Seconde Guerre Mondiale WWII

LES UNITES DE RECONNAISSANCE DU DAK (Partie 2)

Les formations de reconnaissance du DAK en action

Benoît RONDEAU Copyright

LES UNITES DE RECONNAISSANCE DU DAK (Partie 2)

Les formations de reconnaissance du DAK, que nous avons présentées dans un précédant article, vont s’acquitter de missions fort diverses pendant les deux années de combat qu’elles vont mener en Libye, en Egypte et en Tunisie. C’est à la découverte de ces opérations, agrémentées de témoignages, que nous vous invitons dans cet article. 

L’Aufklärungs-Abteilung 3 ou l’entrée en scène du DAK

Les unités de reconnaissances associent leur nom aux débuts de l’épopée de l’Afrika-Korps. En effet, parmi les premières unités du DAK à fouler le sol africain, on compte l’Aufklärungs-Abteilung 3 (mot) du Major Wechmar. A peine débarqué, l’AA 3 reçoit ordre de se porter sur Syrte et d’y constituer une réserve mobile. Dès leur arrivée à destination, le 16 février, les automitrailleuses de l’Abteilung (ainsi que la Panzer-Abteilung 39) sont envoyées vers l’avant pour déterminer la situation de l’adversaire, son dispositif et ses effectifs. Rommel, qui envisage d’abord une défense à Bouerat, se ravise en effet et décide d’établir une position défensive à El Nofilia. La mission de repousser toute attaque de faible envergure mais de décrocher en cas d’assaut plus conséquent. C’est à cette occasion que survient la fameuse supercherie des faux tanks. Le 19 février, les Allemands parviennent à El Nofilia, vide d’ennemis, en compagnie de leurs camarades transalpins du Gruppo Santa Maria.

Rommel ordonne de pousser davantage vers l’est. C’est le 20 février que l’AA 3 établit son 1ercontact avec les Britanniques, en l’occurrence leurs homologues de la reconnaissance. Le 24 ou le 25 février, l’AA 3 affronte deux pelotons des King’s Dragoon Guards ainsi qu’une section antichar australienne. L’unité de Wechmar incendie une automitrailleuse anglaise, deux blindés légers et un camion. Les Allemandes ne déplorent aucune perte et ont capturé trois prisonniers. 

Que s’est-il passé ? S’il faut en croire les récits, le 24 février, la patrouille allemande commandée par l’Oberleutnant Schumacher, soit trois Sdkfz 222, affronte des Marmon Herrington MK II, des Morris AC9 avec Vickers de 303 et des Bren Carriers. Allemands progressent d’abord sur la route tandis que les Anglais leur font face, déployés de part et d’autre de celle-ci. La première rencontre se solde sans aucune perte. Le 25, les Allemands sont de retour avec cette fois-ci des munitions plus efficaces et les Anglais subissent en conséquence leurs premières pertes. Hellmuth Schroetter a participé à cette escarmouche historique (peut-être celle du 20, la relation manquant de précision). Deux automitrailleuses se croisent en faisant feu de toutes leurs armes, rapporte-t-il. Après un rapide demi-tour et un nouvel affrontement, les deux véhicules regagnent leurs lignes. A l’abri des dunes, à défilement de tourelle, on s’observe avant de reprendre le combat. Consternation chez les Allemands : les obus de 2 cm n’ont pas percé, même à une si courte distance ! Et pour cause : la pièce a été alimentée en obus explosifs et non de rupture… 

Rommel ne tarde à arriver sur les lieux et les ordres fusent : accroître le nombre de reconnaissance en direction d’El Agheila, faire avancer le gros du bataillon au-delà de l’Arco dei Fileni, lancer des reconnaissance aussi bien vers l’est que vers le sud. En qualité de chef d’une section de motocyclistes, Schroetter reçoit pour mission d’opérer une reconnaissance d’une cinquantaine de kilomètres en direction du sud-sud-est, en plein désert. Une impression étrange mêlée d’une certaine appréhension car c’est une première pour ces hommes. Il faut faire attention : les châssis et les amortisseurs des petits véhicules sont fragiles.

De son côté, Wolfgang Everth, qui dirige une compagnie d’automitrailleuses, nous indique, dans son rapport, le type de mission qui pouvait être confiée ainsi que la composition d’une patrouille constituée pour une tâche bien précise : « Le 27 février 1941, j’ai reçu l’ordre de partir en reconnaissance le lendemain d’El Nofilia vers El Agheila, de faire des prisonniers et si possible de ramener une auto-blindée anglaise. » Everth dispose de la section lourde du Leutnant Zeihm, de la section légère du Leutnant Wolf, de la section motocycliste de l’Oberfeldwebel Ludwig, d’un peloton antichar du Panzerjäger-Abteilung 39 un d’un camion du train. Lorsqu’il atteint sa destination, à 150 km de son point de départ, Everth déploie la section lourde en écran à 21 en avant du gros de ses effectifs. La mission sera menée à bien, Everth soulignant qu’il est monté lui-même à bord d’un side-car pour se déplacer sur la route de nuit car la visibilité est trop mauvaise depuis une automitrailleuse alors même qu’il faut se prémunir du danger des mines. 

C’est à la fin du mois de mars que débute réellement la première offensive du « Renard du Désert » et la première étape consiste en la prise d’El Agheila. Le 23 mars, le Spähtrupp führer Müller quitte Nofilia avec trois voitures blindées de reconnaissance. Direction : El Agheila, à 150 km ; mission : « loger » l’ennemi à l’intérieur et à l’extérieur de la localité. Deux compagnies de mitrailleurs de l’AA 3 suivent à 50 km de distance. Vers 4 heures du matin, les hommes de ce btl opèrent l’encerclement par le sud. Mais l’ennemi s’est esquivé. Les combats n’occasionnent que des pertes très légères. La sécurisation d’El Agheila, acte inaugural de l’épopée du DAK, procède en fait de nécessités tactiques qui se sont faites jours suite à l’occupation de l’oasis de Marada : El Agheila représente en effet un carrefour de pistes essentielle ainsi qu’un point d’eau de la première importance. 

L’occupation de Marada nous est racontée par H.W. Schmidt car il prend la tête du détachement motorisé qui reçoit pour mission de s’y installer et, de là, envoyer des patrouilles pour voir si un détachement pourrait s’emparer de l’oasis de Djalo qu’on sait occupé par l’ennemi. Schmidt dispose d’une trentaine de véhicules, dont quatre blindés, un camion radio, une demi-douzaine de Kübelwagen, deux Pak automoteurs, des pièces antiariennes légères sur camionnettes, des camions et des voitures. Une patrouille dont un 8 roues lui indique l’azimut à suivre et les accompagne jusqu’à ce qu’il soit bien engagés dans la piste. Si Marada, inoccupé, tombe sans coup férir, la suite est plus ardue. Egaré dans le désert lorsqu’il part à la recherche de Djalo, il se trouve en fait plus près de Koufra que de ce dernier. Lorsqu’il parvient à l’oasis, il constate qu’il est toujours occupé et que seule une colonne dotée d’engins tout terrain serait en mesure d’y parvenir. 

Tandis que Schmidt se perd dans l’immensité désertique, Schroetter rapporte les événements survenus sur la côte: « Après que le fort du désert d’El Agheila soit tombé aux mains des Allemands le 24 mars 1941, la compagnie motocycliste de l’AA 3 (mot) reçut l’ordre d’y assumer la mission de couverture. Les sections de reconnaissance blindées étaient envoyées en direction d’Agedabia et en repérage vers le sud, dans le désert. Au cours de cette période, le Pz Rgt 5 nous traversa : les sections de reconnaissance blindées avaient rapporté la présence de forces ennemies à Mersa el Brega. » Dans cette localité, l’AA 3 (mot) repousse les patrouilles adverses sur le flanc gauche, dans les dunes près de la mer. « Largement dispersés, nous partîmes en chasse à travers les grands lacs salés et nous engageâmes les poches de résistance anglaises. La résistance était généralement faible. L’infanterie anglaise montait à bord de camions déjà en position et se repliait vers Agedabia. Se faisant, quelques camions s’ensablèrent dans les lacs salés et l’infanterie portée fut capturée… » D’autres éléments de reconnaissance opèrent en flanc-garde du côté du désert mais s’égarent et ne participent ainsi pas aux combats. 

Vers Benghazi !

Rommel entend profiter de la faiblesse du dispositif ennemie et sa reconnaissance en force prend l’allure d’une offensive. A 9h45 du matin, le 31 mars 1941, les automitrailleuses de l’AA 3 se heurtent à leurs homologues de la 2nd Arm Div. Lors de la poussée à travers la Cyrénaïque, l’unité a la chance d’éviter la terrible « route de la mort » qui mène à Mechili via le Trigh el Abd et qui va s’avérer si préjudiciable sur les mécaniques au cours de cette première chevauchée de Rommel.

Il faut progresser avec prudence et s’arrêter fréquemment pour déceler les mines. A 80 km de Benghazi, nouveau contretemps avant Gemines. Le radio d’une patrouille avancée de reconnaissance annonce que de nombreux chars ennemis sont déployés sur la route. Alors que les Allemands se mettent en ordre de bataille, on décèle la supercherie : ce sont des épaves de M13/40 italiens astucieusement disposés de manière à faire croire à une unité prête à combattre. Le 3 avril, en soirée (ou à l’aube du 4 avril selon d’autres sources), l’AA 3 s’empare sans difficulté de Benghazi et atteint son port. L’accueil des Italiens est chaleureux.

 L’AA 3, devant être relevé par la Brescia, reçoit alors l’ordre de se porter vers Mechili via El Regima et Charruha, à travers le désert. Les combats qui sont menés aux confins du Djebel Akhdar contre les Australiens du 2/13 Bn sont particulièrement disputés. Cinq blindés de reconnaissance allemands ont été complétement détruits, sans compter les engins endommagés. L’avance se poursuit. A défaut du Pz Rgt 5 devant déboucher du désert, ce sont les premiers éléments avancés de l’AA 3, Rommel découvre, à 30 km au sud-ouest de Mechili. Il atterrit, précise la direction à suivre, repart. L’AA 3, rapide, est la première unité à assurer l’investissement de Tobrouk, ce qui est l’occasion de nouvelles escarmouches avec les Australiens. Pour Wechmar, la bataille de Tobrouk, qui va sceller le destin du DAK, ne le concerne pas. 

Reconnaissances sur la frontière

En effet, dès la mi-avril, Rommel envoie des unités vers l’Est, contournant ainsi le port libyen. Il s’agit de sécuriser des positions sur la frontière égypto-libyenne afin d’assurer les arrières du DAK pendant que ce dernier partira à l’assaut de Tobrouk, ce qui ne devrait être qu’une formalité selon Rommel qui se leurre sur les intentions de son adversaire. Les éléments engagés aux confins de la Marmarique sont essentiellement l’AA 3 et le Kradschützen-Btl 15, renforcés par des 88 et des Pak du PzJäger Abt 33. Rassemblés au sein du KG Knabe, ces unités très mobiles doivent s’emparer de Bardia, Solloum et Capuzzo. Mais la poussière de la piste et chaleur extrême ont raison de nombreux sidecars. On doit s’arrêter régulièrement, radiateurs contre le vent, pour laisser refroidir le moteur. Le Krad-Btl 15 ne participe pas intégralement à cette nouvelle ruée : lorsque, le 10 avril l’Hauptmann Busch (5. Komp Krad 15) est reçu par Rommel à Acroma, celui-ci lui enjoint de se déployer devant Tobrouk. Pour Wechmar et Knabe, tout semble se dérouler sans difficulté majeure, Le 11 (ou le 12), Bardia tombe. Le 12, c’est Capuzzo, qu’il a fallu prendre de haute lutte mais sans réelle difficulté. 

L’AA 3 passe sous la direction de la Kampfgruppe Herff. Début mai, l’AA 33 rejoint le secteur lui-aussi. Les deux unités sont ainsi impliquées dans les opérations « Brevity », « Skorpion » et « Battleaxe », étant essentiellement affectées à des missions de couverture sur le flanc sud. Lors de l’opération « Skorpion » visant à s’assurer de nouveau du contrôle de la passe d’Halfaya, la KG Wechmar a pour mission de faire diversion alors que les principales colonnes d’assaut convergent vers l’ennemi. Durant « Battleaxe », l’AA 33 assure la défense de Bardia avec un bataillon italien tandis que des éléments du Kradschützen-Btl 15 sont dispersés au sein des différents Stützpunkte qui sont édifiés le long de la frontière. Point de confinement à un rôle purement statique. Lorsque la 15. Panzer lance un KG pour contrecarrer l’offensive adverse, c’est tout naturellement que viennent s’y greffer deux compagnies de reconnaissance, dans le meilleur esprit de ces groupements interarmes.

La période estivale est celle d’une veillée d’arme dans l’attente du nouvel affrontement majeur. Schroetter nous raconte la routine des missions qui prévalent alors. Les AA sont laissés en mission d’observation face à l’ennemi qui ne déploie que des unités de reconnaissance à proximité. Toutes les deux semaines, les deux AA allemands opèrent la relève des sections déployées en avant des lignes. Les points d’observations sont les suivants : Bir Nuh, Sidi Suleiman (Point 205), Point 204, Fort Sidi Omar (Point 200). De ces points d’observations, les formations doivent opérer une surveillance constante du secteur. Les AA sont autorisés de procéder à des raids de faible envergure mais les sections ont ordre de ne pas être détournées de leur tâche principale : observer et être en mesure de présenter un rapport à tout moment, combattre si nécessaire, se replier rapidement et avec dextérité afin de réapparaître sur les flancs et les arrières. L’historique du Pz AA 33 précise que les patrouilles sont en contact permanent avec l’ennemi pendant plusieurs jours avant d’être relevées. C’est le stab de l’Abteilung qui est en contact avec le DAK. L’Unteroffizier Trebi se voit assigné ce genre de mission à Bir Nuh. Il dispose d’un Sdkfz 232 et deux Sdkfz 222. Lorsque la soirée arrive, il faut être davantage sur ses gardes et, en cas d’urgence, tous les impedimenta des soldats en campagne doivent à nouveau être arrimés, souvent à l’extérieur des véhicules à défaut de place suffisante dans les casiers à rangement. Mais, bien que le poste ne puisse être évidemment abandonné à l’ennemi, c’est aussi le moment de se repositionner car l’adversaire a eu tout le loisir de déterminer la position occupée dans la journée. 

Les escarmouches sont fréquentes entre unités des deux camps. En juillet 1941, le Pz. AA 33 tombe dans un piège tendu par les Britanniques à Sidi Souleiman. Les Landser de l’unité observent un Kübelwagen, visiblement égarée, s’approchant dangereusement des positions anglaises. Lorsque surgit une automitrailleuse britannique, les troupes de reconnaissance allemandes décident d’intervenir : elles ne peuvent décemment imaginer laisser des camarades risquer la capture. Une automitrailleuse allemande met les gaz pour rattraper la Volkswagen avant qu’il ne soit top tard quand un tir d’antichar bien ajusté l’incendie : la Volkswagen n’était qu’un appât pour un piège qui a admirablement fonctionné…

En septembre 1941, Schroetter commande un peloton blindé consistant en deux Sdkfz 222 et une auto-blindée dotée d’une radio. Selon ses propres termes, « Dans le jargon du soldat, ils étaient comme des lapins » car ces véhicules sont bien trop rapides et de forme trop ramassée (avec un arrière très court) pour être détruits. Il est donc facile pour eux de « disparaître » dans la nature. Schroetter est en position dans les ruines de Sidi Souleiman, repère topographique aisé situé sur une éminence. Lorsque les conditions sont optimales, on peut observer dans la plaine jusqu’au relief qui les domine –où sont positionnées les unités de reconnaissance de la 8th Army- sur une distance de 10 kilomètres. A l’heure du midi, les chaleurs empêchent toute observation correcte. Les objets sont déformés. De nouvelles responsabilités pour le jeune cadre livré à lui-même alors qu’auparavant, en qualité de chef de section dans la compagnie motocycliste, il restait en contact permanent direct avec son supérieur.  

L’Allemand rapporte que les Anglais partaient en reconnaissance tous les matins puis une seconde fois en soirée. « Mon prédécesseur m’a recommandé de procéder de même ». « J’aperçus les nuages de poussière soulevés par les véhicules de mon « collègue » anglais. Je me risquais dans sa direction, de manière prudente car je ne connaissais pas encore le terrain. A une distance de deux ou trois kilomètres –ce qui n’est pas une grande distance en Afrique- nous nous fîmes face. Les auto-blindées anglaises étaient bien visibles dans le soleil du soir. Elles étaient d’un modèle que nous n’avions pas encore rencontré. Nous nous observâmes l’un l’autre, les engins largement dispersés. Mais que faisait donc l’homme dans le véhicule du milieu ? C’était probablement le chef de section. Soudain, l’Anglais se mit debout sur son véhicule et nous fit signe. Ces Anglais étaient sans conteste très polis. Debout sur mon engin, je lui lançais également un amical « bonne nuit ». Quelques coups d’artillerie dans le voisinage nous ramenèrent rapidement à la réalité. » Lever à 5 heures. Il faut réchauffer les véhicules. Les Anglais ne sont pas aperçus sur leurs positions avant 7 heures. A force d’observation, Schroetter est en mesure de savoir quelle section ennemie lui fait face à la manière dont elle se déploie car chaque officier britannique opère selon une formation différente. Schroetter rapporte alors un fait similaire à une histoire racontée par un Ce premier matin, le rituel de la veille est répété : salutations à distance suivies de tirs d’artillerie. Dès qu’une patrouille allemande tente de reconnaître le terrain vers le sud et l’est, les Britanniques envoient trois sections ou plus pour la stopper et l’artillerie déclenche des tirs à l’abri de cette protection. Si les Allemands décident d’opérer en force, les automitrailleuses anglaises se replient et ce sont alors les antichars et les canons qui les prennent à partie, ainsi que des chasseurs opérant des strafings. Une histoire similaire est rapportée par un certain Oberleutnant Müller à l’est de Sidi Suleiman. Tous les matins, il s’arrête au bord d’une dépression, une cuvette assez profonde de 800 m de diamètre. Apparaissent trois voitures anglaises, des Dingos. Les deux unités descendent dans la dépression.  Et les deux patrouilles s’arrêteraient à une centaine de mètres de distance. Le cérémonial recommencerait à midi puis à 18 heures. Mais il aurait cessé après la relève dans le secteur par l’Oberleutnant Linz, qui tente de capturer quatre Anglais et reçoit un coup d’antichar qui perce sa VW mais les Anglais ne l’achèvent pas : simple coup de semonce.

Mission de couverture puis combats au cours de « Crusader »

A la veille de Crusader, les deux AA sont subordonnés à la 21. Panzer et regroupés au sein de la Kampfgruppe Wechmar. Elles se déploient dans le désert, entre Bir el Gobi et Sidi Omar, le 16 novembre afin d’assurer la sécurité des arrières des troupes qui sont sur le point de lancer l’assaut final sur Tobrouk. Ce même jour, elles repèrent l’avancée de la 8th Army au-delà de Fort Maddalena. Loin au sud de Bir el Reghem, un peloton de l’AA 33 de l’Hauptmann Héraucourt pénètre en zone ennemie et ramène une moisson de renseignements : l’ennemi a bien lancé son offensive et son objectif/ axe principal est Tobrouk avec une forte couverture au nord-est. 

Renforcées par des Pak, les automitrailleuses de reconnaissance ne peuvent que concéder le terrain à l’ennemi, bien trop puissant ne serait-ce que dans son propre dispositif d’unités de reconnaissance (4th SA Armoured Car Rgt, 11th Hussars, partie du NZ Cavalry Rgt). Rommel est obnubilé par l’assaut imminent qu’il prépare sur Tobrouk et néglige les avertissements. Néanmoins, la nécessité de soutenir Wechmar va pousser Crüwell à engager des éléments des deux divisions de Panzer du DAK et, ce faisant, provoquer les premiers engagements sérieux de « Crusader » alors que Rommel n’est pas encore pris la mesure de l’offensive alliée. Pis, elle contraint définitivement Ritchie à ne consacrer qu’une seule de ses brigades blindées à la prise pourtant décisive de la zone de Sidi Rezegh pour la réalisation du plan de l’offensive. Ce 19 novembre, l’AA 3 est contraint par le 3 RTR de se replier au-delà du Trigh Capuzzo. Dans le brouillard de guerre qui s’est installé, faute d’observation aérienne en raison du mauvais temps et devant l’arrêt soudain des communications radios ennemies –signe d’offensive imminente- ce sont les opérations de couverture des AA qui ont permis de déterminer la menace qui pèse sur les arrières du DAK sur le point de lancer son offensive sur Tobrouk. 

Si elles n’assurent bien entendu pas un rôle aussi primordial que les régiments de Panzer, les deux unités de reconnaissance restent sur la brèche pendant toute la bataille. Quelques jours après le début de l’offensive, le 21 novembre, c’est sur le front de Tobrouk que la KG Wechmar se distingue. Alors que les défenses de la Bologna s’effondrent, c’est une action énergique sur le flanc de la percée qui contraint les Britanniques à renoncer à leurs gains de la journée. Le lendemain, l’échelon arrière de l’AA 3 est surpris avec ses ateliers de réparations, déconvenue qui occasionne des pertes sensibles : bien des véhicules sont abandonnés, qui en réparation, qui faute à un ennui mécanique survenu alors qu’il fallait se soustraire à la menace adverse. 

C’est lors de la funeste ruée sur la frontière voulue par Rommel après l’éclatant succès remporté à Sidi Rezegh, que les unités de reconnaissance reprennent leur rôle traditionnel. C’est à l’AA 33 que revient la mission la plus téméraire mais conforme à car ses capacités car elle doit s’enfoncer dans la profondeur du dispositif adverse pour couper les lignes d’approvisionnement de la 8th Army.

Le raid voulu par Rommel est un échec et la bataille se concentre de nouveau dans le secteur Sidi Rezegh-El Duda- Belhammed. Quelques faits d’armes sont encore à rattacher aux valeureuses unités de reconnaissance du DAK. Le 30 novembre, à Sidi Rezegh, à Hagfet el Sciomar, la 7th Arm Div de Gott ne parvient pas à entamer les lignes de l’AA 3 soutenus par 25 chars italiens. Le 1er décembre, l’AA 3 est tout aussi pugnace face aux Sud-Africains qui se casse les dents au Wadi el Sciomar. Participent ensuite à la deuxième avance vers Bardia et la zone frontalière. Début décembre, lorsque le DAK se lance sur Bir El Gobi, l’AA 3, de façon traditionnelle, fait office d’écran. L’unité, bien que renforcée par quelques pièces d’artillerie et de Flak, est durement pressée par les Britanniques. Le matériel n’est pas toujours opérationnel et, pis, le manque d’effectifs rend difficile la relève des troupes sur le front. 

L’armée germano-italienne entreprend de se replier d’abord à hauteur de Gazala puis, sur insistance de Rommel, jusqu’à El Agheila/Agedabia. La manoeuvre, délicate s’il en est, ne se fait pas sans difficulté pour les unités de reconnaissance chargées, avec d’autres, d’assurer l’arrière-garde. L’AA 3 se trouve ainsi un temps encerclés d’ennemis dans les hauteurs non loin de Gambut. S’il faut en croire certains récits, Wechmar roulant en tête prévient : « Si je me heurte à un ennemi solide, je tire des fusées vertes et toute la colonne fait demi-tour. Le commandement sera pris par l’Hauptmann Kiehl qui mène l’arrière de la colonne. Si Kiehl rencontre l’ennemi, il envoie des fusées vertes et nous faisons encore demi-tour. Si Kiehl rencontre l’ennemi, il envoie des fusées vertes et nous faisons encore demi-tour. Il faut serrer les intervalles et rester en contact. »Par trois fois la colonne a fait demi-tour avec, à chaque fois, des tirs d’artillerie. Suite au contact radio avec la division, l’AA 3 sait où se diriger. C’est en traversant une colonne anglaise que l’unité se sort de ce mauvais pas. 

Le 17 décembre 1941, Schroetter, que nous avons déjà rencontré (la même histoire est étrangement rapportée par un certain Müller), est déployé avec trois sections dans le relief accidenté du Djebel Akhdar, dans le secteur de Signali. L’AA 3 reçoit pour ordre de se replier sur Mechili. Un Kampfgruppe laissé en mission de couverture est en route pour cette destination. Ne restent que ces trois sections, très dispersées. Les Allemands entendent les bruits des convois ennemis dans la nuit, tout autour d’eux. Le risque d’être isolés devient préoccupant et l’ordre de repli parvient à 17 h. Les 9 engins s’esquivent dissimulés au fond d’un wadi. Soudain, au soleil levant, alors qu’ils ont atteint la plaine, les Allemands une colonne anglais croisant leur chemin devant eux. Schroetter espère qu’il s’agit d’engins de prise mais un contact radio avec le bataillon permet de confirmer qu’il s’agit bien de Britanniques. Les Allemands attendent la nuit tombée, avant le lever de la Lune et décident de reprendre leur progression, pare-chocs contre pare-chocs, en prenant garde de ne pas perdre de vue l’engin qui précède. Schoetter est lui-même assis sur une aile pour donner des indications de direction à son chauffeur tandis que son radio s’installe sur l’autre aile, avec l’espoir qu’il saura déjouer les soupçons de la moindre sentinelle ennemie. Ce qu’il fit avec brio. Le convoi anglais, qui s’était arrêté, est traversé sans anicroches. Schroetter et ses hommes progressent ainsi à travers un campement de tentes, chars, canons et véhicules en tout genres. Ce n’est qu’à la fin, lorsque la dernière automitrailleuse allemande a traversé, qu’une sentinelle est prise d’un doute et qu’elle tire une fusée éclairante dans la direction des Allemands. Quelques coups de feu sont tirés mais les Allemands peuvent s’évanouir dans la nuit et le désert.

De nouveau vers Benghazi

En janvier 1942, enfin à l’abri sur les nouvelles positions défensives, l’AA 3 assure la sécurité de la piste menant d’El Agheila à l’oasis de Marada où sont déployés les Fallschirmjäger de la KG Burckhardt. Renforcé par un convoi parvenu à Tripoli, et sur des renseignements lui assurant une supériorité numérique temporaire sur la ligne de front, Rommel se décide pour une contre-attaque de portée limitée en Cyrénaïque. C’est dans ce cadre qu’intervient pour la première fois l’Aufklärungs-Kompanie 580. L’avant-garde de von Homeyer est placée sous la direction de l’AA 33. La contre-attaque est déclenchée 21 janvier 1942. 

Lors de la 2e reconquête de la Cyrénaïque, les AA reprennent leur rôle de couverture, non sans être sollicitées en appui comme l’AA 33 qui doit renforcer le Gruppe Marcks en difficulté au sud de Saunnu. Lors de la mise en place avant l’offensive, les difficultés habituelles inhérentes à la guerre dans le désert refont surface : les véhicules s’enlisent dans le sable mou… Lorsque l’avance débute le 21 janvier, l’observation de l’ennemi reste certes la mission première. La mécanique durement sollicitée oblige à renvoyer bien des engins en atelier, aussi est-ce avec satisfaction qu’Everth rapporte que son unité a mis la main sur des engins britanniques, tout en s’inquiétant que 14 de ses propres véhicules ne peuvent pas être réparés dans l’immédiat faute de pièces adéquates. Les unités de reconnaissance ne sont pas toujours en tête : lorsque l’AA 3 parvient à Antelat, c’est pour y découvrir une autre unité allemande qui s’y est déjà retranchée. L’AA 3 est pour sa part bloqué par des automitrailleuses sud-africaines dans sa progression vers M’Sus. Everth n’engage alors que 3 de ses automitrailleuses, deux patrouilles d’une compagnie motocycliste ainsi qu’une unique pièce de 25 pounder. Heureusement, cette petite force peut compter sur le soutien d’une batterie d’artillerie et une pièce de 8,8 cm. L’ennemi est trop supérieur en force et il faut rebrousser chemin vers Antelat, laissant M’sus.

Lorsque cette dernière localité est assaillie quelques jours plus tard, le 25 janvier, les deux AA renforcés par des mitrailleurs opèrent sur le flanc gauche, l’AA 33 devant même opérer un vaste mouvement de flanquement pour se repositionner au nord de M’Sus. Les deux unités sont alors engagées dans la volte-face de Rommel qui surprend les Anglais : la Gruppe Marcks est envoyée en force vers Benghazi. L’AA 3 est activement engagée dans cette manœuvre d’encerclement, quelques éléments précurseurs parvenant jusqu’au port de Benghazi avant d’en être repoussés. Mais, lorsque la ville tombe, la 4th Indian Motor Division s’est esquivée… L’avance se poursuit avec la prise de Derna et de Mechili, unités de reconnaissance en tête avant que le front ne se stabilise à la hauteur de Gazala. 

Les premières pertes à l’AK 580 surviennent dix jours après la contre-offensive lorsqu’un engin à 8 roues est touché le 31 janvier près de D’Annunzio (un village du Djebel Akhdar). Lorsque le front se stabilise à hauteur de Gazala, les trois AA opèrent de concert. Leur mission est avant tout la défense du sud-ouest de la Cyrénaïque où elles doivent mener des patrouilles de reconnaissance et de sécurité. En mai 42, Otto Henning (AK 580), à l’instar de ses camarades des AA 3 et 33 sur la frontière de l’Egypte au cours de l’été précédent, découvre le rituel des visites matinales et vespérales, toujours avec des automitrailleuses anglaises (deux dans ce cas), qui n’engagent aucune hostilité mais qui se contentent d’observer et de photographier. Cependant, dans ce cas précis, cette guerre d’opérette a ses limites et des pièces de Flak abrègent vite ces séances photos. Le printemps est « chaud » devant la ligne de Gazala, les accrochages se multiplient entre les AA et leurs homologues alliées, sans parler des escarmouches avec diverses « Jocks Columns », dont celle des FFL de Bir Hacheim. 

Gazala : en flanc garde de la Panzerarmee Afrika

Lorsque Rommel lance sa puissante offensive Theseus/Venezia, qui doit, selon ses prédictions quelque peu hasardeuses, régler le sort de la 8th Army et de Tobrouk en l’espace de quelques jours, les AA ne sont pas intégrés dans l’immense Flächenmarsch qui contourne le flanc sud des positions alliées. Elles participent toutefois au mouvement d’enveloppement, mais selon une ampleur plus vaste. 

Quelques kilomètres avant d’atteindre le point fort tenu par la 7th Motor Brigade, les unités se préparent au combat. L’AA 580 fait ainsi halte puis se redéploie sur un front plus large, en Flächenmarsch. En avant, les véhicules de découverte, puis les SPW, suivi des pièces de Flak et de Pak. En retrait à quelque distance suit l’Oberfeldwebel Helms avec l’échelon logistique.

Renforcée par les trois AA, la 90. Leichte s’enfonce donc dans la profondeur du dispositif ennemie et bouscule la 7th Motor Brigade. Mieux, l’AA 33 capture le QG de la 7th Armoured Division. Messervy échappe de peu à la même unité le 12 juin dans le secteur d’El Adem. Alors que la 90. leichte se porte vers El Adem, les AA 3 et 33 se déploient entre celle-ci et le reste du DAK tandis que l’AK 580 flanc-garde sur l’autre aile, devenant ainsi l’unité la plus à l’est de la Panzerarmee Afrika. Les unités de reconnaissance ont rempli leur rôle en semant la confusion dans les arrières ennemis, menaçant les dépôts divers, les états-majors et les aérodromes. Pourtant, comme pour le reste de l’armée, la question du ravitaillement se pose avec acuité. Elles ont peut-être aussi fait défaut lors de la remontée du DAK vers le nord.

Début juin, l’AA 3 est déployé à l’ouest de Bir Hacheim afin de parachever son encerclement. L’AA 33 assure pour sa part la liaison entre les X° et XXI° Corpi harcelés sans cesse par les automitrailleuses adverses. L’unité va elle aussi peu à peu resserrer son dispositif autour du camp retranché. Le 5 juin, alors que Bir Hacheim résiste toujours, le DAK contrecarre l’opération Aberdeen, pitoyablement lancée par Ritchie, l’AA 3 étant à cette occasion redéployée en flanc-garde de la 15. Panzer-Division dans le cadre de la Kampfgruppe Wolz. 

A la mi-juin, les trois unités de reconnaissance assurent de nouveau le flanc droit de l’armée dans sa poussée sur Tobrouk et au-delà. Elles commencent pas soutenir la 90. Leichte au sud d’El Hatian où est disposé un box tenu par la 29th Indian Brigade. Pendant l’assaut sur Tobrouk, les trois unités de reconnaissance (Gruppe Ewert pour les AA 3 et 33), ainsi que le Gruppo Nizza, assurent les arrières. Le 19 juin, une patrouille de l’AA 33 découvre que Bardia n’est pas occupée. L’unité assure la couverture de l’attaque sur Tobrouk en s’emparant de Sidi Azeiz, tandis que la Littorio et la 90. Leichte renforcent le dispositif face à l’Egypte.  

Actions offensives puis défensives à El Alamein

            Sans surprise, sitôt la frontière franchie, c’est loin en avant de la Panzerarmee que caracolent les formations de reconnaissance. Fin juin, elles participent à la bataille de Mersa Matrouh, l’AA 580 pénétrant au sein de la place forte aux côtés de la Kampfstaffel Kiehl. 

            Arrivés sur l’ultime position défensive britannique en Egypte, la célèbre ligne d’El Alamein, les unités de reconnaissance de l’Axe sont engagées dans la bataille décisive. L’attaque lancée par Rommel dès le 1er juillet n’est pas couronnée de succès. L’AA 580 arrive à El Alamein le long de la côte avant d’être déployée en flanc garde face à Kaponga, au sud-ouest d’El Mreir. Le lendemain, l’AA 3 occupe le box de Deir el Shein. Le 3 juillet, l’AA 580 connaît les mêmes déboires que sa division, la 90. leichte Afrika-Division. Otto Henning, alors estafette, comme ses camarades, subit les terribles barrages d’artillerie de l’adversaire. A bord de sa Kübelwagen, il ne peut pas rester au niveau du véhicule blindé de son commandant. Alors que son unité se déploie pour une contre-attaque, près à affronter les blindés ennemis. L’Hauptmann von Homeyer, le chef de l’unité, ne survit pas à ce vain affrontement. L’AA 580, comme le reste du DAK, ne passera pas.

            Début juillet, les trois AA dont écran au sud. L’AA 580 est déployés avec les deux divisions de Panzer du DAK et, doit supporter une attaque néo-zélandaise à Dir-el-Qatani. Le 10 juillet, les AA 3 et 33 sont pour leur part déployés aux confins de la dépression de Qattara dans le secteur de l’El Himeimat. Le 14 juillet, lors de la première bataille de Ruweisat, la pression des Néo-Zélandais est telle que les AA 3 et 33 sont appelées à la rescousse. L’AA 3 contre-attaque depuis le nord avec le soutien de l’artillerie de la 15. Panzer. L’AA 33 participe à l’effort principal délivré au centre du dispositif, assurant la destruction du 20th NZ Bn. Deux jours plus tard, aux côtés de la 90. Leichte et de troupes italiennes, l’unité reprend le terrain dont s’étaient emparés les Australiens.

A la mi-août, les AA sont déployés au sud du front, regroupés au sein d’un Auflklärungs-Gruppe avec le Nizza Cavaleria le Flak-Btl 612 et le Stab de la 15. Schützenbrigade. C’est de ce secteur qu’est lancée l’ultime tentative de Rommel pour atteindre Le Caire et Alexandrie, affrontement passé à la postérité sous le nom de bataille d’Alam Halfa. Pioniere et Panzer doivent opérer des brèches par lesquelles doivent s’engouffrer l’Auflklärungs-Gruppe. Mais rien ne se déroule comme escompté puisque les unités de reconnaissance, qui auraient dû parcourir 50 kilomètres dans la nuit, doivent subir des attaques aériennes incessantes et ronger leurs freins et patienter jusqu’à l’après-midi pour emprunter le passage. Si l’Auflklärungs-Gruppe repousse la 4th Light Armoured Brigade, à l’image du reste du DAK, il n’obtient aucun succès tangible. 

S’ensuit la longue période statique qui mène jusqu’à l’ultime confrontation dans le désert égyptien. L’AA 580 est déployé à Mersa Matrouh, aux côtés d’autres unités qui montent la garde sur la côte pour se prémunir de toute opération amphibie qui isolerait la Panzerarmee sur ses positions à El Alamein. L’AA 3 occupe l’oasis de Siwa avec la Giovanni Fascisti et empêche le SAS et le LRDG de s’en servir comme base et permettent également à Rommel de protéger l’extrémité sud ainsi que les arrières de son dispositif défensif. Seul l’AA 33 est déployé sur le front, près de la dépression de Qattara.

C’est depuis ces positions, lors de la seconde bataille d’El Alamein, que l’AA 33, aux côtés de l’Armee-Kampfstaffel et de troupes italiennes, contre avec efficacité l’attaque des FFL dans le secteur de l’Himeimat. Dès le 26 octobre, l’AA 3 relève l’AA 580 à Mersa Matrouh et celui-ci est engagé avec la 90. leichte contre les Australiens. L’AA 3 ne demeure pas longtemps en réserve et il très vite envoyé sur le front, notamment dans le secteur de Snipe. Le 28, un KG rassemble les trois unités de reconnaissance ainsi que la Korps-Kampfstaffel. La bataille est cependant devenue sans espoir mais elle s’éternise jusqu’au 4 novembre.

De nouveau en arrière-garde au cours de la retraite depuis El Alamein

            Survient alors l’épreuve de la longue retraite qui mènera jusqu’en Tunisie. Le 6 novembre, une position de défensive est mise en place par AA 33 et 580, la Kasta, le tout au sein d’une Aufklärungsgruppe sous le commandement de l’Hauptamnn Voss, ainsi que par la 90. leichte. La mission est de s’assurer que la route côtière reste ouverte vers l’ouest. Voss se trouve dans une situation difficile. L’AA 580 observe une colonne de camions anglais au sud. Sont-ils en passe d’être contournés par les Britanniques? Les Allemands apprendront plus tard que ce sont leurs camarades de la Fallschirmjäger-Brigade Ramcke qui effectue un repli devenu épique depuis El Alamein. Certes, Voss parvient, avec des éléments de la 21. Panzer, à repousser des blindés britanniques mais il faut poursuivre le repli, non sans avoir été contraint de saborder nombre de véhicules blindés immobilisés.

L’unité atteint Mersa Matrouh le jour même.  Le 7 novembre. Il se met à pleuvoir. A chaque arrêt, les troupes ne font pas face qu’en direction du désert mais sont aussi toujours systématiquement déployées derrière les dunes le long de la route côtière en cas de débordement par la mer… A Mersa Matrouh, les Landser des AA rencontrent des Pioniere, les autres atouts du combat retardateur. 

            Le dernier affrontement majeur avant Tripoli surviendra à Bouerat et sur la ligne Tarhouna-Homs, en janvier 1943. L’AA 3 a déjà rallié la Tunisie avec l’intégralité de la 21. Panzer. Les unités de reconnaissance, très affaiblies, opèrent toujours en flanc-garde. Rommel dispose d’une nouvelle unité, dont il fait brièvement allusion : l’AA 220, de la 164. leichte-Division. Le KTB de la division nous apprend que le 17 janvier, cette petite formation, qui était en position sur la ligne de Bouerat, et vraisemblablement incomplète, doit tenir le Point 296, à 20 km au sud de Sedada. Alors que la 164. leichte doit fortifier la zone de Beni Ulid, l’AA 220 opère à proximité de Tarhouna. Le 18, elle affronte des automitrailleuses alliées et perd à cette occasion quelques camions ainsi que l’unique Pak 38 alors en se possession. Le 23 janvier, jour où Tripoli tombe entre les mains de Montgomery, l’AA 220 est en position d’avant-postes à 2,5 km en avant des lignes tenues par le Pz Gren Rgt 433. La troupe déploie alors un unique blindé de reconnaissance, deux pièces d’artillerie et un Pak. Le flanc de la division n’est alors assuré, de façon classique, uniquement par des unités de reconnaissance. Lorsque l’armée de Rommel parvient sur la position de recueil de Mareth, l’AA 220 sera déployé entre le groupement saharien italien, positionné au niveau de la passe de Tebaga, et du reste de la 164. leichte, qui se fortifie dans les monts Matmata.

Derniers combats en Tunisie

Les unités de reconnaissance du DAK participent ensuite à la plupart des engagements majeurs de la campagne de Tunisie. Nous nous bornerons qu’à l’évocation de quelques épisodes. Ainsi, l’AA 580 intègre le Kampfgruppe Strempel qui rassemble Afrika-Btl 29, les Aufklärungs-Abteilungen 334 ainsi que des éléments de la 50° Brigata. Le KG entre en action dans le secteur de Maknassy, face au 2nd US Corps.

La reconnaissance du DAK participe aussi aux combats contre les Américains au cours de la bataille de Kasserine, entrée dans la légende. A 6 heures 30 du matin, le 19 février, l’AA 33 est la première unité à tenter de forcer le passage de la passe, pensant n’avoir à balayer une poignée de défenseurs. Mais les éclaireurs découvrent au contraire des défenses bien établies. Repoussé et contrainte de se mettre à couvert, l’unité se redéploie sur les pentes du Djebel Chambi, sur le flanc du col. Il faudra, au grand dam de Rommel, une attaque en règle au prix d’une perte de temps grave de conséquence, pour forcer le passage. Au-delà de celui-ci, les 21 et 22 février, l’AA 33, combattant aux coude à coude avec la Centauro et le Panzer Btl  Stotten, fait partie de celles qui s’échinent à forcer les défenses dans le secteur de Bou Chebka, mais le CCB/1st Arm tient le choc et Tébourba, entre logistique majeur et clé des positions alliées en Tunisie, reste hors de portée. 

Le 6 mars, Rommel affronte une dernière fois la 8th Army à Médenine : c’est l’opération Capri. Le DAK y engage l’Aufklärungsgruppe Luck, chargé d’assurer le flanc sud de l’offensive. Luck dispose des AA 3 et 33 mais aussi d’une batterie du I./ Flak-Rgt 53 ainsi que de la Kampfstaffel Rommel.

Les Aufklärungs-Abteilungen vont combattre avec l’énergie du désespoir pendant encore deux longs mois avant de disparaître dans la fournaise de « Tunisgrad ». Ces unités, très mobiles et à relativement puissantes, n’ont nullement démérité au cours des deux années de la campagne d’Afrique du Nord. Elles se sont acquittées de missions fort variées, parfois avec un matériel non adapté et un équipement insuffisant, handicapée le plus souvent par un rapport de force défavorable.