Seconde Guerre Mondiale WWII

LES GEBIRGSJÄGER 

L'élite de la Wehrmacht

            Le General Ludwig Kübler : premier commandant de division à obtenir la Ritterkreuz (après la campagne de Pologne). Le General Eduard Dietl, le héros de Narvik : premier soldat de la Wehrmacht à obtenir les feuilles de chêne à sa Ritterkreuz (à l’issue de la campagne de Norvège). Les Gebirgstruppen (voir leur présentation par Yann Mahé dans « Le Landser », Ligne de Front N°70) ont été de toutes les campagnes : de la Laponie à l’Egypte, en passant par la Grèce ou le Caucase. La Heer lève 11 divisions jusqu’en 1945 (Geg.-Div. 1 à 10 et 188. Geb.-Div., sans compter une multitude de petites unités (à l’instar de la 2. Gebirgs-Jäger-Kompanie du Sonderverband 288 rattaché au DAK, ou encore le Sonderverband « Bergmann »), ainsi que les formations de la Waffen SS (citons la 24. Waffen-Gebirgs-Division der SS Karstjäger, SS-Skijäger-Bataillon « Norge »). Quelles ont été les principales opérations menées par les Gebirgsjäger ? Dans quelles circonstances ont-ils été engagés et pour quel type de combats ? 

Norvège, 1940 : opération combinée et environnement montagneux pour les Gebirgsjäger  

La campagne de Norvège –l’opération « Weserübung »- semble taillée sur mesure pour les Gebirgstruppen : un champ de bataille particulièrement montagneux, un climat froid, même au printemps. Le combat emblématique de cette campagne est la lutte menée pour le port de Narvik. La tâche de s’en emparer incombe au General Dietl (le Kommandeur de la 3. Geb.-Div.), qui dispose pour ce faire de 1 690 chasseurs-alpinsdu Gebirgs-Jäger-Regiment 139 et de 300 hommes des unités divisionnaires de la 3. Gebirgs-Division. Ces forces seront convoyées à bord des 10 destroyers du Kriegsschiffsgruppe 1 du Kommodore Bonte. Cette mission représente probablement l’aspect le plus hardi de l’audacieuse opération « Weserübung ». Le jour du débarquement, le 9 avril, l’objectif est occupé sans combats. Faute de ravitailleurs en carburant, Bonte ne peut regagner immédiatement l’Allemagne et se voit contraint de mouiller dans le fjord.  En principe, le rôle de sa flottille est terminé. De son côté, Dietl met le port en état de défense et s’efforce de s’assurer du contrôle de la voie ferrée jusqu’à la Suède. En attendant l’arrivée du matériel lourd, il dispose du matériel très important capturé au camp d’Elvegaardsmoën, dont pas moins de 315 mitrailleuses. En outre, des canons sont récupérés sur les navires alliés ou neutres qui mouillent dans le port de Narvik (les bateaux ont été équipés de la sorte dans l’éventualité d’une attaque sous-marine en haute mer). Tandis que Dietl attaque le long de la voie-ferrée, l’Oberst Windisch progresse avec ses chasseurs-alpins en direction de l’aérodrome de Bardufoss. La mission semble donc être un succès total. 

Pourtant, l’Amirauté britannique est déterminée à réagir avec vigueur. Elle surprend la flottille allemande au mouillage à Narvik et l’envoie intégralement par le fond à l’issue des affrontements navals des 10 et 13 avril.  Dietl est donc isolé. Paul Reynaud déclare alors de manière fracassante à la Chambre des députés « La route permanente du minerai de fer suédois vers l’Allemagne est et restera coupée ». Il reste cependant à chasser les Gebirgsjäger retranchés à Narvik et renforcés par les 3 000 rescapés des destroyers coulés dans le fjord, un appoint d’infanterie de fortune, dotée en partie d’armes norvégiennes de prise. 

 Les effectifs allemands sont encore accrus d’un millier d’hommes qui arrivent par la voie des airs, en l’occurrence un bataillon de parachutistes et quatre compagnies de Gebirgsjäger (après une instruction au saut raccourcie !) ainsi qu’une batterie d’artillerie de montagne. En tout état de cause, si le gouvernement suédois s’oppose fermement au passage d’armes et de munitions sur son sol, il accorde cependant quelques facilités aux Allemands. Du 19 au 22 avril, des wagons amenant des vivres et du matériel médical pour la population sont autorisés à traverser le territoire suédois avec 292 membres des services sanitaire. Par cette même voie, 528 marins de commerce, 104 marins de la Kriegsmarine et 159 blessés sont évacués dans l’autre sens. Le Fregattenkapitän Bey, rapatrié en avion en Allemagne, présente à ses supérieurs un tableau précis de la situation dramatique dans laquelle se trouve Dietl.  

En attendant l’intervention des forces terrestres alliées, la flotte harcèle Dietl en bombardant ses positions. Les Gebirgsjäger sont soutenus par des appareils de la Luftwaffe opérant depuis des bases situées plus au sud en Norvège. Dans le camp allié, ce n’est que le 20 mai que des chasseurs britanniques sont déployés sur le terrain de Bardufoss, au nord-est de Narvik. Le 28 avril, la 27ème demi-brigade de chasseurs-alpins français est débarquée dans le secteur de Narvik avec mission de s’emparer du port. Elle est suivie par l’arrivée des 2ème et 14ème demi-brigades de chasseurs polonais et de la 13ème demi-brigade de la Légion Etrangère. En outre, les Français engagent la 342ème compagnie de chars, en l’occurrence 10 Hotchkiss H-39. L’ensemble des forces françaises constitue la 1ère Division Légère de Chasseurs sous les ordres du général Béthouart Les Britanniques déploient à terre la 24th Scots and Irish Guards Brigade ainsi que deux compagnies du South Wales Border Regiment. Les forces norvégiennes de la 6ème division (5 000 hommes) interviennent également dans la bataille. Au total, les Alliés disposent de 30 000 hommes pour affronter les 6 000 hommes de Dietl. 

Pendant ce temps, une colonne de secours allemande remonte depuis le sud. Une tâche ardue : il faut combattre et vaincre l’adversaire sur un terrain difficile et parcourir des centaines de kilomètres d’une nature sauvage (600 km à vol d’oiseau jusqu’à Narvik…). Le Generalleutnant Feurstein mène les opérations depuis Trondheim, avec sa 2. Gebirgs-Jäger-Division et les éléments qui lui sont rattachés, soit 6 000 hommes au 15 mai. Les Alliés, déterminés à s’emparer et à tenir Narvik, ne peuvent ignorer le danger. Lorsque le General Auchinleck succède à Narvik au General Makesy, jugé trop timoré, il est décidé que les Anglais se déploieront face au sud afin de parer à la menace des troupes allemandes qui se rapprochent dangereusement de Narvik depuis le centre de la Norvège. A compter du 4 mai 1940, la remontée allemande vers Narvik va s’éterniser un mois, la progression devenant particulièrement éprouvante au-delà du cercle polaire. L’ultime étape, l’opération « Bueffel », arrive à son terme le 13 juin, lorsque le contact est pris avec les hommes de Dietl.  

A Narvik, dans le camp allié, l’offensive est confiée au général Béthouart. La Légion réalise deux débarquements : le premier a lieu à Bjerkvik, au nord de Narvik, le 13 mai. La progression, jusque-là stoppée face à un adversaire coriace, sachant user habilement d’un terrain accidenté propice à la défense, peut enfin reprendre : les Allemands sont repoussés. Seule la résistance acharnée de la cote 220 sauve les Gebirgsjäger de Windisch de l’anéantissement complet. Harcelés par les forces alliées et soumis aux tirs de la Royal Navy, les hommes de Windisch, épuisés et à court de munitions, réussissent à rejoindre le point d’appui de Storebalak. Le succès n’est pas exploité dans l’immédiat par les Alliés et l’avance est stoppée. Les légionnaires sont alors rejoints par les chasseurs-alpins et les Norvégiens. Une nouvelle attaque est envisagée quand des chasseurs britanniques sont enfin déployés sur le terrain de Bardufoss. Un second débarquement est effectué par la Légion à Narvik même, le 28 mai, tandis que les Norvégiens et les chasseurs-alpins fixent et refoulent les forces allemandes qui leur font face au nord de la ville, et que les Polonais attaquent depuis le sud, s’emparant de la presqu’île d’Ankenes. La lutte est âpre, les Allemands parvenant à plusieurs reprises à reconquérir le terrain perdu.  

            Néanmoins, la pression des troupes alliées est telle que Dietl est contraint de se replier. Narvik est ainsi évacué le 28 mai. Les troupes allemandes, inexorablement repoussées en direction de la frontière suédoise où elles risquent l’internement, se retrouvent dans une situation délicate. Toutefois, en raison des événements dramatiques qui ont lieu au même moment en France, où les forces franco-britanniques isolées évacuent à Dunkerque, le retrait de Norvège par les Alliés apparaît inévitable. Il est effectif les 7 et 8 juin 1940. Les troupes allemandes peuvent alors reprendre la ville sans combats. Dietl ne doit certes son succès qu’au départ des Alliés mais il est devenu célèbre dans son pays. 

La bataille de Narvik fait entrer les Gebirgsjäger, et surtout le General Dietl, dans la légende. Les Gebirgsjäger ont aussi participé à la première opération triphibie de la guerre. A ce titre, si la coopération interarmes allemande n’a pas été optimale, elle a néanmoins été effective. A ce stade de la guerre, il apparaît que les allemands maîtrisent mieux les opérations combinées que leurs adversaires. Un an plus tard, au printemps 1941, des Gebirgsjäger seront de nouveau sollicités pour une opération combinant des forces terrestres, aériennes et navales, tout en restant atypique compte tenu de leur spécialité. 

Combattre en montagne : la raison d’être des Gebirgstruppen  

Le théâtre d’opération privilégié des Gebirgsjäger est, cela va de soi, la montagne. On explique ainsi aisément leur intervention en Norvège en 1940, en Yougoslavie et en Grèce en 1941, mais aussi dans le Caucase en 1942, ainsi qu’en Italie en 1943-45. Combattre en haute altitude s’effectue bien souvent dans des conditions difficiles, voire périlleuses. Mettre en place des barrages est chose aisée dans les vallées, obligeant bien souvent à rechercher des manœuvres de flanquement. Les embuscades dans les gorges étroites sont souvent fatales aux premiers éléments d’une troupe en progression. Les vastes espaces enneigés ou des glaciers n’offrent aucun couvert à l’assaillant. De même, bloqué en fond de vallée ou sur une pente, l’attaquant doit mettre à profit la moindre protection pour progresser. Les positions de montagne sont donc particulièrement favorables au défenseur, qui peut aisément établir des bastions inexpugnables, même défendus par une poignée de combattants. Il faut alors parfois traverser des torrents d’eau glacée et escalader des parois vertigineuses. Chutes de pierres, avalanches et crevasses demeurent des dangers permanents. Les échanges de tirs provoquent des échos qui font trembler les masses de neige instables. Des hommes décrochent, glissent et sont précipités dans le vide. Le froid polaire qui règne en très haute altitude est également un calvaire pour les hommes. Les engelures peuvent mener à des amputations. Sans lunettes, les hommes souffrent aussi d’ophtalmie des neiges.

Deux corps et quatre divisions participent aux offensives menées dans les Balkans en avril 1941, l’opération « Marita » : les XVIII. et XXXXIX. Gebirgs-Armeekorps et les 1., 4., 5. et 6. Gebirsjäger-Divisionen, les deux premières divisions en Yougoslavie et les deux autres en Grèce. Les faits d’armes se multiplient : percée en deux jours de la Ligne Métaxas, percée de la 5. Geb. Div. à la passe de Rupl, le long de la Struma, puis exploitation à travers les sommets enneigés des Rhodopes, etc. L’honneur d’atteindre Athènes en premier et de hisser le drapeau du Reich sur l’Acropole échoit à une unité de Gebirgsjäger particulière : les « Brandenburger » de la 8. (Geb.)-Kp. De l’autre côté de la Méditerranée, une compagnie de chasseurs-alpins est engerbée au sein du fameux Sonderverband 288, tandis que le Geb. Rgt 756 met à profit sa spécialité de troupes de montagne dans les dorsales tunisiennes, dans le cadre de la 334. ID. 

Après la conquête, bien incomplète, c’est le temps de l’occupation. C’est ainsi que de nombreuses troupes de montagne sont engagées dans l’impitoyable guerre de partisans menée en Yougoslavie, mais également en Grèce et en Albanie. Ces opérations, ponctuées d’innombrables exactions sur les populations civiles, impliquent plus particulièrement des unités de SS (dont la Freiwilligen-Gebirgs-Division der Waffen SS d’Arthur Phleps, rebaptisée 7. SS-Freiwilligen-Gebirgs-Division « Prinz Eugen » en octobre 1943), mais aussi la 1. Geb.-Div., qui participera à un désarmement « musclé » des forces italiennes en 1943, en prenant une part active aux crimes de guerre qui coûtent la vie à 6 000 Italiens assassinés à Céphalonie. En France, des Gebirgsjäger de la 157. Res. Div. sont engagés dans la réduction des forteresses des maquis, aussi bien dans les Alpes, au plateau des Glières, que dans le Vercors.  

C’est en Italie que les Gebirgsjäger vont de nouveau faire montre de tous leurs talents, même si les conditions, à la fois climatiques et de combat seront particulièrement éprouvantes. Au cours de la 2e bataille de Cassino, le CEF sera ainsi confronté essentiellement à la 5. Gebirgsjäger-Division, en ligne depuis le 22 décembre, et à la 44. ID. Les chasseurs-alpins allemands ont trouvé un adversaire à leur mesure, à tel point que lorsque les opérations menées par Juin, victorieuses, arrivent à leur point mort le 17 janvier 1944, le General von Senger-und-Eterlin, Kommandeur du XIV. PzK, est soulagé : si Atina tombe, il ne dispose plus de rien pour empêcher les Alliés de parvenir jusqu’à la vallée du Liri, rendant caduque tout maintien sur la ligne « Gustav ». Deux Hochgebirgsjäger-Bataillone (Hoch 3 et 4), soit des bataillons de haute-montagne, sont engagés dans la même zone. La 5. Gebirgsjäger-Division, désormais commandée par le General Schrank, restera en Italie jusqu’à la capitulation, déployée dans les Abruzzes, puis, à partir de l’été 1944 sur le front des Alpes, du Mont Blanc au Mont Viso, aux côtés de la 8. Gebirgsjäger-Division (ex-157. Reserve-Division), qui est ensuite transférée dans les Apennins, devant Bologne, autre théâtre à la mesure des troupes alpines. Quelques chasseurs-alpins participent aux opérations en Alsace, en l’occurrence les troupes de la 2. Geb.-Div., déployée depuis la Norvège vers un secteur au relief a priori accidenté. Dans les faits, l’unité est engagée dans la plaine alsacienne, au cours de l’opération « Nordwind » (janvier 1942). En revanche, la 6. SS-Geb.-Div. « Nord » affronte l’ennemi dans les Vosges, à l’est de Bitche, mais avec guère de succès. A l’Est, les 3. et 4. Geb.-Div. combattent dans les Carpates puis en Haute-Silésie avant de déposer les armes devant les Soviétiques. 

A l’assaut des cols du Caucase : la guerre de montagne par excellence pour les Gebirgsjäger 

A l’été 1942, après la prise de Rostov, le General Konrad découvre la mission dévolue à son XLIX. Gebirgs-Korps dans le cadre de l’opération « Edelweiss » : la conquête des cols à l’ouest de l’Elbrouz, dans le Caucase. Si les divisions de chasseurs-alpins (la 1. Gebirgsjäger-Division duGeneral Hubert Lanz et la 4. Gebirgsjäger-Division du General Karl Eglseer) sont a priori particulièrement adaptées pour ce genre d’opération, la saison est déjà fort avancée : dans deux mois, la neige commencera à tomber en haute altitude. Et l’objectif est encore distant de 500 km… 

            Les Gebirgsjäger parviennent à marche forcée au pied des contreforts du Caucase. Les éléments avancés foncent sans grande opposition dans les vallées en empruntant tous les moyens de locomotion mis à leur disposition, puis se dirigent vers les cols avec les charges portées à dos d’hommes ou sur des bêtes de somme. A la pointe de l’offensive, le détachement Groth, chargé d’une mission spéciale sur l’Elbrouz, avance avec célérité. Les destructions opérées par les colonnes russes en retraite (abatis, ponts détruits et pans de falaise minés) n’occasionnent pas de gêne insurmontable. En revanche, de nombreux soldats soviétiques errent dans les forêts profondes de la région et représentent une menace permanente, obligeant les unités allemandes à laisser nombre de détachements pour s’assurer des voies de communications et escorter les convois de ravitaillement. 

            Le 11 août, le détachement avancé Lawall de la 1. Geb. Div. atteint Tcherkessk et capture intact le pont. Le Gebirgsjäger-Bataillon de l’Hauptmann von Hirschfeld, soit les deux meilleures compagnies des 98. et 99. Geb.Jg.Rgt., entame sa progression vers les cols plus au sud et s’empare de la ville industrielle de Mikoyan Shakhar après de durs combats. Le 14 août, Hirschfeld occupe la ville de Teberda, qui tombe entre ses mains avec un butin conséquent : 23 canons, 2 chars, 96 camions et 180 autres véhicules ainsi que de nombreux mortiers et mitrailleuses.  

A partir de Teberda, le terrain devient la véritable haute montagne, avec toutes les difficultés tactiques que cela engendre. Encerclé de pitons, précédé par un névé, le col de Kloukhor est imprenable par une attaque frontale. Le 17 août, Hirschfeld lance ostensiblement une partie de ses effectifs, commandé par l’Hauptmann Pössinger, dans une attaque de front. Pendant ce temps, l’Oberleutnant Neuhauser opérer une manœuvre de contournement par la montagne, soit plusieurs heures d’escalade. En soirée, les deux formations allemandes attaquent et déciment les Soviétiques qui commencent à décrocher : la passe de Kloukhor, 2 816 m, sommet de la route militaire de Soukhoumi, est entre les mains des Gebirgsjäger.  

Un peu plus à l’est, le Gruppe Groth remonte la vallée du Kouban avant de s’attaquer à l’Elbrouz. Le sommet est atteint le 24 août, tandis que les différents cols aux alentours du volcan passent sous contrôle allemand. Toutefois, dans cet environnement de pics grandioses, les chasseurs-alpins allemands ne parviennent pas à progresser plus en avant. Dans le secteur de la passe de Kloukhor et du col de Nakhar, d’autres détachements de chasseurs-alpins, dont le Gruppe Salminger, renforcent Hirschfeld, qui s’empare de la ferme de Klytch. Néanmoins, les unités au sud du col de Kloukhor, alors regroupées sous la direction de l’Oberst Kress, n’avancent plus, stoppés à 50 km de la mer Noire dans une végétation subtropicale de plus en plus dense. 

            Pendant ce temps, la 4. Geb. Div progresse également vers les cols du Caucase. Le 14 août, elle s’empare d’Opornaya avant de remonter les vallées de Bolshaya Laba et de Selenchuk. Cette dernière est assignée au Geb.Jg.Rgt 13 de l’Oberst Buchner, mais l’avance est lente. Les passes de Pshis et de Marukh sont prises. La poursuite des éléments soviétiques en fuite est menée par le Geb.Jg.Rgt 91 de l’Oberst Stettner von Grabenhofen, qui doit affronter tout à la fois l’ennemi et les difficultés de toute progression en haute montagne. Le 23 août, Stettner prend le col d’Adsapsh et, le 25, celui d’Allistrakhu. Il pénètre alors dans la vallée de Bsyb. Les chasseurs-alpins allemands atteignent les premiers villages abkhazes ou géorgiens. Un hameau est rebaptisé « Einödsbach » (il s’agit du nom du village situé le plus au sud sur le territoire allemand). Les Allemands découvrent le Caucase du sud, plus arborisé, la flore alpine cédant la place à une végétation subtropicale. Toutefois, confronté à des difficultés de ravitaillement, dans l’inconnu quant aux forces qui lui font face et dans l’incertitude de ses flancs démesurément allongés, Stettner décide de suspendre l’avance. Voulant profiter de la faiblesse de l’ennemi, il se rétracte, établit un passage sur le Bsyb et, le 28 août, s’empare d’un pont essentiel sur la route du col d’Achavkhar. Un paysan annonçant que 500 russes se dirigent vers la passe 1 600, une course de vitesse s’engage avec le III/91 du Major Grooter qui a franchi le pont fraîchement conquis. Grooter dépêche en avant 30 hommes, équipés à la légère. Ils foncent dans la pente vertigineuse qui serpente entre les bois et devancent les Soviétiques. Les Allemands n’iront pas plus loin, bloqués à 20 km de la mer Noire. Aucun soutien n’est à attendre du XLIV. Jäger-Korp, bloqué devant Tuapse.  Poursuivre la progression seraits’exposer à une défaite certaine. Dès le 26 août, moins d’une semaine après la prise de l’Elbrouz, les Gebirgsjäger passent donc sur la défensive. La Luftwaffe, engagée en force au-dessus de Stalingrad, ne peut être d’aucun secours car les quelques appareils disponibles sont voués à des tâches de reconnaissance et d’évacuation des blessés. 

            Outre le manque de moyens humains (aucun espoir de renforts), l’intendance est en effet défaillante. Les chemins carrossables font rapidement place à des sentiers, au mieux des voies muletières qui culminent à 3-4 000 m d’altitude, semblant infranchissables à toute force armée, fut-elle de chasseurs-alpins. Néanmoins, les Allemands parviennent à franchir les massifs et organiser une chaîne logistique plus ou moins précaire. Le matériel est d’abord acheminé à dos de mules ou sur les véhicules le plus haut possible, puis il est transporté par les bêtes de somme, avant de finir en portage par les hommes en très haute altitude. Les pièces d’artillerie sont démontées en plusieurs éléments, de même que les radios, les munitions et les armes lourdes. La tâche est rude. Les animaux sont épuisés, se blessent, glissent dans les ravins… Lorsqu’une mule tombe un jour dans une tranchée, bloquant une colonne, toutes les autres bêtes doivent être délestées pour être à nouveau chargées 90 mètres plus bas. Une des étapes pour ravitailler les troupes avancées jusque dans la vallée de Bsyb exige un aller-retour de 12 heures en employant des charrettes tirées par des bœufs. Il faut aussi compter avec des snipers soviétiques, positionnés sur les parois, qui harcèlent les convois. 

            Le 25 août, c’est le début de la riposte des Soviétiques, qui s’infiltrent dans les lignes de la 1. Geb. Div et reprennent la passe de Marukh au faible détachement allemand qui en avait la garde. La menace qui pèse sur les liaisons entre les deux divisions alpines est sérieuse. Le I/98 du Major Bader et le 2ème bataillon de haute-montagne du Major Bauer, placés sous le commandement de l’Oberstleutnant Eisgruber, interviennent pour bloquer la progression ennemie. Le 5 septembre, après une nuit glaciale, dissimulés dans la neige, les Gebirsjäger reprennent le col de Marukh selon la tactique utilisée au Kloukhor : une manœuvre de flanc par la montagne (Gruppe Eisgruber) combinée à un assaut frontal (Major Bauer) qui retient l’attention des Soviétiques. Ces derniers, cernés, n’ont aucune chance de survivre à l’enfer de feu et d’acier déversé par les mortiers, les mitrailleuses et sept canons qui les surprennent sur leurs arrières. Le succès est sans appel : les Allemands comptent 7 tués et 8 blessés alors que les Soviétiques ont perdu près de 900 hommes, dont 300 tués. 

            Stettner, bien trop exposé dans la vallée de la Bsyb, reçoit l’ordre du repli à partir du 2 septembre, opération rendue difficile sous l’action conjuguée des torrents gonflés par les pluies, de la boue, de la pente (il faut transporter 30 blessés) et de la pression des Soviétiques. Bloqué par les crues, il se retranche autour des ponts que le génie s’efforce de réparer. Les Soviétiques en profitent pour attaquer et tenter de contourner les positions. Le Kamfgruppe parvient à se replier, mais les attaques aériennes soviétiques causent des pertes sensibles : 16 tués, 45 blessés et 106 mules. 

Au-delà du col du Kloukhor, Les trois compagnies positionnées à Klytch ne répondent plus à la radio. Elles ont été privées de ravitaillement pendant trois jours. Fin août, quelques survivants en guenilles et épuisés –ils n’ont mangé qu’une seule fois en cinq jours- rejoignent les lignes allemandes. Les Russes ont repris le village et il leur a fallu plusieurs jours pour traverser 5 km de buissons et de rochers par étapes de quelques minutes de marche, suivies d’une heure de repos… 

Avec l’arrivée de l’hiver, ce qui signifie davantage de froid, de la neige, du brouillard et de la boue, toute reprise de la progression devient impensable. De nombreux bataillons se replient dans la forêt caucasienne, où l’hiver est plus tardif, afin de participer au nouvel assaut projeté en direction de Tuapse, le front du XLIX. Geb. Korps étant alors tenu par l’équivalent d’à peine deux régiments. 

Les Gebirgsjäger employés comme simples fantassins 

            Si le Caucase constitue en quelque sorte l’acmé de l’engagement des Gebirgsjäger au cours de la guerre, les unités de chasseurs-alpins ne connaîtront pas que le type de combat taillé à leur mesure, à savoir l’affrontement en montagne. Comme d’autres troupes d’élite, à l’instar des Fallschirmjäger, les Gebirgstruppen font parfois office d’infanterie dans des batailles sans lien avec leur spécialité. Un constat évident dès les premières campagnes, en Pologne puis en France. Le XVIII. Gebirgs-Armeekorps du General der Infanterie Beyer (pour sa composante « alpine » : 1. Geb.-Div du General Kübler, 2. Geb.-Div du General Feurstein, 3. Geb.-Div du General Dietl) est ainsi engagé en Galicie, sur Lvov, sur un terrain relativement accidenté. Les éléments motorisés des unités de Gebirgsjäger se distinguent par leur audace, mais aussi par un sens d’élitisme parfois déplacé, qui pousse à prendre des risques. La campagne a toutefois un coût : ayant subi 1 402 pertes en un peu plus de deux semaines de combats, la 1. GebrigsJäger-Division est exsangue. Le prix de l’inexpérience… Deux divisions étant engagées en Norvège, outre la 6. Gebrigsjäger-Division, lancée sous la direction du terrible General Schörner (officier détesté de ses hommes) contre la Ligne Maginot en fin de campagne, il ne reste plus que la 1. Gebrigsjäger-Division, qui devait justement panser ses plaies à la suite de l’aventure polonaise, pour participer à la Westfeldzug. Les combats dans le secteur de Coucy-le-Château sont une fois de plus coûteux, pour une division exténuée par 350 km de marche… Participant aux durs combats sur la Ligne « Weygand » dans le cadre du « Fall Rot », la 1. Geb.-Div. se porte en direction de Lyon. Après l’armistice, l’unité, jugée de valeur, est pressentie pour intervenir dans le cadre de deux opérations audacieuses qui vont finalement avorter : « Seelöwe » (le débarquement en Angleterre) et « Felix » (l’assaut sur Gibraltar). 

Comme pour la plupart des soldats allemands, l’invasion de l’Union soviétique représente le test ultime de l’épreuve du combat pour les Gebirgsjäger. Ils sont engagés en nombre sur l’Ostfront. Ainsi, dès le déclenchement de « Barbarossa », les 2. et 3. Geb. Div. sont engagées vers Mourmansk. Ces deux unités sont ensuite rejointes par la 6. Geb. Div. ainsi que par la 6. SS Geb. Div « Nord » au cours de l’hiver 1941-1942. A l’origine destinée au front de Finlande, la 7. Geb-Div du General Martinek est déviée vers Demiansk en raison de la glace sur la Baltique. Six semaines de combat dans la neige et dans les marais coûtent de très lourdes pertes à la 7. Geb. Div. : 3 515 hommes, dont plus de 800 tués ! En avril 1942, la 5. Geb. Div. du General Ringel est transférée depuis la Crète également sur le front de Leningrad : elle y reçoit le surnom de « Sumpf-Jäger-Division », soit la « Division des chasseurs du marais ». Secteur qui sera aussi celui de la 3. Geb. Div., venue de Finlande au cours de l’été 1942 : une épreuve qui lui coûte près de 8 morts et 2 000 blessés autour de Velikiye Luki-Novo Sokolniki. Bien qu’équipés pour le grand froid, les Gebirgsjäger sont spécifiquement formés pour le combat en haute montagne, or la guerre dans la Grand Nord et devant Leningrad se déroule avant tout dans d’immenses forêts et dans la toundra. 

 Les divisions de chasseurs-alpins ont beaucoup souffert au cours des premiers mois de « Barbarossa », au cours desquels elles combattent comme les autres unités d’infanterie : plus de 7 000 hommes sont perdus pour la 1. Geb. Div et 6 000 pour la 4. Geb. Div, toutes deux engagées en Ukraine au sein du Heeresgruppe Süd. Les combats pour Rostov à la fin du mois de juillet lors du lancement du « Fall Blau » sont également très meurtriers, au point qu’elles ne disposent plus que de 15 à 25 % du personnel d’origine spécialement formé. 

            On ne peut que rester stupéfait devant l’impéritie de Hitler et de l’OKW dans le choix d’affectation des divisons de chasseurs-alpins. En dépit de l’importance cruciale du succès du « Fall Blau », notamment la percée à travers le Caucase qui permettrait de prendre à revers les défenses sur la mer Noire et d’ouvrir ainsi la route de la Géorgie, le Heeres-Gruppe A de List ne peut compter que sur seulement deux divisions de Gebirgsjäger. Il demeure évident que certaines de ces divisions auraient été judicieusement mieux employées dans le Caucase. 

Les chasseurs-alpins poursuivront la lutte dans un rôle terrestre classique jusqu’à la fin, telle que la 4. Geb. Div. dans le Kouban et la péninsule de Taman (900 pertes pour repousser un débarquement soviétique à Novorossisk) puis dans le secteur de Kherson, à proximité de la tête de pont de Nikopol où est engagée la 3. Geb. Div. (1943-44), cette division se distinguant encore en Hongrie au cours des combats victorieux pour Debrecen à l’automne 1944.

La Crète : troupes aéroportées de circonstance 

La Crète : tombeau des paras allemands ? Oui, mais surtout un succès final qui doit avant tout au courage et à l’efficacité des Gebirgsjäger, injustement oubliés dans le bilan d’une victoire dont ne sortent auréolés que les seuls Fallschirmjäger, passés très près du désastre. Selon toute logique, les Fallschirmjäger auraient dû être épaulés par les aéroportés de la 22. ID (Luftlande). Mais le transfert de l’unité requiert trop de temps, ce dont le commandement allemand ne dispose pas, alors que pointe le déclenchement de « Barbarossa ». On décide donc de la remplacer par la 5. Gebirgs-Division, déjà déployée en Grèce. Une unité certainement pas au fait des débarquements aéroportée et amphibies, mais dont l’ossature légère convient parfaitement au transport par voie aérienne et maritime, comme l’a déjà illustré l’opération « Weserübung ». L’engagement d’une telle formation dans une île au relief aussi accusé que la Crète fait également sens. Endeuillée par le drame qui survient en mer (des centaines d’hommes noyés dans leurs caïques rassemblées au sein des 1. et 2. Leichte Seetransportstaffeln, surpris par la Royal Navy), la 5. Gebirgs-Division intervient en Crète dès le 21 mai, en faisant convoyer le II/. Geb.Regt. 100 de l’Oberst Utz à bord de Ju-52. Dès lors que les chasseurs-alpins ont rejoint l’île en force, la balance penche favorablement du côté allemand.

La partie est pourtant dure : les atterrissages s’effectuent sur un aérodrome non sécurisé : des dizaines de carcasses de Ju-52 encombrent la piste et ses abords… Depuis Malème, les Kampfgruppen, confrontés à une farouche résistance notamment des Néo-Zélandais, parviennent peu à peu à prendre l’ascendant, en évitant les assauts frontaux, dans la mesure du possible. Certes, la division subit quelques déboires : le 1/141 est bousculé par une furieuse attaque menée par des Australiens et des Maoris. La victoire est pourtant inexorable. Des troupes fraîches, de l’artillerie… : l’emploi des Gebirgsjäger a été déterminant. Le mordant des Fallschirmjäger a cependant été tout aussi décisif dans la victoire, sans oublier les erreurs monumentales multipliées par l’adversaire… « Merkur » coûte 1 133 hommes à la 5. Gebirgs-Division, soit 321 tués, 324 disparus et 488 blessés. 

La guerre au-delà du cercle polaire : épreuve d’endurance pour les Gebirgsjäger  

Les opérations menées dans le Grand Nord peuvent être considérées presque comme un théâtre spécifique aux Gebirgsjäger. La mission, en liaison avec les Finlandais, est de s’emparer de Petsamo et de sécuriser les mines de nickel de la région. L’objectif final est de couper la voie ferrée vers Mourmansk, voire prendre le port lui-même. L’ensemble des opérations reçoit pour code « Silberfuchs », celles menées par le Gebirgskorps Norwegen commandé par le General Dietl, « Platinfuchs ». Le Gebirgskorps Norwegen aligne 27 500 hommes, répartis au sein des 2. et 3. Geb. Div. (Generäle Schlemmer et Kreysing). 8 000 hommes du SS-Kamfgruppe « Nord » (qui formera plus tard la 6. SS-Geb. Div. « Nord ») opèrent depuis la Finlande avec d’autres unités. Le soutien aérien reste limité : 60 appareils de la Luftwaffe sont disponibles pour « Silberfuchs », dont à peine 10 chasseurs, mais 40 bombardiers (30 en piqué). 

Hitler se gausse des 120 km que Dietl a à parcourir pour atteindre et Mourmansk. Toutefois, le terrain sur lequel opèrent les Gebirgsjäger se prête très mal à la guerre, puisqu’il s’agit d’une toundra, parsemée de nombreux rochers, de cours d’eau et de marais (innombrables en été en raison des pluies et du permafrost), battue par les vents et soumise à un hiver très rigoureux (jusqu’à -50°C). « Le terrain n’est pas favorable à des opérations militaires » déclare en vain Dietl. Feurstein, le Kommandeur de la 2. Geb. Div. abonde en ce sens, mais ses objections vont trop loin et Diel se voit contraint de le remplacer par le General Schlemmer : on ne discute pas un Führerbefehl ! Autre écueil auquel il devra faire face : le manque de coopération étroite avec les Finlandais dont les buts de guerre diffèrent grandement de ceux du Reich : l’idée d’invasion et d’écrasement de l’Union soviétique n’entre aucunement dans l’agenda du gouvernement finlandais, et il n’est donc pas question de s’aventurer dans les profondeurs du territoire ennemi… Pis, les unités de Dietl sont isolées des autres forces intervenant de Finlande : la coordination est faible, le soutien mutuel, impossible puisque des centaines de kilomètres séparent chacune des offensives… 

L’offensive doit débuter le 29 juin, une semaine après « Barbarossa ». Dietl a prévu de lancer la 2. Geb. Div. le long de la côte, sur l’axe Titovka-Bol’shaya Zapadnaya Litsa, tandis que la 3. Geb. Div. s’oriente vers le sud-est, en direction de Moumansk, via Motovka. L’offensive débute à 3 heures du matin, dans un brouillard matinal. L’avance semble d’abord aisée, avant que l’on découvre que certaines routes, pourtant indiquées sur les cartes, n’existent pas… Il faut donc revoir les plans. Pis, l’ennemi, par ailleurs bien soutenu par la VVS, n’est pas le médiocre adversaire que l’on pensait affronter. Les opérations de débarquements menées par la flotte soviétique obligent par ailleurs les Gebirgsjäger à surveiller la côte. Déterminé à ne pas hiverner dans la toundra, Dietl persiste. Le front se fige pourtant sur la Litsa. Les Gebirgsjäger sont les premiers soldats de la Wehrmacht à être mis en échec au cours de « Barbarossa », alors que les victoires de l’été battent encore leur plein.  

Fin juillet, Hitler a promis la 6. Geb. Div., mais elle est encore en Grèce… Son arrivée sera d’autant plus retardée que le convoi est intercepté après son passage du Cap Nord : si les transports de troupes parviennent à se dissimuler dans un fjord, l’escorte, en l’occurrence le Bremse, est envoyée par le fond. De toute façon, Mourmansk, si elle est atteinte cet hiver, ne pourra être tenue que si la voie ferrée qui y mène est sécurisée, faute de pouvoir ravitailler la place par d’autres moyens. Dietl n’a progressé que d’environ 25 kilomètres en deux mois, et ce pour 12 600 pertes (2 600 tués). On lui offre le commandement des forces en Finlande, l’AOK Lapland, mais, aimant par-dessus tout le commandement direct au front, l’intéressé fait d’abord la sourde oreille. Il faudra toute la persuasion de Hitler et de Jodl pour le convaincre d’accepter. 

Avant même l’arrivée de la neige, le froid et la pluie s’avèrent éprouvants pour des combattants desservis par une logistique incapable de relever un impossible défi (aggravé par la 6. Geb. Div. et ses milliers de bouches à nourrir). Pour l’heure, les moustiques représentent un fléau de tous les instants. L’été, le jour règne en quasi-permanence, et le semblant de nuit n’apporte guère de répit. L’absence de route digne de ce nom ne fait qu’ajouter à la précarité des forces de la Wehrmacht engagée dans ce secteur. La logistique doit être assurée avant tout par mer depuis Petsamo, le Reichsstrasse 50, qui relie Narvik à Kirkénès devant subir les aléas de na neige et de la boue… Une réalité niée par le successeur de Dietl au Gebirgskorps Norwegen : le General Schoerner, nazi convaincu et général impitoyable détesté de ses hommes. « Arktis ist nicht » (« L’Arctique n’existe pas »), déclare-t-il maladroitement à ses subordonnés, qui endurent les assauts conjugués des éléments, d’un ennemi farouche et d’une logistique défaillante. 

Si l’offensive a fait long feu. Les Russes ne restent pas inactifs pour autant. Ils surprennent Dietl en avril 1942, lançant une contre-offensive qu’on n’attendait pas. La ténacité du général allemand et les Stuka qui frappent sans les lignes de communication ont raison des troupes de marine soviétiques débarquées sur ses arrières. Le front est rétabli sur la Litsa : l’Armée rouge a perdu 15 000 hommes, Dietl 3 200. 

Des renforts arrivent, plusieurs corps de montagne sont engagés, des projets d’offensives dressés (« Lachsfang » avec 80 000 hommes et 78 avions de combat). L’armée devient la (Geb.) AOK 20. En vain… Le front se stabilise jusqu’en 1944, sans qu’à aucun moment les Allemands ne réussissent à menacer sérieusement Mourmansk. L’OKW s’en gausse quelque peu : il surnomme ce front « Front ohne Kampfhandlungen », soit le « front sans activité de combat ». Le front prend alors le nom d’Eismeer Front, le front de la mer de glace. On se fortifie : des casemates en béton sont coulées, on pose des barbelés et des mines. Les éminences et les collines sont fortifiées comme autant de points de défense tout azimuts (de la puissance d’une section, le plus souvent), les vallées, parsemées de mines et scarifiées de tranchées, n’étant occupées qu’en cas d’urgence. Trois lignes de défenses sont ainsi érigées, seule la première étant occupée. 

La donne change après le 1er semestre 1944 : la fin du siège de Leningrad, le retrait du Heeresgruppe-Nord sur la Ligne « Panther » et la reprise des offensives soviétiques en Finlande mènent peu à peu au retrait de celle-ci de sa « co-belligérance » avec le Reich. La rupture est effective le 2 septembre. Dès lors, pour les Gebirgsjäger, c’est la course pour la survie en direction de la Norvège, traqués par les Soviétiques et confrontés à leurs anciens alliés dès lors que la période de retrait volontaire de la Wehrmacht cède la place à des relations plus tendues. La 12. Gebirgs-Armee de Rendulic (qui a remplacé Dietl, mort dans un accident d’avion) met en oeuvre le plan « Birke, » préparé de longue date : s’assurer du nord de la Finlande pour conserver le contrôle des mines de nickel. Le retrait progressif se poursuit dans le cadre de l’opération « Nordlicht » (une extension de « Birke »), soit un repli jusque sur la position Lyngen. Alors que les conditions météorologiques ainsi que l’état des routes posent encore plus de difficultés techniques que jamais, la situation peut à tout instant tourner à la catastrophe, notamment dans le secteur du XIX. Gebirgs-Korps, obligé de faire face le temps de procéder à l’évacuation des stocks en direction de Kirkenes.  

Les Soviétiques disposent de blindés en nombre (55 T-34, 21 KV-1, 34 JSU-152), alors que les Allemands n’en ont aucun, mais le terrain est vraiment contre-indiqué pour leur emploi… En revanche, les 629 avions dont disposent les Russes face aux 160 appareils de la Luftwaffe (la moitié de chasseurs, de nombreux Stuka) pèsent lourdement dans le rapport de force. La 14e armée soviétique de Meretskov (100 000 hommes et 2 000 canons) a accumulé par ailleurs 17 000 t de munitions et 50 000 rations à parachuter aux troupes au cours de leur progression, sans compter 300 canots d’assaut et des moyens de franchissement du génie, ponts Bailey britanniques, ainsi que passerelles allemandes capturées. Bien plus, trois années de front statique ont ramolli certaines unités, comme semble l’illustrer l’effondrement de la 2. Gebirgsjäger-Division, qui va subir l’essentiel du poids de l’offensive. Un tiers seulement des approvisionnements peuvent être sauvés, mais le désastre est évité. 22 000 hommes (dont tout de même 6 000 tués) sont seulement perdus sur les 200 000 que compte l’armée de Rendulic. Les 2., 6. et 7. Gebirgsjäger-Divisionen ainsi que la 6. SS –Gebirgs-Division sont toujours en lice et se battent avec ténacité, jusqu’en 1945. Elles ont été rejointes au printemps 1944 par une 10. Geb.-Div (appelée « Division Gruppe Kräutler »). « Nordlicht » offre un ultime exemple de la ténacité, de l’habileté et de l’endurance des Gebirgstruppen. Mais, au final, le Reich n’a rien obtenu de cette aventure de quatre années sous le climat polaire…  

L’expérience opérationnelle des Gebirgsjäger a donc été des plus variées au cours de cette guerre. On peut assurément la qualifier d’exceptionnelle et elle reste sans doute inégalée pour sa diversité. 

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