Nehring, aiguillonné par Kesselring, confie au Generalmajor Fischer, le chef de la 10. Panzer, de conjurer la menace qui pèse sur la tête de pont avec Alliés à proximité de Djedeïda. L’effort principal viendra du nord-ouest, dans le secteur de la passe de Chouïgui, d’où vont frapper les deux Kampfgruppen les plus puissants : le KG Lüder et le KG Hudel. Le Kampfgruppe Djedeïda restera en réserve pendant que le Kampfgruppe Koch s’emparera d’El Bathan et de son pont. La Blade Force, coincée entre la Medjerda et les djebels, sera enfermée dans une nasse. Le 1er décembre, si Koch fixe l’ennemi à El Bathan, l’assaut au nord-ouest s’enlise. Les Panzer et les Pak, des KG Lüder et Hudel, habillement dissimulés dans les vergers et soutenus par les Stukas, opèrent des coupes sombres au sein des régiments blindés alliés mais ces derniers, bien soutenus par l’artillerie, opposent une résistance sérieuse. Fischer lance alors le KG Djedeïda dans la bataille. La défense anglaise est là-aussi énergique et si quelques M3 Lee sont détruits par les Tiger, ceux-ci, pour leur premier combat, perdent leur commandant, l’Hauptmann von Nolde, et un engin reste immobilisé. Le lendemain,2 décembre,le KG Djedeïda se rachète une conduite en repoussant ses adversaires vers Tébourba, tandis que les paras de Koch, longtemps contenu par les Surreys, s’infiltrent eux-aussi au plus près de la localité en traversant la Medjerda, menaçant les lignes de communications adverses. Une à une, les hauteurs surplombant Tébourba tombent entre les mains des Allemandstandis que le CCB de la 1st US Armored Division, un renfort qui aurait pourtant pu renverser le cours de l’affrontement, subit une sévère correction face aux KG Lüder et Hudel. Des dizaines de blindés américains sont incendiés… Le 3 décembre, un Tiger est endommagé par un automoteur américain (les Tanks Destroyers sont alors de simples half-tracks armés de pièces antichars): c’est le premier engin de ce type à être mis hors de combat par les Alliés au cours de la guerre.Les Allemands menacent de s’emparer de la passe de Tébourba, au sud de la localité, ce qui signifierait la fin des défenseurs. Alors que des affrontements acharnés opposent les deux camps sur les collines et les bois, dans les champs de vignes et les vergers d’orangers ou d’oliviers, le gros de l’infanterie britannique, soit les East Surreys et les Hampshires, est en passe d’être encerclé, tandis que la Blade Force et le CCB ont déjà subi des pertes sensibles. Les Allemands prennent ensuite sous leurs feux meurtriers une colonne retraitant de Tébourba (32 canons seront perdus par les Britanniques au cours de cette seule journée). Pilonnés par les Stukas, incapables de s’opposer aux Panzer, les effectifs des bataillons britanniques fondent inexorablement. Les tanks américains du 13th Armored Regiment se sont montrés incapables de maintenir ouverte la voie de sortie. Avec la perte de la colline 180, tout espoir est perdu. Le lieutenant-colonel Wilberforce rassemble donc les survivants des deux bataillons à Tébourba et organise le repli pour la nuit. Un seul échappatoire : une piste qui longe la Medjerda, mais sur laquelle les véhicules vont s’enliser, ce qui signifie qu’il faudra opérer le décrochement à pied. La caporal Vardy des Hampshire raconte la sortie épique du guêpier : « les restes des compagnies de fusiliers mettent baïonnette au canon. J’étais armé d’un « Tommy Gun » et nous avons mené une charge à la baïonnette à travers l’ennemi qui nous encerclait ». Les Allemands semble avoir été pris par surprise, mais tous les Anglais ne parviennent pas jusqu‘à Medjez-el-Bab… Le 4 décembre, la bataille de Tébourba est terminée. 55 chars britanniques ont été détruits et 1 000 soldats sont tombés entre les mains des Allemands. L’intensité des combats au cours de ces quelques journées de décembre se reflète dans la consommation en munitions de la Division von Broich les 4 et 5 décembre : 19 000 cartouches d’armes individuelles (soit 7 fois la consommation d’une période “calme”), 165 obus de 2 cm Pak, 121 coups de Pak 38, plus de 400 grenades, 5 000 obus de 2 cm Flak et 433 obus de 8,8 cm.
De son côté, la RAF lance inconsciemment 9 bombardiers Bisley sans escorte contre l’aérodrome de Djedeïda. Tous les appareils sont abattus. Les Bf-109 renouvellent l’exploit le lendemain en détruisant ou en endommageant tous les Spitfire déployés bien dangereusement sur un aérodrome de fortune à Medjez-el-Bab. Tirant profit de ce premier succès, Nehring entend reprendre cette importante localité qu’il a abandonnée bien précipitamment quelques jours plus tôt. Fischer organise son attaque le long des deux rives de la Medjerda, l’effort principal étant mené depuis El Bathan. C’est dans ce secteur que, le 6 décembre, après un bombardement de Stukas, les KG Koch et Gerhardt attaquent sur un terrain accidenté du Djebel el Guessa où ils parviennent à s’infiltrer. Un détachement américain tente vainement de combattre, mais 18 M4 Sherman (les 5 premiers engagés en Tunisie, cédé par Patton au Maroc) et M3 Lee sont détruits en un quart d’heure par les 88 mm et les Pak 38 de 50 mm. Sur la rive nord, les Allemands bousculent les Français sur le Djebel Lanserine. Après ces succès, la contre-attaque allemande marque le pas car Nehring décide d’assurer au préalable ses arrières en prenant le contrôle total de Bizerte où se trouvent encore 3 000 soldats français sous le commandement de l’amiral Derrien. L’opération, l’Unternehmen Ferryville, est lancée le 8 décembre : les troupes françaises sont désarmées dans les casernes à 15 heures.
Nehring perd son commandement ce même jour puisqu’Hitler nomme le Generaloberst von Arnim à la tête de la 5. Panzerarmee. Ce dernier reprend à son compte le projet de s’emparer de Medjez-el-Bab et, dès le lendemain, les combats reprennent. L’objectif est le carrefour essentiel de Medjez-el-Bab. Avec la longue portée de leurs tubes de 8,8 cm et un blindage qui leur assure une quasi-impunité en terrain ouvert, deux Tiger ouvrent logiquement la marche de la colonne qui s’engage vers l’ennemi depuis Massicault. Si les Américains rejettent les Panzergrenadiere du Djebel Bou Aoukaz, l’intervention de blindés américains conduit toutefois à un nouveau désastre. Une première escarmouche réduit à néant quelques blindés en position défensive « hull down ». À 6 kilomètres de Medjez El‑Bab, les Panzer sont toutefois pris à partie par plusieurs batteries d’artillerie ainsi que par des antichars. L’ordre de faire volte-face pour contrecarrer une contre-attaque blindée contre les lignes allemandes plus en amont sonne l’échec de la tentative sur Medjez-el-Bab. Les Panzer parviennent cependant à détruire 12 M3 Stuart sans perte en contrepartie (le 37 mm d’un Stuart n’est pas inoffensif : Lüder rapporte que la tourelle d’un Tiger sera bloquée par un tir fort bien ajusté). Ce jour-là, près d’une trentaine de blindés américains sont détruits, soit 19 M3 Stuart et tous les chasseurs de chars engagés. Toutefois, le succès est incomplet pour Arnim : Hudel, incapable de déployer ses Panzer dans des champs transformés en un océan de boue, est stoppé dans son élan par des tirs précis d’antichars et d’artillerie à l’orée de Medjez-el-Bab. Toutefois, le mouvement du KG Hudel depuis Massicault s’avère être particulièrement menaçant car il isole presque le CCB. puisque Le général Allfrey, commandant du nouveau V Corps qui prend en charge le secteur, estime la position des forces déployées au nord-est de Medjez-el-Bab bien trop exposée. Il ordonne donc un repli en direction de cette dernière localité. Dans la soirée, après avoir commencé à franchir le pont de Bordj Toum, quelques tirs incitent les Américains à faire demi-tour dans la confusion pour se replier le long de la rive est en empruntant un chemin fangeux où la colonne s’enlise… Les GIs y abandonnent 150 véhicules dont 18 chars. Après cette mésaventure, il ne reste plus que 44 chars au CCB, soit à peine le quart de ses effectifs initiaux, 124 tanks ayant été détruits. Depuis les premiers combats pour Tébourba, les Alliés ont perdu entre 165 et 184 tanks. La bataille est finie. Dépité par le bilan élevé des pertes, Allfrey, soutenu par Anderson, préconise d’abandonner Medjez-el-Bab pour s’appuyer sur une ligne défensive au niveau de Téboursouk. Les généraux français Giraud (commandant des forces françaises), Juin (chef de l’Armée d’Afrique) et Barré qui ont conscience de l’importance majeure de cette localité pour envisager toute reprise des opérations en direction de Tunis, y sont hostiles. Arnim l’ignore mais Eisenhower s’est opposé à un abandon de Medjez-el-Bab et exige de tenir une ligne de front à l’est de la localité.
Benoît Rondeau Copyright
Décembre 1942: la 5. Panzerarmee contre-attaque
Nehring, aiguillonné par Kesselring, confie au Generalmajor Fischer, le chef de la 10. Panzer, de conjurer la menace qui pèse sur la tête de pont avec Alliés à proximité de Djedeïda. L’effort principal viendra du nord-ouest, dans le secteur de la passe de Chouïgui, d’où vont frapper les deux Kampfgruppen les plus puissants : le KG Lüder et le KG Hudel. Le Kampfgruppe Djedeïda restera en réserve pendant que le Kampfgruppe Koch s’emparera d’El Bathan et de son pont. La Blade Force, coincée entre la Medjerda et les djebels, sera enfermée dans une nasse. Le 1er décembre, si Koch fixe l’ennemi à El Bathan, l’assaut au nord-ouest s’enlise. Les Panzer et les Pak, des KG Lüder et Hudel, habillement dissimulés dans les vergers et soutenus par les Stukas, opèrent des coupes sombres au sein des régiments blindés alliés mais ces derniers, bien soutenus par l’artillerie, opposent une résistance sérieuse. Fischer lance alors le KG Djedeïda dans la bataille. La défense anglaise est là-aussi énergique et si quelques M3 Lee sont détruits par les Tiger, ceux-ci, pour leur premier combat, perdent leur commandant, l’Hauptmann von Nolde, et un engin reste immobilisé. Le lendemain, 2 décembre, le KG Djedeïda se rachète une conduite en repoussant ses adversaires vers Tébourba, tandis que les paras de Koch, longtemps contenu par les Surreys, s’infiltrent eux-aussi au plus près de la localité en traversant la Medjerda, menaçant les lignes de communications adverses. Une à une, les hauteurs surplombant Tébourba tombent entre les mains des Allemands tandis que le CCB de la 1st US Armored Division, un renfort qui aurait pourtant pu renverser le cours de l’affrontement, subit une sévère correction face aux KG Lüder et Hudel. Des dizaines de blindés américains sont incendiés… Le 3 décembre, un Tiger est endommagé par un automoteur américain (les Tanks Destroyers sont alors de simples half-tracks armés de pièces antichars): c’est le premier engin de ce type à être mis hors de combat par les Alliés au cours de la guerre.Les Allemands menacent de s’emparer de la passe de Tébourba, au sud de la localité, ce qui signifierait la fin des défenseurs. Alors que des affrontements acharnés opposent les deux camps sur les collines et les bois, dans les champs de vignes et les vergers d’orangers ou d’oliviers, le gros de l’infanterie britannique, soit les East Surreys et les Hampshires, est en passe d’être encerclé, tandis que la Blade Force et le CCB ont déjà subi des pertes sensibles. Les Allemands prennent ensuite sous leurs feux meurtriers une colonne retraitant de Tébourba (32 canons seront perdus par les Britanniques au cours de cette seule journée). Pilonnés par les Stukas, incapables de s’opposer aux Panzer, les effectifs des bataillons britanniques fondent inexorablement. Les tanks américains du 13th Armored Regiment se sont montrés incapables de maintenir ouverte la voie de sortie. Avec la perte de la colline 180, tout espoir est perdu. Le lieutenant-colonel Wilberforce rassemble donc les survivants des deux bataillons à Tébourba et organise le repli pour la nuit. Un seul échappatoire : une piste qui longe la Medjerda, mais sur laquelle les véhicules vont s’enliser, ce qui signifie qu’il faudra opérer le décrochement à pied. La caporal Vardy des Hampshire raconte la sortie épique du guêpier : « les restes des compagnies de fusiliers mettent baïonnette au canon. J’étais armé d’un « Tommy Gun » et nous avons mené une charge à la baïonnette à travers l’ennemi qui nous encerclait ». Les Allemands semble avoir été pris par surprise, mais tous les Anglais ne parviennent pas jusqu‘à Medjez-el-Bab… Le 4 décembre, la bataille de Tébourba est terminée. 55 chars britanniques ont été détruits et 1 000 soldats sont tombés entre les mains des Allemands. L’intensité des combats au cours de ces quelques journées de décembre se reflète dans la consommation en munitions de la Division von Broich les 4 et 5 décembre : 19 000 cartouches d’armes individuelles (soit 7 fois la consommation d’une période “calme”), 165 obus de 2 cm Pak, 121 coups de Pak 38, plus de 400 grenades, 5 000 obus de 2 cm Flak et 433 obus de 8,8 cm.
De son côté, la RAF lance inconsciemment 9 bombardiers Bisley sans escorte contre l’aérodrome de Djedeïda. Tous les appareils sont abattus. Les Bf-109 renouvellent l’exploit le lendemain en détruisant ou en endommageant tous les Spitfire déployés bien dangereusement sur un aérodrome de fortune à Medjez-el-Bab. Tirant profit de ce premier succès, Nehring entend reprendre cette importante localité qu’il a abandonnée bien précipitamment quelques jours plus tôt. Fischer organise son attaque le long des deux rives de la Medjerda, l’effort principal étant mené depuis El Bathan. C’est dans ce secteur que, le 6 décembre, après un bombardement de Stukas, les KG Koch et Gerhardt attaquent sur un terrain accidenté du Djebel el Guessa où ils parviennent à s’infiltrer. Un détachement américain tente vainement de combattre, mais 18 M4 Sherman (les 5 premiers engagés en Tunisie, cédé par Patton au Maroc) et M3 Lee sont détruits en un quart d’heure par les 88 mm et les Pak 38 de 50 mm. Sur la rive nord, les Allemands bousculent les Français sur le Djebel Lanserine. Après ces succès, la contre-attaque allemande marque le pas car Nehring décide d’assurer au préalable ses arrières en prenant le contrôle total de Bizerte où se trouvent encore 3 000 soldats français sous le commandement de l’amiral Derrien. L’opération, l’Unternehmen Ferryville, est lancée le 8 décembre : les troupes françaises sont désarmées dans les casernes à 15 heures.
Nehring perd son commandement ce même jour puisqu’Hitler nomme le Generaloberst von Arnim à la tête de la 5. Panzerarmee. Ce dernier reprend à son compte le projet de s’emparer de Medjez-el-Bab et, dès le lendemain, les combats reprennent. L’objectif est le carrefour essentiel de Medjez-el-Bab. Avec la longue portée de leurs tubes de 8,8 cm et un blindage qui leur assure une quasi-impunité en terrain ouvert, deux Tiger ouvrent logiquement la marche de la colonne qui s’engage vers l’ennemi depuis Massicault. Si les Américains rejettent les Panzergrenadiere du Djebel Bou Aoukaz, l’intervention de blindés américains conduit toutefois à un nouveau désastre. Une première escarmouche réduit à néant quelques blindés en position défensive « hull down ». À 6 kilomètres de Medjez El‑Bab, les Panzer sont toutefois pris à partie par plusieurs batteries d’artillerie ainsi que par des antichars. L’ordre de faire volte-face pour contrecarrer une contre-attaque blindée contre les lignes allemandes plus en amont sonne l’échec de la tentative sur Medjez-el-Bab. Les Panzer parviennent cependant à détruire 12 M3 Stuart sans perte en contrepartie (le 37 mm d’un Stuart n’est pas inoffensif : Lüder rapporte que la tourelle d’un Tiger sera bloquée par un tir fort bien ajusté). Ce jour-là, près d’une trentaine de blindés américains sont détruits, soit 19 M3 Stuart et tous les chasseurs de chars engagés. Toutefois, le succès est incomplet pour Arnim : Hudel, incapable de déployer ses Panzer dans des champs transformés en un océan de boue, est stoppé dans son élan par des tirs précis d’antichars et d’artillerie à l’orée de Medjez-el-Bab. Toutefois, le mouvement du KG Hudel depuis Massicault s’avère être particulièrement menaçant car il isole presque le CCB. puisque Le général Allfrey, commandant du nouveau V Corps qui prend en charge le secteur, estime la position des forces déployées au nord-est de Medjez-el-Bab bien trop exposée. Il ordonne donc un repli en direction de cette dernière localité. Dans la soirée, après avoir commencé à franchir le pont de Bordj Toum, quelques tirs incitent les Américains à faire demi-tour dans la confusion pour se replier le long de la rive est en empruntant un chemin fangeux où la colonne s’enlise… Les GIs y abandonnent 150 véhicules dont 18 chars. Après cette mésaventure, il ne reste plus que 44 chars au CCB, soit à peine le quart de ses effectifs initiaux, 124 tanks ayant été détruits. Depuis les premiers combats pour Tébourba, les Alliés ont perdu entre 165 et 184 tanks. La bataille est finie. Dépité par le bilan élevé des pertes, Allfrey, soutenu par Anderson, préconise d’abandonner Medjez-el-Bab pour s’appuyer sur une ligne défensive au niveau de Téboursouk. Les généraux français Giraud (commandant des forces françaises), Juin (chef de l’Armée d’Afrique) et Barré qui ont conscience de l’importance majeure de cette localité pour envisager toute reprise des opérations en direction de Tunis, y sont hostiles. Arnim l’ignore mais Eisenhower s’est opposé à un abandon de Medjez-el-Bab et exige de tenir une ligne de front à l’est de la localité.
Deutsch-Arabische-Lehr-Abteilung (janvier 1943)
1./schwere Panzer-Abteilung 504 (mars 1943)
Novembre 1942, premiers combats pour Tunis (3)
20. Flak-Division (novembre 1942)
Novembre 1942, premiers combats pour Tunis (2)