Les services de renseignements ont souvent constitué un des points faibles de la Wehrmacht. Si les informations rassemblées avant « Herbstnebel » sont en partie correctes pour ce qui est de l’identification des forces américaines déployées dans les Ardennes, appréhender la puissance globale de l’ennemi est déterminant pour les choix stratégiques et tactiques.
Le 47. Panzerkorps constitue une des forces de frappe majeure de l’opération de la dernière chance voulue et déclenchée par Hitler. Fer de lance de la 5. Panzerarmee de Hasso von Manteuffel, ce corps blindé, commandé par le General der Panzertruppen Freiherr von Lütwitz, s’évertue à établir un tableau exact des forces adverses, préalable à toute action offensive ou à l’établissement de la moindre position défensive à même de contrecarrer les desseins du camp adverse. En janvier 1945, engagé dans de terribles combats pour Bastogne, objectif assigné par un Führer qui n’a pu faire franchir la Meuse à ses Panzer, le service de renseignement du 47. Panzerkorps est en liaison avec la 7. Armee (AOK 7) d’Erich Brandenberger, à laquelle il transmet des rapports très instructifs que nous découvrons dans ses archives.
Une connaissance biaisée de la puissance globale des forces alliées
Force est de constater que le tableau des forces prêtées à Eisenhower est largement erroné. Au 3 janvier 1945, alors qu’ « Herbstnebel » est mis en échec, mais que les combats parmi les plus durs de la bataille sont en cours, le 47. Panzerkorps procède à un inventaire des forces alliées. Le document indique la présence de 26 unités britanniques et 4 américaines en Grande Bretagne. Or, ces unités n’existent pas ou ne correspondent pas à des formations de combat. Il est ainsi fait mention de 8 divisions d’infanterie et de trois divisions blindées anglaises qui ne correspondent à aucunes formations réelles (il est question des 5th, 8th et 9th Armoured Division…). On prête aux Britanniques deux divisions aéroportées, la 6th (pourtant déjà sur le front) et la 1st, pourtant détruite à Arnhem quatre mois plus tôt et jamais reconstituée. La 21st US Airborne est également une division inconnue dans l’ordre de bataille. Le rapport continue en donnant la liste des unités déployées en France, Belgique et Hollande : 29 britanniques et canadiennes, 93 américaines et 25 françaises, en incluant 28 bataillons de chars américains, 3 brigades blindées américaines (les 3rd, 6th et 7th : or c’est un concept inconnu dans l’US Army à ce stade de la guerre…), 11 brigades blindées britanniques, des commandos… Il y a bien 5 Armoured Divisions (avec les Polonais, mais sans compter la 79th Armoured Division) et 10 divisions d’infanterie anglo-canadiennes. Les Allemands listent 13 Armored Divisions américaines, dont une énigmatique 25th Arm. Div.(en fait, une unité factice créée dans le cadre de « Fortitude »…), ainsi qu’un conglomérat d’unités de paras : 509th Bn, les 551th et 517th Bn ou Rgt), outre les fameux « All Americans » et « Screaming Eagles ». Quant à la 106th ID, diminuée des deux tiers dès le début de l’offensive, elle demeure bizarrement encore dans l’ordre de bataille attribué aux Américains. De façon intéressante, les 2nd et 5th Rangers sont appelés « Sturmbataillone », selon une terminologie allemande. Les Français sont crédités de 12 divisions d’infanterie (dont deux de FFI : « Alpine » et « Auvergne » ; deux coloniales, trois algérienne et deux marocaines), de 7 brigades ou régiments indépendants (3ème commandos de France, 1 Morvans, 1 de l’Yonne, Bourgogne, 3e Dragons, Commandos d’Afrique, Détachement La Cheroy, unité Lamont,…), un régiment de paras et une « Sturmbrigade » constituées de trois unités de commandos.
Le théâtre des opérations méditerranéen et le Moyen-Orient ne sont pas oubliés : l’Italie (34 unités britanniques –dont 5 (sic !) divisions polonaises et une division aéroportée- et 7 américaines), l’AFN (2 divisions françaises et une américaine), de Palestine et le Levant (2 divisions d’infanterie –dont une polonaise, une blindée), en de la Libye à Chypre en passant par l’Egypte (4 ( !) divisions anglaises, dont une blindée), l’Irak et l’Iran (3 divisions d’infanterie britanniques) et la Grèce (pas moins de 3 divisions britanniques, dont une blindée). Cet ordre de bataille très erroné attribué aux Alliés ne mentionne que les divisions, le rapport mentionnant en outre un certain nombre d’unités indépendantes. Enfin, le document donne une estimation des divisions présentes aux Etats-Unis et non encore engagées : 23 divisions d’infanterie, 12 Armored Divisions, 2 divisions de Marines, deux divisions aéroportées, 1 division de cavalerie… Au final, les Allemands prêtent à la coalition anglo-saxonne et à leurs alliés sur le front occidental des effectifs nettement plus conséquents qu’ils ne le sont en réalité.
Quel dispositif américain au stade final de la bataille des Ardennes ?
Connaître l’ordre de bataille précis de l’ennemi sur la ligne de front est de prime importance. Le 23 janvier, alors que l’attention de Hitler est désormais tournée vers l’Est, il est établi comme suit : de Bovigny à Echternach : 75th ID, 83rd ID, 90th ID, 26th ID, 80th ID, 5th ID et 4th ID (le rapport d’époque est précis pour la position de chacune de ces unités). La situation à Wasserbillig est alors encore imprécise. Il est supposé que la 17th Airborne ait été retirée du secteur et transférée, tandis que la situation de la 101st Airborne et des 6th et 11th Armored Division demeure imprécise. On subodore également la préparation de « schwerpunkt » pour de futures attaques et on observe un renforcement de l’artillerie et de mouvements de véhicules dans le secteur Osweiler-Dickweiler-Mompach. Il importe de déterminer les intentions de l’ennemi. On essaye donc de déterminer les mouvements de l’ennemi et ses intentions. L’AOK 7 détecte ainsi le 317th IR de la 80th ID dans la zone de Wilwerwiltz, ainsi que le reste de la division dans le secteur Wilwerwiltz-ouest de Wiltz-Nocher-Kautenbach laisse supposer que la 80th s’est encore redéployée vers le nord et que la 26th ID devrait s’insérer sur le front aux alentours de Clerf-Wilwerwiltz. Le rapport estime par ailleurs probable l’insertion d’autres forces à Burscheid (peut-être le 6th Cavalry Group est-il noté). Par conséquent, le service de renseignement en conclue à de futures attaques en force –et plus puissantes- dans la zone. On suppose par ailleurs que la 87th ID est vraisemblablement déployée dans le secteur d’Echternach et de Greven.
La moindre information est répertoriée. Pour ce faire, faute de reconnaissance aérienne ou d’un système d’écoute fournissant suffisamment de renseignements, il faut compter avec les patrouilles ou la capture de soldats ennemis. Il importe d’établir au mieux les pertes de l’adversaire pour déterminer son potentiel. Ainsi, le 25 janvier, un rapport de l’Ic de l’AOK 7 précise que 8 prisonniers de la 5th US ID, capturés la veille à Putscheid (au Luxembourg), ont déclaré que le 10th Infantry Rgt bénéficie du soutien de 8 à 10 tanks. Le 28 janvier 1945, un point est fait sur les prisonniers et le matériel capturé à l’ennemi par la Panzer Lehr et les 9. et 352. VGD : 39 captifs, 30 tanks, 3 véhicules blindés et 3 canons antichars. Neuf jours plus tôt, le 19 janvier, on évalue les pertes subies par l’ennemi depuis le déclenchement d’ « Herbtnebel » dans le secteur du 47. Panzerkorps à 4 041 prisonniers, 620 tanks détruits ou capturés, 8 « Sturmgeschütze » (des Tank Destroyers M-10 ? Des M-7 Priest ? Des M-8 Howitzer Motor Carriage ?), 333 véhicules blindés, 433 autres véhicules motorisés, 52 pièces d’artillerie, 56 canons antichars et 21 mortiers, outre de grandes quantités de cartouches pour armes d’infanterie et trois grands dépôts de munitions.
Evaluer la qualité combattive des divisions alliées
La détection de nouvelles unités au sein du dispositif ennemi déclenche une recherche de renseignements à leur propos. On les jauge, on les évalue. La 87th ID est présentée comme ayant beaucoup souffert au cours de la campagne de la Sarre, que celles-ci n’ont été qu’en partie comblées et qu’elle a été envoyée précipitamment au Luxembourg entre Noël et le jour de l’An. Le rapport affirme en outre que les armes lourdes d’infanterie font défaut en raison de difficultés de transport. Concernant la 11th Armored Division, il est précisé que la division n’est arrivée en France qu’à la mi-novembre et que, placée en réserve, elle est engagée à Bastogne, les combats dans le secteur d’Hubermont-Flamierge ayant été coûteux : une compagnie ne comptait plus que 12 tanks au 4 janvier, dont 6 sont détruits et 4 autres endommagés. De la 17th Airborne, saignée également à blanc dans le même secteur, il est dit que l’unité est levée sur la base du volontariat et que leur formation s’est étendue sur 17 mois, incluant notamment l’art du Jiu-Jitsu, la destruction de bunkers, etc. Son 513th Parachute Rgt est présenté comme ayant été transféré de la 13th Airborne Division, qui aurait été dissoute pour faire office de pool de remplaçants. Les Britanniques ne sont pas oubliés. La 51st Highland Division a été repérée dans la zone Dinant-Hives. L’interrogatoire de prisonniers a pu établir la présence de la 154th Brigade, avec le 7th Black Watch, le 1st Black Watch et le 2nd Derby Yeomanry (de l’unité de reconnaissance de la division : le 51st Recce Bn). Les informations concernant la 6th Airborne indiquent que la division aéroportée a traversée la Manche pour débarquer à Calais le 24 décembre, avant de suivre un périple qui l’a menée jusqu’aux environs de Rochefort. La troupe consiste en un amalgame entre jeunes recrues âgées de 18-20 ans et de vétérans avec 4 à 7 ans de service, les rapports entre les officiers et les hommes du rang étant jugés excellents. Les Allemands ont détecté la 5th Parachute Brigade, ainsi que de l’artillerie (de la division, mais aussi le 53rd Art. Rgt.). Selon des prisonniers, la 3rd Parachute Brigade serait à Calais. Quant à la 6th Airlanding Brigade, aucune information n’est parvenue à son sujet.
Le plus important réside dans l’évaluation de la capacité combattive des unités alliées. Les 83rd et 84th ID sont considérées comme bonnes, expérimentées et agressives. Leur combattivité ne devrait pas pâtir de l’arrivée de remplaçants. La 2nd Armored Division est également considérée comme ayant une bonne valeur de combat. Elle est à 80% de son potentiel. On lui attribue 132 tanks au 13 janvier, essentiellement des Sherman (donc en fait beaucoup moins qu’à 80% de sa capacité normale car il manque près de 100 chars moyens). Il en va de même pour la 3rd Armored Division, qui ne compterait que 95 chars, également avant tout des Sherman. Considérée comme bien commandée, la 87th ID est estimée à 6/10 sur l’échelle de la « kampfwert », c’est à dire de la valeur de combat, tandis que la 11th Armoured Division (britannique, donc) est noté à 10/10 (comme la 51st Highland et la 6th Airborne), puisqu’elle n’a pas été engagée dans un affrontement majeur depuis un certain temps. A contrario, l’autre 11ème division blindée, à savoir la 11th Armored Division (américaine), dont les Allemands estiment les pertes à 150 chars entre le 30 décembre et le 5 janvier, est placée au niveau 5/10. Même sentence pour la 17th Airborne, dont le rapport souligne la faible expérience du combat, mais en revanche un le moral élevé, chose attendue pour une unité de volontaires et a priori d’élite qu’est sensée être une formation de parachutistes. La situation de la 9th Armored Division, étrillée depuis le début de la bataille (le Combat Command R a été anéanti devant Bastogne) est jugée de niveau 3/10.
Conclusion :
Un général doit souvent mener une bataille en souffrant du « brouillard de la guerre », une réalité qui a été celle du haut-commandement allemand pendant la bataille des Ardennes, éprouvant sans cesse des difficultés à connaître l’ordre de bataille ennemi, et ce à tous les niveaux : stratégique, opérationnel et tactique.
Les services de renseignements ont souvent constitué un des points faibles de la Wehrmacht. Si les informations rassemblées avant « Herbstnebel » sont en partie correctes pour ce qui est de l’identification des forces américaines déployées dans les Ardennes, appréhender la puissance globale de l’ennemi est déterminant pour les choix stratégiques et tactiques.
Le 47. Panzerkorps constitue une des forces de frappe majeure de l’opération de la dernière chance voulue et déclenchée par Hitler. Fer de lance de la 5. Panzerarmee de Hasso von Manteuffel, ce corps blindé, commandé par le General der Panzertruppen Freiherr von Lütwitz, s’évertue à établir un tableau exact des forces adverses, préalable à toute action offensive ou à l’établissement de la moindre position défensive à même de contrecarrer les desseins du camp adverse. En janvier 1945, engagé dans de terribles combats pour Bastogne, objectif assigné par un Führer qui n’a pu faire franchir la Meuse à ses Panzer, le service de renseignement du 47. Panzerkorps est en liaison avec la 7. Armee (AOK 7) d’Erich Brandenberger, à laquelle il transmet des rapports très instructifs que nous découvrons dans ses archives.
Une connaissance biaisée de la puissance globale des forces alliées
Force est de constater que le tableau des forces prêtées à Eisenhower est largement erroné. Au 3 janvier 1945, alors qu’ « Herbstnebel » est mis en échec, mais que les combats parmi les plus durs de la bataille sont en cours, le 47. Panzerkorps procède à un inventaire des forces alliées. Le document indique la présence de 26 unités britanniques et 4 américaines en Grande Bretagne. Or, ces unités n’existent pas ou ne correspondent pas à des formations de combat. Il est ainsi fait mention de 8 divisions d’infanterie et de trois divisions blindées anglaises qui ne correspondent à aucunes formations réelles (il est question des 5th, 8th et 9th Armoured Division…). On prête aux Britanniques deux divisions aéroportées, la 6th (pourtant déjà sur le front) et la 1st, pourtant détruite à Arnhem quatre mois plus tôt et jamais reconstituée. La 21st US Airborne est également une division inconnue dans l’ordre de bataille. Le rapport continue en donnant la liste des unités déployées en France, Belgique et Hollande : 29 britanniques et canadiennes, 93 américaines et 25 françaises, en incluant 28 bataillons de chars américains, 3 brigades blindées américaines (les 3rd, 6th et 7th : or c’est un concept inconnu dans l’US Army à ce stade de la guerre…), 11 brigades blindées britanniques, des commandos… Il y a bien 5 Armoured Divisions (avec les Polonais, mais sans compter la 79th Armoured Division) et 10 divisions d’infanterie anglo-canadiennes. Les Allemands listent 13 Armored Divisions américaines, dont une énigmatique 25th Arm. Div.(en fait, une unité factice créée dans le cadre de « Fortitude »…), ainsi qu’un conglomérat d’unités de paras : 509th Bn, les 551th et 517th Bn ou Rgt), outre les fameux « All Americans » et « Screaming Eagles ». Quant à la 106th ID, diminuée des deux tiers dès le début de l’offensive, elle demeure bizarrement encore dans l’ordre de bataille attribué aux Américains. De façon intéressante, les 2nd et 5th Rangers sont appelés « Sturmbataillone », selon une terminologie allemande. Les Français sont crédités de 12 divisions d’infanterie (dont deux de FFI : « Alpine » et « Auvergne » ; deux coloniales, trois algérienne et deux marocaines), de 7 brigades ou régiments indépendants (3ème commandos de France, 1 Morvans, 1 de l’Yonne, Bourgogne, 3e Dragons, Commandos d’Afrique, Détachement La Cheroy, unité Lamont,…), un régiment de paras et une « Sturmbrigade » constituées de trois unités de commandos.
Le théâtre des opérations méditerranéen et le Moyen-Orient ne sont pas oubliés : l’Italie (34 unités britanniques –dont 5 (sic !) divisions polonaises et une division aéroportée- et 7 américaines), l’AFN (2 divisions françaises et une américaine), de Palestine et le Levant (2 divisions d’infanterie –dont une polonaise, une blindée), en de la Libye à Chypre en passant par l’Egypte (4 ( !) divisions anglaises, dont une blindée), l’Irak et l’Iran (3 divisions d’infanterie britanniques) et la Grèce (pas moins de 3 divisions britanniques, dont une blindée). Cet ordre de bataille très erroné attribué aux Alliés ne mentionne que les divisions, le rapport mentionnant en outre un certain nombre d’unités indépendantes. Enfin, le document donne une estimation des divisions présentes aux Etats-Unis et non encore engagées : 23 divisions d’infanterie, 12 Armored Divisions, 2 divisions de Marines, deux divisions aéroportées, 1 division de cavalerie… Au final, les Allemands prêtent à la coalition anglo-saxonne et à leurs alliés sur le front occidental des effectifs nettement plus conséquents qu’ils ne le sont en réalité.
Quel dispositif américain au stade final de la bataille des Ardennes ?
Connaître l’ordre de bataille précis de l’ennemi sur la ligne de front est de prime importance. Le 23 janvier, alors que l’attention de Hitler est désormais tournée vers l’Est, il est établi comme suit : de Bovigny à Echternach : 75th ID, 83rd ID, 90th ID, 26th ID, 80th ID, 5th ID et 4th ID (le rapport d’époque est précis pour la position de chacune de ces unités). La situation à Wasserbillig est alors encore imprécise. Il est supposé que la 17th Airborne ait été retirée du secteur et transférée, tandis que la situation de la 101st Airborne et des 6th et 11th Armored Division demeure imprécise. On subodore également la préparation de « schwerpunkt » pour de futures attaques et on observe un renforcement de l’artillerie et de mouvements de véhicules dans le secteur Osweiler-Dickweiler-Mompach. Il importe de déterminer les intentions de l’ennemi. On essaye donc de déterminer les mouvements de l’ennemi et ses intentions. L’AOK 7 détecte ainsi le 317th IR de la 80th ID dans la zone de Wilwerwiltz, ainsi que le reste de la division dans le secteur Wilwerwiltz-ouest de Wiltz-Nocher-Kautenbach laisse supposer que la 80th s’est encore redéployée vers le nord et que la 26th ID devrait s’insérer sur le front aux alentours de Clerf-Wilwerwiltz. Le rapport estime par ailleurs probable l’insertion d’autres forces à Burscheid (peut-être le 6th Cavalry Group est-il noté). Par conséquent, le service de renseignement en conclue à de futures attaques en force –et plus puissantes- dans la zone. On suppose par ailleurs que la 87th ID est vraisemblablement déployée dans le secteur d’Echternach et de Greven.
La moindre information est répertoriée. Pour ce faire, faute de reconnaissance aérienne ou d’un système d’écoute fournissant suffisamment de renseignements, il faut compter avec les patrouilles ou la capture de soldats ennemis. Il importe d’établir au mieux les pertes de l’adversaire pour déterminer son potentiel. Ainsi, le 25 janvier, un rapport de l’Ic de l’AOK 7 précise que 8 prisonniers de la 5th US ID, capturés la veille à Putscheid (au Luxembourg), ont déclaré que le 10th Infantry Rgt bénéficie du soutien de 8 à 10 tanks. Le 28 janvier 1945, un point est fait sur les prisonniers et le matériel capturé à l’ennemi par la Panzer Lehr et les 9. et 352. VGD : 39 captifs, 30 tanks, 3 véhicules blindés et 3 canons antichars. Neuf jours plus tôt, le 19 janvier, on évalue les pertes subies par l’ennemi depuis le déclenchement d’ « Herbtnebel » dans le secteur du 47. Panzerkorps à 4 041 prisonniers, 620 tanks détruits ou capturés, 8 « Sturmgeschütze » (des Tank Destroyers M-10 ? Des M-7 Priest ? Des M-8 Howitzer Motor Carriage ?), 333 véhicules blindés, 433 autres véhicules motorisés, 52 pièces d’artillerie, 56 canons antichars et 21 mortiers, outre de grandes quantités de cartouches pour armes d’infanterie et trois grands dépôts de munitions.
Evaluer la qualité combattive des divisions alliées
La détection de nouvelles unités au sein du dispositif ennemi déclenche une recherche de renseignements à leur propos. On les jauge, on les évalue. La 87th ID est présentée comme ayant beaucoup souffert au cours de la campagne de la Sarre, que celles-ci n’ont été qu’en partie comblées et qu’elle a été envoyée précipitamment au Luxembourg entre Noël et le jour de l’An. Le rapport affirme en outre que les armes lourdes d’infanterie font défaut en raison de difficultés de transport. Concernant la 11th Armored Division, il est précisé que la division n’est arrivée en France qu’à la mi-novembre et que, placée en réserve, elle est engagée à Bastogne, les combats dans le secteur d’Hubermont-Flamierge ayant été coûteux : une compagnie ne comptait plus que 12 tanks au 4 janvier, dont 6 sont détruits et 4 autres endommagés. De la 17th Airborne, saignée également à blanc dans le même secteur, il est dit que l’unité est levée sur la base du volontariat et que leur formation s’est étendue sur 17 mois, incluant notamment l’art du Jiu-Jitsu, la destruction de bunkers, etc. Son 513th Parachute Rgt est présenté comme ayant été transféré de la 13th Airborne Division, qui aurait été dissoute pour faire office de pool de remplaçants. Les Britanniques ne sont pas oubliés. La 51st Highland Division a été repérée dans la zone Dinant-Hives. L’interrogatoire de prisonniers a pu établir la présence de la 154th Brigade, avec le 7th Black Watch, le 1st Black Watch et le 2nd Derby Yeomanry (de l’unité de reconnaissance de la division : le 51st Recce Bn). Les informations concernant la 6th Airborne indiquent que la division aéroportée a traversée la Manche pour débarquer à Calais le 24 décembre, avant de suivre un périple qui l’a menée jusqu’aux environs de Rochefort. La troupe consiste en un amalgame entre jeunes recrues âgées de 18-20 ans et de vétérans avec 4 à 7 ans de service, les rapports entre les officiers et les hommes du rang étant jugés excellents. Les Allemands ont détecté la 5th Parachute Brigade, ainsi que de l’artillerie (de la division, mais aussi le 53rd Art. Rgt.). Selon des prisonniers, la 3rd Parachute Brigade serait à Calais. Quant à la 6th Airlanding Brigade, aucune information n’est parvenue à son sujet.
Le plus important réside dans l’évaluation de la capacité combattive des unités alliées. Les 83rd et 84th ID sont considérées comme bonnes, expérimentées et agressives. Leur combattivité ne devrait pas pâtir de l’arrivée de remplaçants. La 2nd Armored Division est également considérée comme ayant une bonne valeur de combat. Elle est à 80% de son potentiel. On lui attribue 132 tanks au 13 janvier, essentiellement des Sherman (donc en fait beaucoup moins qu’à 80% de sa capacité normale car il manque près de 100 chars moyens). Il en va de même pour la 3rd Armored Division, qui ne compterait que 95 chars, également avant tout des Sherman. Considérée comme bien commandée, la 87th ID est estimée à 6/10 sur l’échelle de la « kampfwert », c’est à dire de la valeur de combat, tandis que la 11th Armoured Division (britannique, donc) est noté à 10/10 (comme la 51st Highland et la 6th Airborne), puisqu’elle n’a pas été engagée dans un affrontement majeur depuis un certain temps. A contrario, l’autre 11ème division blindée, à savoir la 11th Armored Division (américaine), dont les Allemands estiment les pertes à 150 chars entre le 30 décembre et le 5 janvier, est placée au niveau 5/10. Même sentence pour la 17th Airborne, dont le rapport souligne la faible expérience du combat, mais en revanche un le moral élevé, chose attendue pour une unité de volontaires et a priori d’élite qu’est sensée être une formation de parachutistes. La situation de la 9th Armored Division, étrillée depuis le début de la bataille (le Combat Command R a été anéanti devant Bastogne) est jugée de niveau 3/10.
Conclusion :
Un général doit souvent mener une bataille en souffrant du « brouillard de la guerre », une réalité qui a été celle du haut-commandement allemand pendant la bataille des Ardennes, éprouvant sans cesse des difficultés à connaître l’ordre de bataille ennemi, et ce à tous les niveaux : stratégique, opérationnel et tactique.
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