Cinéma Seconde Guerre Mondiale WWII

FILM DE GUERRE / WAR MOVIE: “LE BATEAU”

L'un des meilleurs films de guerre jamais tournés

Le Bateau, Wolfgang Petersen, 1981 

En 1985, je découvre la version télévisée (en fait la version originelle qu’il a fallu dramatiquement découper pour porter l’oeuvre au cinéma), en épisodes, de ce qui va se révéler être l’un des plus grands films de guerre consacré à la Seconde Guerre mondiale. Le sujet est le récit d’une mission de guerre mené par le sous-marin de la Kriegsmarine U-96, alors commandé par Heinrich Lehmann-Willenbrock. Le correspondant de guerre Lothar-Günther Buchheim en tire un ouvrage à succès, Das Boot, qui constituera la matrice du film éponyme. 

Ci-dessus, Jürgen Prochnow fait montre d’un talent d’acteur de premier ordre dans le rôle du « Vieux », le commandant du sous-marin. Sa présence à l’écran est impressionnante et charismatique.  

Wolgang Petersen a tourné un chef d’oeuvre dans les studios Bavaria de 1979 à 1981. A noter qu’une série télé, elle aussi allemande, porte le même nom et s’inspire elle aussi de l’odyssée de l’U-96. 

Le making-off du film réalisé par Arte en 2021 est une pure merveille que je vous encourage à regarder. L’oeuvre existe en plusieurs versions : version ciné d’origine (2h30) , version télé (5h), version « director’s cut » de 1997 (3h30) et version longue (4h45). 

Le film était d’autant plus convainquant en France qu’il mettait en scène des acteurs totalement inconnus dans l’Hexagone. Depuis, Jürgen Prochnow, qui tient le rôle principal, s’est assuré une carrière à l’international, en campant le plus souvent des « méchants » (avec certes des exceptions, comme dans le « Dune » de 1984). 

Le réalisme et la reconstitution de l’ambiance de guerre sont époustouflants, plus particulièrement à cette époque, même si on est désormais plus accoutumée à un effort conséquent en la matière de la part des réalisateurs. Il reste que ce huis-clos subaquatique reste inégalé sur certains aspects, à tout le point aucun film abordant la guerre navale ou les U-Boote n’atteint son niveau. 

Une histoire de guerre, mais aussi une aventure, une aventure marine et de camarades de combat, le tout dans le cadre d’une croisière mouvementée et riche en évènements. L’un des points forts réside dans l’accent mis sur la psychologie des personnages et la diversité des caractères.

Le film est captivant, filmé de façon à s’identifier aux membres de l’équipage, à partager leurs angoisses. L’étroitesse du cadre de vie de près d’une cinquantaine d’hommes d’équipage est à cet égard très bien rendue. La musique signée Claus Doldinger participe admirablement à l’établissement d’une ambiance saisissante. 

Le souci apporté aux détails vestimentaires, la présence comme conseiller de Lehmann-Willenbrock en personne, ainsi que d’un consultant tel qu’Hans-Joachim Krug, qui était officier à bord de l’U-219, ainsi que le caractère plausible des péripéties et des dialogues : tout concourt à en faire un film particulièrement réaliste. Le quotidien dans la base, à la veille d’appareiller en mission, mais surtout à bord du navire, ainsi que la mue dans l’apparence des matelots sont admirablement restitués. Les plans suivants les acteurs au sein du sous-marin sont du plus bel effet, particulièrement au cours des scènes d’alerte. 

Rien n’est oublié : torpillage de navires ennemis, grenadage par des destroyers et de corvettes alliées, attaques aériennes, voies d’eau, incendies et avaries de toutes sortes, difficultés réelles de traverser le détroit de Gibraltar (le plus dur était en fait de quitter la Méditerranée pour retrouver l’Atlantique). 

Le projet se met en route avec difficulté, l’une des moindre n’étant pas son financement et l’opposition catégorique de Lothar-Günther Buchheim à l’idée que Hollywood soit impliqué, aussi bien sur le plan de la production qu’à la réalisation. On craint en effet que les marins de la Kriegsmarine soient caricaturés à l’écran en présentant au public des stéréotypes de nazis convaincus, alors que la réalité est plus nuancée. 

Le film, bénéficiant de plusieurs maquettes de U-Boote à diverses échelles, est tourné dans les studios de Munich, mais aussi en mer du Nord (où sont réalisées les premières prises), ainsi que dans la base sous-marine de La Rochelle. 

Des éléments historiques majeurs sont évoqués : la faiblesse numérique des sous-marins en action dans l’Atlantique Nord, les ordres de l’Amirauté stipulant l’abandon à leur sort des naufragés des navires ennemis. Certes, le périple de l’U-96 est romancé et s’écarte de la stricte vérité historique, outre le fait que le port d’attache du submersible était Saint-Nazaire, et non La Rochelle, mais le réalisme des scènes tournées, ainsi que leur caractère vraisemblable en font l’un des meilleurs films de guerre jamais tournés.