Seconde Guerre Mondiale WWII

Le Panzerbüsche 41 

Un antichar hors-norme

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En matière d’armes portatives pour la lutte antichar, la Wehrmacht est connue pour les armes révolutionnaires que sont le Panzerschreck et le Panzerfaust. Il est pourtant une autre arme, qui entre presque dans cette catégorie d’armes d’infanterie, dont le concept est tout aussi novateur, à tel point qu’on peut presque parler d’ « arme secrète » : le Panzerbüsche 41.

Jusqu’à l’introduction du bazooka et de ses dérivés, à partir de la fin de l’année 1942, et faute de canons antichars en nombre suffisants, le fantassin est fort démuni pour affronter les blindés. Le fusil antichar, apparu au cours de la Grande Guerre, et qui garde ses lettres de noblesse au sein de l’Armée rouge, ne peut être qu’un pis-aller au cours du second conflit mondial, les Panzerbüsche 39 et autres Boys démontrant leur inanité sur le champ de bataille. Le Panzerbüsche 41 fait ici exception. 

Caractéristiques d’une arme hors du commun

Les prototypes de la nouvelle arme sont mis au point à l’été 1940, puis testés. Classé comme arme légère et fusil antichar lourd, ses caractéristiques, poids et apparence le classeraient plutôt dans la catégorie des canons antichars légers : outre un affût, il comporte en effet des roues, un bouclier et une culasse à recul… Les roues petites, et le train de roulement, étroit, empêchent toutefois les déplacements à vitesse rapide lorsque l’engin est tracté, sauf à disposer d’une remorque (souvent de type Infanteriekarren IF8 embarquant les munitions). Cependant, deux hommes suffisent à le mettre en action et sa mise en service par un servant, positionné comme derrière une mitrailleuse, lui confère un aspect bien particulier. 

Cette arme, une des plus particulières produites au cours du conflit, est officiellement désignée 2,8 schwere Panzerbüsche 41 (2,8 cm s.Pz.B.41), peut-être pour des raisons de dissimulation lors de sa mise au point. La pièce a en effet été désignée comme constituant la « première arme secrète de l’Allemagne de la Seconde Guerre mondiale. » La culasse est semi-automatique et l’arme bénéficie d’un système d’absorption du recul hydro-pneumatique. Sa caractéristique principale consiste en un tube à âme conique : le calibre est ainsi supérieur au niveau de la culasse (28 mm) par rapport à ce qu’il est au niveau de la bouche (20 mm), une particularité rendue possible par l’adoption de munitions au tungstène (le noyau forgé dans ce métal est entouré d’une gaine d’acier pour éviter que l’obus ne se brise trop facilement à l’impact). 

Un potentiel antichar redoutable  

La vitesse initiale de l’obus est ainsi phénoménale pour un obus léger et de petit calibre : le projectile de 2,8 cm atteint ainsi une vitesse initiale de 1 400 mètres/s. Il s’agit de la mise en application du principe de Gerlich (découvert en 1903). Les performances balistiques du Panzerbüsche 41 sont nettement supérieures à celles d’une arme classique de calibre similaire. A un kilomètre, sa pénétration est semblable à celle du Pak 36 : aux alentours de 25 mm. Par contre, à 100 mètres, il a une puissance de pénétration double (sauf si le Pak 36 utilise une munition Panzergranate 40) avec 60 à 69 mm sous un angle de 60°, voire triple puisque l’obus peut pénétrer 92 mm de blindage vertical à cette distance. Il est même un peu plus puissant que le 5 cm L/42 à cette portée, et un peu moins performant à 500 mètres, mais surclasse largement les performances du 7,5 cm L/24 qui ne traverse que 41 mm de blindage à 100 m (mais les deux pièces ont des pénétrations équivalentes à 500 m). A 400 mètres, l’obus peut donc traverser une tourelle de T-34 de face, ainsi que les flancs de la caisse du blindé soviétique. Le sPzB 41 est donc létal à courte portée, pouvant pénétrer la plupart des blindages de l’époque jusqu’en 1943. A cette date, ce canon s’avère bien insuffisant dans la plupart des compartiments de combat, mais, outre qu’il est très difficile à déceler quand il est embossé, il reste utile contre des cibles plus légères, que ce soient des blindés légers ou des véhicules non blindés, ou encore la neutralisation des nids de mitrailleuses ou des positions d’artillerie. L’arme dispose en effet de plusieurs types de munitions. En revanche, s’il faut en croire les tests menés par l’armée britannique (qui s’empare d’un premier exemplaire en Libye dès l’été 1941), les obus, tellement rapides, ont une tendance à se briser sur les blindages, même peu épais, voire à ricocher.

Développé par la société Rheinmetall, il est maintenu en production par le Mauser-Werke AG, usine sise à Obendorf am Neckar, jusqu’en 1943, avant que les limites des ressources en tungstène, matériau rare indispensable aux machines-outils, n’obligent à renoncer à cette arme, faute de munitions (2 millions d’obus produits, les trois quarts de rupture). 2 797 s.Pz.B.41 sont alors entrés en service (90 en 1940, 339 en 1941, 1029 en 1942 et 1324 en 1943) et restent en dotation jusqu’à épuisement des stocks de munitions.

Evolution et emploi

Les premières modifications surviennent après les 90 premiers exemplaires. Le canon, pas très lourd, est facile à transporter et sa taille réduite facilite également sa dissimulation, d’autant qu’il est aisé d’en désolidariser les roues, une caractéristique offrant la possibilité de s’embosser au raz du sol et qui permet la mise en batterie sur des positions inaccessibles, et donc interdites, aux autres Pak. Léger (228 kg, ce qui en fait le canon antichar le moins lourd de la guerre, toutes armées confondues), c’est une arme antichar idéale pour les Fallschirmjäger et les Gebirgsjäger. La nouvelle version versée aux parachutistes (un modèle dont le poids est réduit du tiers, avec des roues plus petites) nécessite cependant la mise au point d’une remorque spéciale de type Sonderanhänger 32/3  par la firme Lindner AG. Peu encombrant, il se prête facilement au transport par avion, notamment le fameux Junker Ju-52, ce qui explique pourquoi il a été attribué aux forces combattant en Afrique du Nord. 

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La pièce reste relativement rare. On n’en dénombre que 183 en service au 1er juin 1941, dont à peine 40 sont engagés dès les débuts de l’opération « Barbarossa », 40 autres parvenant aux unités de l’Ostheer avant la fin de l’année 1941. En novembre 1941, si la 15. Panzer-Division aligne 74 inutiles Panzerbüsche 39, elle ne compte que 4 Panzerbüsche 41. Un mois plus tard, les dotations sont tombés de moitié. A la veille de la bataille de Gazala, on en compte 4 à la 15. Panzer, à la 21. Panzer et 14 à la 90. Leichte-Afrika –Division. 

Utilisé comme antichar classique, le Panzerbüsche 41 est aussi monté sur des véhicules. Des clichés nous montrent une installation précoce sur des Horch Kfz 15. Le Sdkfz 221 ainsi modifié ne compte plus que deux membres d’équipage, à cause de l’encombrement du canon. L’engin est fourni en 1942 aux escadrons de Panzerspähwagen au sein des unités d’Auflklärung des divisions de Panzer et motorisées. Des pièces approvisionnées chacune de 168 obus sont montées sur des Sdkfz 250/11 avec six hommes d’équipage, le Panzerbüsche équipant ainsi la 14. Kompanie de l’Aufklärungs-Abteilung de la LAH, à raison de trois exemplaires au sein du groupe antichar lourd. Des semi-chenillés Sdkfz 251 en ont été également pourvus, au moins un engin de la Hohenstaufen est engagé en Normandie.

Enfin, le 2,8-cm KampfWagenKanone 42 (2,8 cm KwK 42) est une variante destinée à être utilisée en tourelle de char. Sa différence notable est le chromage de l’intérieur du canon, qui double sa longévité, qui passe de 500 à 1000 obus. L’arme n’est produite qu’à 24 unités, le concept n’ayant plus d’intérêt ni d’utilité pratique, alors que des calibres plus importants deviennent la norme, avec un usinage nécessitant en outre des matériaux moins rares.  

Le s.Pz.B.41 reste néanmoins en service jusqu’à l’effondrement final du Reich, puisque des pièces sont encore en action à Berlin, en 1945…