A l’issue de la campagne d’hiver 1943-1944, les Soviétiques ont libéré la quasi-totalité de leur territoire. Début 1944, la Wehrmacht est partout sur la défensive. Toutefois, si les mouvements de retraite sont généraux, nulle part le front allemand ne s’effondre, bien que les succès tactiques des Allemands sont sans conséquences sur le cours de la guerre. A l’aune de l’année 1944, l’équilibre des forces penche cependant alors nettement en faveur des Russes. En effet, à la fin de l’année 1943, l’Armée rouge rassemble en première ligne 6 millions d’hommes, 5 600 chars et chasseurs de chars, 13 000 avions et 100 000 canons et mortiers. La Wehrmacht, de plus en plus engagée contre les Alliés à l’Ouest, ne peut alors opposer aux Russes que 2,5 millions d’hommes, 1 500 Panzer et canons d’assaut, 2 000 avions (dont à peine 1 500 opérationnels et seulement 300 chasseurs) et 8 000 canons et mortiers lourds. En moyenne, entre septembre 1943 et mai 1944, l’Ostheer dispose de 433 Panzer et de 661 Sturmgeschützeopérationnels, ce qui est bien peu en regard de l’immensité du front. Comme à l’accoutumée, le Heeresgruppe Nord s’avère le moins bien doté en la matière. Il doit aussi compter avec un nombre accru de partisans, même si l’action de ces derniers ne sera jamais décisive. Ainsi, de 2 à 5 000 partisans dans la première moitié de 1943, le secteur voit le nombre gonfler à plus de 20 000 en janvier 1944.
Le Heeresgruppe Nord définitivement refoulé à distance de Leningrad
Le 14 janvier 1944, c’est une Stavka confiante dans la puissance de son armée qui déclenche une offensive majeure à l’extrémité nord du front. L’opération est d’envergure puisqu’elle met en oeuvre trois fronts : celui de Leningrad (Govorov), celui du Volkhov (Meretskov) et le 2ème Front de la Baltique (Popov), soit plus d’un million d’hommes (1,2 million face aux 750 000 soldats de Küchler). Si le nombre de blindés engagés semble dérisoire selon les standards de la guerre à l’Est (moins de 400 tanks soviétiques), le terrain n’est guère propice à leur utilisation en masse et, quoiqu’il en soit, les Allemands en alignent encore nettement moins et l’artillerie est en force (plus de 20 000 pièces de campagne, sans compter les katiouchas). Toutefois, toute la zone de combat est puissamment fortifiée par les combattants allemands qui ont reçu l’ordre de combattre jusqu’à la mort.
Les préparatifs se sont effectués largement en amont, puisque les mouvements de troupes débutent dès le début du mois de novembre 1943. Il faut que la flotte de la Baltique s’acquitte du transfert de la 2ème armée de Choc du général Fediouninski (une partie franchira directement le lac Ladoga gelé au cours de l’hiver) vers la poche d’Oranienbaum, qui résiste depuis 1941, puisque le secteur doit servir de tremplin à l’offensive projetée. Celle-ci débute le 14 janvier, depuis la poche, face au III. SS-Panzerkorps, qui est frappé par 100 000 obus, mais aussi, le lendemain, depuis les lignes du Front du Volkhov (entre les lacs Ladoga et Ilmen), appuyé par les tirs de batteries qui expédient 220 000 obus, puis de celui du 2èmeFront de la Baltique. La 18. Armee, qui surveille toujours en outre la poche d’Oranienbaum, tient alors le front de Leningrad à Novgorod, le relais étant assuré par la 16. Armee entre le lac Ilmen et les lignes du Heeresgruppe Mitte. Les soldats des deux camps s’affrontent jour et nuit dans les conditions les plus éprouvantes, par un froid intense et sous les tempêtes de neige.
Transférée de Zagreb au front d’Oranienbaum à partir de l’automne 1943, la 11. SS-Freiwilligen-Panzergrenadier-Division « Nordland » a pris position aux côtés des 9. et 10. Luftwaffe-Feld-Divisionen et subit de plein fouet l’offensive de Fediouninski. Ce dernier établit la jonction avec la 42ème armée venant de Leningrad : en effet, bien que les Allemands se défendent becs et ongles, les troupes soviétiques forcent le passage. Les Landser doivent abandonner les positions d’où leur artillerie avait, pendant deux ans et quatre mois, pilonné Leningrad. 85 pièces d’artillerie tombent aux mains des Frontoviki, immédiatement retournées contre leurs anciens propriétaires. Si, le premier jour, le front allemand ne recule que de quelques kilomètres, les fantassins de la Luftwaffe ne faisant pas si mauvaise figure (19. et 20. Luftwaffe-Feld-Divisionen), von Küchler ne parvient pas à enrayer le flot adverse. La rupture est consommée en quelques jours. Avant la fin du mois de janvier, la Wehrmacht se replie vers l’Estonie et a dû concéder 100 km à l’Armée rouge, face au Front de Leningrad, l’avancée du Front du Volkhov ne dépassant guère 40 km au 30 janvier. Le noeud ferroviaire de Mga et d’autres gares importantes sont concédées aux Soviétiques. Le front ne se stabilise qu’encore plus loin au 15 février, après un recul de 150 km : les Russes sont alors sur la Narva et le lac Peïpous.
Von Küchler est alors relevé pour être remplacé par un homme voué à être celui des situations les plus désespérées au cours de cette année 1944 : Walther Model. Celui-ci a beau être énergique, il n’a d’autre alternative que d’ordonner le repli sur la ligne « Panther », manoeuvre délicate dont il s’acquitte avec brio. L’aile gauche du Heeresgruppe Nord est donc refoulée sur la Louga. Leningrad n’est plus menacée par des frappes de l’artillerie allemande, désormais hors de portée.
Le 25 janvier, les Fronts de Leningrad et du Volkhov établissent la jonction. Staline mesure la portée symbolique de la victoire remportée. Le lendemain, 26 janvier, il proclame officiellement la levée du siège de Leningrad (qui s’est éternisé 900 jours), en partie effective depuis un certain temps, depuis la reconquête de Schlüsselburg. Pour faire bonne mesure, une salve de plus de 300 katiouchas est tirée à Leningrad pour célébrer ce succès majeur de armées soviétiques. Certes, le Heeresgruppe Nord n’est pas détruit, mais il accuse tout de même des pertes sensibles en hommes. Les Allemands sont par ailleurs contraints de céder l’un des objectifs majeurs de l’Armée rouge : la très stratégique voie ferroviaire reliant Moscou à Leningrad.
La levée du siège de Leningrad et l’irruption de ses troupes sur la Louga ne saurait représenter une fin en soi pour la Stavka : les opérations se poursuivent par conséquent. Les Allemands s’accrochent pourtant sur la ligne « Panther », et plus particulièrement à Narva, qui constitue la pièce maîtresse des défenses entre la Baltique et le lac Peïpous, barrant l’accès à l’Estonie. La bataille oppose les quelques 125 000 hommes du Gruppe Sponheimer, qui devient l’Armeegruppe Narwa le 2 février (III. SS-Panzerkorps, 26. Armee-Korps et Gruppe Berlin), aux 420 000 assaillants soviétiques de la 2ème armée de choc, soutenue par le 3ème corps blindé. Les Soviétiques, qui ont encaissé des pertes pour parvenir jusqu’à la Louga, et dont la logistique est mise à rude épreuve, pêchent par optimisme quand ils repassent à l’offensive le 11 février.
La « Nordland », appuyée par les Tiger du schwere Panzer-Abteinug 502 (qui sont au nombre de 71, au lieu des 45 théoriques), offre une défense énergique, au cours de laquelle s’illustre l’as des as : Otto Carius. Autre unité d’élite impliqué dans les affrontements aux portes de l’Estonie : la Panzer-Grenadier-Division « Feldherrnhalle », récemment victorieuse à Vitebsk. Parmi les défenseurs les plus acharnés, les SS estoniens des Freiwiligen-Grenadier-Regiment 45 et 46. Les Soviétiques ne manquent pourtant pas de courage ni d’audace. Des fusiliers marins (260ème brigade d’infanterie de marine) débarquent sur les arrières des SS, mais ils sont décimés. Plusieurs armées russes sont impliquées, mais elles ne parviennent pas à percer en profondeur. Une tentative d’encerclement manque de réussir, si ce n’était l’énergie combattive de la 171. ID, qui témoigne de la qualité des simples unités d’infanterie de la Heer, les fantassins étant encore et toujours soutenus par les indispensables et omniprésents Tiger du schwere Panzer-Abteilung 502.
Si l’offensive de Leningrad-Novgorod prend officiellement fin le 1er mars, la bataille s’éternise six semaines de plus entre le Golfe de Finlande et Poustochka, contre la ligne « Panther ». Les Soviétiques s’évertuent à reprendre Narva et à s’enfoncer en Estonie. A partir du 6 mars, Narva subit un pilonnage en règle.
Les Allemands prennent alors l’initiative. Le 18 mars, le Kampfgruppe « Krügel » de la « Nordland » contre-attaque en force et reprend Sirgala. Plus à l’ouest le Panzergruppe « Strachwitz » (du nom de l’Oberst Hyazinth Graf Strachwitz von Groß–Zauche und Camminetz, connu sous le sobriquet de « Panzegraf ») réduit à partir du 26 mars –Tiger en tête- l’un des saillants obtenus par les Soviétiques, qui y laisse pas moins de 6 000 morts. En revanche, les Frontoviki s’accrochent à une autre tête de pont, dite « Ostsack », qu’il est impossible aux Allemands de résorber. La « Feldherrnhalle » s’acquitte mieux que les autres de son attaque en zone forestière, le Panzergruppe « Strachwitz » saisissant immédiatement l’opportunité en lançant ses Tiger, mais l’artillerie soviétique stoppe les Panzer, les engins immobilisés devant être sabordés, faute de ne pas être en mesure de les remorquer en raison de la densité des tirs adverses.
Pendant ce temps, au sud, la 18. Armee est repoussée de Pskov à Ostrov, mais sans que le Heeresgruppe Nord ne concède ces deux villes. Encore plus au sud, sur le flanc gauche du Front de Leningrad et l’aile droite du 2ème Front de la Baltique, les Soviétiques obtiennent quelques gains limités aux dépends de la 16. Armee dans le secteur de Poustochka et au nord de celle-ci. Ces combats sont sanglants et démontrent aux Russes combien il serait coûteux de rechercher la libération des Etats baltes en se frayant un chemin à travers la ligne « Panther ».
Le front redevient relativement calme dans le secteur en avril et en mai, les opérations étant limitées par la boue qui se répand partout, bien que l’Armée rouge mène de rudes combats entre Pleskau et Ostrov, dans l’idée de disposer de positions de départ optimales dans l’optique de la reprise des offensives au cours de l’été. En juin, les Soviétiques procèdent à des infiltrations, préludes à une opération majeure. Les attaques d’envergure qui se sont succédées n’ont débouché sur aucun résultat tangible. Le succès tactique remporté par le Heeresgruppe Nord est incontestable. La volonté du Führer de ne pas céder un pouce de terrain a donc été appliquée, mais il convient de noter que pour mettre en oeuvre cette stratégie, le Heeresgruppe Nord a pu prendre appui sur de solides zones de fortifications, ainsi que sur une topographie favorable à la défense. Le 31 mars, Model, promis à assumer la direction du groupe d’armée le plus important de l’Ostfront –le Heeresgruppe Nord-Ukraine- cède le commandement à Lindemann, jusqu’alors Kommandeur de la 18. Armee, cette dernière passant alors sous la coupe du général Loch.
«Bagration » : des conséquences désastreuses pour le Heeresgruppe Nord
Pour Hitler, le sort de la guerre se jouera à l’Ouest, face à l’Invasion. A l’Est, la Wehrmacht devra tenir le front, ce dont elle est jugée capable. Le Führer se refuse à envisager autre chose qu’une défense acharnée à outrance et se refuse à admettre les chiffres de productions d’armements soviétiques que son état-major lui soumet. L’armée allemande à l’Est, qui vient pourtant de subir de sérieux revers très coûteux s’en trouve donc d’autant plus démunie pour se préparer à faire face aux nouvelles offensives que l’Armée rouge ne va pas manquer de déclencher pendant la période estivale. Ceci est d’autant plus dommageable que l’Union Soviétique dispose désormais d’un formidable outil de combat, capable d’infliger de cuisantes défaites à se adversaires. Tactiquement, l’Armée rouge se révèle désormais être un adversaire des plus redoutables et sa puissance de feu, notamment en artillerie et en unités d’infanterie complètement armés de pistolets-mitrailleurs, alliée à un nombre considérable de blindés ne peut que conduire la Wehrmacht à subir, sans espoir d’un retournement de la situation.
Tandis que les renforts sont accordés prioritairement aux armées en France, le choc décisif est attendu bien loin des forêts et des lacs près desquels sont retranchées les 16. et 18. Armeen : en Galicie. Küchler aligne 40 divisions sur les 163 grandes unités déployées à l’Est (en incluant les 6 divisions engagées en Finlande). Depuis la série d’offensives victorieuses lancées depuis l’été 1943 par l’Armée Rouge, la Wehrmacht s’est vue contrainte de dissoudre 16 divisions, tandis que pas moins de 60 autres sont désormais terriblement affaiblis, avec des effectifs très en deçà de la dotation théorique. La situation des unités blindées allemandes est très parlante à cet égard. Dans ces conditions, on ne sera pas surpris que le Heeresgruppe Nord n’est guère favorisé en matière de blindés : les 16. et 18. Armeen ne peuvent compter que sur 332 Panzer et Sturmgeschütze, dont 30-33 Tiger opérationnels (sur 57 : un chiffre certes élevé pour un bataillon de chars lourds qui ne doit en aligner que 45), soit à peine plus que la seule Panzer Lehr déployée à, l’Ouest. Le 15 juin, on ne compte que 81 Panzer opérationnels au sein de deux Panzer-Divisionen et Panzer-Grenadier-Division (outre 53 en réparations). La 12. Panzer-Division, qui interviendra pour contrer « Bagration » (l’offensive d’été soviétique qui s’abat sur le Heeresgruppe Mitte), ne compte ainsi que 44 Panzer III et IV, une vraie misère… Le tableau ci-contre combien le Heeresgruppe Nord est désavantagé en matière de blindés endivisionnés au sein des divisions mobiles.
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Nombre Panzer et StuG au sein des Pz-Div et Pz-Gren-Div début juin 1944
Ouest : 1390 dans 10 Pz-Div et Pz-Gren-Div
Italie : dans 6 Pz-Div et Pz-Gren-Div
Heeresgruppe Südukraine : 349 dans 9 Pz-Div et Pz-Gren-Div
Heeresgruppe Nordukraine : 574 dans 9 Pz-Div et Pz-Gren-Div (a priori sans compter II. SS Panzerkorps )
Heeresgruppe Mitte : 136 dans 4 Pz-Div et Pz-Gren-Div
Heeresgruppe Nord : 61 dans 2 Pz-Div et Pz-Gren-Div
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Au printemps 1944, Leningrad est définitivement à l’abri. Le 10 juin se produit un événement d’importance capitale pour le Heeresgruppe Nord : la Finlande est attaqué en force et, le 20, les Frontoviki du Front de Leningrad Viborg. Le maintien de l’Etat finlandais dans la lutte contre l’Union soviétique est compté. Trois jours plus tard, le 23 juin 1944, l’opération « Bagration », met en œuvre 4 fronts, avec 4 000 chars et canons automoteurs et 24 000 canons. L’attaque marque dramatiquement le 3ème anniversaire de l’invasion de l’Union Soviétique par Hitler. En quelques jours à peine, le front allemand s’effondre et Vitebsk est encerclé dès le 24 juin. La brèche réalisée est telle que les tentatives de résorption paraissent illusoires, en dépit de l’envoi de renforts par le Heeresgruppe Ukraine Nord. Mais les ressources disponibles pour la Ostheer sont des plus ténues en raison de la bataille décisive qui se joue alors en Normandie. Minsk, la capitale de la Biélorussie, est prise le 3 juillet et la frontière soviéto-polonaise d’avant-guerre est atteinte à peine dix jours plus tard.
Une fois n’est pas coutume, les commandants des Heeresgruppen rechignent à céder des unités au profit de leurs confrères (on peut songer à Kluge vis à vis de Manstein tout au long de l’année 1943), Lindemann constituant une exception notable, tandis que Model reste intraitable, beaucoup moins lorsqu’il assumera le commandement du Heeresgruppe Mitte exsangue. 22 divisions (6 de Panzer et 16 d’infanterie) seront envoyées en renforts en trois semaines, dont la moitié en provenance du Heeresgruppe Nord, qui est donc privé de près d’un tiers de sa force initiale…
Le Heeresgruppe Nord envoie d’abord les 24. et 290. ID (la première est motorisée, ce qui n’est pas commun), renforcées d’abord par la Stug-Brigade 909 (une autre brigade les rejoindra pour assurer la sauvegarde de Polotsk), pour reprendre le contact avec les restes du 9. Armee-Korps. La 4e Armée de Choc du 1er Front de Baltique de Bagramian n’a donc pas réussi à fixer l’intégralité du 1. Armee-Korps auquel appartiennent ces deux divisions. Pendant le premier mois des opérations, 16 divisions sont retirées du Heeresgruppe Nord pour voler au secours du Heeresgruppe Mitte. Il est en effet vital de maintenir la liaison entre les deux Heeresgruppen. Le 25 juin, la 212. ID est elle-aussi rameuté vers le sud, pour tenter de stopper l’ennemi dans sa marche vers Vilnius. La 12. Panzer-Division se prépare au départ ce même 25 juin… Elle partira avec la 81. ID le 28. Ces efforts ne suffisent pas…
La défaite de Minsk signifie que seuls subsistent les flancs du Heeresgruppe Mitte. Une brèche de 320 kilomètres se creuse donc dans les lignes allemandes, ouvrant aux troupes soviétiques la voie vers les Pays Baltes et la Prusse Orientale. La Stavka est bien décidée à saisir sa chance. C’est ainsi que des formations blindées soviétiques se portent rapidement à l’ouest de Minsk et se déploient sur un large front en harcelant les unités allemandes éparses qui leur font face et les écrasant avant qu’un front cohérent ne soit rétabli. La Stavka assigne au général Bagramian, commandant le 1er Front de la Baltique, de s’emparer de Dvinsk puis de se diriger vers la Lituanie et la Lettonie. De son côté, le 3ème Front Biélorusse de Tcherniakovsky doit lancer deux attaques simultanées : la première a pour axe Molodechno-Kaunas, en Lituanie, via Vilna, et la seconde consiste en une poussée en direction de la Prusse Orientale après avoir traversé le Niemen.
Le refus du Führer d’admettre la réalité de la situation s’accentue au mois de juillet, aussi bien à l’Est que sur le front de l’Invasion. Sur l’Ostfront, la situation du Heeresgruppe Mitte, et partant de l’ensemble de la Wehrmacht à l’Est, devient critique après la chute de Minsk et l’anéantissement de la plus grande partie du Heeresgruppe Mitte, alors même qu’une offensive majeure frappe le Heeresgruppe Nordukraine et que, tout au nord, le Heerersgruppe Nord se trouve désormais placé dans une posture hasardeuse. Il est indubitable que l’idée de Zeitzler de ramener le Heerersgruppe Nord sur la ligne Riga-Polotsk en abandonnant la ligne « Panther » fait sens et représentait l’une des meilleures options stratégiques du moment. Elle aurait empêché l’encerclement subséquent des forces tout en permettant de colmater la brèche béante qui s’ouvre avec le Heeresgruppe Mitte qui subit une catastrophe sans précédant. Zeitzler réitère sa demande au Führer qui repousse toute idée d’abandon de la Baltique, en avançant des arguments d’ordre politique et stratégique, tel le maintien de la Finlande dans la guerre ou la nécessité de conserver le contrôle de la Baltique pour l’entraînement des nouvelles générations de U-Boote. Quand Model, qui préside aux destinées du Heeresgruppe Mitte en remplacement de Busch, revient à la charge le 9 juillet (Zeitlzer, effondré nerveusement, n’assume plus ses fonctions), Hitler, désormais seul contre tous, y compris Goering, mais aussi surtout Dönitz, qui n’estime plus avoir besoin de tout le rivage de la Baltique, reste inflexible : il s’en tient à sa décision de lutter pied à pied. A cette date, Lindemann a été congédié par Hitler, sous prétexte d’âge et de santé, et a été relevé par le général Friessner.
La situation semble alors désespérée pour la Wehrmacht. Les divisions rameutées par Model s’avèrent impuissantes à enrayer le désastre. L’offensive, qui peut être considérée comme une exploitation de « Bagration », débute le 5 juillet. Le 6 juillet, les Soviétiques sont déjà à l’est de Molodechno et la route de Vilna est libre. Le lendemain, la 65ème armée de Batov atteint l’important nœud ferroviaire de Baranovici et s’en empare en dépit de la résistance de la 2.Armee. Le 8, la ville de Lida est libérée à son tour. A cet instant, il n’y a plus de front allemand entre Baranovici et Molodechno ! La ruée de l’Armée Rouge se poursuit inexorablement : durant les vingt jours qui suivent, les Soviétiques couvrent de 15 à 25 kilomètres par jours ! Le seul espoir des Allemands est de ralentir les Soviétiques pour gagner suffisamment de temps pour permettre l’établissement d’une ligne de défense assez puissante pour stopper les Soviétiques. Mais, avec la prise de Vilna (le 13 juillet), Lida et Baranovici, Model se trouve dans l’incapacité d’arrêter la percée de l’Armée Rouge. Il n’a alors d’autre possibilité que de sacrifier de considérables portions de territoires. Le 9 juillet, Model et Frieeissner, le nouveau commandant du Heeres-Gruppe Nord, tentent tous les deux de faire entendre raison à Hitler. Il s’agit pour eux de le convaincre d’abandonner l’Estonie afin de constituer des réserves et de disposer de renforts pour les deux groupes d’armées. Hitler refuse la proposition et n’accorde à Model que deux divisions en renforts en provenance du Heeresgruppe Nord. Après la chute de Minsk, Friessner plaide de nouveau pour un repli immédiat. Le Führer refuse de nouveau.
Friessner ne peut accorder ces deux divisions à Model car il est lui-même en danger d’encerclement si l’Armée rouge parvient jusqu’au golfe de Riga et sépare les deux groupes d’armées. Kaunas est rapidement menacé alors que Siauliai tombe entre les mains des Soviétiques. L’offensive soviétique dans les Pays Baltes conduit les troupes allemandes au bord du désastre. L’attaque débute le 5 juillet. Les 43èmes et 51ème armées, la 2ème armée de la Garde se lancent à l’assaut en direction de Riga avec le 3èmecorps mécanisé de la Garde à leur suite. Le 10 juillet, les forces soviétiques s’engouffrent dans une brèche de 25 km entre les Heeresgruppen Nord et Mitte. Une percée qui menace l’Estonie et la Lettonie, mais aussi l’intégralité du groupe d’armée de Küchler. Le 11 juillet, l’aile droite de la 18. Armee est balayée par le 2ème Front de la Baltique. La ligne « Panther » doit être évacuée. Narva est abandonnée et un premier repli porte la Wehrmacht 20 km en arrière, sur une ligne dite « Tannenberg-Stellung ». Parmi les unités allemandes lancées à la hâte pour enrayer le rouleau compresseur soviétique, les paras de la Waffen SS du SS-Fallschirmjäger-Bataillon 500, une unité disciplinaire impliquée dans les combats pour Vilnius, en Lituanie, position indispensable pour éviter toute solution de continuité entre le Heeresgruppe Nord et le Heeresgruppe Mitte, mais la capitale de l’Etat balte, encerclée, tombe le 13 juillet. Les Fallschirmjäger, subordonnés à la 6. Panzer-Division, sont ensuite engagés sur le Niemen.
Cette conjonction de désastres à l’ouest comme à l’Est ne peut que pousser les conjurés allemands regroupés autour de von Stauffenberg de passer à l’action. Hitler survit pourtant miraculeusement à l’attentat perpétré contre lui à son quartier-général de la Wolfschantze en Prusse-Orientale le 20 juillet. La Wehrmacht semble pourtant au bord de l’effondrement. Le 21 juillet, Hitler concède l’abandon de l’isthme de Narva et un repli limité en Estonie, tout en continuant de couvrir Tallinn.
Le 24 juillet, l’Armee-abteilung « Narva », sur le point d’abandonner l’Estonie, est assailli par le 3èmeFront de la Baltique, les Frontoviki attaquant en force et s’infiltrant partout. Les formations SS parviennent à se replier sur la « Tannenberg-Stellung », sauf le SS-Panzer-Grenadier-Regiment 48, qui se fourvoie au cours de son itinéraire de repli et perd 700 hommes face à la 191e division de fusiliers. Si la 20. SS-Grenadier-Division (de recrutement estonien) fait pâle figure, les Waffen SS scandinaves de la « Nordland » et les néerlandais de la brigade « Nederland » défendent avec acharnement quelques collines de la « Tannenberg-Stellung », sur laquelle le front est stabilisé, non sans avoir détruit 113 blindés soviétiques en trois jours. Les effectifs des compagnies sont cependant des plus clairsemés, tandis que la progression des Soviétiques au sud du lac Peïpous menace l’ensemble des positions de l’Armee-Abteilung « Narva ».
Après la chute de Tartu, le Heeresgruppe Nord est menacé d’être scindé en deux. L’Estonie doit être évacuée et les troupes se replient vers Riga, en Lettonie. A la fin du mois de juillet, les troupes du 3èmeFront Biélorusse de Tcherniakovski ont presque isolé le Heeresgruppe Nord du général Schoerner, un nazi convaincu qui succède à Friessner le 24 juillet. De son côté, Bagramian a refoulé le Heeresgruppe Nordinexorablement vers l’ouest. La 6ème armée de la Garde prend alors en charge le secteur de Riga et le flanc ouest de l’avancée soviétique.
Le Heeresgruppe Nord scelle son destin en Courlande
Le Heeresgruppe Nord est finalement isolé dans la péninsule de Courlande au mois d’août, puis une deuxième fois au cours de l’offensive d’automne lorsque les Soviétiques reprennent les Pays Baltes. La 51ème armée du 1er Front de la Baltique de Bagramian se taille une route jusqu’au rivage de la Baltique, près de Tuckum. 38 divisions allemandes sont alors privées de toute voie de retraite. Moscou crie victoire et des salves d’artillerie saluent l’exploit. De son côté, Schörner montre toute sa détermination à défendre la Courlande : le 6 août, il ordonne que « chaque localité, chaque ville devienne une forteresse ! Toutes les routes et les rues doivent être verrouillées ». Ce féal de Hitler ordonne que chaque arme individuelle, chaque Pak et chaque canon doit constituer une « Festung » miniature et être positionnée en conséquence. Il décide aussi de mettre les civils baltes à contribution pour des travaux de fortifications. Certaines mesures semblent tenir de pis-aller pris dans l’urgence et dénotent un manque de moyens : ainsi, on enjoint aux équipages de Sturmgeschütze d’embarquer des planches et le nécessaire pour, au besoin renforcer et améliorer les ponts à franchir.
L’encerclement du Heeresgruppe Nord en Courlande constitue un bon exemple du manque de sens stratégique de Hitler, qui, en leur refusant la permission de se replier à temps, condamne ces précieuses unités à une sorte de captivité, ne leur permettant pas de continuer à combattre efficacement pour l’Allemagne. Les combats se poursuivent en Courlande jusqu’à la fin de la guerre. Le Heeresgruppe Nordn’est pas détruit de la même manière que le Heeresgruppe Mitte ou une partie du Heeresgruppe Süd. Mais son sort n’est guère enviable et les Soviétiques réussissent en fin de compte à le mettre hors-jeu également. Toutefois, la Wehrmacht tente de briser l’encerclement. Une seconde attaque, de bien plus grande ampleur, baptisée « Doppelkopf », est lancée à la mi-août, par la 3. Panzerarmee avec 300 blindés, tandis que le Heeresgruppe Nord se replie en direction du grand port sur la Baltique. Le but de la contre-attaque de la 3. Panzerarmee vise avant tout à la reprise de Siauliai, qui représente un carrefour routier de première importance. Pas moins de 6 divisions de Panzer, dont l’unité d’élite « Grossdeutschland », et une brigade blindée sont engagées dans l’offensive, indiquant indubitablement l’importance accordée par l’OKH pour cette entreprise. Le Heeresgruppe Nord reçoit ainsi de nombreux renforts, dont la Panzer-Brigade 101, première unité de ce type à être levée (elle est absorbée par la 20. Panzer-Division en novembre 1944), dotée de 36 Panther et de 4 Flakpanzer.
Le 40. Panzerkorps de von Knobelsdorff doit attaquer en direction de Shaulen mais s’avère incapable de remplir sa mission car les Soviétiques, qui ont bien identifié son objectif, sont en mesure de faire intervenir de nombreuses unités antichars et aériennes. Le 39. Panzerkorps de von Strachwitz rencontre cependant plus de réussite en frappant en direction du port de Tuckum. Le 20 août, Dzukste est prise. Les Panzer bénéficient même du soutien naval du croiseur Prinz Eugen et des destroyers Z-25 et Z-28, qui appuient l’attaque terrestre avec pas moins de 284 obus de marine ! 48 T-34 sont ainsi pulvérisés sur une place de Tuckum par les tirs du croiseur. A midi, les troupes de Strachwitz établissent le contact avec la 281. Sicherheits-Division : le Heeresgruppe Nord n’est plus isolé ! Dans l’après midi, Tuckum tombe à son tour avec un important butin. Le 39. Panzerkorps quitte alors la 3. Panzerarmee et est désormais subordonné au Heeresgruppe Nord pour affronter son destin en Estonie et en Courlande. La Wehrmacht remporte donc un succès en rétablissant un corridor d’une trentaine de kilomètres de large entre les deux groupes d’armées allemands. Les lignes soviétiques sont donc percées autour de Riga. Le 1er septembre, le Heeresgruppe Nord aligne 595 Panzer et 410 Sturmgeschütze opérationnels, ainsi que 286 engins en ateliers. Le 1eroctobre, on ne dénombre plus au Heeresgruppe Nord que 295 Panzer et 232 StuG opérationnel, outre 222 en réparation.
Les Soviétiques repartent à l’offensive sur Riga le 14 septembre (2ème et 3ème Fronts de la Baltique d’Eremenko et d’Ivanovitch). Hitler pare à la menace en lançant l’opération « Casär » avec une 3. Panzerarmee dotée de 400 Panzer et StuG. L’attaque fait long feu et s’avère être un échec. Schörner, qui a succédé à Friessner, a beau être un nazi fanatique, est trop professionnel pour ne pas comprendre que l’offensive est sans espoir. Hitler se laisse fléchir et, le 17 septembre, il autorise le Heeresgruppe Nord à évacuer l’Estonie dans le cadre de l’opération « Aster ». Une manoeuvre délicate rondement menée. Pourtant, le succès n’est que temporaire puisque l’Armée rouge parvient une nouvelle fois à isoler l’aile gauche allemande sur le front de l’Est.
Le 5 octobre, en effet, les forces soviétiques se sont réorganisées sur le front nord. Elles sont donc en mesure de lancer une nouvelle offensive d’envergure contre le Heeresgruppe Nord. Les 1er , 2ème et 3ème Fronts de la Baltique se lancent ainsi à l’assaut des positions allemandes. Le 1er vise à s’emparer de Memel et isoler le Heeresgruppe Nord du Heeresgruppe Mitte, tandis que les deux autres se porteront sur Riga et Tuckum. Bagramian dispose de cinq armées en ligne. La 5ème armée de tanks de la Garde constitue la réserve destinée à l’exploitation. La puissance de l’assaut est telle qu’en dépit de violentes réactions allemandes locales une percée est obtenue de part et d’autre de Memel, où le 28. Armee-Korps est pris au piège. Le premier jour de l’offensive, les Russes réalisent en deux jours ne brèche de 17 km de profondeur sur 76 km de large ! Cette fois-ci, l’Armée Rouge arrive en force sur la Baltique et n’entend pas être délogée de ses positions une nouvelle fois. Riga est abandonné le 13 octobre. Au sud, les Frontoviki de Bagramian bordent le Niemen. Une seule déconvenue majeure pour le Soviétique : les défenseurs de Memel résistent (ils ne rendront les armes qu’en janvier 1945).
« Festung Kurland »
Les 16. et 18. Armeen sont donc coupées du reste de l’Ostheer. Le Heeresgruppe Nord est donc acculé dans une poche en Courlande sans le moindre espoir d’être secouru. L’ensemble représente 32 divisions et un demi-million d’hommes. Le front s’étire de Libau, sur la Baltique, au golfe de Riga, aux alentours de Tuckum, soit un front de 160 kilomètres. Alors que la Kriegsmarine est encore en mesure d’opérer avec une relative impunité en mer Baltique, Hitler se refuse à envisager une évacuation du Heeresgruppe Nord, persuadé que cet abcès de fixation pour l’Armée rouge facilite la défense du Reich, alors qu’il prive en fait la Wehrmacht de défenses en profondeur en Allemagne et d’une densité de forces nettement plus confortable qu’elle ne l’est, d’autant plus que, en cette automne 1944, la priorité va au front de l’Ouest où se prépare la contre-offensive des Ardennes. Le sort des divisions encerclées est donc définitivement scellé.
En revanche, l’OKH tire des plans sur la comète en envisageant l’opération « Geier », qui doit impliquer trois divisions de Panzer (4., 12. et 14. Panzer-Divisionen) et deux divisions d’infanterie du Heeresgruppe Nord, avec pour tâche de rétablir la liaison avec Memel et, de là, reprendre un contact direct avec le Heeresgruppe Mitte en poursuivant jusqu’en Prusse orientale ! Le 16 octobre, une première offensive russe est lancée pour résorber la poche, réduisant à néant les préparatifs pour « Geier », mais les positions soutiennent le choc. Le 22 octobre, ce qu’on appellera la première bataille de Courlande est donc achevée. La bataille se solde sur un incontestable succès opératif soviétique, mais un succès inachevé.
Le 27 octobre, une offensive bien plus conséquente, soutenue par un tir de barrage de plus de 2 000 canons, fait plier les lignes allemandes, dont les troupes sont contraintes au repli, mais l’avance est stoppée dès le 30, notamment suite à l’intervention de la « Nordland ». Les combats les plus disputés sont survenus près de Preekuln et au nord de Skuodas, dans la zone de la 18. Armee. La 4. Panzer-Division du général Betzel stoppe une attaque sur les collines de Letila, où 73 chars soviétiques sont détruits. La Stavka entendait en finir avec la Courlande, mais l’Armée rouge échoue. Les combats continuent avec une violence extrême : le 21 novembre, 35 000 obus sont expédiés sur la ligne principale du seul 2. Armee-Korps. A la fin du mois, l’arrivée de la pluie contraint les Soviétiques à renoncer, la boue paralysant désormais les opérations.
Les combats de la fin de l’été et de l’automne ont coûté au total 260 000 pertes aux Soviétiques, tandis que le Heeresgruppe Nord en déplore 70 000. Certaines divisions sont laminées : une ID n’aligne plus que 315 combattants, soit même pas un demi-bataillon. Le 15 décembre 1944, loin des priorités de la grande contre-offensive des Ardennes, le Heeresgruppe Nord acculé compte encore 187 Panzer et 271 StuG opérationnels, en sus de 144 blindés en ateliers, soit un total non négligeable. Toutefois, à la fin du mois, on ne dénombre plus que 336 blindés opérationnels en Courlande, chiffre qui remonte à la mi-janvier 1945 puisque ce ne sont alors pas moins de 92 Panzer et 361 StuG qui sont en état de marche. Les combats y sont pourtant toujours d’ampleurs conséquentes. La troisième bataille de Courlande, déclenchée le 21 décembre par un tir de barrage de 170 000 obus, vise la jonction entre la 16. Armee et la 18. Armee, sans provoquer l’effondrement attendu dans les rangs allemands. Pourtant, les Soviétiques ne lésinent pas sur les moyens : quatre armées fondent sur les positions tenues par seulement quatre divisions. Le 27, le front est colmaté et les combats perdent peu à peu en intensité. Les Soviétiques ne sont pourtant plus qu’à une vingtaine de kilomètres du port de Libau, absolument indispensable à la survie de la « Festung Kurland ». Si, pour les Soviétiques, la Courlande fait figure de « camp de prisonniers allemands à ciel ouvert », la Wehrmacht y fixe un million de combattants soviétiques loin des frontières du Reich, tandis que ses unités servent de réserves transférables en Prusse ou ailleurs grâce à la maîtrise de la Baltique par la Kriegsmarine.
Pendant ce temps là, Hitler perd un allié. La Finlande se retire en effet de la guerre, après avoir conclu une trêve avec l’Union Soviétique le 4 septembre 1944. Les pertes finnoises se sont en effet alourdies cet été là, totalisant quelques 25 000 hommes, et Mannerheim n’envisage plus une victoire de l’Allemagne. La Finlande évite l’occupation soviétique mais la Wehrmacht doit quitter son territoire et se replier vers la Norvège, parfois en combattant l’ancien allié, et en détruisant systématiquement tout derrière elle. L’armée allemande est donc aux abois sur l’ensemble du front nord et Leningrad ne sera plus jamais menacé.
« Festung Memel »
Les conséquences de l’offensive soviétique d’octobre 1944 dans les Pays Baltes sont désastreuses pour la Wehrmacht puisque les unités du Heeresgruppe Nord, qui sera rebaptisé Heeresgruppe Kurland (le 25 janvier 1945), sont définitivement isolées. La percée soviétique obtenue à l’ouest de Shaulen signifie également l’encerclement de Memel le 10 octobre. La responsabilité de la défense du port incombe au 28. Armee-Korps du général Gollnick. A ce moment là, le 28. Armee-Korps appartient à la 3. Panzerarmee, qui est rattachée au Heeresgruppe Nord. Mais, en raison de l’évolution de la situation, la 3. Panzerarmee est à nouveau rattachée au Heeresgruppe Mitte le 10 octobre. Nous allons tout de même relater le destin de cette poche hors du commun. Le quartier-général de la 3. Panzerarmee se trouve alors près de Tilsit et reçoit un ordre totalement irréaliste : elle doit ni plus ni moins reprendre les territoires perdus de Prusse Orientale, contre-attaquer avec la Panzer-Division « Hermann Goering » et la 6. Panzer-Division et tenir la « Festung Memel ». Depuis le 7 octobre, les unités de la Kriegsmarine évacuent Memel, en l’occurrence la 14ème flottille de sécurité et plusieurs unités de dragueurs de mines. Le lendemain, les U-Boote partent à leur tour ainsi que les docks flottants. Puis vient le tour du navire-cible Goya et des transports Askari et Bolkoburg, tandis que des destroyers reviennent pour évacuer les services arrière, dont 210 auxiliaires féminines de la Kriegsmarine. Le dernier navire allemand à quitter la rade est le bateau antiaérien Hans Albrecht Wedel, qui met le cap pour Pillau le 12 octobre, avec 80 blessés à son bord.
A ce moment là, la forteresse est déjà soumise à une rude pression. Depuis le 10 octobre, l’aviation soviétique intervient en force au-dessus de la cité alors que les premiers obus de l’artillerie russe tombent dans le périmètre de défense. Une première attaque blindée soviétique est repoussée par les puissants Tiger du 502. schwere Panzer-Abteilung. Succès inutile puisque la ville est totalement isolée ce jour même avec la capture de Heydekrug par les Soviétiques. Les forces encerclées sont conséquentes. Il s’agit de la Panzer-Grenadier-Division « Gross Deutschland », de la 7. Panzer-Division, de la 58.ID, des restes de la551.ID, du 502. schwere Panzer-Abteilung, du 6ème régiment de la Luftwaffe, de deux unités de DCA de la Kriegsmarine, de bataillons de sécurité, d’une unité de la Kriegsmarine et de deux compagnies duVolkssturm. En outre, 30 000 civils allemands sont également pris au piège. Les unités de la forteresse reçoivent des ordres stricts : aucune tentative de percée n’est autorisée. Memel doit être tenue ! La Kriegsmarine intervient en force pour soutenir les assiégés puisque le vice-amiral Thiele dispose à cet effet de moyens conséquents sous la forme des croiseurs Lützov et Prinz Eugen, de trois destroyers et de la 3èmeflottille de vedettes lance-torpilles. Ces unités interviennent dès le 12 octobre. L’effet des tirs des croiseurs est dévastateur dans les lignes soviétiques et pas moins de 1318 obus sont tirés par les deux grands navires le 13 octobre.
C’est le 14 octobre que les Soviétiques lancent leur première tentative sérieuse pour s’emparer de la place. Mais la défense acharnée des troupes allemandes repousse l’attaque. Les Russes subissent des pertes sérieuses et 68 blindés restent sur le terrain ce jour-là. L’intervention de la flotte de Thiele contribue largement à ce succès. Le lendemain, les Soviétiques subissent un deuxième échec. Le 17 octobre pourtant, l’OKH ordonne aux assiégés d’attaquer en direction du nord pour établir le contact avec le Heeresgruppe Nord ! Un plan pour le moins chimérique et qui ne tient absolument pas compte des réalités du terrain ! Les unités de la Wehrmacht encerclées à Memel sont bien incapables de mener à bien une telle opération. De toute façon, cette opération ne peut être exécutée car le général Schoerner attire l’attention de l’OKH sur Gumbinnen, où vient de débuter une nouvelle offensive soviétique. L’évolution de la situation à Gumbinnen n’est pas sans conséquences sur celle qui prévaut à Memel. En effet, l’OKH doit absolument renforcer le front de toute urgence à Gumbinnen et se voit de ce fait contraint de réduire les unités affectées à la défense de la « Festung Memel ». C’est ainsi que, à la fin du mois d’octobre, la Panzer-Grenadier-Division « Grossdeutschland » et la 7. Panzer-Division sont évacuées de Memel et transportées en Prusse-Orientale. 91 Panzer et Sturmgeschütze, 35 véhicules blindés et 104 camions sont donc ainsi transportés par voie maritime avec tout l’équipement et le personnel des deux divisions. En contrepartie, la 95.ID est transféré du Heeresgruppe Nord à Memel pour épauler la 58.ID dans sa défense de la forteresse.
Les deux divisions d’infanterie se montrent particulièrement coriaces pour les Soviétiques et ceux-ci ne parviennent pas à prendre la place avant la fin de l’année. Toutefois, la pression exercée par les Soviétiques contraint les défenseurs à se replier progressivement vers la ville elle-même. C’est ainsi que, le jour de Noël, la ligne de front s’étend depuis Karkelbeck au sud de Schmelz, formant ainsi un arc de cercle à peine distant de 6 kilomètres de Memel. Le contact avec l’extérieur est maintenu par la présence d’une petite flottille de bâtiments de petites dimensions, dont des barges et des ferries. L’ingéniosité des forces allemandes encerclée est à l’oeuvre pour mettre au point des dispositifs surprenant. Ainsi, en décembre 1944, la lagune sise au sud de Memel est dotée de 150 bunkers en bois (dotés de facilité de chauffage), montés sur des traineaux et disposés en travers de l’étendue d’eau dès que le gel l’a permis. Ces bunkers si originaux sont renforcés par des blocs de glace et camouflés avec de la neige
Le siège dure jusqu’à la fin du mois de janvier 1945. A la suite de l’offensive d’hiver soviétique en direction du Reich, le général Reinhardt tente à plusieurs reprises de faire évacuer la garnison qui tient encore la forteresse. Le 21 janvier, Hitler donne les ordres en conséquences. Deux jours plus tard, le steamer Venus et deux torpilleurs commencent l’évacuation. Les compagnies du Volksturm sont évacuées sur la langue de terre qui mène à Koenigsberg. L’évacuation de la cité par l’armée commence dans l’après-midi du 24. Les unités d’infanterie constituant l’arrière-garde tiennent leurs positions jusqu’au 27 avant de se replier dans la ville. Les dernières barges quittent Memel à 4h du matin le 28 janvier 1945 avec des éléments du 1er bataillon du 154. Grenadier-Regiment. Ainsi s’achève un siège épique, qui illustre l’âpreté des combats sur le front de l’Est à la fin de la guerre et la détermination avec laquelle les villes érigées en forteresses par Hitler mène un combat désespéré jusqu’à la dernière limite.
Un bilan de l’année 1944 catastrophique
L’obstination du Führer à ne concéder aucun territoire a donc abouti à l’inutile enfermement du Heeresgruppe Nord dans la péninsule de Courlande sur la Baltique. Une fois de plus, la Wehrmachtparvient a redresser la situation in extremis. Toutefois, les pertes à l’Est enregistrées par la Wehrmacht au cours de l’été 1944 sont dramatiques : pas moins de 900 630 hommes sont ainsi perdus du 1er juin au 31 août ! L’Armée rouge, dont les lignes de communications ont atteint leurs limites, a subi elle aussi des pertes considérables et doit se réorganiser avant l’assaut final, la victoire apparaissant dès lors inéluctable. En cette fin d’année 1944, l’intégralité du territoire de l’URSS d’avant-guerre est libérée de l’occupation nazie. Le triomphe de l’Armée rouge, l’une des plus puissante machine de guerre du 20ème siècle, est des plus impressionnants. Si elle est devenue supérieure sur presque tous les plans, elle ne possède pourtant pas la maîtrise tactique de la Wehrmacht. Celle-ci, totalement surclassée, ne lutte désormais plus que pour survivre. On ne gagne en effet pas une guerre en remportant des succès locaux. L’initiative stratégique est définitivement perdue par le Reich à l’Est.
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Perspectives sombres pour l’Ostheer
A l’issue de la campagne d’hiver 1943-1944, les Soviétiques ont libéré la quasi-totalité de leur territoire. Début 1944, la Wehrmacht est partout sur la défensive. Toutefois, si les mouvements de retraite sont généraux, nulle part le front allemand ne s’effondre, bien que les succès tactiques des Allemands sont sans conséquences sur le cours de la guerre. A l’aune de l’année 1944, l’équilibre des forces penche cependant alors nettement en faveur des Russes. En effet, à la fin de l’année 1943, l’Armée rouge rassemble en première ligne 6 millions d’hommes, 5 600 chars et chasseurs de chars, 13 000 avions et 100 000 canons et mortiers. La Wehrmacht, de plus en plus engagée contre les Alliés à l’Ouest, ne peut alors opposer aux Russes que 2,5 millions d’hommes, 1 500 Panzer et canons d’assaut, 2 000 avions (dont à peine 1 500 opérationnels et seulement 300 chasseurs) et 8 000 canons et mortiers lourds. En moyenne, entre septembre 1943 et mai 1944, l’Ostheer dispose de 433 Panzer et de 661 Sturmgeschützeopérationnels, ce qui est bien peu en regard de l’immensité du front. Comme à l’accoutumée, le Heeresgruppe Nord s’avère le moins bien doté en la matière. Il doit aussi compter avec un nombre accru de partisans, même si l’action de ces derniers ne sera jamais décisive. Ainsi, de 2 à 5 000 partisans dans la première moitié de 1943, le secteur voit le nombre gonfler à plus de 20 000 en janvier 1944.
Le Heeresgruppe Nord définitivement refoulé à distance de Leningrad
Le 14 janvier 1944, c’est une Stavka confiante dans la puissance de son armée qui déclenche une offensive majeure à l’extrémité nord du front. L’opération est d’envergure puisqu’elle met en oeuvre trois fronts : celui de Leningrad (Govorov), celui du Volkhov (Meretskov) et le 2ème Front de la Baltique (Popov), soit plus d’un million d’hommes (1,2 million face aux 750 000 soldats de Küchler). Si le nombre de blindés engagés semble dérisoire selon les standards de la guerre à l’Est (moins de 400 tanks soviétiques), le terrain n’est guère propice à leur utilisation en masse et, quoiqu’il en soit, les Allemands en alignent encore nettement moins et l’artillerie est en force (plus de 20 000 pièces de campagne, sans compter les katiouchas). Toutefois, toute la zone de combat est puissamment fortifiée par les combattants allemands qui ont reçu l’ordre de combattre jusqu’à la mort.
Les préparatifs se sont effectués largement en amont, puisque les mouvements de troupes débutent dès le début du mois de novembre 1943. Il faut que la flotte de la Baltique s’acquitte du transfert de la 2ème armée de Choc du général Fediouninski (une partie franchira directement le lac Ladoga gelé au cours de l’hiver) vers la poche d’Oranienbaum, qui résiste depuis 1941, puisque le secteur doit servir de tremplin à l’offensive projetée. Celle-ci débute le 14 janvier, depuis la poche, face au III. SS-Panzerkorps, qui est frappé par 100 000 obus, mais aussi, le lendemain, depuis les lignes du Front du Volkhov (entre les lacs Ladoga et Ilmen), appuyé par les tirs de batteries qui expédient 220 000 obus, puis de celui du 2èmeFront de la Baltique. La 18. Armee, qui surveille toujours en outre la poche d’Oranienbaum, tient alors le front de Leningrad à Novgorod, le relais étant assuré par la 16. Armee entre le lac Ilmen et les lignes du Heeresgruppe Mitte. Les soldats des deux camps s’affrontent jour et nuit dans les conditions les plus éprouvantes, par un froid intense et sous les tempêtes de neige.
Transférée de Zagreb au front d’Oranienbaum à partir de l’automne 1943, la 11. SS-Freiwilligen-Panzergrenadier-Division « Nordland » a pris position aux côtés des 9. et 10. Luftwaffe-Feld-Divisionen et subit de plein fouet l’offensive de Fediouninski. Ce dernier établit la jonction avec la 42ème armée venant de Leningrad : en effet, bien que les Allemands se défendent becs et ongles, les troupes soviétiques forcent le passage. Les Landser doivent abandonner les positions d’où leur artillerie avait, pendant deux ans et quatre mois, pilonné Leningrad. 85 pièces d’artillerie tombent aux mains des Frontoviki, immédiatement retournées contre leurs anciens propriétaires. Si, le premier jour, le front allemand ne recule que de quelques kilomètres, les fantassins de la Luftwaffe ne faisant pas si mauvaise figure (19. et 20. Luftwaffe-Feld-Divisionen), von Küchler ne parvient pas à enrayer le flot adverse. La rupture est consommée en quelques jours. Avant la fin du mois de janvier, la Wehrmacht se replie vers l’Estonie et a dû concéder 100 km à l’Armée rouge, face au Front de Leningrad, l’avancée du Front du Volkhov ne dépassant guère 40 km au 30 janvier. Le noeud ferroviaire de Mga et d’autres gares importantes sont concédées aux Soviétiques. Le front ne se stabilise qu’encore plus loin au 15 février, après un recul de 150 km : les Russes sont alors sur la Narva et le lac Peïpous.
Von Küchler est alors relevé pour être remplacé par un homme voué à être celui des situations les plus désespérées au cours de cette année 1944 : Walther Model. Celui-ci a beau être énergique, il n’a d’autre alternative que d’ordonner le repli sur la ligne « Panther », manoeuvre délicate dont il s’acquitte avec brio. L’aile gauche du Heeresgruppe Nord est donc refoulée sur la Louga. Leningrad n’est plus menacée par des frappes de l’artillerie allemande, désormais hors de portée.
Le 25 janvier, les Fronts de Leningrad et du Volkhov établissent la jonction. Staline mesure la portée symbolique de la victoire remportée. Le lendemain, 26 janvier, il proclame officiellement la levée du siège de Leningrad (qui s’est éternisé 900 jours), en partie effective depuis un certain temps, depuis la reconquête de Schlüsselburg. Pour faire bonne mesure, une salve de plus de 300 katiouchas est tirée à Leningrad pour célébrer ce succès majeur de armées soviétiques. Certes, le Heeresgruppe Nord n’est pas détruit, mais il accuse tout de même des pertes sensibles en hommes. Les Allemands sont par ailleurs contraints de céder l’un des objectifs majeurs de l’Armée rouge : la très stratégique voie ferroviaire reliant Moscou à Leningrad.
La levée du siège de Leningrad et l’irruption de ses troupes sur la Louga ne saurait représenter une fin en soi pour la Stavka : les opérations se poursuivent par conséquent. Les Allemands s’accrochent pourtant sur la ligne « Panther », et plus particulièrement à Narva, qui constitue la pièce maîtresse des défenses entre la Baltique et le lac Peïpous, barrant l’accès à l’Estonie. La bataille oppose les quelques 125 000 hommes du Gruppe Sponheimer, qui devient l’Armeegruppe Narwa le 2 février (III. SS-Panzerkorps, 26. Armee-Korps et Gruppe Berlin), aux 420 000 assaillants soviétiques de la 2ème armée de choc, soutenue par le 3ème corps blindé. Les Soviétiques, qui ont encaissé des pertes pour parvenir jusqu’à la Louga, et dont la logistique est mise à rude épreuve, pêchent par optimisme quand ils repassent à l’offensive le 11 février.
La « Nordland », appuyée par les Tiger du schwere Panzer-Abteinug 502 (qui sont au nombre de 71, au lieu des 45 théoriques), offre une défense énergique, au cours de laquelle s’illustre l’as des as : Otto Carius. Autre unité d’élite impliqué dans les affrontements aux portes de l’Estonie : la Panzer-Grenadier-Division « Feldherrnhalle », récemment victorieuse à Vitebsk. Parmi les défenseurs les plus acharnés, les SS estoniens des Freiwiligen-Grenadier-Regiment 45 et 46. Les Soviétiques ne manquent pourtant pas de courage ni d’audace. Des fusiliers marins (260ème brigade d’infanterie de marine) débarquent sur les arrières des SS, mais ils sont décimés. Plusieurs armées russes sont impliquées, mais elles ne parviennent pas à percer en profondeur. Une tentative d’encerclement manque de réussir, si ce n’était l’énergie combattive de la 171. ID, qui témoigne de la qualité des simples unités d’infanterie de la Heer, les fantassins étant encore et toujours soutenus par les indispensables et omniprésents Tiger du schwere Panzer-Abteilung 502.
Si l’offensive de Leningrad-Novgorod prend officiellement fin le 1er mars, la bataille s’éternise six semaines de plus entre le Golfe de Finlande et Poustochka, contre la ligne « Panther ». Les Soviétiques s’évertuent à reprendre Narva et à s’enfoncer en Estonie. A partir du 6 mars, Narva subit un pilonnage en règle.
Les Allemands prennent alors l’initiative. Le 18 mars, le Kampfgruppe « Krügel » de la « Nordland » contre-attaque en force et reprend Sirgala. Plus à l’ouest le Panzergruppe « Strachwitz » (du nom de l’Oberst Hyazinth Graf Strachwitz von Groß–Zauche und Camminetz, connu sous le sobriquet de « Panzegraf ») réduit à partir du 26 mars –Tiger en tête- l’un des saillants obtenus par les Soviétiques, qui y laisse pas moins de 6 000 morts. En revanche, les Frontoviki s’accrochent à une autre tête de pont, dite « Ostsack », qu’il est impossible aux Allemands de résorber. La « Feldherrnhalle » s’acquitte mieux que les autres de son attaque en zone forestière, le Panzergruppe « Strachwitz » saisissant immédiatement l’opportunité en lançant ses Tiger, mais l’artillerie soviétique stoppe les Panzer, les engins immobilisés devant être sabordés, faute de ne pas être en mesure de les remorquer en raison de la densité des tirs adverses.
Pendant ce temps, au sud, la 18. Armee est repoussée de Pskov à Ostrov, mais sans que le Heeresgruppe Nord ne concède ces deux villes. Encore plus au sud, sur le flanc gauche du Front de Leningrad et l’aile droite du 2ème Front de la Baltique, les Soviétiques obtiennent quelques gains limités aux dépends de la 16. Armee dans le secteur de Poustochka et au nord de celle-ci. Ces combats sont sanglants et démontrent aux Russes combien il serait coûteux de rechercher la libération des Etats baltes en se frayant un chemin à travers la ligne « Panther ».
Le front redevient relativement calme dans le secteur en avril et en mai, les opérations étant limitées par la boue qui se répand partout, bien que l’Armée rouge mène de rudes combats entre Pleskau et Ostrov, dans l’idée de disposer de positions de départ optimales dans l’optique de la reprise des offensives au cours de l’été. En juin, les Soviétiques procèdent à des infiltrations, préludes à une opération majeure. Les attaques d’envergure qui se sont succédées n’ont débouché sur aucun résultat tangible. Le succès tactique remporté par le Heeresgruppe Nord est incontestable. La volonté du Führer de ne pas céder un pouce de terrain a donc été appliquée, mais il convient de noter que pour mettre en oeuvre cette stratégie, le Heeresgruppe Nord a pu prendre appui sur de solides zones de fortifications, ainsi que sur une topographie favorable à la défense. Le 31 mars, Model, promis à assumer la direction du groupe d’armée le plus important de l’Ostfront –le Heeresgruppe Nord-Ukraine- cède le commandement à Lindemann, jusqu’alors Kommandeur de la 18. Armee, cette dernière passant alors sous la coupe du général Loch.
«Bagration » : des conséquences désastreuses pour le Heeresgruppe Nord
Pour Hitler, le sort de la guerre se jouera à l’Ouest, face à l’Invasion. A l’Est, la Wehrmacht devra tenir le front, ce dont elle est jugée capable. Le Führer se refuse à envisager autre chose qu’une défense acharnée à outrance et se refuse à admettre les chiffres de productions d’armements soviétiques que son état-major lui soumet. L’armée allemande à l’Est, qui vient pourtant de subir de sérieux revers très coûteux s’en trouve donc d’autant plus démunie pour se préparer à faire face aux nouvelles offensives que l’Armée rouge ne va pas manquer de déclencher pendant la période estivale. Ceci est d’autant plus dommageable que l’Union Soviétique dispose désormais d’un formidable outil de combat, capable d’infliger de cuisantes défaites à se adversaires. Tactiquement, l’Armée rouge se révèle désormais être un adversaire des plus redoutables et sa puissance de feu, notamment en artillerie et en unités d’infanterie complètement armés de pistolets-mitrailleurs, alliée à un nombre considérable de blindés ne peut que conduire la Wehrmacht à subir, sans espoir d’un retournement de la situation.
Tandis que les renforts sont accordés prioritairement aux armées en France, le choc décisif est attendu bien loin des forêts et des lacs près desquels sont retranchées les 16. et 18. Armeen : en Galicie. Küchler aligne 40 divisions sur les 163 grandes unités déployées à l’Est (en incluant les 6 divisions engagées en Finlande). Depuis la série d’offensives victorieuses lancées depuis l’été 1943 par l’Armée Rouge, la Wehrmacht s’est vue contrainte de dissoudre 16 divisions, tandis que pas moins de 60 autres sont désormais terriblement affaiblis, avec des effectifs très en deçà de la dotation théorique. La situation des unités blindées allemandes est très parlante à cet égard. Dans ces conditions, on ne sera pas surpris que le Heeresgruppe Nord n’est guère favorisé en matière de blindés : les 16. et 18. Armeen ne peuvent compter que sur 332 Panzer et Sturmgeschütze, dont 30-33 Tiger opérationnels (sur 57 : un chiffre certes élevé pour un bataillon de chars lourds qui ne doit en aligner que 45), soit à peine plus que la seule Panzer Lehr déployée à, l’Ouest. Le 15 juin, on ne compte que 81 Panzer opérationnels au sein de deux Panzer-Divisionen et Panzer-Grenadier-Division (outre 53 en réparations). La 12. Panzer-Division, qui interviendra pour contrer « Bagration » (l’offensive d’été soviétique qui s’abat sur le Heeresgruppe Mitte), ne compte ainsi que 44 Panzer III et IV, une vraie misère… Le tableau ci-contre combien le Heeresgruppe Nord est désavantagé en matière de blindés endivisionnés au sein des divisions mobiles.
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Nombre Panzer et StuG au sein des Pz-Div et Pz-Gren-Div début juin 1944
Ouest : 1390 dans 10 Pz-Div et Pz-Gren-Div
Italie : dans 6 Pz-Div et Pz-Gren-Div
Heeresgruppe Südukraine : 349 dans 9 Pz-Div et Pz-Gren-Div
Heeresgruppe Nordukraine : 574 dans 9 Pz-Div et Pz-Gren-Div (a priori sans compter II. SS Panzerkorps )
Heeresgruppe Mitte : 136 dans 4 Pz-Div et Pz-Gren-Div
Heeresgruppe Nord : 61 dans 2 Pz-Div et Pz-Gren-Div
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Au printemps 1944, Leningrad est définitivement à l’abri. Le 10 juin se produit un événement d’importance capitale pour le Heeresgruppe Nord : la Finlande est attaqué en force et, le 20, les Frontoviki du Front de Leningrad Viborg. Le maintien de l’Etat finlandais dans la lutte contre l’Union soviétique est compté. Trois jours plus tard, le 23 juin 1944, l’opération « Bagration », met en œuvre 4 fronts, avec 4 000 chars et canons automoteurs et 24 000 canons. L’attaque marque dramatiquement le 3ème anniversaire de l’invasion de l’Union Soviétique par Hitler. En quelques jours à peine, le front allemand s’effondre et Vitebsk est encerclé dès le 24 juin. La brèche réalisée est telle que les tentatives de résorption paraissent illusoires, en dépit de l’envoi de renforts par le Heeresgruppe Ukraine Nord. Mais les ressources disponibles pour la Ostheer sont des plus ténues en raison de la bataille décisive qui se joue alors en Normandie. Minsk, la capitale de la Biélorussie, est prise le 3 juillet et la frontière soviéto-polonaise d’avant-guerre est atteinte à peine dix jours plus tard.
Une fois n’est pas coutume, les commandants des Heeresgruppen rechignent à céder des unités au profit de leurs confrères (on peut songer à Kluge vis à vis de Manstein tout au long de l’année 1943), Lindemann constituant une exception notable, tandis que Model reste intraitable, beaucoup moins lorsqu’il assumera le commandement du Heeresgruppe Mitte exsangue. 22 divisions (6 de Panzer et 16 d’infanterie) seront envoyées en renforts en trois semaines, dont la moitié en provenance du Heeresgruppe Nord, qui est donc privé de près d’un tiers de sa force initiale…
Le Heeresgruppe Nord envoie d’abord les 24. et 290. ID (la première est motorisée, ce qui n’est pas commun), renforcées d’abord par la Stug-Brigade 909 (une autre brigade les rejoindra pour assurer la sauvegarde de Polotsk), pour reprendre le contact avec les restes du 9. Armee-Korps. La 4e Armée de Choc du 1er Front de Baltique de Bagramian n’a donc pas réussi à fixer l’intégralité du 1. Armee-Korps auquel appartiennent ces deux divisions. Pendant le premier mois des opérations, 16 divisions sont retirées du Heeresgruppe Nord pour voler au secours du Heeresgruppe Mitte. Il est en effet vital de maintenir la liaison entre les deux Heeresgruppen. Le 25 juin, la 212. ID est elle-aussi rameuté vers le sud, pour tenter de stopper l’ennemi dans sa marche vers Vilnius. La 12. Panzer-Division se prépare au départ ce même 25 juin… Elle partira avec la 81. ID le 28. Ces efforts ne suffisent pas…
La défaite de Minsk signifie que seuls subsistent les flancs du Heeresgruppe Mitte. Une brèche de 320 kilomètres se creuse donc dans les lignes allemandes, ouvrant aux troupes soviétiques la voie vers les Pays Baltes et la Prusse Orientale. La Stavka est bien décidée à saisir sa chance. C’est ainsi que des formations blindées soviétiques se portent rapidement à l’ouest de Minsk et se déploient sur un large front en harcelant les unités allemandes éparses qui leur font face et les écrasant avant qu’un front cohérent ne soit rétabli. La Stavka assigne au général Bagramian, commandant le 1er Front de la Baltique, de s’emparer de Dvinsk puis de se diriger vers la Lituanie et la Lettonie. De son côté, le 3ème Front Biélorusse de Tcherniakovsky doit lancer deux attaques simultanées : la première a pour axe Molodechno-Kaunas, en Lituanie, via Vilna, et la seconde consiste en une poussée en direction de la Prusse Orientale après avoir traversé le Niemen.
Le refus du Führer d’admettre la réalité de la situation s’accentue au mois de juillet, aussi bien à l’Est que sur le front de l’Invasion. Sur l’Ostfront, la situation du Heeresgruppe Mitte, et partant de l’ensemble de la Wehrmacht à l’Est, devient critique après la chute de Minsk et l’anéantissement de la plus grande partie du Heeresgruppe Mitte, alors même qu’une offensive majeure frappe le Heeresgruppe Nordukraine et que, tout au nord, le Heerersgruppe Nord se trouve désormais placé dans une posture hasardeuse. Il est indubitable que l’idée de Zeitzler de ramener le Heerersgruppe Nord sur la ligne Riga-Polotsk en abandonnant la ligne « Panther » fait sens et représentait l’une des meilleures options stratégiques du moment. Elle aurait empêché l’encerclement subséquent des forces tout en permettant de colmater la brèche béante qui s’ouvre avec le Heeresgruppe Mitte qui subit une catastrophe sans précédant. Zeitzler réitère sa demande au Führer qui repousse toute idée d’abandon de la Baltique, en avançant des arguments d’ordre politique et stratégique, tel le maintien de la Finlande dans la guerre ou la nécessité de conserver le contrôle de la Baltique pour l’entraînement des nouvelles générations de U-Boote. Quand Model, qui préside aux destinées du Heeresgruppe Mitte en remplacement de Busch, revient à la charge le 9 juillet (Zeitlzer, effondré nerveusement, n’assume plus ses fonctions), Hitler, désormais seul contre tous, y compris Goering, mais aussi surtout Dönitz, qui n’estime plus avoir besoin de tout le rivage de la Baltique, reste inflexible : il s’en tient à sa décision de lutter pied à pied. A cette date, Lindemann a été congédié par Hitler, sous prétexte d’âge et de santé, et a été relevé par le général Friessner.
La situation semble alors désespérée pour la Wehrmacht. Les divisions rameutées par Model s’avèrent impuissantes à enrayer le désastre. L’offensive, qui peut être considérée comme une exploitation de « Bagration », débute le 5 juillet. Le 6 juillet, les Soviétiques sont déjà à l’est de Molodechno et la route de Vilna est libre. Le lendemain, la 65ème armée de Batov atteint l’important nœud ferroviaire de Baranovici et s’en empare en dépit de la résistance de la 2.Armee. Le 8, la ville de Lida est libérée à son tour. A cet instant, il n’y a plus de front allemand entre Baranovici et Molodechno ! La ruée de l’Armée Rouge se poursuit inexorablement : durant les vingt jours qui suivent, les Soviétiques couvrent de 15 à 25 kilomètres par jours ! Le seul espoir des Allemands est de ralentir les Soviétiques pour gagner suffisamment de temps pour permettre l’établissement d’une ligne de défense assez puissante pour stopper les Soviétiques. Mais, avec la prise de Vilna (le 13 juillet), Lida et Baranovici, Model se trouve dans l’incapacité d’arrêter la percée de l’Armée Rouge. Il n’a alors d’autre possibilité que de sacrifier de considérables portions de territoires. Le 9 juillet, Model et Frieeissner, le nouveau commandant du Heeres-Gruppe Nord, tentent tous les deux de faire entendre raison à Hitler. Il s’agit pour eux de le convaincre d’abandonner l’Estonie afin de constituer des réserves et de disposer de renforts pour les deux groupes d’armées. Hitler refuse la proposition et n’accorde à Model que deux divisions en renforts en provenance du Heeresgruppe Nord. Après la chute de Minsk, Friessner plaide de nouveau pour un repli immédiat. Le Führer refuse de nouveau.
Friessner ne peut accorder ces deux divisions à Model car il est lui-même en danger d’encerclement si l’Armée rouge parvient jusqu’au golfe de Riga et sépare les deux groupes d’armées. Kaunas est rapidement menacé alors que Siauliai tombe entre les mains des Soviétiques. L’offensive soviétique dans les Pays Baltes conduit les troupes allemandes au bord du désastre. L’attaque débute le 5 juillet. Les 43èmes et 51ème armées, la 2ème armée de la Garde se lancent à l’assaut en direction de Riga avec le 3èmecorps mécanisé de la Garde à leur suite. Le 10 juillet, les forces soviétiques s’engouffrent dans une brèche de 25 km entre les Heeresgruppen Nord et Mitte. Une percée qui menace l’Estonie et la Lettonie, mais aussi l’intégralité du groupe d’armée de Küchler. Le 11 juillet, l’aile droite de la 18. Armee est balayée par le 2ème Front de la Baltique. La ligne « Panther » doit être évacuée. Narva est abandonnée et un premier repli porte la Wehrmacht 20 km en arrière, sur une ligne dite « Tannenberg-Stellung ». Parmi les unités allemandes lancées à la hâte pour enrayer le rouleau compresseur soviétique, les paras de la Waffen SS du SS-Fallschirmjäger-Bataillon 500, une unité disciplinaire impliquée dans les combats pour Vilnius, en Lituanie, position indispensable pour éviter toute solution de continuité entre le Heeresgruppe Nord et le Heeresgruppe Mitte, mais la capitale de l’Etat balte, encerclée, tombe le 13 juillet. Les Fallschirmjäger, subordonnés à la 6. Panzer-Division, sont ensuite engagés sur le Niemen.
Cette conjonction de désastres à l’ouest comme à l’Est ne peut que pousser les conjurés allemands regroupés autour de von Stauffenberg de passer à l’action. Hitler survit pourtant miraculeusement à l’attentat perpétré contre lui à son quartier-général de la Wolfschantze en Prusse-Orientale le 20 juillet. La Wehrmacht semble pourtant au bord de l’effondrement. Le 21 juillet, Hitler concède l’abandon de l’isthme de Narva et un repli limité en Estonie, tout en continuant de couvrir Tallinn.
Le 24 juillet, l’Armee-abteilung « Narva », sur le point d’abandonner l’Estonie, est assailli par le 3èmeFront de la Baltique, les Frontoviki attaquant en force et s’infiltrant partout. Les formations SS parviennent à se replier sur la « Tannenberg-Stellung », sauf le SS-Panzer-Grenadier-Regiment 48, qui se fourvoie au cours de son itinéraire de repli et perd 700 hommes face à la 191e division de fusiliers. Si la 20. SS-Grenadier-Division (de recrutement estonien) fait pâle figure, les Waffen SS scandinaves de la « Nordland » et les néerlandais de la brigade « Nederland » défendent avec acharnement quelques collines de la « Tannenberg-Stellung », sur laquelle le front est stabilisé, non sans avoir détruit 113 blindés soviétiques en trois jours. Les effectifs des compagnies sont cependant des plus clairsemés, tandis que la progression des Soviétiques au sud du lac Peïpous menace l’ensemble des positions de l’Armee-Abteilung « Narva ».
Après la chute de Tartu, le Heeresgruppe Nord est menacé d’être scindé en deux. L’Estonie doit être évacuée et les troupes se replient vers Riga, en Lettonie. A la fin du mois de juillet, les troupes du 3èmeFront Biélorusse de Tcherniakovski ont presque isolé le Heeresgruppe Nord du général Schoerner, un nazi convaincu qui succède à Friessner le 24 juillet. De son côté, Bagramian a refoulé le Heeresgruppe Nordinexorablement vers l’ouest. La 6ème armée de la Garde prend alors en charge le secteur de Riga et le flanc ouest de l’avancée soviétique.
Le Heeresgruppe Nord scelle son destin en Courlande
Le Heeresgruppe Nord est finalement isolé dans la péninsule de Courlande au mois d’août, puis une deuxième fois au cours de l’offensive d’automne lorsque les Soviétiques reprennent les Pays Baltes. La 51ème armée du 1er Front de la Baltique de Bagramian se taille une route jusqu’au rivage de la Baltique, près de Tuckum. 38 divisions allemandes sont alors privées de toute voie de retraite. Moscou crie victoire et des salves d’artillerie saluent l’exploit. De son côté, Schörner montre toute sa détermination à défendre la Courlande : le 6 août, il ordonne que « chaque localité, chaque ville devienne une forteresse ! Toutes les routes et les rues doivent être verrouillées ». Ce féal de Hitler ordonne que chaque arme individuelle, chaque Pak et chaque canon doit constituer une « Festung » miniature et être positionnée en conséquence. Il décide aussi de mettre les civils baltes à contribution pour des travaux de fortifications. Certaines mesures semblent tenir de pis-aller pris dans l’urgence et dénotent un manque de moyens : ainsi, on enjoint aux équipages de Sturmgeschütze d’embarquer des planches et le nécessaire pour, au besoin renforcer et améliorer les ponts à franchir.
L’encerclement du Heeresgruppe Nord en Courlande constitue un bon exemple du manque de sens stratégique de Hitler, qui, en leur refusant la permission de se replier à temps, condamne ces précieuses unités à une sorte de captivité, ne leur permettant pas de continuer à combattre efficacement pour l’Allemagne. Les combats se poursuivent en Courlande jusqu’à la fin de la guerre. Le Heeresgruppe Nordn’est pas détruit de la même manière que le Heeresgruppe Mitte ou une partie du Heeresgruppe Süd. Mais son sort n’est guère enviable et les Soviétiques réussissent en fin de compte à le mettre hors-jeu également. Toutefois, la Wehrmacht tente de briser l’encerclement. Une seconde attaque, de bien plus grande ampleur, baptisée « Doppelkopf », est lancée à la mi-août, par la 3. Panzerarmee avec 300 blindés, tandis que le Heeresgruppe Nord se replie en direction du grand port sur la Baltique. Le but de la contre-attaque de la 3. Panzerarmee vise avant tout à la reprise de Siauliai, qui représente un carrefour routier de première importance. Pas moins de 6 divisions de Panzer, dont l’unité d’élite « Grossdeutschland », et une brigade blindée sont engagées dans l’offensive, indiquant indubitablement l’importance accordée par l’OKH pour cette entreprise. Le Heeresgruppe Nord reçoit ainsi de nombreux renforts, dont la Panzer-Brigade 101, première unité de ce type à être levée (elle est absorbée par la 20. Panzer-Division en novembre 1944), dotée de 36 Panther et de 4 Flakpanzer.
Le 40. Panzerkorps de von Knobelsdorff doit attaquer en direction de Shaulen mais s’avère incapable de remplir sa mission car les Soviétiques, qui ont bien identifié son objectif, sont en mesure de faire intervenir de nombreuses unités antichars et aériennes. Le 39. Panzerkorps de von Strachwitz rencontre cependant plus de réussite en frappant en direction du port de Tuckum. Le 20 août, Dzukste est prise. Les Panzer bénéficient même du soutien naval du croiseur Prinz Eugen et des destroyers Z-25 et Z-28, qui appuient l’attaque terrestre avec pas moins de 284 obus de marine ! 48 T-34 sont ainsi pulvérisés sur une place de Tuckum par les tirs du croiseur. A midi, les troupes de Strachwitz établissent le contact avec la 281. Sicherheits-Division : le Heeresgruppe Nord n’est plus isolé ! Dans l’après midi, Tuckum tombe à son tour avec un important butin. Le 39. Panzerkorps quitte alors la 3. Panzerarmee et est désormais subordonné au Heeresgruppe Nord pour affronter son destin en Estonie et en Courlande. La Wehrmacht remporte donc un succès en rétablissant un corridor d’une trentaine de kilomètres de large entre les deux groupes d’armées allemands. Les lignes soviétiques sont donc percées autour de Riga. Le 1er septembre, le Heeresgruppe Nord aligne 595 Panzer et 410 Sturmgeschütze opérationnels, ainsi que 286 engins en ateliers. Le 1eroctobre, on ne dénombre plus au Heeresgruppe Nord que 295 Panzer et 232 StuG opérationnel, outre 222 en réparation.
Les Soviétiques repartent à l’offensive sur Riga le 14 septembre (2ème et 3ème Fronts de la Baltique d’Eremenko et d’Ivanovitch). Hitler pare à la menace en lançant l’opération « Casär » avec une 3. Panzerarmee dotée de 400 Panzer et StuG. L’attaque fait long feu et s’avère être un échec. Schörner, qui a succédé à Friessner, a beau être un nazi fanatique, est trop professionnel pour ne pas comprendre que l’offensive est sans espoir. Hitler se laisse fléchir et, le 17 septembre, il autorise le Heeresgruppe Nord à évacuer l’Estonie dans le cadre de l’opération « Aster ». Une manoeuvre délicate rondement menée. Pourtant, le succès n’est que temporaire puisque l’Armée rouge parvient une nouvelle fois à isoler l’aile gauche allemande sur le front de l’Est.
Le 5 octobre, en effet, les forces soviétiques se sont réorganisées sur le front nord. Elles sont donc en mesure de lancer une nouvelle offensive d’envergure contre le Heeresgruppe Nord. Les 1er , 2ème et 3ème Fronts de la Baltique se lancent ainsi à l’assaut des positions allemandes. Le 1er vise à s’emparer de Memel et isoler le Heeresgruppe Nord du Heeresgruppe Mitte, tandis que les deux autres se porteront sur Riga et Tuckum. Bagramian dispose de cinq armées en ligne. La 5ème armée de tanks de la Garde constitue la réserve destinée à l’exploitation. La puissance de l’assaut est telle qu’en dépit de violentes réactions allemandes locales une percée est obtenue de part et d’autre de Memel, où le 28. Armee-Korps est pris au piège. Le premier jour de l’offensive, les Russes réalisent en deux jours ne brèche de 17 km de profondeur sur 76 km de large ! Cette fois-ci, l’Armée Rouge arrive en force sur la Baltique et n’entend pas être délogée de ses positions une nouvelle fois. Riga est abandonné le 13 octobre. Au sud, les Frontoviki de Bagramian bordent le Niemen. Une seule déconvenue majeure pour le Soviétique : les défenseurs de Memel résistent (ils ne rendront les armes qu’en janvier 1945).
« Festung Kurland »
Les 16. et 18. Armeen sont donc coupées du reste de l’Ostheer. Le Heeresgruppe Nord est donc acculé dans une poche en Courlande sans le moindre espoir d’être secouru. L’ensemble représente 32 divisions et un demi-million d’hommes. Le front s’étire de Libau, sur la Baltique, au golfe de Riga, aux alentours de Tuckum, soit un front de 160 kilomètres. Alors que la Kriegsmarine est encore en mesure d’opérer avec une relative impunité en mer Baltique, Hitler se refuse à envisager une évacuation du Heeresgruppe Nord, persuadé que cet abcès de fixation pour l’Armée rouge facilite la défense du Reich, alors qu’il prive en fait la Wehrmacht de défenses en profondeur en Allemagne et d’une densité de forces nettement plus confortable qu’elle ne l’est, d’autant plus que, en cette automne 1944, la priorité va au front de l’Ouest où se prépare la contre-offensive des Ardennes. Le sort des divisions encerclées est donc définitivement scellé.
En revanche, l’OKH tire des plans sur la comète en envisageant l’opération « Geier », qui doit impliquer trois divisions de Panzer (4., 12. et 14. Panzer-Divisionen) et deux divisions d’infanterie du Heeresgruppe Nord, avec pour tâche de rétablir la liaison avec Memel et, de là, reprendre un contact direct avec le Heeresgruppe Mitte en poursuivant jusqu’en Prusse orientale ! Le 16 octobre, une première offensive russe est lancée pour résorber la poche, réduisant à néant les préparatifs pour « Geier », mais les positions soutiennent le choc. Le 22 octobre, ce qu’on appellera la première bataille de Courlande est donc achevée. La bataille se solde sur un incontestable succès opératif soviétique, mais un succès inachevé.
Le 27 octobre, une offensive bien plus conséquente, soutenue par un tir de barrage de plus de 2 000 canons, fait plier les lignes allemandes, dont les troupes sont contraintes au repli, mais l’avance est stoppée dès le 30, notamment suite à l’intervention de la « Nordland ». Les combats les plus disputés sont survenus près de Preekuln et au nord de Skuodas, dans la zone de la 18. Armee. La 4. Panzer-Division du général Betzel stoppe une attaque sur les collines de Letila, où 73 chars soviétiques sont détruits. La Stavka entendait en finir avec la Courlande, mais l’Armée rouge échoue. Les combats continuent avec une violence extrême : le 21 novembre, 35 000 obus sont expédiés sur la ligne principale du seul 2. Armee-Korps. A la fin du mois, l’arrivée de la pluie contraint les Soviétiques à renoncer, la boue paralysant désormais les opérations.
Les combats de la fin de l’été et de l’automne ont coûté au total 260 000 pertes aux Soviétiques, tandis que le Heeresgruppe Nord en déplore 70 000. Certaines divisions sont laminées : une ID n’aligne plus que 315 combattants, soit même pas un demi-bataillon. Le 15 décembre 1944, loin des priorités de la grande contre-offensive des Ardennes, le Heeresgruppe Nord acculé compte encore 187 Panzer et 271 StuG opérationnels, en sus de 144 blindés en ateliers, soit un total non négligeable. Toutefois, à la fin du mois, on ne dénombre plus que 336 blindés opérationnels en Courlande, chiffre qui remonte à la mi-janvier 1945 puisque ce ne sont alors pas moins de 92 Panzer et 361 StuG qui sont en état de marche. Les combats y sont pourtant toujours d’ampleurs conséquentes. La troisième bataille de Courlande, déclenchée le 21 décembre par un tir de barrage de 170 000 obus, vise la jonction entre la 16. Armee et la 18. Armee, sans provoquer l’effondrement attendu dans les rangs allemands. Pourtant, les Soviétiques ne lésinent pas sur les moyens : quatre armées fondent sur les positions tenues par seulement quatre divisions. Le 27, le front est colmaté et les combats perdent peu à peu en intensité. Les Soviétiques ne sont pourtant plus qu’à une vingtaine de kilomètres du port de Libau, absolument indispensable à la survie de la « Festung Kurland ». Si, pour les Soviétiques, la Courlande fait figure de « camp de prisonniers allemands à ciel ouvert », la Wehrmacht y fixe un million de combattants soviétiques loin des frontières du Reich, tandis que ses unités servent de réserves transférables en Prusse ou ailleurs grâce à la maîtrise de la Baltique par la Kriegsmarine.
Pendant ce temps là, Hitler perd un allié. La Finlande se retire en effet de la guerre, après avoir conclu une trêve avec l’Union Soviétique le 4 septembre 1944. Les pertes finnoises se sont en effet alourdies cet été là, totalisant quelques 25 000 hommes, et Mannerheim n’envisage plus une victoire de l’Allemagne. La Finlande évite l’occupation soviétique mais la Wehrmacht doit quitter son territoire et se replier vers la Norvège, parfois en combattant l’ancien allié, et en détruisant systématiquement tout derrière elle. L’armée allemande est donc aux abois sur l’ensemble du front nord et Leningrad ne sera plus jamais menacé.
« Festung Memel »
Les conséquences de l’offensive soviétique d’octobre 1944 dans les Pays Baltes sont désastreuses pour la Wehrmacht puisque les unités du Heeresgruppe Nord, qui sera rebaptisé Heeresgruppe Kurland (le 25 janvier 1945), sont définitivement isolées. La percée soviétique obtenue à l’ouest de Shaulen signifie également l’encerclement de Memel le 10 octobre. La responsabilité de la défense du port incombe au 28. Armee-Korps du général Gollnick. A ce moment là, le 28. Armee-Korps appartient à la 3. Panzerarmee, qui est rattachée au Heeresgruppe Nord. Mais, en raison de l’évolution de la situation, la 3. Panzerarmee est à nouveau rattachée au Heeresgruppe Mitte le 10 octobre. Nous allons tout de même relater le destin de cette poche hors du commun. Le quartier-général de la 3. Panzerarmee se trouve alors près de Tilsit et reçoit un ordre totalement irréaliste : elle doit ni plus ni moins reprendre les territoires perdus de Prusse Orientale, contre-attaquer avec la Panzer-Division « Hermann Goering » et la 6. Panzer-Division et tenir la « Festung Memel ». Depuis le 7 octobre, les unités de la Kriegsmarine évacuent Memel, en l’occurrence la 14ème flottille de sécurité et plusieurs unités de dragueurs de mines. Le lendemain, les U-Boote partent à leur tour ainsi que les docks flottants. Puis vient le tour du navire-cible Goya et des transports Askari et Bolkoburg, tandis que des destroyers reviennent pour évacuer les services arrière, dont 210 auxiliaires féminines de la Kriegsmarine. Le dernier navire allemand à quitter la rade est le bateau antiaérien Hans Albrecht Wedel, qui met le cap pour Pillau le 12 octobre, avec 80 blessés à son bord.
A ce moment là, la forteresse est déjà soumise à une rude pression. Depuis le 10 octobre, l’aviation soviétique intervient en force au-dessus de la cité alors que les premiers obus de l’artillerie russe tombent dans le périmètre de défense. Une première attaque blindée soviétique est repoussée par les puissants Tiger du 502. schwere Panzer-Abteilung. Succès inutile puisque la ville est totalement isolée ce jour même avec la capture de Heydekrug par les Soviétiques. Les forces encerclées sont conséquentes. Il s’agit de la Panzer-Grenadier-Division « Gross Deutschland », de la 7. Panzer-Division, de la 58.ID, des restes de la551.ID, du 502. schwere Panzer-Abteilung, du 6ème régiment de la Luftwaffe, de deux unités de DCA de la Kriegsmarine, de bataillons de sécurité, d’une unité de la Kriegsmarine et de deux compagnies duVolkssturm. En outre, 30 000 civils allemands sont également pris au piège. Les unités de la forteresse reçoivent des ordres stricts : aucune tentative de percée n’est autorisée. Memel doit être tenue ! La Kriegsmarine intervient en force pour soutenir les assiégés puisque le vice-amiral Thiele dispose à cet effet de moyens conséquents sous la forme des croiseurs Lützov et Prinz Eugen, de trois destroyers et de la 3èmeflottille de vedettes lance-torpilles. Ces unités interviennent dès le 12 octobre. L’effet des tirs des croiseurs est dévastateur dans les lignes soviétiques et pas moins de 1318 obus sont tirés par les deux grands navires le 13 octobre.
C’est le 14 octobre que les Soviétiques lancent leur première tentative sérieuse pour s’emparer de la place. Mais la défense acharnée des troupes allemandes repousse l’attaque. Les Russes subissent des pertes sérieuses et 68 blindés restent sur le terrain ce jour-là. L’intervention de la flotte de Thiele contribue largement à ce succès. Le lendemain, les Soviétiques subissent un deuxième échec. Le 17 octobre pourtant, l’OKH ordonne aux assiégés d’attaquer en direction du nord pour établir le contact avec le Heeresgruppe Nord ! Un plan pour le moins chimérique et qui ne tient absolument pas compte des réalités du terrain ! Les unités de la Wehrmacht encerclées à Memel sont bien incapables de mener à bien une telle opération. De toute façon, cette opération ne peut être exécutée car le général Schoerner attire l’attention de l’OKH sur Gumbinnen, où vient de débuter une nouvelle offensive soviétique. L’évolution de la situation à Gumbinnen n’est pas sans conséquences sur celle qui prévaut à Memel. En effet, l’OKH doit absolument renforcer le front de toute urgence à Gumbinnen et se voit de ce fait contraint de réduire les unités affectées à la défense de la « Festung Memel ». C’est ainsi que, à la fin du mois d’octobre, la Panzer-Grenadier-Division « Grossdeutschland » et la 7. Panzer-Division sont évacuées de Memel et transportées en Prusse-Orientale. 91 Panzer et Sturmgeschütze, 35 véhicules blindés et 104 camions sont donc ainsi transportés par voie maritime avec tout l’équipement et le personnel des deux divisions. En contrepartie, la 95.ID est transféré du Heeresgruppe Nord à Memel pour épauler la 58.ID dans sa défense de la forteresse.
Les deux divisions d’infanterie se montrent particulièrement coriaces pour les Soviétiques et ceux-ci ne parviennent pas à prendre la place avant la fin de l’année. Toutefois, la pression exercée par les Soviétiques contraint les défenseurs à se replier progressivement vers la ville elle-même. C’est ainsi que, le jour de Noël, la ligne de front s’étend depuis Karkelbeck au sud de Schmelz, formant ainsi un arc de cercle à peine distant de 6 kilomètres de Memel. Le contact avec l’extérieur est maintenu par la présence d’une petite flottille de bâtiments de petites dimensions, dont des barges et des ferries. L’ingéniosité des forces allemandes encerclée est à l’oeuvre pour mettre au point des dispositifs surprenant. Ainsi, en décembre 1944, la lagune sise au sud de Memel est dotée de 150 bunkers en bois (dotés de facilité de chauffage), montés sur des traineaux et disposés en travers de l’étendue d’eau dès que le gel l’a permis. Ces bunkers si originaux sont renforcés par des blocs de glace et camouflés avec de la neige
Le siège dure jusqu’à la fin du mois de janvier 1945. A la suite de l’offensive d’hiver soviétique en direction du Reich, le général Reinhardt tente à plusieurs reprises de faire évacuer la garnison qui tient encore la forteresse. Le 21 janvier, Hitler donne les ordres en conséquences. Deux jours plus tard, le steamer Venus et deux torpilleurs commencent l’évacuation. Les compagnies du Volksturm sont évacuées sur la langue de terre qui mène à Koenigsberg. L’évacuation de la cité par l’armée commence dans l’après-midi du 24. Les unités d’infanterie constituant l’arrière-garde tiennent leurs positions jusqu’au 27 avant de se replier dans la ville. Les dernières barges quittent Memel à 4h du matin le 28 janvier 1945 avec des éléments du 1er bataillon du 154. Grenadier-Regiment. Ainsi s’achève un siège épique, qui illustre l’âpreté des combats sur le front de l’Est à la fin de la guerre et la détermination avec laquelle les villes érigées en forteresses par Hitler mène un combat désespéré jusqu’à la dernière limite.
Un bilan de l’année 1944 catastrophique
L’obstination du Führer à ne concéder aucun territoire a donc abouti à l’inutile enfermement du Heeresgruppe Nord dans la péninsule de Courlande sur la Baltique. Une fois de plus, la Wehrmachtparvient a redresser la situation in extremis. Toutefois, les pertes à l’Est enregistrées par la Wehrmacht au cours de l’été 1944 sont dramatiques : pas moins de 900 630 hommes sont ainsi perdus du 1er juin au 31 août ! L’Armée rouge, dont les lignes de communications ont atteint leurs limites, a subi elle aussi des pertes considérables et doit se réorganiser avant l’assaut final, la victoire apparaissant dès lors inéluctable. En cette fin d’année 1944, l’intégralité du territoire de l’URSS d’avant-guerre est libérée de l’occupation nazie. Le triomphe de l’Armée rouge, l’une des plus puissante machine de guerre du 20ème siècle, est des plus impressionnants. Si elle est devenue supérieure sur presque tous les plans, elle ne possède pourtant pas la maîtrise tactique de la Wehrmacht. Celle-ci, totalement surclassée, ne lutte désormais plus que pour survivre. On ne gagne en effet pas une guerre en remportant des succès locaux. L’initiative stratégique est définitivement perdue par le Reich à l’Est.
Recension “Les Spartiates”
Recension “La Grande Guerre du Péloponnèse” de Luciano Canfora
SOURCES PRIMAIRES : UNE QUALITE DE TRAVAIL HISTORIQUE ASSUREE ?
PORTER L’UNIFORME ALLEMAND DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE : LA RECONSTITUTION HISTORIQUE EN QUESTION
SITES HISTORIQUES : SENTIR VIBRER LE SOUFFLE DE L’HISTOIRE !