Livre

Recension de “Gettysburg” de Vincent Bernard

La référence sur la plus grande bataille de la guerre de Sécession

Vincent Bernard, Gettysburg. 1863, Perrin, 2023

Le meilleur opus d’une collection très réussie, celle de “Champs de Bataille”, dirigée par Jean Lopez pour le compte des éditions Perrin.

Si la guerre de Sécession est indubitablement le conflit que je connais le mieux et qui me passionne le plus après la Seconde Guerre mondiale, il est également incontestable que je m’ennuie jamais en lisant notre spécialiste national d ela question -j’ai nommé Vincent Bernard- avec lequel j’arrive toujours à apprendre quelque chose.

C’est aussi -et c’est là un point essentiel- un auteur qui sait écrire (et ils ne sont pas si nombreux que cela…), de sorte que si le sujet est captivant en lui-même, il est en outre extrêmement plaisant à lire: captivé, je n’étais pas pressé de le terminer.

Bref, l’histoire comme un roman, mais avec une véritable rigueur historique.

Que trouve t-on dans cet admirable ouvrage? Après des pages introduisant le contexte général et la guerre de Sécession, nécessaires pour bien appréhender le contexte de la bataille de Gettysburg, l’auteur prend du temps pour nous présenter les armées (excellent passage qu’on est en droit d’attendre de tout livre de ce qu’on appelle l'”histoire-bataille”) et leurs chefs, le matériel et les armes, ainsi que les implications tactiques qui en découlent. Ce faisant, il nous prépare à bien saisir le déroulement des événements, de nous mettre à la hauteur des combattants, mais aussi comprendre la grande stratégie, les raisons des choix arrêtés, aussi bien sur le plan tactique que stratégique (Hooker, Lincoln, les Sudistes…), ainsi que les réactions des protagonistes (Stuart, par exemple). L’auteur nous plonge admirablement dans les mentalités de l’époque, ce qui est essentiel pour comprendre un événement: chez Vincent Bernard, point de distorsion née d’un anachronisme stupide et malvenu.

Le récit des journées précédant la bataille est captivant. L’auteur prend soin à plusieurs reprises de souligner l’importance de la logistique et son fonctionnement en ce milieu du XIXe siècle. C’est essentiel. Vincent Bernard brise aussi un certain nombre d’idées reçues: l’affaire des chaussures de Gettysburg, l’aspect décisif de la bataille (la guerre est loin d’être finie et il se passe des choses du côté de Vicksburg…), la chevauchée de Stuart, … Certes; si Gettysburg n’est pas décisive en tant que telle, cela ne signifie pas pour autant qu’une large défaite de l’armée du Potomac n’aurait pas eu des conséquences de premier ordre, voire décisives sur le cours de la guerre…

Quant aux pages dédiées aux trois jours de la bataille, elles dont vraiment très claires et captivantes: on est aux côtés de Reynolds ou de Chamberlain, de Hood ou d’Armistead… Vincent Bernard relativise les occasions manquées -du Sud comme du Nord- au cours de ces trois jours de la bataille la plus sanglante de la guerre de Sécession, et ce avec des arguments qui portent : le 1er juillet sur Cimetery Hill, le retard de Longstreet le second jour, les combats pour Culp’s Hill, l’erreur de Sykes qui avance son corps, etc. A découvrir et à savourer! La relation du 3e jour est particulièrement vivante: bravo à l’auteur!

Enfin, ce dernier n’oublie pas d’éviter de sombrer dans le mythe de “la cause perdue”: l’armée sudiste est bien celle d’un Etat esclavagiste et elle s’avère moins “correcte” que le général Lee aurait a priori voulu qu’elle se comporte sur le territoire nordiste, mis à part le cas des Noirs, dont les ort attendu a dû être scellé avant même que le premier soldat confédéré ne se mette en marche vers la vallée de la Shenandoah puis au-delà du Potomac.

L’ouvrage, comme tous ceux de cette belle collection, est consacrée à la mémoire de la bataille, un exercice qui m’est coutumier dans mes ouvrages. C’est intéressant et bien fait, mais trop bref à mon goût, le souvenir de ces événements étant protéiforme et méritant d’être approfondi: un écueil sans doute pour la collection “Champs de Bataille”. L’absence de notes de références est aussi surprenante, de plus en plus fréquente d’ailleurs, sans doute pour un gain de signes pour le texte…

Je termine en évoquant les annexes, fort instructives, qui vous apprendrons tout sur les estimations des pertes, mais aussi les effectifs, de chaque unité.

L’auteur ne pouvait pas non plus manquer de citer la fameuse “Gettysburg’s address” de ‘l”honnête Abe”, l’un des discours les plus remarquables prononcés par Abraham Lincoln.

Je vous invite à écouter Vincent Bernard présenter lui-même son livre:

Pour acheter directement chez l’éditeur: