Seconde Guerre Mondiale WWII

LA RAAF PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE (PARTIE 2). LA MEDITERRANEE ET L’EUROPE

Si l’Australie se sent particulièrement menacée par l’empire du Japon, les Australiens affrontent d’abord les Germano-Italiens

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Si l’Australie se sent particulièrement menacée par l’empire du Japon, les Australiens affrontent d’abord les Germano-Italiens. Les « Aussies » sont engagés dès les premiers combats de la guerre du désert et ils sont de tous les combats dans le ciel de l’Europe…

La guerre du désert et le théâtre des opérations méditerranéen

Des pilotes sont en action avant l’arrivée de la RAAF en novembre 1940. Quatre d’entre eux commandent des Squadrons et quatre autres des Flights. Pour des raisons nationales, la 6th Australian Division, engagée en Libye, se doit d’être soutenue par des escadrilles de la RAAF. A la fin du mois d’octobre 1940, le N°3 Squadron du Squadron Leader McLachlan de la RAAF se déploie à Gerawla, près de Mersa Matrouh. L’escadrille aligne des biplans Gladiator et des Gauntlet (bombardiers en piqué), encore plus anciens, ainsi qu’un flight de Lysander (remplacés ensuite par des Gladiator). La première passe d’armes entre chasseurs (contre 18 Fiat CR-42) survient le 19 novembre, lorsque 3 Australiens auraient perdu un des leurs contre entre 3 et 6 avions italiens. Les 11 et 12 décembre, alors que l’opération « Compass » lancée par le général Wavell (CIC Middle East) s’avère être un franc succès, les Gauntlet appuient l’avancée de la Western Desert Force en direction de Bardia. 5 Gladiators affrontent 17 CR-42 près de Sofafi dont 3 sont abattus. Comme la Western Desert Force au sol, la RAAF démontre sa supériorité sur son adversaire : au cours des cinq ultimes jours de la reconquête de la Cyrénaïque, ses Gladiators perdent 5 des leurs contre 12 appareils ennemis abattus. Après cette première victoire, le N°3 Squadron est rééquipé en Hurricane et assure la défense de Benghazi. 

Un nouvel adversaire apparaît dans le ciel méditerranéen : la Luftwaffe 

Si quelques succès sont remportés sur les Ju 87 et les Ju 52, la reconquête de la Cyrénaïque par l’Afrikakorps contraint les escadrilles à se replier au-delà de Tobrouk. L’unité revendique 47 avions ennemis détruits (et sans doute 10 de plus, outre 13 endommagés) pour la pertes de 12 avions et de 6 pilotes. Le 20 avril, le N°3 Squadron cède ses appareils au N°274 Squadron et rejoint Aboukir où il perçoit de nouveaux appareils : des P-40. A Malte, quelques pilotes australiens participent aux combats épiques menés dans les airs pour la sauvegarde de l’île, dont le contrôle est essentiel sur le cours de la guerre du désert. 

            Au printemps 41, deux Squadrons australiens arrivent d’Angleterre. Certes, le personnel au sol du N°452 Squadron appartient à la RAF, y compris le Squadron Leader Bungey, très apprécié, mais il est peu à peu remplacé par des Australiens, tandis que le N°457 Squadron accueille 110 rampants de la RAAF à l’automne 1941, ce qui fait de lui presqu’un Squadron australien. Ils seront suivis du N°456 Squadron, sur Defiant, qui procède à des patrouilles nocturnes. En 1942, alors que de nombreux avions sont redirigés vers l’Océan indien, une nouvelle unité est mise sur pied à Burg-el-Arab : le N°459 Squadron, équipé de Hudson et de Blenheim, chargé de missions d’escorte de navires et de patrouilles anti-sous-marins.

Parmi les pilotes de la RAAF engagés en Afrique, Fred Eggleston, dit « Eggie », du N°3 Squadron, connaît une suites de mésaventures peu banales lorsque, décollant d’El Adem le 12 décembre 1941, le bout d’une aile de son appareil est endommagé par les hélices d’un autre Tomahawk… Il se risque pourtant dans un « dogfight », mais ses armes s’enraillent à plusieurs reprises. Touché, il abandonne son avion en flammes en heurtant la queue de l’appareil, le choc étant fort heureusement amorti par le sac du parachute. Isolé dans le désert, il tente de rallier les lignes alliées, se dissimulant le jour, marchant de nuit. Il est capturé par des soldats italiens, non sans avoir failli se blesser au pied, lors d’une halte dans en trou, en ouvrant le feu sur un renard du désert affamé venu renifler s’il était encore en vie…

D’autres se font un nom. Clive Caldwell, dit « Killer », ouvre son palmarès en Méditerranée, au sein du N°250 Squadron puis du N°112 Squadron de la Desert Air Force. On lui attribue 20,5 victoires dans le ciel nord africain, ainsi qu’en Syrie et en Palestine. Agressif, le pilote émérite s’illustre en Libye où il acquiert une réputation de tireur hors-pair. Caldwell est sans pitié : s’il épargne les pilotes qui ont sauté en parachute dans un secteur où il va être capturé, il n’a pas de scrupules pour les autres, n’ayant aucune envie de se retrouver de nouveau face à eux… Le 23 novembre 1941, il descend l’as Wolfgang Lippert, qui meurt des suites de l’amputation de ses deux jambes, brisées par l’empennage de son avion en perdition… Un mois plus tard, le 24 décembre, il abat un autre as, Erbo Graf von Kageneck, qui totalisait alors 69 victoires. L’heure de gloire survient le 5 décembre, lorsque 12 appareils du N°205 Squadron et 10 du N°112 Squadron interceptent une formation de plus de 70 Me-109 et JU-87 Stuka. Caldwell s’adjuge 5 Stukas en à peine 18 secondes… Décoré de la Distinguished Flying Cross avec barre, il est transféré en Australie. 

Dans le désert, les Kittyhawks sont alors employés dans un rôle de chasseur-bombardiers. Bien des pilotes sont encore des novices sur ces appareils, certains n’alignant pas plus de 8 heures de vol à leur bord. Le 5 avril, c’est le drame : deux avions s’écrasent au sol suite à une faute de pilotage. Les pertes se multiplient au cours des « dogfights » au cours du mois de mai, occasionnant la destruction de 4 Beaufort et de 10 Kittyhawks. Un coup d’éclat survient pourtant le 12 mai, lors de l’interception de 19 Ju-52 escortés par 3 Bf-110 : 16 avions allemands sont abattus. Pendant la bataille de Gazala, les chasseurs opèrent avec le bénéfice d’un système de radars. Les Australiens sont engagés dans des missions d’attaques au sol, mais la nécessité de voler à basse altitude, donc dans la poussière dégagée par les véhicules en mouvement, implique une plus grande vigilance, ainsi qu’une maintenance accrue. Du 27 au 31 mai, les Australiens effectuent 189 sorties (plus du 10% du total de la Desert Air Force), avant d’apporter un soutien efficace aux FFL encerclés à Bir Hacheim. Le 16 juin, alors que la bataille de Gazala prend une tournure dramatique pour la 8th Army, le N°3 Squadron n’aligne plus que 13 avions en état et doit bientôt évacuer l’aérodrome de Gambut pour se replier en Egypte. Le Squadron lance une ultime attaque contre un des aérodromes de la Luftwaffe de Gazala et y détruit la moitié de la trentaine de Me-109 qui y sont parqués : un beau succès qui survient au moment opportun. Lorsque l’Afrikakorps envahit l’Egypte après la prise de Tobrouk, le soutien aérien lui fait défaut et ses colonnes sont soumises aux attentions destructrices de la Desert Air Force. Les escadrilles sont de nouveau parfaitement opérationnelles pour la première bataille d’El Alamein. Un exploit à mettre au crédit de l’organisation efficiente de la Desert Air Force, pourtant en pleine phase de repli, ainsi qu’au travail sans relâche, jour et nuit, des équipes au sol. Du 6 au 31 juillet, les deux unités australiennes (N°3 et N°450 Squadrons N°3) réalisent 877 sorties en soutien direct des opérations menées par la 8th Army. 

Déploiement au Moyen-Orient et baisse progressive d’activité en Afrique

D’autres Australiens servent au Moyen-Orient. C’est le cas au sein du N°117 Squadron, unité de transport, qui assure le fret et le transfert de passagers entre l’Inde, la Syrie, la Palestine, l’Afrique du Nord et Malte. D’autres sont engagés au sein de la N°1 Air Ambulance Unit, une unité de transport du service médical. Beaucoup d’Australiens sont également au sein du N°8 Squadron, perdus dans leur base d’Aden, dont les Blenheim IV assurent la sécurité des navires approchant de Suez et de la Mer Rouge. Des renforts australiens sont également dépêchés sur le théâtre des opérations. Le Squadron 458 du Bomber Command est transféré depuis le Royaume-Uni avec ses Wellington. 

Quant au N°451 Squadron de la RAAF, il est redéployé en Palestine depuis février 1942, ainsi qu’à Chypre pour une de ses escadrilles. Mais son personnel ressent une frustration sans nom : mis à l’écart des combats du printemps 1942, il n’est pas plus impliqué dans les combats pour El Alamein. Quand l’unité est enfin transférée vers l’Egypte, l’atmosphère y est particulièrement déprimante. Les pilotes de Hurricane se sentent oubliés : en six mois, en 1943, l’unité ne croise la route que d’un unique Junker 88 et perd trois avions en patrouille sans combat. L’ennemi se risque à l’occasion jusqu’en Egypte bien après la fin des combats en Afrique du Nord. En février 1944, un Ju-88 est intercepté au-dessus de Port-Saïd par un Spitfire piloté par le Flight Lieutenant Gale.

Si la seconde bataille d’El Alamein sonne la fin de l’engagement de l’armée de terre australienne en Egypte, il n’en va pas de même pour la RAAF. Plus à l’ouest, les N°3 et N°450 Squadrons assistent la 8th Army en Tunisie. 24 Kittyhawks soutiennent les FFL de Leclerc à Kasra Rhilane, les deux unités intervenant ensuite en soutien des Néo-Zélandais à El Hamma, lors des combats pour la ligne Mareth. 

Avec le Bomber Command dans le ciel européen  

            A l’Ouest, la RAAF participe à la campagne de bombardements menée contre le III. Reich. Les trois Squadrons australiens du Bomber Command (460, 466 et 467) disponibles en 1943 sont engagés dans la bataille de l’été et de l’automne 1943, notamment sur Hambourg et sur Berlin (14 avions d’abattus). Des raids sont également opérés en Italie (6 pertes), à Turin, à Milan, où les défenses sont considérées faibles et mal coordonnées par les équipages, ainsi que contre les docks de Gènes. Le N°455 Squadron, 1er à opérer au sein du Bomber Command, opère sur Hampden et jusqu’au printemps 1942, avant d’être versé au Coastal Command. Il perd 14 appareils au cours de 92 raids. (56 de bombardements, 29 de mouillage de mines et 7 de largage de tracts). Le N°458 Squadron lance ses Wellington depuis Holme-on-Spalding Moor (3 avions détruits en 65 sorties) avant d’être transféré au Moyen-Orient en 1942. Il y opère en qualité d’unité de torpilleurs. Le N° 460 Squadron, basé à Binbroook, tient le record de sorties au sein du Group 1 du Bomber Command et serait celle qui aurait à son palmarès le plus fort tonnage de bombes larguées, soit 24 000 tonnes. Formé au début de l’année 1942, il lance son premier raid sur Brême en mars de la même année. L’unité subit des pertes effarantes : 51% de son personnel est tué en opération et seulement 24% des hommes ne seront ni tués ni blessés au cours des 368 raids menés au-dessus de l’Allemagne (330 de bombardements, 36 de mouillage de mines et 2 de lancer de tracts), soit 1 018 morts. Une saignée n’a rien à envier des bataillons d’infanterie les plus touchés au cours de la Grande Guerre…29 Wellington sont perdus pour 538 sorties (le taux d’attrition pour l’ensemble des unités de Wellington du Bomber Command), de même que 140 Lancaster, pour 5 700 sorties. Le commandement de l’unité est assurée à partir de février 1943 par Hughie Edwards, récipiendaire de la très convoitée Victoria Cross (après un raid sur Brème en juillet 1941), assume le commandement du N°460 Squadron. Le N°462 Squadron, constitué au Moyen-Orient, vole sur Halifax avant d’être dissout. En 1944, reconstitué au sein du Group 4 pour finir la guerre comme unité de contre-mesures radio au Group 100. Il perd 13 appareils en 1 165 sorties. Le N°465 Squadron opère depuis Waddington et perd 69 avions en 2 525 missions de Lancaster, l’unité déplorant en outre 10 pertes par crashs. Le N°464 Squadron rejoint le Group 2 où il opère sur Ventura depuis les bases de Feltwell et de Methxwold (6 avions perdus). Il quitte le Bomber Command en mai 1943 puis, équipé de Mosquito (en août de la même année), rejoint la 2nd Tactical Air Force. Le N°466 Squadron, du Group 4, lance ses Wellington et ses Halifax depuis Driffield et Leconfield, 264 raids (dont 50 de mouillage de mines), qui lui coûtent 65 avions en 3 328 sorties. Le N°467 Squadron, rattaché au Group 5, mène 299 raids de bombardement et 15 de mouillage de mines, soit 3 833 missions de Lancaster se soldant par la destruction de 104 bombardiers au combat, outre 14 crashs. 

Les Australiens sont donc de tous les combats menés en Europe depuis 1940. 

Le N°452 Squadron est ainsi impliqué dans les interventions menées contre l’audacieuse opération « Cerberus », le transfert des grosses unités navales de la Kriegsmarine de Brest jusqu’en Norvège, via la Manche. Certaines formations opèrent sous les cieux de l’Europe du Sud. En Méditerranée, le N°464 Squadron de la RAAF devient officiellement le N°614 de la RAF en février 1944. Une situation paradoxale car l’unité compte une plus forte proportion d’Australiens qu’auparavant. Pour un temps, on envisage de poster les pilotes ailleurs, mais il n’y a pas d’autres unités sur Halifax en Méditerranée et au Moyen-Orient.

De la Normandie à la Norvège

            L’épreuve décisive pour les forces alliées est l’opération « Overlord ». La contribution des Australiens au D-Day et à la bataille de Normandie est souvent méconnue. En juin 1944, 11 000 Australiens servent au sein de la RAF et 10 Squadrons de la RAAF participent aux opérations de soutien aux armées alliées. Dans la nuit du 5 au 6 juin, des bombardiers des N°617 et N°619 Squadrons lancent des windows pour leurrer des radars allemands. Parmi les pilotes du 18th Group qui acheminent la 6th Airborne jusqu’en Normandie, 40 pilotes australiens. La suite de la bataille de Normandie voit un engagement accru des Australiens, notamment au sein des N°121 et N°247 Squadrons équipés de chasseurs-bombardiers Typhoon, ainsi que le N°464 Squadron équipé de bimoteurs Mosquito. Huit pilotes de Typhoon australiens sont inhumés en Normandie.

Au 1er juillet 1944, on dénombre environ 14 000 membres de la RAAF stationnés en Grande-Bretagne, dont 12 000 membres d’équipages, la majorité appartenant au Bomber Command. Leur nombre ne va ensuite cesser de décroître car l’arrivée de remplaçants ne compense pas les pertes et les rapatriements en Australie. En revanche, on constate une augmentation des hommes au sein des unités de combat, puisque les 3 000 hommes qui étaient disponibles dans la réserve ou à l’entraînement sont peu à peu engagés. Fin 1944, avec l’arrivée du N°451, ce sont douze escadrons actifs de la RAAF qui participent à la guerre en Europe du Nord-Ouest. Ce total inclut deux escadrons d’hydravions (N°10 et N°461), ainsi qu’une unité de chasseurs de nuit (N°456). La fin de l’année est également marquées par quelques interventions au cours de la bataille des Ardennes. Les Australiens participent aux missions menées contre les lignes de communications des assaillants.

Le 31 mars 1945, l’Empire Air Training Scheme arrive à son terme. L’impact reste limité pour la RAAF en raison de la priorité accordée au Pacifique. Si 5 185 Australiens arrivent au Royaume-Uni au cours du 1ersemestre 1944, il ne sont plus que 1 245 au second semestre, puis seulement 150 de janvier à mai 1945. Impliqués dans les opérations « Plunder », « Varsity » et « Amherst », les Australiens participent cependant jusqu’au bout aux opérations menées contre l’Allemagne. Le jour de l’Anzac Day (25 avril), le N°460 Squadron mène son ultime raid, sur une cible hautement symbolique : le nid d’aigle de Hitler, à Berchtesgaden. En mai 1945, le N°462 Squadron est le dernier à demeurer engagé dans la guerre contre le Reich. Les dernières missions sortent de la routine, ainsi de l’opération « Doomsday », qui consiste en l’acheminement de la 6th Airborne à Oslo, de même que le rapatriement des prisonniers de guerre, dont certains, émus, viennent dans les cockpits pour regarder les falaises de Douvres de la terre natale enfin retrouvée…