Non classé

SOURCES PRIMAIRES : UNE QUALITE DE TRAVAIL HISTORIQUE ASSUREE ?

User de sources primaires est-il garant de qualité?

War Diary in Four Volumes: Volume 1 81a-82a (Art.IWM ARCH 20/001/08) whole: diary entries and images for 15 July 1943 Copyright: © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/1050017747

Connaisseur de la guerre en Afrique du Nord, je suis assuré d’avoir apporté de nouveaux éléments à plusieurs reprises. Vous aurez bientôt à votre disposition ma somme consacrée à l’Afrikakorps, avec l’apport de nombreux éléments tirés des archives.

Faire vraiment du neuf nécessite le recours à l’archive primaire. Les apports récents de Jean-Luc Leleu sur la compréhension du Débarquement et de la bataille de Normandie sont à cet égard stupéfiants et remarquables.

J’ai en revanche récemment lu un ouvrage assez médiocre -style, orthographe, informations, déroulé des batailles- portant sur une fameuse unité de la guerre du désert, alors même que l’auteur se vante d’avoir uniquement pioché aux sources primaires, donc les archives. On apprend certes des éléments intéressants, mais on voit les limites de l’exercice si on reste collé à la source, sans questionnement digne de ce nom et sans connaissance pointue des événements.

Il est évident que la source primaire ne fait pas l’historien : combien d’ « historiens » prétendent faire de l’Histoire à partir d’un Kriegstagebuch recoupé par plusieurs War Diaries pour finalement dire la même chose que les autres auteurs qui ont planché sur le sujet… Beaucoup se contentent de recopier les archives, avec un style indigeste… Le manque criant d’objectivité vient souvent contrebalancer l’illusion ou la prétention à apporter du neuf tout en restant impartial. Je pense notamment à des écrits portant sur des unités allemandes : sidérant de naïveté, de mauvaise foi ou d’idéologie malsaine et malfaisante.

Je perçois en outre chez certains la tendance à être plus royaliste que le roi quand il s’agit de puiser à la source. Est-ce pour se justifier soi-même (pas de formation d’historien à l’origine ou accès tardif à celle-ci) ? Les données chiffrées et les rapports d’unités, ils supposent de bien connaître la bataille, sinon on n’apporte rien de neuf, tout en faisant croire le contraire. J’ai lu un texte sur le Sherman en Afrique du Nord, certes avec des données nouvelles, mais l’auteur n’était assurément pas assez au fait de ce théâtre des opérations, d’où des erreurs d’interprétations : puiser dans une source primaire n’est pas le tout…

Les sources primaires des archives constituent donc la base de travail a priori privilégiée de l’historien. Certes, bizarrement, certains auteurs qui pourraient facilement y avoir accès (travaillant dans des musées en vue), n’y ont jamais recours, ou alors très peu.

Consulter ces archives n’est pas toujours chose aisée : horaires, accès possible ou non à telle ou telle source, distances… C’est là qu’interviennent les réseaux de connaissances. Le classement des ressources disponibles peut compliquer la tâche, mais aussi apporter du piment à la tâche : quoi de plus exaltant que de « découvrir » un document a priori inédit et/ou contenant une information d’importance cruciale. Bonheur que j’ai connu une première fois au cours de mes travaux à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Encore faut-il avoir accès à ce qui suscite l’intérêt. Il ne faut pas être naïf : on va difficilement faire du neuf à partir des archives de base consacrées à Rommel. J’ai lu un auteur qui prétendait apporter du nouveau  à ce ce propos: pure prétention.

L’accès des archives en ligne facilite bien des démarches, qui pour consulter via internet (ah! Invenio pour les Bundesarchiv !). J’ai eu pour ma part accès aux originaux des carnets sur le site de la Library of Congress (les résultats, conséquents, sont dans la dernière mouture de ma biographie consacrée à Patton), même si l’écriture manuscrite du général n’a pas toujours été compréhensible, loin de là.

Consulter les archives est aussi une méthode pour vérifier la véracité d’une source : après tout, un auteur peut très bien commettre une erreur en recopiant un élément. Je mets en garde les lecteurs : certains auteurs peuvent citer une source primaire en note, mais sans l’avoir forcément consultée, reprenant en fait la note indiquant la source d’un autre auteur (je m’en suis rendu compte)… sans compter ceux qui se contentent de recopier intégralement un rapport d’origine sans le commenter et prenant tout pour argent comptant.

Pis, des chasseurs de gloire (dont l’activité fait perdre du crédit à certaines maisons d’édition) feront croire qu’ils font avancer la connaissance historique… mais, au contraire du lecteur non averti, celui qui a travaillé sur le même sujet sait qu’il n’en est rien et que tout a déjà été dit par d’autres historiens, étrangers le plus souvent.