Les combats menés en Lorraine à l’automne 1944 n’ont pas la notoriété de la bataille de Normandie ou celle des Ardennes, voire des combats pour Aix-la-Chapelle. Pourtant, la Lorraine est peut-être le théâtre des occasions manquées de 1944. Elle est aussi le champ de bataille ou opère le bouillant George S. Patton et sa 3rd Army.
Le coup d’arrêt asséné à la 3rd Army en Lorraine en septembre-octobre 1944 ne représente qu’une victoire en trompe-l’oeil pour une Wehrmacht aux abois. L’échec devant Metz s’explique avant tout par le puissant système défensif, sur lequel s’appuie la résistance allemande, mais aussi par les difficultés de ravitaillement, ainsi que par les intempéries. Les combats s’enlisent et, de l’aveu même de Patton, ils soutiennent presque la comparaison avec ceux de la Grande Guerre.
Patton se prépare à reprendre l’offensive
La pause ne peut qu’être transitoire, le temps à l’armée américaine de reconstituer ses stocks sur la ligne de front. Il n’est en effet impensable que le chef de la 3rd Army demeure l’arme au pied. Ce dernier est déterminé à reprendre l’offensive au plus tôt, « bombardiers ou pas ». Le général Californien ne croit en effet nullement aux vertus de la défensive. Le mois d’octobre est consacré à de multiples assauts locaux, destinés à maintenir les troupes en action et disposer d’une meilleure base de départ pour l’offensive future : ainsi de la 90th ID qui s’échine à s’assurer du contrôle de la zone industrielle de Maizières-lès-Metz.
L’assaut est prévu avec dix divisions pour le 8 novembre. Metz ne constitue que le premier objectif : l’offensive doit porter la 3rd Army jusque sur la ligne Siegfried, alors distante de 100 km, et même jusqu’au Rhin (ce qui manque singulièrement de réalisme). Pour l’assaut sur Metz, défendue par l’anneau de forts qui a causé tant de soucis en octobre, Patton a renforcé le XX Corps de Walton Walker, porté à trois divisions d’infanterie (5th, 90th et 95th) et une Armored Division (la 10th). Le service de renseignement allemand se leurre complètement à ce propos, en établissant le fait que la 95th ID ne serait que le regroupement des 5th et 90th ID, qui ont dû combiner le reliquat de leurs forces suite aux pertes subies… Plus à l’est, la XII Corps de Manton Eddy partira à l’assaut depuis la tête de pont de Nancy, secteur certes moins fortifié, mais qui présentent des barrières naturelles sur lesquelles peut s’organiser une défense résolue. Eddy est également renforcé : il commande à trois divisions d’infanterie (26th, 35th et 80th), ainsi qu’à deux divisions blindées (4th et 6th). En face, l’armée ennemie n’est plus que l’ombre de ce qu’elle représentait au mois de septembre.
L’offensive s’avère un franc succès en dépit des intempéries
L’opération Madison est déclenchée comme prévu le 8 novembre. Si la 8th USAAF de Doolittle est d’abord clouée au sol par un temps exécrable à peine, qui sévit depuis deux jours, elle engagera finalement près de 1 500 avions en soutien, une force de frappe aux effets potentiellement dévastateurs, qui se conjugue avec une préparation d’artillerie conséquente, soit pas moins de 17 bataillons de corps dans le seul secteur du XII Corps, outre 20 bataillons divisionnaires, les pièces de DCA de 90 mm, les Tanks Destroyers, ainsi que les howitzer de 105 des cannon companies des régiments. L’attaque d’Eddy apparaît ainsi peu ou prou comme une réminiscence de la Grande Guerre. Loin de concentrer ses efforts, il frappe en force sur une cinquantaine de kilomètres de front. Les combats débutent de manière plutôt favorable : l’avance se compte en kilomètres, bien que le front ennemi ne craque pas. La 35th ID s’empare de Delme au soir du 10 novembre, la 80th prenant le contrôle de la crête éponyme. La division, soutenue par la 6th Arm. Div., se heurte toutefois ensuite à plus fort parti avec une 48. ID renforcée par la 36. VGD, s’arc-boutant sur les positions dites de la Falkenberg Stellung. La prise de Morhange est tout aussi ardue. Plus au sud, le CCA/4th et la 26th sont à la peine face à la 361. VGD et la 11. Panzer-Division, dont les Panther rejettent deux Task Forces de la 4th Arm. Div. hors de Guébling.
Le 9 novembre, le XX Corps entre à son tour dans la danse. Tandis que la 95th doit fixer l’ennemi à l’ouest de Metz, la 5th attaquera depuis le sud pour établir la jonction avec la 90th, qui doit parachever l’encerclement avec le soutien de la 10th Armored Division. Contrairement à Eddy, Walker bénéficie du soutien des forces aériennes dès le début des opérations, même si l’efficacité reste réduite. Le franchissement de la Moselle par la 90th ID s’effectue avec une facilité surprenante. La nature est cette fois-ci du côté des Américains, puisque les inondations provoquées par le le fleuve noient les champs de mines allemands, au-dessus desquels les bateaux d’assaut n’ont qu’à flotter… Les 462 et 19. VGD, ainsi que la 416. ID, tiennent un front démesuré, mais disposent de mines à profusion, ainsi que de forts redoutables, y compris les pièces d’artillerie de la ligne Maginot dans le secteur de Königsmacker. La progression américaine est toutefois pénalisée par la boue, ainsi que les cours d’eaux gonflés par les pluies. Patton se plaint d’avoir perdu 7 ponts sur 9 à cause des intempéries et des tirs adverses.. Il se retrouve lui même empêtré dans un embouteillage sur un des ponts jetés sur la rivière près de Thionville. De fait, l’offensive marque quelque peu le pas, aussi bien à Metz qu’à Nancy. Le 11, Patton célèbre son 65e anniversaire à coups de cocktails explosifs dont il a le secret, des « Diesels Blindés » : une façon de noyer sa déception… Le problème des crues le taraude et il compte sans doute sur le soutien du Ciel pour réussir. D’où la nécessité, à ses yeux, de disposer de bons aumôniers. Celui qui prononce un sermon ce 12 novembre lui déplaît fortement et il ordonne qu’on le remplace. Ce n’est pas la première fois qu’un desservant du culte se fait remercier par ce général très pieux et très exigeant sur ce point…
Ce n’est que dans la nuit du 10 au 11 novembre qu’un ouvrage est enfin établi à Malling, sur la Moselle, qui s’étend à cet endroit sur deux kilomètres de largeur. Les premiers blindés peuvent intervenir. Il est temps : le 12 novembre, un Kampfgruppe de la 25. Panzer-Grenadier-Division bouscule le 359 IR à l’est de Kerling et se rapproche dangereusement du point de franchissement de Malling. Anticipant ce qui sera une caractéristique de la bataille des Ardennes le mois suivant, le Lieutenant-Colonel Blooth (du 2/359th) constitue une unité ad hoc équipée de bazookas en rassemblant des cuisiniers et autres secrétaires, qui ralentissent l’ennemi. L’arrivée à la rescousse de Tank Destroyers provoque la déroute de l’assaillant. Le 14 novembre, la 95th, qui progresse au sud de Thionville, contrôle les forts de Yutz et d’Illange, avant de réaliser la jonction avec la 90th ID. Illange prise, la garnison de Metz perd toute liaison avec la 19. VGD déployée au nord. Ce n’est qu’alors que le CCB de la 10th Arm Div franchit le fleuve à Thionville, (le 15), sur un pont Bailey mis en place à cet effet, Le CCA procédant de même depuis Malling.
La poussée visant à l’encerclement de Metz peut s’accélérer, mais les défenses ennemies, trop nombreuses, ralentissent la progression, à tel enseigne que Morris (le commandant de la 10th Arm Div) décide de substituer des Sherman aux automitrailleuses en tête de colonnes. Au sud de Metz, les GI’s de la 5th ID d’Irwin s’avancent dans la plaine barrée par la Seille et la Nied, dont les berges sont défendues par la « Götz von Berlichingen ». Fort heureusement, Irwin bénéficie du soutien de deux unités du XII Corps sur son flanc droit : le CCB/6th Arm Div, ainsi que la 80th ID. Si les GI’s repoussent les contre-attaques des SS renforcés d’éléments de la 21. Panzer-Division, la 80th ID se trouve dans l’embarras au moment où elle s’apprête à attaquer la Falkenbeerg Stellung : sur ordre de Walker, la 5th ID a en effet été redirigée vers le secteur de la 95th, d’où elle se portera sur Metz, le chef du XX Corps, très satisfait des hommes d’Irwin, ayant décidé que l’honneur de prendre la ville leur revient.
A Pont Marais, le 19 novembre, le 735th Tank Battalion, rattaché à la 5th ID, réalise la jonction avec le 90th Reconnaissance Troop de la 90th de Van Fleet. L’encerclement accompli, mais tardivement puisque de nombreux Landser échappent au « Kessel », Walker réoriente immédiatement la 10th Arm Div en direction de la Sarre, qui accapare l’esprit de son supérieur, « Blood & Guts » Patton. Ce même jours, les tensions accumulées depuis des semaines débouchent sur un drame : Manton Eddy, le commandant du XII Corps, ne supporte plus les marques d’insubordination de John Wood, le chef de la 4th Armored Division, qui est à sa demande relevé de son commandement par Patton, qui regimbe toujours à en venir à cette extrémité et qui le remplace par Hugh Gaffey.
La prise de Metz
La défense de Metz échoie alors au General Kittel, un habitué de la défense désespérée -suivie d’une esquive- de villes érigées en Festung à l’Est, avec ordre de tenir jusqu’au dernier homme, sans esprit de recul, une antienne dans les directives du Führer. Si sacrifier 14 000 hommes ne peut guère réjouir Rundstedt ni Balck, ce dernier se garde bien d’envoyer du matériel ou des renforts avant que l’encerclement ne soit effectif, mais Kittel, comme nombre d’Ostkämfer, sous-estime la puissance de l’aviation alliée lorsqu’il imagine pouvoir offrir une longue résistance avant de s’échapper de la nasse.
L’assaut direct débute le 14 novembre. Les Companies a et B du 1/379th IR attaquent depuis Gravelotte. Leur objectifs : sept forts secondaires, qu’ils surnomment « Les Sept Nains », sis entre Fort Jeanne d’Arc et Fort Driant, nettement plus impressionnants. Si trois de ces forts tombent, l’incapacité à neutraliser Fort Driant en octobre expose les assaillants à des tirs de flanquement. Pis, les deux unités sont isolées par une réaction prompte du 462. Füsilier-Bataillon. Lorsque l’anneau est brisé par les assiégés le lendemain, c’est au tour du 2/379th d’être menacé d’encerclement au Fort Jeanne d’Arc.
Fort heureusement, l’effort principal est délivré ailleurs, dans le secteur du 377th IR, le long de la rive ouest de la Moselle. Ce 15 novembre, l’unité s’empare de Woppy à la tombée de la nuit, tournant le flanc droit des défenses allemandes à l’ouest de Metz. La résistance s’effondre, faute de réserves. Tandis que la 5th ID atteint les lisières de la ville le 17 novembre et que Walker a ordonné de laisser de côté les forts qui persistent à combattre, les défenseurs, qui ont détruit tous les ponts à l’exception d’un seul, n’ont qu’une idée en tête : s’esquiver, ce que beaucoup parviennent à accomplir. Dès le 18, avant même que l’encerclement ne soit effectif (il l’est le 19, on l’a vu), le gros de la 5th ID a pénétré dans la ville, suivie le lendemain de la Task Force Bacon de la 95th ID (notamment les 377th et 378th IR). Si la chute de la ville ne résulte pas des seules conséquences de l’encerclement, mais par assaut direct, il n’est nullement question d’intenses combats urbains : il n’y aura pas de lutte acharnée pour chaque maison comme l’aurait souhaité Hitler. Kittel, blessé, est capturé le 21 novembre.
A Metz, encerclée, les combats s’éternisent donc jusqu’au 25 novembre. Les derniers défenseurs, ceux de Fort Jeanne d’Arc, déposent les armes le 13 décembre, une semaine après leurs camarades du Fort Driant. Apprenant qu’un général allemand a déclaré qu’il s’y battrait jusqu’à la mort, Patton a cette répartie cinglante : « Nous essayons de le satisfaire ». Lorsque la place forte tombe, il congédie vertement le SS-Brigadeführer Anton Dunckern qu’on lui a amené. « Emportez-moi le sale bâtard », déclare-t-il à la cantonade, après avoir rappelé les crimes de la SS à son interlocuteur et lui avoir assuré qu’il sera remis aux Français. En revanche, considérant la Wehrmacht comme une armée apolitique mais patriote, il se montre fort urbain à l’endroit d’un autre captif, l’Oberst Meyer.
Metz tombée, le Californien pourrait sembler satisfait. Pourtant, il attend des résultats encore plus marquants, car il voit d’un très mauvais œil les succès remportés par le 6th Army Group de Devers en Alsace, qui lui volent la vedette : Strasbourg et Mulhouse sont libérées et la 1ère armée française atteint le Rhin.
Un arrêt prématuré des opérations
La déconvenue est grande : aucune percée victorieuse vers l’Allemagne et le Rhin pour la 3rd Army… La bataille de Lorraine a coûté 56 000 hommes au combat à la 3rd Army. Les pertes non dues au combat –le pied de tranchée qui fait des ravage, fièvres, etc- sont également très importantes : 31 000 hommes pour l’ensemble du front. Les affrontements sont si acharnés que le système de remplacement des pertes, déjà mis à mal en Normandie, trouve définitivement ses limites au seuil de l’Allemagne. Le déficit se monte à 11 000 hommes le 3 décembre, ce qui correspond à environ 40% de l’infanterie, l’arme la plus touchée (plus de 88% des hommes tombés). Patton rédige donc un mémorandum pour lutter contre le pied de tranchée par la prévention, un texte si réussi qu’il attire les compliments du général Paul Hawley, le chirurgien en chef du théâtre des opérations européen. Il exige pareillement de tout officier de veiller à ce que les hommes changent de chaussettes tous les jours, menaçant de limoger celui qui n’acquittera pas de cette tâche. Il suggère également que nouveaux brodequins soient doublés avant distribution et qu’on emploie les prisonniers de guerre à cette tâche.
Après la prise de Metz, l’avance de Walker est pour quelque temps une réminiscence des jours heureux de la poursuite de la fin de l’été. La boue, les défenses ennemies hâtivement constituées, ainsi que la Ligne Maginot, trop tardivement sérieusement intégrée dans le dispositif allemand : rien qui ne soit de nature à stopper l’élan des hommes de Patton. Début décembre, les XII et XX Corps atteignent le bassin de la Sarre. Le fleuve est traversé sans coup férir. A cette occasion, Patton, qui marque élégamment son entrée en territoire allemand en crachant sur le sol, manque de se faire tuer par imprudence lors d’une tournée d’inspection dans un régiment de la 90th ID. Pourtant, la progression marque le pas. Pour peu de temps, pense t-on alors…
L’offensive sur la Sarre
Sa 3rd Army, qui borde désormais le Westwall, se prépare à repartir de l’avant et à s’enfoncer en Allemagne, Patton rejette le concours de la 1st Airborne Army, convaincu que seules de petites unités de paras aptes à intervenir avec 12 heures de préavis ont une quelconque utilité tactique : un délai qui reste encore peu compatible avec ses méthodes, qui reposent sur la capacité d’improviser immédiatement pour saisir une opportunité inattendue qui surgit du champ de bataille.
L’offensive est programmée pour le 19 décembre. Patton est décidé à employer les gros moyens car la ligne Siegfried est relativement puissante dans ce secteur. Ce sera, pour reprendre son expression, son « grand rendez-vous avec les copains de l’aviation ». Le plan prévoit en effet le « carpet bombing » (nom de code : Tink, d’après le surnom de l’épouse d’Otto Weyland, le patron du XIX Tactical Air Command), d’une ampleur inégalée.
Le temps est tellement exécrable que, le 11 décembre, il se résout à une décision passée à la postérité : l’aumônier O’Neill rédige à la demande du général la fameuse prière que l’on croit généralement avoir été écrite pendant la bataille pour Bastogne. Patton affirme à l’homme d’Eglise que si Dieu a été si bon avec ses armées jusqu’à présent, c’est parce que les gens prient.
Le 15, les combats préliminaires sont menés par les 90th et 95th ID. Rien ne semble pouvoir arrêter le déclenchement de son offensive. Le General Balck, qui commande le Heeresgruppe G, qui lui fait face, craint le pire : le Westwall risque d’être percé. Pourtant, le lendemain, 16 décembre, ce dernier reçoit un appel enthousiaste du Führer : « Balck, Balck ! Tout a changé à l’Ouest. Le succès, un succès complet, est maintenant à notre portée ». La 3rd Army doit renoncer à l’offensive sur la Sarre pour réorienter son dispositif dans les Ardennes.
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Les combats menés en Lorraine à l’automne 1944 n’ont pas la notoriété de la bataille de Normandie ou celle des Ardennes, voire des combats pour Aix-la-Chapelle. Pourtant, la Lorraine est peut-être le théâtre des occasions manquées de 1944. Elle est aussi le champ de bataille ou opère le bouillant George S. Patton et sa 3rd Army.
Le coup d’arrêt asséné à la 3rd Army en Lorraine en septembre-octobre 1944 ne représente qu’une victoire en trompe-l’oeil pour une Wehrmacht aux abois. L’échec devant Metz s’explique avant tout par le puissant système défensif, sur lequel s’appuie la résistance allemande, mais aussi par les difficultés de ravitaillement, ainsi que par les intempéries. Les combats s’enlisent et, de l’aveu même de Patton, ils soutiennent presque la comparaison avec ceux de la Grande Guerre.
Patton se prépare à reprendre l’offensive
La pause ne peut qu’être transitoire, le temps à l’armée américaine de reconstituer ses stocks sur la ligne de front. Il n’est en effet impensable que le chef de la 3rd Army demeure l’arme au pied. Ce dernier est déterminé à reprendre l’offensive au plus tôt, « bombardiers ou pas ». Le général Californien ne croit en effet nullement aux vertus de la défensive. Le mois d’octobre est consacré à de multiples assauts locaux, destinés à maintenir les troupes en action et disposer d’une meilleure base de départ pour l’offensive future : ainsi de la 90th ID qui s’échine à s’assurer du contrôle de la zone industrielle de Maizières-lès-Metz.
L’assaut est prévu avec dix divisions pour le 8 novembre. Metz ne constitue que le premier objectif : l’offensive doit porter la 3rd Army jusque sur la ligne Siegfried, alors distante de 100 km, et même jusqu’au Rhin (ce qui manque singulièrement de réalisme). Pour l’assaut sur Metz, défendue par l’anneau de forts qui a causé tant de soucis en octobre, Patton a renforcé le XX Corps de Walton Walker, porté à trois divisions d’infanterie (5th, 90th et 95th) et une Armored Division (la 10th). Le service de renseignement allemand se leurre complètement à ce propos, en établissant le fait que la 95th ID ne serait que le regroupement des 5th et 90th ID, qui ont dû combiner le reliquat de leurs forces suite aux pertes subies… Plus à l’est, la XII Corps de Manton Eddy partira à l’assaut depuis la tête de pont de Nancy, secteur certes moins fortifié, mais qui présentent des barrières naturelles sur lesquelles peut s’organiser une défense résolue. Eddy est également renforcé : il commande à trois divisions d’infanterie (26th, 35th et 80th), ainsi qu’à deux divisions blindées (4th et 6th). En face, l’armée ennemie n’est plus que l’ombre de ce qu’elle représentait au mois de septembre.
L’offensive s’avère un franc succès en dépit des intempéries
L’opération Madison est déclenchée comme prévu le 8 novembre. Si la 8th USAAF de Doolittle est d’abord clouée au sol par un temps exécrable à peine, qui sévit depuis deux jours, elle engagera finalement près de 1 500 avions en soutien, une force de frappe aux effets potentiellement dévastateurs, qui se conjugue avec une préparation d’artillerie conséquente, soit pas moins de 17 bataillons de corps dans le seul secteur du XII Corps, outre 20 bataillons divisionnaires, les pièces de DCA de 90 mm, les Tanks Destroyers, ainsi que les howitzer de 105 des cannon companies des régiments. L’attaque d’Eddy apparaît ainsi peu ou prou comme une réminiscence de la Grande Guerre. Loin de concentrer ses efforts, il frappe en force sur une cinquantaine de kilomètres de front. Les combats débutent de manière plutôt favorable : l’avance se compte en kilomètres, bien que le front ennemi ne craque pas. La 35th ID s’empare de Delme au soir du 10 novembre, la 80th prenant le contrôle de la crête éponyme. La division, soutenue par la 6th Arm. Div., se heurte toutefois ensuite à plus fort parti avec une 48. ID renforcée par la 36. VGD, s’arc-boutant sur les positions dites de la Falkenberg Stellung. La prise de Morhange est tout aussi ardue. Plus au sud, le CCA/4th et la 26th sont à la peine face à la 361. VGD et la 11. Panzer-Division, dont les Panther rejettent deux Task Forces de la 4th Arm. Div. hors de Guébling.
Le 9 novembre, le XX Corps entre à son tour dans la danse. Tandis que la 95th doit fixer l’ennemi à l’ouest de Metz, la 5th attaquera depuis le sud pour établir la jonction avec la 90th, qui doit parachever l’encerclement avec le soutien de la 10th Armored Division. Contrairement à Eddy, Walker bénéficie du soutien des forces aériennes dès le début des opérations, même si l’efficacité reste réduite. Le franchissement de la Moselle par la 90th ID s’effectue avec une facilité surprenante. La nature est cette fois-ci du côté des Américains, puisque les inondations provoquées par le le fleuve noient les champs de mines allemands, au-dessus desquels les bateaux d’assaut n’ont qu’à flotter… Les 462 et 19. VGD, ainsi que la 416. ID, tiennent un front démesuré, mais disposent de mines à profusion, ainsi que de forts redoutables, y compris les pièces d’artillerie de la ligne Maginot dans le secteur de Königsmacker. La progression américaine est toutefois pénalisée par la boue, ainsi que les cours d’eaux gonflés par les pluies. Patton se plaint d’avoir perdu 7 ponts sur 9 à cause des intempéries et des tirs adverses.. Il se retrouve lui même empêtré dans un embouteillage sur un des ponts jetés sur la rivière près de Thionville. De fait, l’offensive marque quelque peu le pas, aussi bien à Metz qu’à Nancy. Le 11, Patton célèbre son 65e anniversaire à coups de cocktails explosifs dont il a le secret, des « Diesels Blindés » : une façon de noyer sa déception… Le problème des crues le taraude et il compte sans doute sur le soutien du Ciel pour réussir. D’où la nécessité, à ses yeux, de disposer de bons aumôniers. Celui qui prononce un sermon ce 12 novembre lui déplaît fortement et il ordonne qu’on le remplace. Ce n’est pas la première fois qu’un desservant du culte se fait remercier par ce général très pieux et très exigeant sur ce point…
Ce n’est que dans la nuit du 10 au 11 novembre qu’un ouvrage est enfin établi à Malling, sur la Moselle, qui s’étend à cet endroit sur deux kilomètres de largeur. Les premiers blindés peuvent intervenir. Il est temps : le 12 novembre, un Kampfgruppe de la 25. Panzer-Grenadier-Division bouscule le 359 IR à l’est de Kerling et se rapproche dangereusement du point de franchissement de Malling. Anticipant ce qui sera une caractéristique de la bataille des Ardennes le mois suivant, le Lieutenant-Colonel Blooth (du 2/359th) constitue une unité ad hoc équipée de bazookas en rassemblant des cuisiniers et autres secrétaires, qui ralentissent l’ennemi. L’arrivée à la rescousse de Tank Destroyers provoque la déroute de l’assaillant. Le 14 novembre, la 95th, qui progresse au sud de Thionville, contrôle les forts de Yutz et d’Illange, avant de réaliser la jonction avec la 90th ID. Illange prise, la garnison de Metz perd toute liaison avec la 19. VGD déployée au nord. Ce n’est qu’alors que le CCB de la 10th Arm Div franchit le fleuve à Thionville, (le 15), sur un pont Bailey mis en place à cet effet, Le CCA procédant de même depuis Malling.
La poussée visant à l’encerclement de Metz peut s’accélérer, mais les défenses ennemies, trop nombreuses, ralentissent la progression, à tel enseigne que Morris (le commandant de la 10th Arm Div) décide de substituer des Sherman aux automitrailleuses en tête de colonnes. Au sud de Metz, les GI’s de la 5th ID d’Irwin s’avancent dans la plaine barrée par la Seille et la Nied, dont les berges sont défendues par la « Götz von Berlichingen ». Fort heureusement, Irwin bénéficie du soutien de deux unités du XII Corps sur son flanc droit : le CCB/6th Arm Div, ainsi que la 80th ID. Si les GI’s repoussent les contre-attaques des SS renforcés d’éléments de la 21. Panzer-Division, la 80th ID se trouve dans l’embarras au moment où elle s’apprête à attaquer la Falkenbeerg Stellung : sur ordre de Walker, la 5th ID a en effet été redirigée vers le secteur de la 95th, d’où elle se portera sur Metz, le chef du XX Corps, très satisfait des hommes d’Irwin, ayant décidé que l’honneur de prendre la ville leur revient.
A Pont Marais, le 19 novembre, le 735th Tank Battalion, rattaché à la 5th ID, réalise la jonction avec le 90th Reconnaissance Troop de la 90th de Van Fleet. L’encerclement accompli, mais tardivement puisque de nombreux Landser échappent au « Kessel », Walker réoriente immédiatement la 10th Arm Div en direction de la Sarre, qui accapare l’esprit de son supérieur, « Blood & Guts » Patton. Ce même jours, les tensions accumulées depuis des semaines débouchent sur un drame : Manton Eddy, le commandant du XII Corps, ne supporte plus les marques d’insubordination de John Wood, le chef de la 4th Armored Division, qui est à sa demande relevé de son commandement par Patton, qui regimbe toujours à en venir à cette extrémité et qui le remplace par Hugh Gaffey.
La prise de Metz
La défense de Metz échoie alors au General Kittel, un habitué de la défense désespérée -suivie d’une esquive- de villes érigées en Festung à l’Est, avec ordre de tenir jusqu’au dernier homme, sans esprit de recul, une antienne dans les directives du Führer. Si sacrifier 14 000 hommes ne peut guère réjouir Rundstedt ni Balck, ce dernier se garde bien d’envoyer du matériel ou des renforts avant que l’encerclement ne soit effectif, mais Kittel, comme nombre d’Ostkämfer, sous-estime la puissance de l’aviation alliée lorsqu’il imagine pouvoir offrir une longue résistance avant de s’échapper de la nasse.
L’assaut direct débute le 14 novembre. Les Companies a et B du 1/379th IR attaquent depuis Gravelotte. Leur objectifs : sept forts secondaires, qu’ils surnomment « Les Sept Nains », sis entre Fort Jeanne d’Arc et Fort Driant, nettement plus impressionnants. Si trois de ces forts tombent, l’incapacité à neutraliser Fort Driant en octobre expose les assaillants à des tirs de flanquement. Pis, les deux unités sont isolées par une réaction prompte du 462. Füsilier-Bataillon. Lorsque l’anneau est brisé par les assiégés le lendemain, c’est au tour du 2/379th d’être menacé d’encerclement au Fort Jeanne d’Arc.
Fort heureusement, l’effort principal est délivré ailleurs, dans le secteur du 377th IR, le long de la rive ouest de la Moselle. Ce 15 novembre, l’unité s’empare de Woppy à la tombée de la nuit, tournant le flanc droit des défenses allemandes à l’ouest de Metz. La résistance s’effondre, faute de réserves. Tandis que la 5th ID atteint les lisières de la ville le 17 novembre et que Walker a ordonné de laisser de côté les forts qui persistent à combattre, les défenseurs, qui ont détruit tous les ponts à l’exception d’un seul, n’ont qu’une idée en tête : s’esquiver, ce que beaucoup parviennent à accomplir. Dès le 18, avant même que l’encerclement ne soit effectif (il l’est le 19, on l’a vu), le gros de la 5th ID a pénétré dans la ville, suivie le lendemain de la Task Force Bacon de la 95th ID (notamment les 377th et 378th IR). Si la chute de la ville ne résulte pas des seules conséquences de l’encerclement, mais par assaut direct, il n’est nullement question d’intenses combats urbains : il n’y aura pas de lutte acharnée pour chaque maison comme l’aurait souhaité Hitler. Kittel, blessé, est capturé le 21 novembre.
A Metz, encerclée, les combats s’éternisent donc jusqu’au 25 novembre. Les derniers défenseurs, ceux de Fort Jeanne d’Arc, déposent les armes le 13 décembre, une semaine après leurs camarades du Fort Driant. Apprenant qu’un général allemand a déclaré qu’il s’y battrait jusqu’à la mort, Patton a cette répartie cinglante : « Nous essayons de le satisfaire ». Lorsque la place forte tombe, il congédie vertement le SS-Brigadeführer Anton Dunckern qu’on lui a amené. « Emportez-moi le sale bâtard », déclare-t-il à la cantonade, après avoir rappelé les crimes de la SS à son interlocuteur et lui avoir assuré qu’il sera remis aux Français. En revanche, considérant la Wehrmacht comme une armée apolitique mais patriote, il se montre fort urbain à l’endroit d’un autre captif, l’Oberst Meyer.
Metz tombée, le Californien pourrait sembler satisfait. Pourtant, il attend des résultats encore plus marquants, car il voit d’un très mauvais œil les succès remportés par le 6th Army Group de Devers en Alsace, qui lui volent la vedette : Strasbourg et Mulhouse sont libérées et la 1ère armée française atteint le Rhin.
Un arrêt prématuré des opérations
La déconvenue est grande : aucune percée victorieuse vers l’Allemagne et le Rhin pour la 3rd Army… La bataille de Lorraine a coûté 56 000 hommes au combat à la 3rd Army. Les pertes non dues au combat –le pied de tranchée qui fait des ravage, fièvres, etc- sont également très importantes : 31 000 hommes pour l’ensemble du front. Les affrontements sont si acharnés que le système de remplacement des pertes, déjà mis à mal en Normandie, trouve définitivement ses limites au seuil de l’Allemagne. Le déficit se monte à 11 000 hommes le 3 décembre, ce qui correspond à environ 40% de l’infanterie, l’arme la plus touchée (plus de 88% des hommes tombés). Patton rédige donc un mémorandum pour lutter contre le pied de tranchée par la prévention, un texte si réussi qu’il attire les compliments du général Paul Hawley, le chirurgien en chef du théâtre des opérations européen. Il exige pareillement de tout officier de veiller à ce que les hommes changent de chaussettes tous les jours, menaçant de limoger celui qui n’acquittera pas de cette tâche. Il suggère également que nouveaux brodequins soient doublés avant distribution et qu’on emploie les prisonniers de guerre à cette tâche.
Après la prise de Metz, l’avance de Walker est pour quelque temps une réminiscence des jours heureux de la poursuite de la fin de l’été. La boue, les défenses ennemies hâtivement constituées, ainsi que la Ligne Maginot, trop tardivement sérieusement intégrée dans le dispositif allemand : rien qui ne soit de nature à stopper l’élan des hommes de Patton. Début décembre, les XII et XX Corps atteignent le bassin de la Sarre. Le fleuve est traversé sans coup férir. A cette occasion, Patton, qui marque élégamment son entrée en territoire allemand en crachant sur le sol, manque de se faire tuer par imprudence lors d’une tournée d’inspection dans un régiment de la 90th ID. Pourtant, la progression marque le pas. Pour peu de temps, pense t-on alors…
L’offensive sur la Sarre
Sa 3rd Army, qui borde désormais le Westwall, se prépare à repartir de l’avant et à s’enfoncer en Allemagne, Patton rejette le concours de la 1st Airborne Army, convaincu que seules de petites unités de paras aptes à intervenir avec 12 heures de préavis ont une quelconque utilité tactique : un délai qui reste encore peu compatible avec ses méthodes, qui reposent sur la capacité d’improviser immédiatement pour saisir une opportunité inattendue qui surgit du champ de bataille.
L’offensive est programmée pour le 19 décembre. Patton est décidé à employer les gros moyens car la ligne Siegfried est relativement puissante dans ce secteur. Ce sera, pour reprendre son expression, son « grand rendez-vous avec les copains de l’aviation ». Le plan prévoit en effet le « carpet bombing » (nom de code : Tink, d’après le surnom de l’épouse d’Otto Weyland, le patron du XIX Tactical Air Command), d’une ampleur inégalée.
Le temps est tellement exécrable que, le 11 décembre, il se résout à une décision passée à la postérité : l’aumônier O’Neill rédige à la demande du général la fameuse prière que l’on croit généralement avoir été écrite pendant la bataille pour Bastogne. Patton affirme à l’homme d’Eglise que si Dieu a été si bon avec ses armées jusqu’à présent, c’est parce que les gens prient.
Le 15, les combats préliminaires sont menés par les 90th et 95th ID. Rien ne semble pouvoir arrêter le déclenchement de son offensive. Le General Balck, qui commande le Heeresgruppe G, qui lui fait face, craint le pire : le Westwall risque d’être percé. Pourtant, le lendemain, 16 décembre, ce dernier reçoit un appel enthousiaste du Führer : « Balck, Balck ! Tout a changé à l’Ouest. Le succès, un succès complet, est maintenant à notre portée ». La 3rd Army doit renoncer à l’offensive sur la Sarre pour réorienter son dispositif dans les Ardennes.
Transmettre l’Histoire: enseigner, publier…
Independant Tank Battalions en Normandie. Premiers combats, juin 1944.
LE “TOMMY” EN NORMANDIE. LE QUOTIDIEN.
Avril-mai 1943, l’offensive et la victoire finale des Alliés. “Strike” et “Vulcan”
Avril 1943, échec à Foundouk