Seconde Guerre Mondiale WWII

11TH HUSSARS : DEBUTS EN NORMANDIE, JUIN 1944   

L'audace des unités de reconnaissance

Souvent négligée dans les récits relatant la bataille de Normandie, les unités de reconnaissance comptent pourtant dans ses membres parmi les plus audacieux et téméraires soldats des forces armées des deux camps.  

L’unité n’appartient pas aux premières vagues. Les navires jettent l’ancre à deux miles de la côte à 7h00 le 9 juin, le débarquement débutant du D Squadron vers 14h00 et se poursuivant jusqu’à 22h45. Tous les White Scout Cars sont à terre, de même que les Dingos, deux camions, les 15 cwts et les Staghound. La Luftwaffe, dont on néglige souvent la participation à la bataille, s’attaque à la zone à la nuit tombée. La réaction de la DCA est « terrifiante » selon le terme employé par le rédacteur du War Diary du D Squadron. On enregistre les premières pertes : le 2nd lieutenant Horsfall est blessé sans gravité par une bombe. Côté matériels, un WSC est légèrement endommagé.  

Premiers pas en Normandie 

Le lendemain, à 10h45, toutes les automitrailleuses ont été acheminées à terre et le regroupement s’effectue à Bernières-sur-Mer, puis à Ryes où se déroule le fastidieux mais nécessaire processus de désétanchéisation, tandis que les derniers véhicules parviennent sur le site en fin de journée. La journée du 11 est entièrement consacrée à des tâches telles que le nettoyage jusqu’à 22 heures, lorsque l’escadron se met en route vers le sud de Bayeux. La progression ne reprend qu’à 15 heures le lendemain, le 11th Hussars se trouvant de nouveau subordonné à la 7th Armoured Division, comme aux temps héroïques de la guerre du désert. Déployé au Mesnil, l’unité apprend de son colonel qu’elle devra se mettre en route à 4h45 le 13 juin. L’objectif est de s’emparer de Villers-Bocage, où se dirigera le 4 CLY (County of London Yeomanry) depuis la route principale depuis Briquessard, l’axe dévolu aux « Desert Rats ». Le D Squadron reçoit la mission d’assurer une flanc-garde, outre un rôle d’observation et de découverte.  

Opération « Perch », à Villers-Bocage 

Le 13 juin, le groupe de reconnaissance part au combat, mis à part la Troop 4, éclatée lors de la dernière halte et qui n’a pas rallié à temps : la Troop 3 du lieutenant Newton accompagne le 4 CLY jusqu’à Briquessard ; la Troop 2 du sergent Lyon l’accompagne et tentera de suivre le chemin de Briquessard en direction de la route de Caumont, au nord de Cahagnes. Pendant la progression de la division, les deux Troops devront avancer par bonds, prendre position aux carrefours et tenter de déceler le moindre mouvement ennemi qui pourrait s’avérer menaçant. Le 8th Hussars roulera depuis Briquessard sur un axe secondaire parallèle à l’avance du 4 CLY, entre l’axe principal de la 7th Armoured et la route Caumont-Villers-Bocage. A partir de Briquessard, la protection de l’aile gauche du 4 CLY est prise en charge par la 5 Troop du lieutenant Sexty. De son côté, le lieutenant Copeland emmènera sa 1 Troop à Briquessard, puis obliquera vers la gauche en direction d’Anctoville. Montés sur deux Daimler Dingo, les lieutenants Moore et Horsfall descendront la route principale jusqu’au carrefour dit « Y ». On le voit, le bataillon et ses Squadrons et même les Troops sont dispersés pour s’acquitter de missions en parallèle. On va le constater, les formations sont également régulièrement relevées. 

L’avance s’avère initialement lente, loin de l’ambiance « africaine ». Il est prévu que Moore et les Troops 1 et 5 seront relevés dès que possible par le C Squadron. A 7h20 survient un tir fratricide : la Troop 5 subit le feu de chasseurs de la RAF ! De son côté, la Troop 1 rapporte que les Allemands ont établi un barrage, s’articulant autour d’une épave de Panzer IV, devant l’entrée d’Anctoville. Le caporal Sambrooke s’approche de la carcasse pour l’inspecter et, ce faisant, manque d’être victime d’un piège qui ne fait que le projeter au sol. Peu après, un autre « roadblock », réalisé avec du matériel agricole, est décelé par la Troop 5, près de St Germain d’Ectot. Les éclaireurs tentent alors d’en neutraliser des défenseurs. Le rapport du lieutenant Moore fait état de tirs de MG et d’explosions d’obus. De son côté, la Troop 2 fait savoir que le chemin suivi en direction de la route principale est impraticable et se voit donc réorientée auprès du 8th Hussars.  

La Troop 3 annonce de son côté qu’un véhicule se trouve près de l’église de Cahagnes. Le lieutenant Newton entreprend donc une reconnaissance à pied en direction d’une zone d’où émane des bruits trahissant d’importants mouvements et peut confirmer la nouvelle : l’engin ennemi se trouve à une vingtaine de mètres de lui. Il fait procéder au recul de son unité pour positionner ses véhicules de façon à neutraliser l’automitrailleuse allemande si celle-ci venait à s’exposer en terrain découvert. Ses hommes parviennent à détruire un semi-chenillé, le lance-corporal Bullen s’adjugeant trois allemands, abattus à la Sten à une vingtaine de mètres. Tandis que la Troop 3 est relevée par le C Squadron peu après midi, la Troop 2 reste en ligne au nord-est de Saint-Louet-sur-Seulles, tenue en respect par des tirs de MG et un engin à huit roues doté d’un 75 mm, vraisemblablement un Sd. Kfz. 234/3. 

Plus inquiétant, la Troop 1 a repéré une progression de Tiger I depuis le sud-est de Tracy Bocage, le 8 Hussars étant, a priori en conséquences, obligé d’opérer un repli. Les « Tommies » de l’unité de reconnaissance subissent d’importants tirs de mitrailleuses. L’ennemi passe à l’attaque, les Landser de l’infanterie, sous le couvert de Panzer, se montrant particulièrement audacieux en opérant des infiltrations, une méthode qui sera récurrente tout au long de la campagne. Si le 11th Hussars est globalement modérément engagé, on le sait, la journée est un désastre pour la 7th Armoured Division qui subit un revers de premier ordre à Villers-Bocage.  

Le soir, le « D » Squadron s’installe en hérisson défensif dans un « box », la route étant coupée entre Briquessard et Amayé-sur-Seulles. Pendant la nuit, l’artillerie britannique, éternel soutien majeur du «Tommy », n’a de cesse de soumettre Villers-Bocage à ses tirs, la petite localité n’ayant connue qu’une bien éphémère libération avant le retour des Allemands. 

Le repli après l’échec 

Le 14 juin, au petit jour, l’activité reste limitée pour les troupes de reconnaissance, une situation qui perdure toute la journée, ponctuée seulement par les tirs allemands dirigés sur la route et les positions d’artillerie. La Troop 5 rapporte certes de nouvelles infiltrations de fantassins, facilement conjurées par l’action des mitrailleuses. Un sniper n’a toutefois de cesse de tourmenter le poste de commandement. Le tireur embusqué est par conséquent pris en chasse par des soldats de la Troop 1 menés par le capitaine Churton, mais l’Allemand échappe à la traque. En revanche, la situation devient sérieuse à la nuit tombée. En effet, alors qu’à midi il a été décidé du repli de la 7th Armoured Division sur Briquessard à la faveur de la nuit, ce sont les Allemands qui entrent en action à 20h00.  

Une attaque –qualifiée de puissante par les Britanniques- est lancée par des Panzer et de l’infanterie d’accompagnement sur le flanc sud du « box ». Les « scouts » font office d’unités de protection rapprochée pour les artilleurs. La Troop 1 prend en charge la défense de la K Battery du 3 RHA (Royal Horse Artillery), la Troop 2, renforcée par la Troop 3, est assignée au 5 RHA. L’état-major du Squadron se déploie au sud du hérisson, juste au nord de la route, prêt à faire bataille. Le fracas des armes est assourdissant dès lors que les pièces ouvrent le feu à bout portant. A 22h15, les Allemands en ont assez et en sont pour leurs frais, ayant, selon les Britanniques, subi des pertes substantielles : les premiers rapports font état d’au moins dix Panzer incendiés. A 23h00, le 11th Hussars peut opérer son mouvement de repli. L’unité se dirige sur Guéron, au sud de Bayeux, avec l’ordre de se placer en réserve de corps. En chemin, l’automitrailleuse du lieutenant Newton entre en collision avec un motocycliste, endommageant la direction, ce qui oblige à abandonner le véhicule. A 2h45, le D Squadron parvient dans la zone de rassemblement assignée au régiment, précédée de la Troop 1 du B Squadron, le reliquat de ce dernier parvenant à son tour sur le site le surlendemain, tandis que les éclaireurs procèdent à des opérations de maintenance sur leurs véhicules qui sont en outre lavés et nettoyés de près.  

L’arrivée tardive des half-tracks M3 Gun Motor Carriage (GMC) 

Les engins des Squadrons B, C et D n’appareillent d’Angleterre que le 13 juin, alors que le reste de l’unité participe à la bataille de Villers-Bocage. Venant de la Tamise et navigant de nuit, le convoi qui les achemine vers la Normandie ne subit aucun tir dans la zone du détroit du Pas-de-Calais, au grand dam de certains qui espéraient un peu d’action. Le 15 juin, le début du débarquement à terre, prévu à Courseulles-sur-Mer, est long et laborieux, des récriminations éclatant envers les matelots de l’US Navy en charge d’un LCT transportant la Scout Troup et des 75 mm automoteurs du B Squadron (un engin peu réussi quelque peu obsolète en 1944), ainsi que les scouts cars des deux autres escadrons. Le pilote américain de la barge en abaisse prématurément la rampe, trop éloigné de la côte et, de surcroît, sur un banc de sable. Le premier Humber Scout Car est immédiatement immergé, à l’extrême limite de sa capacité à évoluer en mer ! Le clapotis de l’eau frappe la fenêtre de vision du conducteur… Pour ne rien arranger, le poids du véhicule le fait s’enfoncer dans le sable mou et, au bout d’une cinquantaine de mètres de progression, le scout car est immobilisé. Le LCT remonte alors sa rampe et, faisant marche arrière, le pilote emmène le reste de sa cargaison jusqu’à Arromanches. Quant au Humber enlisé, il sera tiré de ce mauvais pas par une équipe d’un Beach Group.  

C’est encore pire le lendemain. Il faut mobiliser un « Rhino Ferry » dans lequel les engins sont transbordés depuis le Liberty Ship, mais la mer est agitée et il faudra attendre encore une journée pour achever la procédure. Celle-ci demeure périlleuse car le temps n’est pas au calme et le soldat Worthington manque de périr sur une échelle de corde lors des mouvements intempestifs du « Rhino Ferry » secoué par la houle et les vagues. Pis, le ponton dérive soudainement et un officier de marine en rompt les amarres alors même que le « Rhino » est sans moteur ! A la dérive, il percute un LST en son milieu puis oblique vers un Liberty Ship qui fonce à toute vapeur, mais reste bloqué sur un banc de sable. Avec un humour typiquement anglais (impossible à imaginer dans un Kriegstagebuch), l’auteur du War Diary observe : « Si le courant avait été correct, le B Squadron aurait bien pu retourner directement en Angleterre. »  

Enfin à pied d’oeuvre, passé l’épreuve de la désétanchéisation et les récits de leurs camarades des C et D Squadrons, les équipages des halftracks dotés de 75 mm peuvent entrer en campagne. Le terrain, observe-t-on rapidement, est assez plat et ne procure que bien peu de possibilité d’observation à distance, les haies bloquant en outre la vue. Dans ces conditions, les nouveaux venus pensent d’emblée que les premiers escadrons engagés s’en sont plutôt tirés à bon compte. Le Squadron Leader se rend auprès du chef du VIII Corps, qui n’est ni plus ni moins que le général O’Connor. L’ancien commandant de la Western Desert Force, le vainqueur des Italiens à Beda Fomm en février 1941, est ravi d’avoir des nouvelles du 11th Hussars : la première unité à avoir été engagée dans le cadre de la guerre du désert, qui sera aussi la première à faire son entrée à Tripoli puis à Tunis.  Du 20 au 26 juin, la formation de reconnaissance se prépare à passer à l’action. Le camouflage est l’objet d’efforts particuliers, au point qu’on décide d’user de treillis de clôtures pour lapins. Au B Squadron, on invente un système de communications permettant au commandant de la Scout Section de faire office d’observateur pour les deux 75 mm et de converser en même temps avec les équipages des deux halftracks en usant de deux postes radios. Les hommes ne sont pourtant pas impliqués dans l’opération « Epsom » qui survient dans la vallée de l’Odon et jusque sur la cote 112. Le 27 juin, alors que l’offensive, devant déboucher sur l’enveloppement de Caen selon les espoirs de Montgomery, fait rage, le B Squadron est placé sous la direction de la 22nd Armoured Brigade et se voit chargé de tenir une portion du front près de Torteval. Bref, le mois de juin et le début du mois de juillet sont en grande partie passés en exercices et à l’état de réserve. Rien qui ne s’apparente à l’activité fiévreuse qui était la norme en Méditerranée… L’action sera en revanche plus conséquente la suite du mois d