A la mi-juillet 1942, le général Auchinleck, CIC Middle East Command et chef de la 8thArmy, a certes endigué la poussée de Rommel en direction du Caire, mais ses contre-attaques peinent à déstabiliser le dispositif adverse, d’autant que les pertes que viennent de subir les Néo-Zélandais sur la crête de Ruweisat sont lourdes. Pourtant, la monté en puissance de son armée le conforte dans l’espoir de parvenir à ses fins. La 8th Army dispose de 323 chars, soit trois fois plus que son adversaire, qui compte à peine plus de 100 chars, dont plus de la moitié sont italiens. Rommel n’a que 45 Panzer, dont 5 Panzer II,deux chars de commandements et deux Panzer IV Lang sans munitions adaptées, soit donc à peine 38 chars opérationnels.
Pour obtenir la percée décisive, le général Gott, le chef du XIII Corps, reçoit l’appoint de la 23rd Armoured Brigade, forte de 156 Valentine. L’unité, fraîchement arrivée d’Angleterre par le cap de Bonne Espérance, n’est pas encore acclimatée et n’est en aucune manière entraînée à lutter dans un environnement désertique. L’état des véhicules laisse à désirer, notamment en raison de l’effet corrosif des embruns sur les batteries et les moteurs. Les radios semblent également inadaptées au désert. L’unité attaquera au sud de la crête de Ruweisat, dont la partie occidentale constitue l’objectif de la 5th Indian Division. Sur le flanc gauche de la brigade blindée, les Néo-Zélandais, soutenus au sud par la 22ndArmoured Brigade, attaqueront en direction d’El Mreir. La percée acquise, la seconde brigade blindée de la 1st Armoured Division, à savoir la 2nd, soutiendra les Néo-Zélandais puis exploitera la brèche en fonçant jusqu’à Fouka.
En fin de soirée le 21 juillet, l’ensemble du front s’embrase. Les 10 régiments d’artillerie déversent 2 400 obus de 25 livres sur les positions allemandes. L’opération « Splendour » est aussi la première à inclure délibérément les bombardiers moyens de la RAF dans son plan tactique. Les fantassins du XIII Corpspartent à l’assaut et sont décimés, seul un bataillon néo-zélandais empêtré dans les champs de mines évite la catastrophe. Les Indiens, pourtant parvenus à Deir el Shein, sont repoussés sur leurs lignes de départ. Quant aux blindés anglais des 22nd et 2nd Armoured Brigade tardivement envoyés à la rescousse, ainsi que le régiment de la 23rd Armoured Brigade engagé avec les Australiens au nord du front, ils accusent pertes d’une cinquantaine d’engins sans
Le sort le plus dramatique est en fait enduré par les deux autres régiments de la 23rd Armoured Brigade. Cette brigade qui opère au sud de la crête de Ruweisat est la seule qui consent à tenir sa promesse de soutien faite aux Néo-Zélandais. Elle scelle son destin à 8 heures, trois heures après avoir été appelée à l’aide. Le résultat de l’assaut sera des plus accablants car, comme de façon réitérée dans confrontations avec l’Afrika-Korps au cours de cette guerre du désert, les Britanniques partent au combat avec un amateurisme effarant. Les jeunes équipages inexpérimentés de 104 chars Valentine courent vers la destruction, déployés comme à la parade, à l’image d’une flottille naviguant dans le désert. Un nuage de poussière se forme à l’horizon, alertant les Allemands de l’imminence de l’assaut. Si le courage ne fait pas défaut, le manque de bon sens tactique va conduire à la catastrophe. La scène ne manque pas de panache et semble digne des plus belles pages de l’histoire de la cavalerie. Mais, très vite, les blindés arrivent à portée des pièces antichars allemandes dont les servants ont eu le temps de se remettre de leur étonnement d’assister encore à une telle scène après trois ans de guerre.
Parmi ces artilleurs de Pak aux aguets : Gunther Halm, originaire d’Elze, en Saxe. Ce dernier a été miraculeusement épargné par la préparation d’artillerie adverse. Timide et discret, le jeune soldat de presque 20 ans (il doit les fêter le 27 août) a rejoint le DAK au printemps précédent. Il a suivi une formation de chargeur dispensée par la Panzerjäger-Ersatz-Abteilung 13 de Braunschweig l’année précédente. Affecté au Schützen-Regiment 104 de la 21. Panzer-Division, il est servant de Pak sous les ordres de son chef de pièce, un certain Jabeck. Halm est tapi derrière son canon, un antichar 7,62cm PaK 36(r), une pièce de prise, butin de l’Ostfront, remis en service en Afrique contre la 8th Army. La pièce de 76,2 mm est redoutable, aucun tank n’y résiste dans les profonds compartiments de combat du désert. Avec cette pièce, le jeune artilleur s’est déjà adjugé deux chars britanniques dans le secteur de Bir‑Hacheim. Deux coups heureux qui lui ont valu une promotion au grade de Gefreiter et une décoration recherchée : la Croix de fer 2e classe, dont il arbore non sans fierté le ruban à la boutonnière de sa vareuse.
Son peloton antichar, équipé de deux Pak, couvre le QG du Schützen-Regiment 104. La pièce de Halm est dûment embossée, dissimulée aux regard des « Tommies ». Face à sa position, un wadi long de 300 mètres. Une estafette sur Zundapp est arrivée à moto et informe Skubovius de l’imminence du danger : la 8th Army est de nouveau passée à l’offensive et des dizaines de chars –ceux de la 23rd Armoured Brigade- se dirigent droit sur sa position. La poussière soulevée par les explosions et le vent de sable limite singulièrement le champ de vision de la poignée d’artilleurs de l’Afrika-Korps : on ne voit pas à plus de 100 mètres ! Peu à peu, le nuage se dissipe, alors que le cliquetis des chenilles est de plus en plus perceptible. Autour des deux canons 7,62cm PaK 36(r), chacun est à son poste. Personne ne cède à la panique, mais tout le monde est nerveux. Combien de chars ennemis vont surgir et, surtout, les servants des pièces pourront‑ils les voir à temps ? Les artilleurs plissent les yeux et scrutent attentivement le cœur du nuage de poussière afin de discerner une cible. De son côté, le jeune Saxon, imperturbable, s’imprègne des encouragements dispensés par Jabeck à ses servants. Soudain, la masse compacte des Valentine du 40th RTR se dessine à travers le rideau de fumée et le fend.
Le carnage qui s’ensuit est à sens unique. De nombreux engins, une vingtaine, sont victimes des mines, tandis que les autres poursuivent cette charge insensée pour être finalement réduits à l’état de carcasses fumantes sous les coups mortels des pièces antichars allemandes, dont celui de Gunther Halm.Roulant à l’aveugle, sans appui d’aucune sorte, les tanks se jettent dans la gueule du loup. Le pointeur allemand a déjà une cible dans sa mire. L’ordre d’ouvrir le feu du sous-officier retentit : « Feuer ! » Le premier coup fait mouche : le fracas du projectile antichar fendant l’acier d’un Valentine résonne une fraction de seconde après le départ du tir. L’heure n’est pas aux débordements de joie : chaque seconde compte dans un duel à mort. Il faut poursuivre les tirs à cadence effrénée et ne laisser aucun répit à l’ennemi. Halm en a pleinement conscience et c’est lui qui donne la mesure : il enfourne les obus dans la culasse à la vitesse de l’éclair. Il a à peine le temps de jeter un regard furtif par‑dessus le bouclier du 7,62cm PaK 36(r) pour suivre le furieux duel qui s’est engagé. Les tankistes britanniques, pris au dépourvu, ripostent, mais avant tout au jugé, leur ineptes obus de 2 pounder n’étant par ailleurs que des projectiles de rupture ou à très faible pouvoir explosif, peu utiles pour neutraliser une pièce antichar. Les ricochets des éclats frappent néanmoins le bouclier du PaK 36(r). Halm commet l’erreur de quitter sa protection en esquissant un pas de côté de trop, un obus lui passant entre les jambes pour exploser une quarantaine de mètres plus loin ! Les tirs adverses sont de plus en plus précis. Les explosions soulèvent partout des gerbes de sable et de pierre. Le combat n’a commencé que depuis une poignée de minutes, mais le jeune homme sent l’adrénaline monter : telle une machine, approvisionne sa pièce de ses bras ankylosés sans s’arrêter une seule seconde.
Un obus de 40 mm endommage le bouclier du Pak, blessant l’autre pourvoyeur, puis c’est au tour d’un autre servant d’être touché. Halm sent sa fin proche, mais il est déterminé à vendre chèrement sa peau et à remplir son devoir de soldat jusqu’au bout. L’un des derniers obus tirés par l’ennemi endommage la lunette de visée. Le fracas des combats cesse soudainement : l’ennemi renonce et fait demi-tour, sous les coups des Stukas et de quelques Panzer.
Le massacre s’est avéré sans précédent et lorsque les rares survivants captent un ordre de repli, seuls 15 Valentine regagnent les lignes britanniques. 93 chars anglais ont été détruits, un certain nombre étant récupérés par la suite. L’équipe de pièce de Halm s’est adjugée quinze Valentine, soit neuf détruits et six autres mis hors de combat. Un exploit de taille ! Plus de 15 % de ces 93 engins détruits ou endommagés sont à mettre à l’actif de la seule pièce de l’Unteroffizier Jabeck, dont la cadence de tir a bel et bien été rythmée par le Gefreiter Günter Halm. Les Allemands n’accusent que la perte de 3 Panzerirrémédiablement détruits. Comme la Brigade légère lors de la charge de la Balaklava au cours de la guerre de Crimée au siècle précédent, la 23rd Armoured Brigade a été anéantie, mais ce sacrifice n’a pas apporté la victoire.
L’exploit de Halm est a replacé dans un contexte plus vaste. Lorsque les combats cessent sur le front d’El Alamein, seuls les Australiens ont été en mesure de conserver les quelques gains obtenus. Les Britanniques ont perdu entre 140 et 146 chars en ce funeste 22 juillet. Les Néo-Zélandais ont en outre laissé 1 400 prisonniers aux mains des Allemands. Ces derniers n’ont certes pas perdu plus de trois chars mais les pertes en fantassins sont sévères, au point que le message du jour que Rommel envoie au haut-commandement à Rome, le Commando Supremo, indique : « Nos pertes ont été très lourdes, particulièrement dans les unités d’infanterie et la position est très critique. On peut se demander si le front dans son ensemble sera capable de tenir plus longtemps en face d’une telle pression ». Il reste que la 8th Army, pourtant plus puissante, a encore échoué. Le Néo-Zélandais Kippenberger remarque que deux brigades blindées et deux d’infanterie ont mené trois assauts séparés dans des directions différentes à des moments différents. « Une unique petite division de Panzer de quelques 20 ou 30 chars et une division italienne de 5ème ordre ont aisément repoussé les trois attaques successivement et infligé des pertes sévères ».
Le fait d’armes hors du commun de Gunther Halm est récompensé comme il se doit. L’héroïque Saxon est décoré de la Croix de fer de 1re classe le 23 juillet l’Oberst Ewert, commandant du Schützen-Regiment 104. Chose exceptionnelle, il se voit octroyer dans la foulée une décoration autrement plus prestigieuse convoitée. Il accède ainsi au rang de chevalier de la Croix de fer (la Ritterkreuz) le 7 août, décoré par Rommel en personne. Il en est le plus jeune de l’histoire del’Afrika-Korps. Il échappe au désastre final de Tunisie après avoir subi une blessure en mars 1943. Le jeune vétéran rejoint en France sa 21. Panzer-Division reconstituée, l’ancien fer de lance du DAK qui engerbe de nombreux Afrika-Kämpfer,avec laquelle il combat en Normandie où il est capturé.
Benoît Rondeau Copyright
El Alamein, 22 juillet 42
A la mi-juillet 1942, le général Auchinleck, CIC Middle East Command et chef de la 8th Army, a certes endigué la poussée de Rommel en direction du Caire, mais ses contre-attaques peinent à déstabiliser le dispositif adverse, d’autant que les pertes que viennent de subir les Néo-Zélandais sur la crête de Ruweisat sont lourdes. Pourtant, la monté en puissance de son armée le conforte dans l’espoir de parvenir à ses fins. La 8th Army dispose de 323 chars, soit trois fois plus que son adversaire, qui compte à peine plus de 100 chars, dont plus de la moitié sont italiens. Rommel n’a que 45 Panzer, dont 5 Panzer II,deux chars de commandements et deux Panzer IV Lang sans munitions adaptées, soit donc à peine 38 chars opérationnels.
Pour obtenir la percée décisive, le général Gott, le chef du XIII Corps, reçoit l’appoint de la 23rd Armoured Brigade, forte de 156 Valentine. L’unité, fraîchement arrivée d’Angleterre par le cap de Bonne Espérance, n’est pas encore acclimatée et n’est en aucune manière entraînée à lutter dans un environnement désertique. L’état des véhicules laisse à désirer, notamment en raison de l’effet corrosif des embruns sur les batteries et les moteurs. Les radios semblent également inadaptées au désert. L’unité attaquera au sud de la crête de Ruweisat, dont la partie occidentale constitue l’objectif de la 5th Indian Division. Sur le flanc gauche de la brigade blindée, les Néo-Zélandais, soutenus au sud par la 22ndArmoured Brigade, attaqueront en direction d’El Mreir. La percée acquise, la seconde brigade blindée de la 1st Armoured Division, à savoir la 2nd, soutiendra les Néo-Zélandais puis exploitera la brèche en fonçant jusqu’à Fouka.
En fin de soirée le 21 juillet, l’ensemble du front s’embrase. Les 10 régiments d’artillerie déversent 2 400 obus de 25 livres sur les positions allemandes. L’opération « Splendour » est aussi la première à inclure délibérément les bombardiers moyens de la RAF dans son plan tactique. Les fantassins du XIII Corpspartent à l’assaut et sont décimés, seul un bataillon néo-zélandais empêtré dans les champs de mines évite la catastrophe. Les Indiens, pourtant parvenus à Deir el Shein, sont repoussés sur leurs lignes de départ. Quant aux blindés anglais des 22nd et 2nd Armoured Brigade tardivement envoyés à la rescousse, ainsi que le régiment de la 23rd Armoured Brigade engagé avec les Australiens au nord du front, ils accusent pertes d’une cinquantaine d’engins sans
Le sort le plus dramatique est en fait enduré par les deux autres régiments de la 23rd Armoured Brigade. Cette brigade qui opère au sud de la crête de Ruweisat est la seule qui consent à tenir sa promesse de soutien faite aux Néo-Zélandais. Elle scelle son destin à 8 heures, trois heures après avoir été appelée à l’aide. Le résultat de l’assaut sera des plus accablants car, comme de façon réitérée dans confrontations avec l’Afrika-Korps au cours de cette guerre du désert, les Britanniques partent au combat avec un amateurisme effarant. Les jeunes équipages inexpérimentés de 104 chars Valentine courent vers la destruction, déployés comme à la parade, à l’image d’une flottille naviguant dans le désert. Un nuage de poussière se forme à l’horizon, alertant les Allemands de l’imminence de l’assaut. Si le courage ne fait pas défaut, le manque de bon sens tactique va conduire à la catastrophe. La scène ne manque pas de panache et semble digne des plus belles pages de l’histoire de la cavalerie. Mais, très vite, les blindés arrivent à portée des pièces antichars allemandes dont les servants ont eu le temps de se remettre de leur étonnement d’assister encore à une telle scène après trois ans de guerre.
Parmi ces artilleurs de Pak aux aguets : Gunther Halm, originaire d’Elze, en Saxe. Ce dernier a été miraculeusement épargné par la préparation d’artillerie adverse. Timide et discret, le jeune soldat de presque 20 ans (il doit les fêter le 27 août) a rejoint le DAK au printemps précédent. Il a suivi une formation de chargeur dispensée par la Panzerjäger-Ersatz-Abteilung 13 de Braunschweig l’année précédente. Affecté au Schützen-Regiment 104 de la 21. Panzer-Division, il est servant de Pak sous les ordres de son chef de pièce, un certain Jabeck. Halm est tapi derrière son canon, un antichar 7,62cm PaK 36(r), une pièce de prise, butin de l’Ostfront, remis en service en Afrique contre la 8th Army. La pièce de 76,2 mm est redoutable, aucun tank n’y résiste dans les profonds compartiments de combat du désert. Avec cette pièce, le jeune artilleur s’est déjà adjugé deux chars britanniques dans le secteur de Bir‑Hacheim. Deux coups heureux qui lui ont valu une promotion au grade de Gefreiter et une décoration recherchée : la Croix de fer 2e classe, dont il arbore non sans fierté le ruban à la boutonnière de sa vareuse.
Son peloton antichar, équipé de deux Pak, couvre le QG du Schützen-Regiment 104. La pièce de Halm est dûment embossée, dissimulée aux regard des « Tommies ». Face à sa position, un wadi long de 300 mètres. Une estafette sur Zundapp est arrivée à moto et informe Skubovius de l’imminence du danger : la 8th Army est de nouveau passée à l’offensive et des dizaines de chars –ceux de la 23rd Armoured Brigade- se dirigent droit sur sa position. La poussière soulevée par les explosions et le vent de sable limite singulièrement le champ de vision de la poignée d’artilleurs de l’Afrika-Korps : on ne voit pas à plus de 100 mètres ! Peu à peu, le nuage se dissipe, alors que le cliquetis des chenilles est de plus en plus perceptible. Autour des deux canons 7,62cm PaK 36(r), chacun est à son poste. Personne ne cède à la panique, mais tout le monde est nerveux. Combien de chars ennemis vont surgir et, surtout, les servants des pièces pourront‑ils les voir à temps ? Les artilleurs plissent les yeux et scrutent attentivement le cœur du nuage de poussière afin de discerner une cible. De son côté, le jeune Saxon, imperturbable, s’imprègne des encouragements dispensés par Jabeck à ses servants. Soudain, la masse compacte des Valentine du 40th RTR se dessine à travers le rideau de fumée et le fend.
Le carnage qui s’ensuit est à sens unique. De nombreux engins, une vingtaine, sont victimes des mines, tandis que les autres poursuivent cette charge insensée pour être finalement réduits à l’état de carcasses fumantes sous les coups mortels des pièces antichars allemandes, dont celui de Gunther Halm.Roulant à l’aveugle, sans appui d’aucune sorte, les tanks se jettent dans la gueule du loup. Le pointeur allemand a déjà une cible dans sa mire. L’ordre d’ouvrir le feu du sous-officier retentit : « Feuer ! » Le premier coup fait mouche : le fracas du projectile antichar fendant l’acier d’un Valentine résonne une fraction de seconde après le départ du tir. L’heure n’est pas aux débordements de joie : chaque seconde compte dans un duel à mort. Il faut poursuivre les tirs à cadence effrénée et ne laisser aucun répit à l’ennemi. Halm en a pleinement conscience et c’est lui qui donne la mesure : il enfourne les obus dans la culasse à la vitesse de l’éclair. Il a à peine le temps de jeter un regard furtif par‑dessus le bouclier du 7,62cm PaK 36(r) pour suivre le furieux duel qui s’est engagé. Les tankistes britanniques, pris au dépourvu, ripostent, mais avant tout au jugé, leur ineptes obus de 2 pounder n’étant par ailleurs que des projectiles de rupture ou à très faible pouvoir explosif, peu utiles pour neutraliser une pièce antichar. Les ricochets des éclats frappent néanmoins le bouclier du PaK 36(r). Halm commet l’erreur de quitter sa protection en esquissant un pas de côté de trop, un obus lui passant entre les jambes pour exploser une quarantaine de mètres plus loin ! Les tirs adverses sont de plus en plus précis. Les explosions soulèvent partout des gerbes de sable et de pierre. Le combat n’a commencé que depuis une poignée de minutes, mais le jeune homme sent l’adrénaline monter : telle une machine, approvisionne sa pièce de ses bras ankylosés sans s’arrêter une seule seconde.
Un obus de 40 mm endommage le bouclier du Pak, blessant l’autre pourvoyeur, puis c’est au tour d’un autre servant d’être touché. Halm sent sa fin proche, mais il est déterminé à vendre chèrement sa peau et à remplir son devoir de soldat jusqu’au bout. L’un des derniers obus tirés par l’ennemi endommage la lunette de visée. Le fracas des combats cesse soudainement : l’ennemi renonce et fait demi-tour, sous les coups des Stukas et de quelques Panzer.
Le massacre s’est avéré sans précédent et lorsque les rares survivants captent un ordre de repli, seuls 15 Valentine regagnent les lignes britanniques. 93 chars anglais ont été détruits, un certain nombre étant récupérés par la suite. L’équipe de pièce de Halm s’est adjugée quinze Valentine, soit neuf détruits et six autres mis hors de combat. Un exploit de taille ! Plus de 15 % de ces 93 engins détruits ou endommagés sont à mettre à l’actif de la seule pièce de l’Unteroffizier Jabeck, dont la cadence de tir a bel et bien été rythmée par le Gefreiter Günter Halm. Les Allemands n’accusent que la perte de 3 Panzerirrémédiablement détruits. Comme la Brigade légère lors de la charge de la Balaklava au cours de la guerre de Crimée au siècle précédent, la 23rd Armoured Brigade a été anéantie, mais ce sacrifice n’a pas apporté la victoire.
L’exploit de Halm est a replacé dans un contexte plus vaste. Lorsque les combats cessent sur le front d’El Alamein, seuls les Australiens ont été en mesure de conserver les quelques gains obtenus. Les Britanniques ont perdu entre 140 et 146 chars en ce funeste 22 juillet. Les Néo-Zélandais ont en outre laissé 1 400 prisonniers aux mains des Allemands. Ces derniers n’ont certes pas perdu plus de trois chars mais les pertes en fantassins sont sévères, au point que le message du jour que Rommel envoie au haut-commandement à Rome, le Commando Supremo, indique : « Nos pertes ont été très lourdes, particulièrement dans les unités d’infanterie et la position est très critique. On peut se demander si le front dans son ensemble sera capable de tenir plus longtemps en face d’une telle pression ». Il reste que la 8th Army, pourtant plus puissante, a encore échoué. Le Néo-Zélandais Kippenberger remarque que deux brigades blindées et deux d’infanterie ont mené trois assauts séparés dans des directions différentes à des moments différents. « Une unique petite division de Panzer de quelques 20 ou 30 chars et une division italienne de 5ème ordre ont aisément repoussé les trois attaques successivement et infligé des pertes sévères ».
Le fait d’armes hors du commun de Gunther Halm est récompensé comme il se doit. L’héroïque Saxon est décoré de la Croix de fer de 1re classe le 23 juillet l’Oberst Ewert, commandant du Schützen-Regiment 104. Chose exceptionnelle, il se voit octroyer dans la foulée une décoration autrement plus prestigieuse convoitée. Il accède ainsi au rang de chevalier de la Croix de fer (la Ritterkreuz) le 7 août, décoré par Rommel en personne. Il en est le plus jeune de l’histoire de l’Afrika-Korps. Il échappe au désastre final de Tunisie après avoir subi une blessure en mars 1943. Le jeune vétéran rejoint en France sa 21. Panzer-Division reconstituée, l’ancien fer de lance du DAK qui engerbe de nombreux Afrika-Kämpfer,avec laquelle il combat en Normandie où il est capturé.
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Independant Tank Battalions en Normandie. Premiers combats, juin 1944.
LE “TOMMY” EN NORMANDIE. LE QUOTIDIEN.
Avril-mai 1943, l’offensive et la victoire finale des Alliés. “Strike” et “Vulcan”