Seconde Guerre Mondiale WWII

BOUGAINVILLE, 1943.

Neutraliser Rabaul

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Début 1943, au lendemain de la campagne de Guadalcanal et en Nouvelle-Guinée orientale, les deux adversaires marquent le pas afin de se réorganiser. Dès le mois de février, MacArthur lance une série d’opérations dans les Salomon puis en Nouvelle-Guinée, avant d’entamer en novembre 1943 les offensives destinées à neutraliser Rabaul, pendant que Nimitz frappe au même moment dans les Gilbert à Tarawa. 

Isoler la base nippone de Rabaul

Appuyant des forces terrestres alliées de plus en plus nombreuses, 1 000 appareils sont disponibles dans le sud-ouest du Pacifique au sein des 13th et 5th Air Forces sous les ordres du général Kenney. Toutefois, les bombardiers lourds au long rayon d’action ne sont pas en nombre suffisant pour atteindre Rabaul. Les aviateurs américains disposent pourtant de chasseurs de très bonne qualité : le P-38 Lightning, bien armée, rapide et possédant une grande autonomie, et surtout les Chance-Vought F4U Corsair, le chasseur le plus rapide du Pacifique, une réussite remarquable qui sème la destruction dans l’aviation japonaise de concert avec les chasseurs Hellcat, puis Wildcat. Sur mer, la 7th Fleet du vice-amiral Kinkaid et la flotte amphibie de Barbey constituent la composante navale des forces de MacArthur. De son côté, l’amiral Halsey dispose de plusieurs divisions de l’armée et des Marines, et d’unités néo-zélandaises, pour mener à bien la reconquête des Salomon. En face, les Japonais sont incapables de faire acheminer des renforts et de remplacer leurs pertes, qui sont très élevées. Toutefois, la puissance de la forteresse de Rabaul ne permet pas d’envisager un assaut direct, qui ne pourrait résulter qu’en de lourdes pertes pour les Alliés. 100 000 Japonais défendent en effet la base. Ils disposent d’une puissance de feu conséquente. Comme les Alliés s’attendent à un combat fanatique jusqu’au dernier homme sans esprit de reddition, il est décidé d’isoler et de contourner la place. 

Une bataille sans l’amiral Yamamoto

            Toutefois, l’isolement de Rabaul représente une tâche ardue. En mars 1943, les objectifs alliés dans le sud-ouest du Pacifique sont précisés par les chefs d’état-major combinés. L’opération est baptisée « Cartwheel ». Pour cette opération, MacArthur crée l’Alamo Force, le général Krueger étant nommé à la tête de la 6th US Army. Yamamoto n’est pourtant pas inactif et décide de lancer des raids aériens contre les bases aériennes alliées de Guadalcanal et de Nouvelle-Guinée : c’est l’opération « I ». Début avril 1943, 224 avions sont lancés contre Guadalcanal et Tulagi. Quelques jours plus tard, 300 avions attaquent la flotte alliée au nord-ouest de la Nouvelle-Guinée. Le lendemain, de nouveaux raids touchent Port-Moresby et Milne’s Bay. Toutefois, ces raids aériens massifs ne donnent que de piètres résultats. C’est alors que les services de renseignements américains apprennent que Yamamoto est à Rabaul. Nimitz ne manque pas l’occasion et décide d’éliminer le brillant amiral japonaise en lui tenant une embuscade avec 18 P-38 Lightning. Le 18 avril, l’appareil de Yamamoto est abattu et s’écrase dans la jungle. 

La décision peut cependant être encore remportée sur mer par les Japonais. Toutefois, l’attaque nocturne des croiseurs japonais de Rabaul se termine par une victoire américaine remportée de justesse. Une deuxième escadre de croiseurs nippons ne rencontre pas plus de succès puisqu’elle est bombardée dès son arrivée à Rabaul le 5 novembre. Un second raid aérien américain le 11 novembre achève de détruire la plupart des appareils japonais, puis la victoire remportée par les destroyers américains au large du cap Saint George assure à l’US Navy la suprématie maritime dans les Salomon. Entre-temps, en août 1943, les Américains du général Collins ont reconquis la Nouvelle-Géorgie, perdant 1 094 tués et 3 873 blessés, pour au moins 2 500 tués japonais. Les Alliés s’attaquent ensuite à Choiseul et à Bougainville. 

Les forces aériennes : déterminantes dans la bataille pour Bougainville

Les violentes batailles aériennes au-dessus de Rabaul ont diminué la capacité offensive de la base japonaise. Mais c’est encore insuffisant pour assurer le succès de la prise de Bougainville. Toutefois, les attaques sur Rabaul ne font pas que causer de sévères dégâts aux Japonais : elles détournent leur attention. La tâche d’affaiblir les défenses de Bougainville et de fournir une couverture aérienne aux forces d’invasion incombe à l’Air Command Salomons, ou Airsols, de l’amiral Halsey. Airsols ne peut que jouer un rôle positif dans l’unification des diverses armes. Cette force aérienne réunit en effet des escadrilles de l’armée de terre (USAAF), de la marine et de l’USMC, sans parler des avions néo-zélandais. Le quartier général d’Airsols est basé à Munda, en Nouvelle-Géorgie, et le commandement est confié à chacune des armes à tour de rôle. Très bien organisée, Airsols joue un rôle essentiel dans la bataille qui s’annonce. A l’approche du déclenchement des opérations sur Bougainville, les escadrilles alliées ne cessent de bombarder les cinq aérodromes de l’île, les rendant finalement inutilisables pour l’ennemi.

L’assaut sur Bougainville

Halsey lance son opération sur Bougainville dès la nuit du 27 octobre 1943, quand le 2nd Marine Parachute Battalion du colonel Krulak débarque sur l’île de Choisel. Ce même jour, le 8th New-Zealand Brigade Group débarque sur l’île du Trésor. Ces deux opérations ont en fait pour but d’attirer l’attention des Japonais au sud de Bougainville, où sont massés la plus grande part des 57 500 défenseurs de l’île (20 000 de la marine et 37 500 de l’armée).

            Le 1er novembre, l’aviation embarquée de la Task Force 38 du contre-amiral Sherman décolle des porte-avions USS Saratoga et USS Princeton. Les appareils s’en prennent ensuite durement aux aérodromes japonais du nord de Bougainville. Les quatre croiseurs légers et les huit destroyers de la Task Force 39 de l’amiral Merrill s’approchent pour leur part du rivage pour déverser une tornade de feu sur ces mêmes pistes d’envol. La flotte amphibie de l’amiral Wilkinson peut donc commencer ses opérations en toute sécurité. Celles-ci bénéficient en outre de l’amélioration des techniques pour les opérations amphibies avec les expériences accumulées depuis Guadalcanal. A 7h26 débute le débarquement de la 3rd Marine Division, qui appartient au I Marine Amphibious Corps du général Vandegrift. L’assaut est lancé sur Torokina, relativement peu défendu et à portée des chasseurs de Nouvelle-Géorgie, au nord de la baie de l’Impératrice Augusta, sur la côte ouest de Bougainville. Cependant, les 270 défenseurs japonais luttent avec acharnement et jusqu’à la mort, infligeant de lourdes pertes aux Marines : 78 tués et 104 blessés. En outre, la mer très forte endommage de nombreux engins de débarquement, certains étant même détruits par les récifs. Au soir du premier jour, 14 000 Marines ont débarqué. Dès le lendemain, un nouveau danger apparaît : la flotte nippone intervient. Les navires du vice-amiral Sentaro Omori sont cependant vaincus et un croiseur léger et un destroyer japonais sont détruits. Peu après, Halsey lance son aviation embarquée sur Rabaul, infligeant des pertes sévères aux Japonais. L’amiral Koga ordonne alors aux appareils indemnes de l’aéronavale de rallier leurs porte-avions à Truk tandis que les croiseurs lourds regagnent Truk ou le Japon. 

Marines et GI’s de l’US Army aux coudes à coudes

            Le 13 novembre, le commandement à terre à Bougainville est confié au général Geiger, de l’USMC, qui a remplacé Vandegrift. Au milieu du mois, la 37th ID, maintenant aguerrie à l’issue des combats de Nouvelle-Géorgie, renforce le dispositif des Marines. Dans le camp adverse, renforcer Bougainville ne s’avère pas être une mince affaire. C’est ainsi que des destroyers américains repoussent leurs homologues japonais dans la nuit du 24 novembre, coulant à l’occasion trois des cinq bâtiments japonais dans ce qui constitue le dernier combat naval de la campagne des Salomon. Durant la fin de l’année 1943, la 3rd Marine Division et la 37th ID s’emploient à agrandir leur périmètre en n’étant soumis qu’à une opposition mesurée, l’ennemi attendant toujours un assaut au sud de Bougainville ! Cependant, des combats assez violents s’engagent sur le Koromokuna, fleuve qui se jette dans la mer au niveau de la tête de pont américaine. L’artillerie et les mortiers des Marines ont finalement raison de la résistance japonaise. Le 15 décembre, le 14th US Army Corps du général Griswold relève le I Marine Amphibious Corps de Geiger. De nouvelles unités sont déployées : l’Americal Division et un bataillon du Fidji Infantry Regiment, ainsi qu’un certain nombre d’unités du génie. Dès le 17 décembre, des avions américains peuvent intervenir à partir des pistes aménagées à Torokina et ils frappent ainsi la base de Rabaul. 

L’ultime contre-offensive japonaise

Tandis que des centaines d’avions japonais et de nombreux navires sont détruits à Rabaul puis à Truk, les Japonais ne peuvent guère s’opposer à la manœuvre d’enveloppement qui se dessine. Comme souvent, le commandement japonais se résout à prendre des mesures désespérées. C’est ainsi que le général Hyakutake concentre 15 000 hommes de sa 17ème armée pour venir à bout de la tête de pont américaine de Torokina sur Bougainville. Il vise rien de moins que de rejeter les Américains à la mer et de s’emparer des trois terrains d’aviation. Ce n’est pas un objectif facile à réaliser. Le 14th US Army Corps du général Griswold totalise à ce moment 62 000 hommes. De surcroît, les Américains n’ont eu de cesse de renforcer leurs positions, qui disposent à ce moment-là de milliers de mines, de kilomètres de barbelés et d’emplacements méticuleusement choisis pour leurs armes lourdes. Hyakutake sous-estime cependant le nombre des défenseurs. C’est le 8 mars 1944 qu’il lance son offensive. L’attaque est précédée d’un intense bombardement, qui s’abat dans le périmètre américain. Le lendemain, les Japonais s’attaquent aux positions fortifiées de la 37th ID sur la colline 700. Si les Japonais parviennent à infiltrer les lignes américaines, ils échouent en revanche dans leurs tentatives de percée. Ils sont en fait stoppés sur un contrefort peu élevé. Pendant trois jours de corps à corps pugnace, les GI’s repoussent les assauts de leurs ennemis. Cette attaque initiale est suivie le 10 mars par un autre assaut, sur le flanc est cette fois-ci, contre des redoutes défendues par l’Americal Division. Les Japonais parviennent à s’emparer d’une éminence, mais échouent à prendre position sur le sommet voisin de la même colline, constituée de deux monticules. La Butte Nord reste entre les mains des Américains, tandis que les Japonais se retranchent sur la Butte Sud, distante d’à peine 150 mètres. De leur côté, les Américains se montrent impuissants à déloger les Japonais et leurs contre-attaques sont toutes lancées en vain. C’est alors que Geiger décide de concentrer toute son artillerie sur le saillant réalisé par les Japonais. Celui-ci reçoit un déluge de feu de 10 000 obus. Le 15 mars, les forces japonaises, décimées, sont contraintes au repli, laissant 560 morts sur le terrain. La dernière tentative d’attaque du plan de Hyakutake a lieu le 11 mars. Ce jour-là, le solide 45ème régiment d’infanterie du colonel Isaoshi Magata monte à l’assaut des lignes de la 37th ID au pied du mont Nampei. Les pénétrations japonaises restent marginales et tout espoir est enlevé aux Japonais le 17 mars à la suite des contre-attaques du 129th Infantry Regiment et du 754th Tank Battalion. L’ultime attaque est lancée par les Japonais le 23 mars. Comme les précédentes, elle échoue avec de lourdes pertes. Cette offensive à coûté la vie à 263 défenseurs américains. Les pertes de Hyaukutake sont sans commune mesure puisqu’elles se montent à 8 000 tués et blessés, soit plus de la moitié des troupes engagées dans l’opération ! Le 27 mars, Hyakutake ordonne la retraite. Ainsi s’achève la dernière offensive japonaise de la guerre dans les îles Salomon. Quant aux Américains, ils disposent d’une nouvelle base pour bombarder Rabaul.