Cet article, je le précise, porte sur la reconstitution dans le cadre des commémorations, pas dans le cadre privé ni dans l’optique d’une publication (article ou livre).
Un historien assez connu m’a confié, lors d’un salon du Jour J, qu’il ne comprenait pas pourquoi des individus s’habillaient en soldats pour les festivités du Débarquement (il parlait de tenues alliées), et faisait au contraire l’éloge des reconstituteurs napoléoniens ou médiévaux… Consternant. Pourquoi ne serait-il pas aussi licite d’être vêtu en GI ou en Tommy qu’en Grognard ou en viking? En revanche, la question peut plus légitimement se poser pour d’autres types d’uniformes de la Seconde Guerre mondiale…
Lorsque j’assistais aux premières grandes commémorations et festivités du Débarquement, dans les années 1980, j’ai assisté à une tendance qui n’a cessé de s’accentuer depuis les années 1990 et de plus en plus dans les années 2000 : la multiplication des groupes de reconstitution, le plus souvent regroupés dans des camps. Cet aspect des festivités participe incontestablement au succès et à l’intérêt de ces journées du mois de juin, chaque année en Normandie.
Toutefois, ici, comme également ailleurs, comme je l’ai constaté dans les Ardennes, la nouveauté depuis les années 2000 est à rechercher du côté des couleurs d’uniforme : l’apparition du Feldgrau et du camouflé de la Wehrmacht, voire de la Waffen SS. On peut légitimement se poser la question: dès lors qu’on prend la décision de porter l’uniforme d’un belligérant dans le cadre des festivités du Jour J et de la bataille de Normandie, qu’est-ce qui peut pousser quelqu’un à faire le choix de porter un uniforme allemand, uniforme symboliquement très chargé, et certainement pas dans l’orientation justifiant l’existence des commémorations ?
Certes, s’intéresser à la Wehrmacht, l’armée qui est incontestablement au cœur de la Seconde Guerre mondiale et dont l’étude est incontournable sur ce sujet, ne signifie aucunement faire sienne l’idéologie abjecte dont cette armée fut le glaive. Elle présente incontestablement des aspects fascinants, ses tenues, ses casques, ses armes et ses véhicules parmi mes plus attirants et les plus beaux pour le passionné d’Histoire (ce sont mes favoris dans les musées, je dois l’avouer), le collectionneur ou même le maquettiste.
Toutefois, en porter l’uniforme (et pire encore pour la SS) n’est en rien anodin, surtout en public. La complicité de la Wehrmacht aux crimes de guerre nazi est désormais clairement établie. Des révisionnistes de mauvais aloi et autres individus prétendument impartiaux osent avancer qu’il n’y a pas de “bons” et de “méchants” pour mieux minimiser les crimes nazis et établir une équivalence avec les crimes commis par les Alliés (au nom d’un relativisme à la mode et très dangereux), ce qui est une démarche non historique n’en déplaisent à ceux qui prétendent faire montre d’objectivité.
Et c’est justement sur ce point que le bas blesse : les commémorations du 6 juin sont celles de la victoire des démocraties, de la Libération… Ces tenues n’y ont pas leur place, à tout le moins au cours de la semaine des commémorations, car j’entend évidemment l’intérêt de présenter les deux camps par le biais de reconstitutions, ainsi qu’organiser des spectacles mettant aux prises Alliés contre Allemands, mais il y a un temps pour tout. Il suffirait d’organiser ces représentations à un autre moment de la période estivale, en juillet par exemple, mais pas au moment où on célèbre la Libération, la victoire sur le nazisme et les sacrifices consentis, sur fond d’hommage rendue aux victimes et aux libérateurs.
La présence de collectionneurs habillés en allemand pose d’autres difficultés car elle peut susciter un certain émoi, surtout pour ceux qui ont connu les heures noires de l’Occupation (une réalité difficile à appréhender pour un Américain, qu’il soit historien ou simple touriste).
Qu’on se le dise : un uniforme est porteur de significations, d’un message.
Il ne s’agit pas de faire un procès d’intention à ces collectionneurs, souvent sympathiques et consciencieux : j’ai vu de superbes reconstitutions à la batterie de Merville (cliché de titre), à Douvres-la-Délivrande ainsi qu’à celle de Crisbecq, reconstitutions qui -elles- se justifient car il est intéressant et instructif de présenter “l’autre camp” du Jour J, particulièrement dans les défenses du Mur de l’Atlantique, à condition de ne pas arborer ces tenues le 6 juin ou lors des défilés organisés lors des festivités. La plupart de ces reconstituteurs sont incontestablement imperméables à toute idéologie raciste et abjecte qu’on peut rattacher à l’Allemagne nazie, mais c’est loin d’être le cas de tous.
J’ai assisté à des attitudes et à des ambiances équivoques, d’autant plus dommageables qu’outre constituer une insulte à la mémoire de ceux qui sont tombés pour la liberté et une contradiction avec ce que l’on cherche à commémorer, cela jette une opprobre sur l’ensemble des spécialistes et des passionnés de la Seconde Guerre mondiale, au-delà du simple cercle des collectionneurs lui aussi entaché par des écarts inexplicables et impardonnables, auxquels il m’est aussi arrivé d’assister dans des bourses aux armes.
Les véhicules allemands : les plus beaux et les plus originaux.
Bref, les beaux uniformes allemands sont mieux dans les musées. En revanche, rien n’empêche à mes yeux de présenter des véhicules, rares et remarquables, tout en évitant la tenue de circonstance.
Saumur. Dans ce type de cadre, hors des commémorations de la victoire sur les nazis, ce genre de reconstitution ne me gène aucunement, au contraire.
Cet article, je le précise, porte sur la reconstitution dans le cadre des commémorations, pas dans le cadre privé ni dans l’optique d’une publication (article ou livre).
Un historien assez connu m’a confié, lors d’un salon du Jour J, qu’il ne comprenait pas pourquoi des individus s’habillaient en soldats pour les festivités du Débarquement (il parlait de tenues alliées), et faisait au contraire l’éloge des reconstituteurs napoléoniens ou médiévaux… Consternant. Pourquoi ne serait-il pas aussi licite d’être vêtu en GI ou en Tommy qu’en Grognard ou en viking? En revanche, la question peut plus légitimement se poser pour d’autres types d’uniformes de la Seconde Guerre mondiale…
Lorsque j’assistais aux premières grandes commémorations et festivités du Débarquement, dans les années 1980, j’ai assisté à une tendance qui n’a cessé de s’accentuer depuis les années 1990 et de plus en plus dans les années 2000 : la multiplication des groupes de reconstitution, le plus souvent regroupés dans des camps. Cet aspect des festivités participe incontestablement au succès et à l’intérêt de ces journées du mois de juin, chaque année en Normandie.
Toutefois, ici, comme également ailleurs, comme je l’ai constaté dans les Ardennes, la nouveauté depuis les années 2000 est à rechercher du côté des couleurs d’uniforme : l’apparition du Feldgrau et du camouflé de la Wehrmacht, voire de la Waffen SS. On peut légitimement se poser la question: dès lors qu’on prend la décision de porter l’uniforme d’un belligérant dans le cadre des festivités du Jour J et de la bataille de Normandie, qu’est-ce qui peut pousser quelqu’un à faire le choix de porter un uniforme allemand, uniforme symboliquement très chargé, et certainement pas dans l’orientation justifiant l’existence des commémorations ?
Certes, s’intéresser à la Wehrmacht, l’armée qui est incontestablement au cœur de la Seconde Guerre mondiale et dont l’étude est incontournable sur ce sujet, ne signifie aucunement faire sienne l’idéologie abjecte dont cette armée fut le glaive. Elle présente incontestablement des aspects fascinants, ses tenues, ses casques, ses armes et ses véhicules parmi mes plus attirants et les plus beaux pour le passionné d’Histoire (ce sont mes favoris dans les musées, je dois l’avouer), le collectionneur ou même le maquettiste.
Toutefois, en porter l’uniforme (et pire encore pour la SS) n’est en rien anodin, surtout en public. La complicité de la Wehrmacht aux crimes de guerre nazi est désormais clairement établie. Des révisionnistes de mauvais aloi et autres individus prétendument impartiaux osent avancer qu’il n’y a pas de “bons” et de “méchants” pour mieux minimiser les crimes nazis et établir une équivalence avec les crimes commis par les Alliés (au nom d’un relativisme à la mode et très dangereux), ce qui est une démarche non historique n’en déplaisent à ceux qui prétendent faire montre d’objectivité.
Et c’est justement sur ce point que le bas blesse : les commémorations du 6 juin sont celles de la victoire des démocraties, de la Libération… Ces tenues n’y ont pas leur place, à tout le moins au cours de la semaine des commémorations, car j’entend évidemment l’intérêt de présenter les deux camps par le biais de reconstitutions, ainsi qu’organiser des spectacles mettant aux prises Alliés contre Allemands, mais il y a un temps pour tout. Il suffirait d’organiser ces représentations à un autre moment de la période estivale, en juillet par exemple, mais pas au moment où on célèbre la Libération, la victoire sur le nazisme et les sacrifices consentis, sur fond d’hommage rendue aux victimes et aux libérateurs.
La présence de collectionneurs habillés en allemand pose d’autres difficultés car elle peut susciter un certain émoi, surtout pour ceux qui ont connu les heures noires de l’Occupation (une réalité difficile à appréhender pour un Américain, qu’il soit historien ou simple touriste).
Qu’on se le dise : un uniforme est porteur de significations, d’un message.
Il ne s’agit pas de faire un procès d’intention à ces collectionneurs, souvent sympathiques et consciencieux : j’ai vu de superbes reconstitutions à la batterie de Merville (cliché de titre), à Douvres-la-Délivrande ainsi qu’à celle de Crisbecq, reconstitutions qui -elles- se justifient car il est intéressant et instructif de présenter “l’autre camp” du Jour J, particulièrement dans les défenses du Mur de l’Atlantique, à condition de ne pas arborer ces tenues le 6 juin ou lors des défilés organisés lors des festivités. La plupart de ces reconstituteurs sont incontestablement imperméables à toute idéologie raciste et abjecte qu’on peut rattacher à l’Allemagne nazie, mais c’est loin d’être le cas de tous.
J’ai assisté à des attitudes et à des ambiances équivoques, d’autant plus dommageables qu’outre constituer une insulte à la mémoire de ceux qui sont tombés pour la liberté et une contradiction avec ce que l’on cherche à commémorer, cela jette une opprobre sur l’ensemble des spécialistes et des passionnés de la Seconde Guerre mondiale, au-delà du simple cercle des collectionneurs lui aussi entaché par des écarts inexplicables et impardonnables, auxquels il m’est aussi arrivé d’assister dans des bourses aux armes.
Les véhicules allemands : les plus beaux et les plus originaux.
Bref, les beaux uniformes allemands sont mieux dans les musées. En revanche, rien n’empêche à mes yeux de présenter des véhicules, rares et remarquables, tout en évitant la tenue de circonstance.
Saumur. Dans ce type de cadre, hors des commémorations de la victoire sur les nazis, ce genre de reconstitution ne me gène aucunement, au contraire.
HANS CRAMER
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WERNER MARCKS
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