Livre

Recension “Quand l’Europe nommait le monde”

Une mine d'information sur la toponymie mondiale!

PERROT Nicolas, Comment l’Europe a nommé le monde?, Riveneuve, 2025

Préfacé par Christian Grataloup -connu de tous les enseignants en Histoire-Géo- est intéressant, voici un livre -plus de 400 pages tout de même- rempli de pépites: on y trouve moult anecdotes, comme j’aime en faire en classe, et ces explications étymologiques que je multiplie auprès de mes élèves.

La lecture est facile, le style aisé à suivre et vivant et le classement par océan et continent le plus simple. On ne s’ennuie pas!

Certes, le choix de l’ordre alphabétique au sein de chaque partie est pratique pour rechercher ou retrouver une donnée, mais j’aurais préféré une circulation géographique, en effectuant une boucle, un parcours (par exemple de l’Ouest vers l’Est et du Nord au Sud) au sein de chaque espace.

La toponymie, à toutes les échelles (mais ici on est à petite échelle), a son importance, elle est instructive, elle est aussi tout simplement récréative. On apprend beaucoup, avec de belles histoires originales à la clé, parfois des aventures époustouflantes ou déconcertantes. L’Histoire nous fait aisément comprendre pourquoi de nombreux toponymes situés en dehors de l’Europe ont été baptisés par des Européens, mais, comme le montre le livre, des termes indigènes ont pu présider à ces choix. Bien souvent, la date du calendrier, le nom d’un explorateur, d’un marin ou d’un souverain en a été à l’origine. Bien souvent, des appellations multiples se sont succédées, marquant les conquêtes successives d’un territoire, ou le rejet d’un ordre ancien (ainsi que l’illustre les noms d’anciennes colonies abandonnés à l’heure de l’indépendance). L’auteur a certes dû procéder à des choix et n’a pu parler de tout (c’est une évidence), comme, par exemple, évoquer Perse/Iran. On notera, au passage, une réhabilitation bienvenue du rôle des Africains dans l’histoire de l’Amérique.

On peut certes regretter quelques approximations, ou des affirmations discutables (il faut dire qu’il existe parfois des controverses à ce sujet), mais elles sont vraiment rarissimes et à la marge (le travail est très sérieux). L’étymologie du mot Égypte, même si elle découle du grec (et pas forcément ce qu’en dit Strabon), a quand même un lien avec l’égyptien ancien. L’origine donnée à Aigyptos semble d’ailleurs erronée (il le semble qu’il y ait un lien avec le dieu Ptah). Il en va de même pour Misr, le véritable nom de l’Égypte actuelle : il est à relier à la Bible. Quant au 15 août, ce n’est pas le jour de l’Ascension, mais celui de l’Assomption (l’ascension de Marie, en quelque sorte, pour les fondateurs espagnols catholiques de l’époque)… Mais rien qui ne nuise à un ensemble de qualité et vraiment instructif.

Mon deuxième regret -mais je précise que j’ai vraiment apprécié ce livre- est que l’introduction n’ait pas été plus développée avec en fait une partie entière consacrée, sur le plan historique, à ce processus de dénomination géographique mené au temps des explorations, puis à l’ère coloniale. Mais cela se serait opéré au détriment des chapitres consacrés à la toponymie des différents continents et océans : il fallait faire des choix et, au final, le résultat est vraiment remarquable. Enfin, les cartes sont belles, mais malheureusement trop petites pour être efficacement lisibles.

Avec ce genre de sujet, il convient d’éviter certains écueils : la nostalgie impériale et le mépris corollaire des cultures non européennes ainsi que, a contrario, un biais anti-européen présentant en parallèle les peuples extra-européens en victimes de l’Histoire. Nicolas Perrot a su demeurer objectif.

Bref, un livre agréable et vraiment instructif en raison de la richesse des informations prodiguées, que je vous recommande vivement.