Nicolas Aubin, Les Marines, Perrin, 2024
Fruit d’un travail indiscutablement conséquent, débroussaillant des pans entiers méconnus d’une unité célèbre entre toutes, Les Marines est un ouvrage qui emmène le lecteur à la découverte de l’incroyable parcours de cette force qui se veut d’élite. On comprend en effet que l’USMC a bien failli disparaître à plusieurs reprises et que son qualificatif d’élite porte à discussion, à tout le moins à plusieurs reprises, et notamment lors de ses premiers engagements au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Il est question de mythe et de légende. L’auteur nous explique avec clarté la manière dont l’USMC a assuré sa propre auto-promotion, en s’appuyant notamment sur les médias, mais aussi en cultivant les relations politiques et le lobbying : les Marines, indiscutablement, sont forts en communication. L’affaire de Bois-Belleau ou celle de Wake sont des exemples en la matière.
Alliant l’histoire sociale, qui plait tant aux universitaires, et l’histoire militaire, qui, elle, est nettement moins bien vue par ces derniers, le récit embrasse l’intégralité du parcours de ce corps de légende, à partir de la poignée de soldats -devenue mythique- des origines. Le parcours de cette force qui se cherche une place au sein des unités américaines, et ainsi justifier sa pérennité, nous emmène sur des chemins rarement empruntés dans l’historiographie, à savoir l’activité coloniale américaine. Des passages passionnants, qui ne dissimulent aucunement les écarts criminels de ces soldats, pas plus que sont oubliés les forfaits commis au cours de la Seconde Guerre mondiale et, plus récemment, au XXIe siècle.
La genèse d’un corps dévoué aux opérations amphibies et son parcours au cours de la Seconde Guerre mondiale ont particulièrement retenu mon attention (j’ai laissé de côté, pour l’instant, la Guerre de Corée et le Vietnam, qui ne m’intéressent pas). J’ai découvert également l’action récente de l’USMC. Le lecteur, même passionné, découvrira beaucoup d’éléments car le traitement du sujet est vraiment exhaustif, et il ne manquera pas d’être surpris, comme je l’ai été (notamment sur le recrutement). On apprécie aussi l’essai de comparaison avec la Légion étrangère.
Outre les nombreux aspects touchant à l’histoire sociale, le livre nous expose les tensions internes au sein des forces armées américaines, un écueil qui frappe les armées et les marines de tous les pays. A cet égard, Nicolas Aubin distingue les « leathernecks » des GI’s, même si les Marines sont eux-aussi des GI’s (comme l’atteste le site officiel de l’USMC Museum), même s’ils réfutent le terme qu’ils n’ont jamais employé pour se désigner eux-mêmes.
Connaissant les penchants politiques de l’auteur, me rappelant de ses écarts ridiculement anti-américains dans La course au Rhin (très bon livre au demeurant, mais un passage final portant sur la mentalité américaine n’était plus de l’Histoire…), j’ai craint un manque d’objectivité (pour autant que celle-ci soit réellement approchable), mais il n’en est rien : c’est bien écrit, nullement subjectif, extrêmement documenté, fort instructif.
J’ai constaté que l’auteur fait de nombreuses références à la filmographie, nécessaire quand il s’agit d’expliquer l’aura des Marines auprès du grand public. Une pratique usuelle chez moi depuis mes premiers livres, mais toujours critiquée par, bizarrement, des relations proches de l’auteur qui, cette fois-ci, n’ont rien trouvé à y redire… Je pense aussi à tous ces auteurs, dont Nicolas Aubin lui-même, qui ont critiqué mes ouvrages pour leurs aspects qualifiés -avec dénigrement- de « pop history », quand il s’agit de présenter le vécu des combattants et de transmettre des témoignages. Enfin, les gens se bonifient avec le temps… J’ai aussi ressenti une pique à mon endroit lorsque que le titre d’un de mes articles (“L’US Army dans le Pacifique: dans l’ombre de l’USMC?) est repris pour mieux en contester le contenu, mais pour ensuite dire la même chose, mais autrement.
L’ouvrage Les Marines de Nicolas Aubin, qui se clôt par une série d’annexes des plus intéressantes, constitue au final une excellente somme sur le sujet, indubitablement la référence qui sera difficilement dépassable. Alliée à la lecture de L’Amérique en guerre de Christophe Prime, qui fera date elle aussi, l’année 2024 aura été fructueuse dans l’historiographie française consacrée aux forces de l’Oncle Sam.
Nicolas Aubin, Les Marines, Perrin, 2024
Fruit d’un travail indiscutablement conséquent, débroussaillant des pans entiers méconnus d’une unité célèbre entre toutes, Les Marines est un ouvrage qui emmène le lecteur à la découverte de l’incroyable parcours de cette force qui se veut d’élite. On comprend en effet que l’USMC a bien failli disparaître à plusieurs reprises et que son qualificatif d’élite porte à discussion, à tout le moins à plusieurs reprises, et notamment lors de ses premiers engagements au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Il est question de mythe et de légende. L’auteur nous explique avec clarté la manière dont l’USMC a assuré sa propre auto-promotion, en s’appuyant notamment sur les médias, mais aussi en cultivant les relations politiques et le lobbying : les Marines, indiscutablement, sont forts en communication. L’affaire de Bois-Belleau ou celle de Wake sont des exemples en la matière.
Alliant l’histoire sociale, qui plait tant aux universitaires, et l’histoire militaire, qui, elle, est nettement moins bien vue par ces derniers, le récit embrasse l’intégralité du parcours de ce corps de légende, à partir de la poignée de soldats -devenue mythique- des origines. Le parcours de cette force qui se cherche une place au sein des unités américaines, et ainsi justifier sa pérennité, nous emmène sur des chemins rarement empruntés dans l’historiographie, à savoir l’activité coloniale américaine. Des passages passionnants, qui ne dissimulent aucunement les écarts criminels de ces soldats, pas plus que sont oubliés les forfaits commis au cours de la Seconde Guerre mondiale et, plus récemment, au XXIe siècle.
La genèse d’un corps dévoué aux opérations amphibies et son parcours au cours de la Seconde Guerre mondiale ont particulièrement retenu mon attention (j’ai laissé de côté, pour l’instant, la Guerre de Corée et le Vietnam, qui ne m’intéressent pas). J’ai découvert également l’action récente de l’USMC. Le lecteur, même passionné, découvrira beaucoup d’éléments car le traitement du sujet est vraiment exhaustif, et il ne manquera pas d’être surpris, comme je l’ai été (notamment sur le recrutement). On apprécie aussi l’essai de comparaison avec la Légion étrangère.
Outre les nombreux aspects touchant à l’histoire sociale, le livre nous expose les tensions internes au sein des forces armées américaines, un écueil qui frappe les armées et les marines de tous les pays. A cet égard, Nicolas Aubin distingue les « leathernecks » des GI’s, même si les Marines sont eux-aussi des GI’s (comme l’atteste le site officiel de l’USMC Museum), même s’ils réfutent le terme qu’ils n’ont jamais employé pour se désigner eux-mêmes.
Connaissant les penchants politiques de l’auteur, me rappelant de ses écarts ridiculement anti-américains dans La course au Rhin (très bon livre au demeurant, mais un passage final portant sur la mentalité américaine n’était plus de l’Histoire…), j’ai craint un manque d’objectivité (pour autant que celle-ci soit réellement approchable), mais il n’en est rien : c’est bien écrit, nullement subjectif, extrêmement documenté, fort instructif.
J’ai constaté que l’auteur fait de nombreuses références à la filmographie, nécessaire quand il s’agit d’expliquer l’aura des Marines auprès du grand public. Une pratique usuelle chez moi depuis mes premiers livres, mais toujours critiquée par, bizarrement, des relations proches de l’auteur qui, cette fois-ci, n’ont rien trouvé à y redire… Je pense aussi à tous ces auteurs, dont Nicolas Aubin lui-même, qui ont critiqué mes ouvrages pour leurs aspects qualifiés -avec dénigrement- de « pop history », quand il s’agit de présenter le vécu des combattants et de transmettre des témoignages. Enfin, les gens se bonifient avec le temps… J’ai aussi ressenti une pique à mon endroit lorsque que le titre d’un de mes articles (“L’US Army dans le Pacifique: dans l’ombre de l’USMC?) est repris pour mieux en contester le contenu, mais pour ensuite dire la même chose, mais autrement.
L’ouvrage Les Marines de Nicolas Aubin, qui se clôt par une série d’annexes des plus intéressantes, constitue au final une excellente somme sur le sujet, indubitablement la référence qui sera difficilement dépassable. Alliée à la lecture de L’Amérique en guerre de Christophe Prime, qui fera date elle aussi, l’année 2024 aura été fructueuse dans l’historiographie française consacrée aux forces de l’Oncle Sam.
Division « von Broich »/« von Manteuffel » (novembre 1942)
Novembre 1942, premiers combats pour Tunis (1)
GEORG BRIEL
JOHN COMBE
MARIO BALOTTA