plus létal que le fameux 88 mm L/56 qui arme les Tiger I. Le Pz IV est toutefois jugé apte à détruire n’importe quel blindé américain, britannique ou soviétique. Guderian suggère de conserver ce char en production tant que le nombre de Panther sortant des chaînes de montage n’est pas suffisant (soit 900 engins par mois…).
Alors que les rapports soulignent les difficultés auxquelles sont confrontées les divisions de Panzer en Normandie, le front de l’Est s’embrase le 23 juin 1944, alors qu’aucune masse de Panzers de réserve n’existe pour contrer la ruée soviétique…
Le rapport du 28 juin : contrer « Bagration » dans l’urgence
Si des renforts en chars et StuG sont ponctionnés sur les Heeresgruppe NordUkraine et Nord pour venir à la rescousse du Heeresgruppe Mitte (4., 5. et 12. Panzer-Divisionen dans un premier temps), l’urgence de la situation à l’Est et la nécessité d’y recompléter des unités à la dotation en blindés très incomplète pousse le haut-commandement allemand à envoyer 158 Panther en juin. Les archives nous montrent qu’on entend aussi faire flèche de tout bois : le 28 juin, on ordonne à l’Ersatzheer l’envoi immédiat de 8 régiments de fantassins au front pour consolider autant que faire se peut le semblant de front qu’il reste à un Heeresgruppe Mitte exsangue… Hitler émet le souhait que cette infanterie soit renforcée de compagnies de Panzerjäger, ainsi que de formations de StuG. Le Führer déplore à ce propos que dans de nombreuses divisions, les Sturmgeschütze sont encore mal utilisés en raison de l’incompréhension des commandants de division (ces engins devraient être subordonnés aux régiments de fantassins). Il ordonne de diriger immédiatement les Sturmgeschütz-Abteilungen et les Panzerjäger-Abteilungen des divisions d’infanterie en cours d’acheminement vers le groupe d’armée vers la position de réception prévue et de les y engager. Les Panzerjäger-Abteilungen des 4. et 5. Panzer-Divisionen doivent aussi être dirigés rapidement en renforcement des 12. Et 20 Panzer-Divisionen, chez lesquelles le bataillon de Panther fait défaut, ce qui inquiète Hitler. Les 6., 19. et 25. Panzer-Divisions repliées en Allemagne ou en Belgique pour une remise en condition depuis le printemps 1944, sont toutes renvoyées à l’Est. Dès le lancement de « Bagration », le recomplètement des 6. et 19. Panzer (cette dernière au repos est pourtant proche du front de l’Invasion) est accéléré et les deux divisions sont envoyées à l’Est. Suivront les différents bataillons de Panther à l’entraînement notamment à l’Ouest, de même que celui de la Grossdeutschland, un temps rattachée à la 116. Panzer-Division, ainsi que la Fallschirm-Panzer-Division « Hermann Goering » transférée d’Italie (mais en juillet). Pour faciliter comblement des pertes, on réaffecte les engins prévus pour d’autres fronts : 38 StuG initialement pour l’Ouest et l’Italie, les 15 Panther des Roumains… On prévoit déjà des renforts pour juillet et août… Bref, on mobilise au final des forces dans l’urgence, conséquentes certes, mais en ordre dispersé, loin du projet d’Angriffs-Panzerarmee.
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Independant Tank Battalions en Normandie. Premiers combats, juin 1944.
LE “TOMMY” EN NORMANDIE. LE QUOTIDIEN.
Avril-mai 1943, l’offensive et la victoire finale des Alliés. “Strike” et “Vulcan”
Avril 1943, échec à Foundouk
Avril 1943, l’oued Akarit