Les archives de l’Afrikakorps contiennent le récit de l’incroyable épopée vécue par d’un soldat, Ernst Mittmann, qui peut être recoupée avec les données des National Archives britanniques, ainsi que les comptes rendus des « raiders du désert » publiés après guerre.
Le groupe de commandos du SIG auquel appartiennent les Allemands dont il est question dans cet article, ainsi que les membres du SAS, sont acheminés jusqu’à proximité de Derna par une patrouille du LRDG. (DR)
Prisonnier de guerre
Les Britanniques ont visiblement pleinement confiance en Mittmann. Ils lui confient la conduite de l’un des véhicules du commando. (Collection Benoît Rondeau)
Cette aventure nous est connue suite à l’interrogatoire de ce soldat par un membre de la Luftwaffe, basé en Afrique. Le Schütze (simple soldat) Ernst Mittmann (les récits britanniques l’appellent Herbert Brückner) est un ancien de la Légion étrangère –qu’il a rejoint selon ses dires à l’âge de 16 ans en 1937…- qu’il quitte en février 1939. Mobilisé à Dresde en mai 1941, il est versé en novembre 1941 à l’Afrika-Regiment 361. Parmi ses camarades, un certain Eiben (Esser pour les Anglais), âgé de 37 ans. C’est avec ce soldat qu’il est fait prisonnier au cours de l’opération « Crusader », le 27 novembre 1941, à proximité de l’hôpital de campagne italien situé près de la rocade contournant Tobrouk (la « route de l’Axe », bâtie par les Germano-Italiens). Peu après sa capture, il est emmené à Tobrouk où vient le moment de l’interrogatoire pour lequel, à la surprise de Mittmann (c’est ce dernier qui l’affirme), Eiben se montre fort disposé en vers les Anglais, au point qu’il prenne les devants. Les prisonniers allemands sont ensuite transférés à Alexandrie, où ils parviennent vers le 1er décembre. Ils sont internés près d’une palmeraie au bord de la Méditerranée à Dikheila. Toujours soucieux de fournir le maximum d’informations à l’Afrikakorps, il décrit par le menu tout ce qu’il voit, notamment les fortifications et les aérodromes. Il reconnaît la présence de chasseurs Hurricane, mais n’a pu en établir le nombre. C’est à ce moment qu’Eiben lui annonce qu’il entend se placer à la disposition des Britanniques et se montre prêt à retourner en Allemagne pour opérer des sabotages au profit des Anglais. Et Mittmann d’affirmer avoir souhaité que le traître soit démasqué avant que le mal ne s’opère (du moins, c’est ce qu’il affirme dans son rapport, ce qui est dans son intérêt).
Parmi les soldats de l’Afrikakorps capturés au cours de l’opération « Crusader », des anciens de la Légion étrangère. Ils séjournent d’abord à Alexandrie, que l’on voit ici traversée par une colonne de tanks en début de guerre. (DR)
500 prisonniers allemands sont transférés au Caire et sont internés à Helwan, au sud-est de la métropole. Transféré au camp d’interrogatoire de Maadi, à environ 15 km au sud du Caire, Mittmann poursuit son récit : il comprend que les conversations entre prisonniers sont rapportées aux Anglais « par d’autres prisonniers de guerre allemands ou par des déserteurs au service de l’Angleterre ». Et Mittmann de dénoncer tous les traîtres. Le chef de cette organisation est le sergent allemand Lothar Stark, qui se fait connaître sous d’autres noms. Il cite d’autres traitres, dont un certain soldat Zetsmann, du II./Afrika-Regiment 361 (8 ans de légion), qui use aussi de pseudos mais dont Mittmann est sûr de l’identité réelle en raison d’une lettre écrite par celui-ci à son épouse. Il mentionne cinq autres noms, dont deux artilleurs de 88 mm qui auraient déserté de leur position sur la passe d’Halfaya (ce seraient donc des soldats du Pasteur Bach). L’homme qui procède au débriefing de Mittmann lui fait savoir que le commandant du Luftgaustabes z.b.V. Afrika a en effet fait connaître qu’une poursuite pour désertion a été enclenchée à l’encontre du caporal Dukowski et de l’artilleur Waldschmidt, du I./Flak. Regt. 18. Mittmann, qui décrit l’apparence physique de Werner et de Duschinski, affirme qu’il ne fait aucun doute qu’il s’agit bien des mêmes hommes, dont les noms lui ont été familiers dans le camp de prisonniers. Mittmann rapporte que parmi les détenus se trouvent les membres d’un commando allemand qui avait été transporté à l’aide d’un sous-marin sur la côte de Mersa Matruh où il y avait été capturé. Il mentionne aussi un dénommé Wohlrat, qui« serait suisse […] et qui a également dû donner des informations sur le correspondant de guerre Hoffmann du régiment Brandenburg. Hoffmann a été parachuté au-dessus du Caire […] mais à ma connaissance, il n’a pas été retrouvé » Il est aussi question d’un certain Koch, présenté comme étant de la Gestapo, qui aurait été parachuté sur Haïfa.
Selon Mittmann, des prisonniers de guerre allemands, à l’exception des officiers, ont été gravement maltraités à plusieurs reprises dans le camp de détention de Maadi : « Le sergent Neumann m’a raconté qu’il avait lui-même été enfermé dans une cellule complètement vide et qu’il y avait été tourmenté pendant trois jours et trois nuits sans interruption. Si, pendant le tour imposé de la cellule, il voulait s’arrêter, un sergent ou un caporal le poussait immédiatement plus loin ou le menaçait de le tuer ». Un autre, Schoenfeld du Panzer-Regiment 8, aurait été blessé à la baïonnette.
Recrue du SIG et première trahison
Un Fourgon radio camouflé, construit sur le châssis d’un camion Opel Blitz, de la compagnie allemande de renseignement radio (3e compagnie, 56e bataillon de communication – 3. Horchkompanie, Nachrichtenabteilung 56), près de la ligne de front en Egypte. Pour assurer leur service de renseignement, les forces de l’Axe ne disposent pas des unités de « raiders » vraiment équivalentes à celles dont dispose le Middle East Command. (DR)
De retour à Maadi après un séjour à Tell-el-Kebir, Mittmann est mis au contact avec un certain capitaine Herbert Buck, membre de l’Intelligence Service au Moyen-Orient et commandant du SIG (Special Interrogation Unit) est le nom de couverture donné à une unité de raiders qui opère sur les arrières de Rommel. Buck « opère sous uniforme de l’Afrikakorps, s’exprimant dans un bon allemand, son accent anglais étant difficilement perceptible. Il a beaucoup parlé avec Eiben, se questionnant sur les dispositifs en place à Tripoli, Benghazi et Derna […] Au début du mois de mars 1942, Buck avait parlé de ces choses avec Eiben. Il lui a expliqué qu’il nous ferait sortir, lui et moi, car il était en train de mettre sur pied un nouveau Kommando (troupe de sabotage). En avril 1942, Buck nous a fait sortir du camp, Eiben et moi, et nous a emmenés au Caire. Jusqu’alors, nous avions été considérés comme des prisonniers de guerre allemands. J’ai été enregistré sous le nom de Stone (douteux, car de consonance anglaise : il doit plutôt bien s’agir de Brückner) et j’ai reçu des papiers et des uniformes anglais. Eiben a reçu le nom d’Esser (c’est bien le cas). Nous sommes ensuite arrivés à Burg-el-Arab [entre El Alamein et Alexandrie]. Nous étions totalement libres, mais nous étions observés. » L’Allemand n’est donc guère disert sur les raisons de son recrutement : les récits anglais nous rapportent que lui-même et Eiben clament être farouchement antinazis…
Les armées dites « privées », constituant les « raiders du désert », sont nombreuses (ici le LRDG). Le SIG correspond à un petit groupe de commandos germanophones (ayant la connaissance de l’argot), essentiellement des Juifs palestiniens ou réfugiés dans la région. On compte aussi des recrues provenant de la Légion Etrangère Française ainsi que des forces tchécoslovaques. Portant un uniforme allemand, ses membres savent donc qu’ils encourent la peine de mort en cas de capture car ils seront considérés comme des espions. Les Britanniques craignent toutefois que fois que ces hommes, capturés, ne parlent trop ou, pire, soient des agents-doubles nazis… (DR)
Sur le terrain d’aviation de Burg-el-Arab, Buck enseigne l’art de faire exploser les avions, bien que Mittmann affirme ne pas avoir reçu de formation sur le dynamitage. « C’est la seule fois où j’ai appris quelque chose sur la structure des commandos. Celui-ci est rattaché au GQG du Caire ». Il est organisé en escadrons, chacun fort d’une centaine d’hommes, Mittmann ne connaissant lui-même que l’escadron de QG, ainsi que l’escadron A, basé d’abord dans l’oasis de Giarabub. Quant à l’escadron D, « il est vraisemblablement en réserve à Mersa Matruh ». L’Allemand ignore si les escadrons B et C existent vraiment. « Buck, poursuit Mittmann, a par ailleurs constitué un groupe spécial à partir de l’unité de QG. Il souhaite 12 hommes, choisis parmi 192. Des hommes maîtrisant l’allemand et versés dans l’art du sabotage ». Ces 192 commandos d’élite sont destinés à opérer en Afrique, mais également en Allemagne, ainsi que, précise Mittmann, en Bohême-Moravie et en Italie. Mittmann et Eiben font partie des 12 hommes sélectionnés. 8 des 9 autres (le 12e serait Buck ?) sont des Juifs, essentiellement d’Europe (des Allemands, des Autrichiens et des Tchèques) et un de Palestine. Mittmann retourne de nouveau au Caire, où il se rend même au GQG du Middle East Command, signe de la grande confiance qu’on lui témoigne. Il s’agit de ramener des uniformes allemands, y compris des contrefaçons, entreposés dans un stock spécifique.
Avec le LRDG
Parmi les véhicules du groupe du SIG, une Kübelwagen capturée par les Britanniques (ici, un modèle saisi par les Américaisn en Tunisie). Les engins sont ornés d’un petit drapeau noir à des fins de reconnaissances. De fait, le chef de la Feldgendarmerie de Derna, l’Hauptmann Gesel, rapporte qu’un officier italien lui a confié sa surprise de voir des véhicules allemands avec des drapeaux noirs. (NARA).
Début juin, le groupe est à l’oasis de Siwa, disposant d’une Kübelwagen, d’un Opel Blitz et de deux Ford V8 (un allemand et un anglais…). Mittmann indique que 15 français les rejoignent. Il les décrit comme des « parachutistes en uniformes anglais et avec des képis français ». Il s’agit en fait de membres du SAS, des FFL sous la direction du lieutenant Jordan. David Stirling, patron et créateur du SAS, s’est en effet décidé pour lancer des raids sur huit aérodromes ennemis en coordination avec le SIG. Dans l’oasis, Mittmann découvre la base du LRDG, avec ses Chevrolet dont il admire l’armement (mais il se trompe en parlant de « Vickers Wellington », confondant les mitrailleuses et le bombardier…) et les pneus qu’ils considèrent comme spéciaux car ils sont très larges (ils sont en fait standard, mais, en effet, la largeur est un atout pour négocier un passage dans le sable mou). L’Allemand ne se trompe pas quand il rapporte que le LRDG a pour mission de faire de la reconnaissance ou de déposer les différentes équipes des commandos de sabotage sur les lieux où les actes de sabotage doivent être commis. « Je ne sais pas s’il existe encore une base de vivres quelque part dans le désert. Siwa elle-même dispose de suffisamment de réserves de nourriture, d’eau et de carburant. La patrouille des gardes circule toujours en uniforme anglais, la plupart de ses membres portent la barbe. » Ce dernier détail, typique des « raiders » (mais jamais au Caire) a dû frapper un soldat habitué à la rigueur germanique…
Le 8 juin, ils quittent Siwa. Direction nord-ouest, puis plein ouest. Les 12 commandos sont à bord de leur quatre véhicules, bénéficiant de l’escorte de quatre camions du LRDG (il s’agit de la patrouille R1, soit 13 hommes), sans oublier les 15 Français. Les sources anglaises mentionnent un effectif de 15 pour le groupe du SIG (a priori, Mittmann ne s’est pas inclus avec Eigen…). Les barbelés de la frontière (« The Wire » pour les Anglais) est franchie nuitamment, près de la hauteur de Weska. La colonne se rend ensuite à Bir Hacheim, où ils passent la nuit (notons que les combats y font rage et que Rommel est alors sur le point de prendre la place : où s’est donc installée la colonne de Buck ?). Le 10, ils font route jusqu’au lac salé de Baltet-el-Zalag (à 16 km au nord de celui-ci et le 11 juin selon les National Archives). Il était en même temps prévu qu’il serve de point de rendez-vous à l’issue de l’opération, et les commandos devaient y retrouver la patrouille du LRDG le 16 juin à l’aube ou au crépuscule (le 18 d’après les sources anglaises).
En route pour le raid
Parmi les membres du commando, des SAS français. (DR)
Le 12 juin, le groupe de 27 hommes poursuit son avance à bord des véhicules allemands et du Ford anglais, Eiben avec le grade de Feldwebel, tandis que Buck porte l’uniforme d’un simple soldat. Ils roulent jusqu’à Slonta, puis vers De Martino, avant d’emprunter la Via Balbia en direction de l’est jusqu’au wadi el Magta, où le groupe se dissimule. A 17 heures, Mittmann reçoit l’ordre de rouler en direction de Derna avec l’Opel Blitz. Pour ce trajet, la croix de Saint André qui a été peinte sur le véhicule (et sur les autres engins de prise) est dissimulée à l’aide d’essence et de sable. « Le juif [sic] Gottlieb, passager, le juif Faber, qui était également assis sur le toit du camion, le capitaine Buck, un lieutenant français et deux sergents français ont participé au voyage ». Le camion roule vers le nord depuis le wadi el Magta, atteint l’aérodrome, le longe puis rejoint la Via Balbia à proximité immédiate du bâtiment du commandant de l’aérodrome. Buck connaît déjà la base de Stuka de Derna Süd pour y être déjà venu. Ils font ensuite demi-tour et reprennent la piste de Martuba jusqu’à l’oued el Magta où les attendent les autres « raiders ». Mittmann ne raconte rien des péripéties : le groupe a en effet été arrêté par une sentinelle italienne au niveau d’une barrière, cachant son ignorance du nouveau mot de passe sur le fait qu’il était en mission dans le désert. Survient alors un officier allemand qui invite Buck à discuter de la situation autour d’un verre. Buck rétorque en soulignant l’urgence de sa mission (livrer des véhicules à son unité) et ne s’en sort qu’en menaçant de faire un rapport… Plus loin, informés du risque des « raiders » par un Gefreiter, les commandos se retrouvent à faire la queue avec des soldats de l’Afrikakorps pour ingurgiter un dîner de lentilles et de viande… Mittmann omet aussi un détail compromettant : c’est lui et Eiben qui partent demander le nouveau mot de passe et qui l’obtiennent…
Nouvelle trahison
Des C. 202 italiens alignés sur un tarmac des plus sommaires. Les aérodromes de l’Axe constituent les cibles privilégiées des saboteurs des différentes « armées privées » qui dépendent du Middle East Command. (Luce)
Le soir, de retour au wadi, Mittmann reprend le « cerceau », toujours avec Gottlieb à ses côtés. A l’arrière, 10 Français, toujours vêtus d’uniformes anglais (cachés sous une bâche d’après les sources britanniques), et un des commandos habillé en soldat du DAK. On embarque des charges explosives, des mines anglaises et des grenades allemandes, ainsi que des pistolets-mitrailleurs (a priori des MP 40). Cinq SAS doivent aller à la Casa Cantoniera de l’aérodrome de Derna, tandis que les cinq autres doivent se mettre en position au niveau de la bifurcation menant à Martuba. Les explosifs doivent détonner entre minuit et 0h30. Bizarrement, Mittmann affirme ignorer les missions précises dévolues aux deux groupes… Marturba est l’objectif du camion Ford allemand et de son équipage, soit Eiben et Buck, ainsi que les cinq derniers Français, ainsi que, le suppose Mittmann, un des « Juifs sous uniforme allemand » (on perçoit toujours le nazi sous le soldat). Ils doivent se garer dans un parc de véhicules de prises britanniques sis à proximité de l’aérodrome N°5, vraisemblablement pour se diriger ensuite vers l’ancienne base de chasseurs. Le reste des commandos et des véhicules demeure pendant ce temps dissimulé dans le wadi Mugta, lieu de rendez-vous où il faudra se trouver à 4h30 au plus tard. « Au cas où les véhicules tomberaient en panne, nous devrions essayer de nous frayer un chemin à pied vers le territoire anglais avec l’aide des Arabes », ces derniers, surtout les Senoussis, hostiles aux Italiens, étant souvent favorables aux Alliés dans la zone du Djebel Akhdar.
Partant comme prévu à 20h30, Mittamnn arrive à 200-300 m du cinéma de Derna et simule alors une panne en retirant discrètement la clé de contact, et ce sans que son voisin –Gottlieb- ne s’en rende compte. Il déclare alors à Gottlieb que le moteur a surchauffé et qu’il va courir jusqu’au poste voler une clé pour le capot (il a perdu la sienne), tout en affirmant à celui qui assure son interrogatoire qu’il a alors l’intention de déclencher l’alarme et de trahir le commando. Il affirme avoir renoncé à réaliser ce projet plus tôt dans la journée, de peur que, le voyant courir ainsi, Buck ne le crible de balles. Mieux vaut, pense t-il au cours du trajet de l’après-midi, attendre la pleine obscurité et, de plus, il estime qu’il sera plus facile de les faire prisonniers au retour de Martuba.
En courant vers la base de Derna, il rencontre un soldat allemand, auquel il fait immédiatement part de la situation. Il retourne alors au camion et tous s’apprêtent à reprendre la route quand retentit l’ordre : « les mains en l’air ! ». La garde allemande, promptement avertie, a en effet déjà cerné le camion. De la plateforme arrière, Faber, un des commandos en uniforme du DAK, ouvre le feu à la MP 40, amis Mittmann réagit sans attendre, se saisit d’un Lüger P-08 et tire depuis le marchepied. Il pense avoir touché Faber, mais une explosion déchire l’arrière du véhicule (Faber, se sachant perdu, aurait jeté une grenade sur les explosifs), faisant tomber Mittmann du camion. Jordan profite de la confusion pour s’esquiver (il sera le seul rescapé de son groupe, rapatrié par le LRDG avec Buck). Au final, Gottleib et quatre Français sont capturés, dont un blessé, les six autres étant apparemment tués, tandis que l’Opel Blitz se consume. Mittmann est amené auprès du commandant de la base, puis guide un parti d’une trentaine de soldats commandés par un Oberleutnant jusqu’au wadi, où ils ne mettent la main que sur quelques Français.
Des Hurricane alignés sur le tarmac d’un aérodrome de la Desert Air Force. Mittmann a observé avec soin les différentes bases qu’il lui a été donné de voir lors de son séjour en Egypte et son débriefing après son retour dans les lignes allemandes permet de préciser quelque peu le dispositif aérien allié. (DR)
Epilogue
Le document de « débriefing » de Mittmann se termine par la liste détaillée des aérodromes britanniques en Egypte, à peine quelques jours avant que, vainqueur à Tobrouk le 21 juin, Rommel et son Afrikakorps envahissent le pays à la rencontre de leur destin à El Alamein. Ernest Mittmann est de son côté envoyé à Berlin où il se voit décerner la Deutsche Kreuz en or des mains de Hitler, qui croit encore à la victoire en Afrique.
Les archives de l’Afrikakorps contiennent le récit de l’incroyable épopée vécue par d’un soldat, Ernst Mittmann, qui peut être recoupée avec les données des National Archives britanniques, ainsi que les comptes rendus des « raiders du désert » publiés après guerre.
Le groupe de commandos du SIG auquel appartiennent les Allemands dont il est question dans cet article, ainsi que les membres du SAS, sont acheminés jusqu’à proximité de Derna par une patrouille du LRDG. (DR)
Prisonnier de guerre
Les Britanniques ont visiblement pleinement confiance en Mittmann. Ils lui confient la conduite de l’un des véhicules du commando. (Collection Benoît Rondeau)
Cette aventure nous est connue suite à l’interrogatoire de ce soldat par un membre de la Luftwaffe, basé en Afrique. Le Schütze (simple soldat) Ernst Mittmann (les récits britanniques l’appellent Herbert Brückner) est un ancien de la Légion étrangère –qu’il a rejoint selon ses dires à l’âge de 16 ans en 1937…- qu’il quitte en février 1939. Mobilisé à Dresde en mai 1941, il est versé en novembre 1941 à l’Afrika-Regiment 361. Parmi ses camarades, un certain Eiben (Esser pour les Anglais), âgé de 37 ans. C’est avec ce soldat qu’il est fait prisonnier au cours de l’opération « Crusader », le 27 novembre 1941, à proximité de l’hôpital de campagne italien situé près de la rocade contournant Tobrouk (la « route de l’Axe », bâtie par les Germano-Italiens). Peu après sa capture, il est emmené à Tobrouk où vient le moment de l’interrogatoire pour lequel, à la surprise de Mittmann (c’est ce dernier qui l’affirme), Eiben se montre fort disposé en vers les Anglais, au point qu’il prenne les devants. Les prisonniers allemands sont ensuite transférés à Alexandrie, où ils parviennent vers le 1er décembre. Ils sont internés près d’une palmeraie au bord de la Méditerranée à Dikheila. Toujours soucieux de fournir le maximum d’informations à l’Afrikakorps, il décrit par le menu tout ce qu’il voit, notamment les fortifications et les aérodromes. Il reconnaît la présence de chasseurs Hurricane, mais n’a pu en établir le nombre. C’est à ce moment qu’Eiben lui annonce qu’il entend se placer à la disposition des Britanniques et se montre prêt à retourner en Allemagne pour opérer des sabotages au profit des Anglais. Et Mittmann d’affirmer avoir souhaité que le traître soit démasqué avant que le mal ne s’opère (du moins, c’est ce qu’il affirme dans son rapport, ce qui est dans son intérêt).
Parmi les soldats de l’Afrikakorps capturés au cours de l’opération « Crusader », des anciens de la Légion étrangère. Ils séjournent d’abord à Alexandrie, que l’on voit ici traversée par une colonne de tanks en début de guerre. (DR)
500 prisonniers allemands sont transférés au Caire et sont internés à Helwan, au sud-est de la métropole. Transféré au camp d’interrogatoire de Maadi, à environ 15 km au sud du Caire, Mittmann poursuit son récit : il comprend que les conversations entre prisonniers sont rapportées aux Anglais « par d’autres prisonniers de guerre allemands ou par des déserteurs au service de l’Angleterre ». Et Mittmann de dénoncer tous les traîtres. Le chef de cette organisation est le sergent allemand Lothar Stark, qui se fait connaître sous d’autres noms. Il cite d’autres traitres, dont un certain soldat Zetsmann, du II./Afrika-Regiment 361 (8 ans de légion), qui use aussi de pseudos mais dont Mittmann est sûr de l’identité réelle en raison d’une lettre écrite par celui-ci à son épouse. Il mentionne cinq autres noms, dont deux artilleurs de 88 mm qui auraient déserté de leur position sur la passe d’Halfaya (ce seraient donc des soldats du Pasteur Bach). L’homme qui procède au débriefing de Mittmann lui fait savoir que le commandant du Luftgaustabes z.b.V. Afrika a en effet fait connaître qu’une poursuite pour désertion a été enclenchée à l’encontre du caporal Dukowski et de l’artilleur Waldschmidt, du I./Flak. Regt. 18. Mittmann, qui décrit l’apparence physique de Werner et de Duschinski, affirme qu’il ne fait aucun doute qu’il s’agit bien des mêmes hommes, dont les noms lui ont été familiers dans le camp de prisonniers. Mittmann rapporte que parmi les détenus se trouvent les membres d’un commando allemand qui avait été transporté à l’aide d’un sous-marin sur la côte de Mersa Matruh où il y avait été capturé. Il mentionne aussi un dénommé Wohlrat, qui« serait suisse […] et qui a également dû donner des informations sur le correspondant de guerre Hoffmann du régiment Brandenburg. Hoffmann a été parachuté au-dessus du Caire […] mais à ma connaissance, il n’a pas été retrouvé » Il est aussi question d’un certain Koch, présenté comme étant de la Gestapo, qui aurait été parachuté sur Haïfa.
Selon Mittmann, des prisonniers de guerre allemands, à l’exception des officiers, ont été gravement maltraités à plusieurs reprises dans le camp de détention de Maadi : « Le sergent Neumann m’a raconté qu’il avait lui-même été enfermé dans une cellule complètement vide et qu’il y avait été tourmenté pendant trois jours et trois nuits sans interruption. Si, pendant le tour imposé de la cellule, il voulait s’arrêter, un sergent ou un caporal le poussait immédiatement plus loin ou le menaçait de le tuer ». Un autre, Schoenfeld du Panzer-Regiment 8, aurait été blessé à la baïonnette.
Recrue du SIG et première trahison
Un Fourgon radio camouflé, construit sur le châssis d’un camion Opel Blitz, de la compagnie allemande de renseignement radio (3e compagnie, 56e bataillon de communication – 3. Horchkompanie, Nachrichtenabteilung 56), près de la ligne de front en Egypte. Pour assurer leur service de renseignement, les forces de l’Axe ne disposent pas des unités de « raiders » vraiment équivalentes à celles dont dispose le Middle East Command. (DR)
De retour à Maadi après un séjour à Tell-el-Kebir, Mittmann est mis au contact avec un certain capitaine Herbert Buck, membre de l’Intelligence Service au Moyen-Orient et commandant du SIG (Special Interrogation Unit) est le nom de couverture donné à une unité de raiders qui opère sur les arrières de Rommel. Buck « opère sous uniforme de l’Afrikakorps, s’exprimant dans un bon allemand, son accent anglais étant difficilement perceptible. Il a beaucoup parlé avec Eiben, se questionnant sur les dispositifs en place à Tripoli, Benghazi et Derna […] Au début du mois de mars 1942, Buck avait parlé de ces choses avec Eiben. Il lui a expliqué qu’il nous ferait sortir, lui et moi, car il était en train de mettre sur pied un nouveau Kommando (troupe de sabotage). En avril 1942, Buck nous a fait sortir du camp, Eiben et moi, et nous a emmenés au Caire. Jusqu’alors, nous avions été considérés comme des prisonniers de guerre allemands. J’ai été enregistré sous le nom de Stone (douteux, car de consonance anglaise : il doit plutôt bien s’agir de Brückner) et j’ai reçu des papiers et des uniformes anglais. Eiben a reçu le nom d’Esser (c’est bien le cas). Nous sommes ensuite arrivés à Burg-el-Arab [entre El Alamein et Alexandrie]. Nous étions totalement libres, mais nous étions observés. » L’Allemand n’est donc guère disert sur les raisons de son recrutement : les récits anglais nous rapportent que lui-même et Eiben clament être farouchement antinazis…
Les armées dites « privées », constituant les « raiders du désert », sont nombreuses (ici le LRDG). Le SIG correspond à un petit groupe de commandos germanophones (ayant la connaissance de l’argot), essentiellement des Juifs palestiniens ou réfugiés dans la région. On compte aussi des recrues provenant de la Légion Etrangère Française ainsi que des forces tchécoslovaques. Portant un uniforme allemand, ses membres savent donc qu’ils encourent la peine de mort en cas de capture car ils seront considérés comme des espions. Les Britanniques craignent toutefois que fois que ces hommes, capturés, ne parlent trop ou, pire, soient des agents-doubles nazis… (DR)
Sur le terrain d’aviation de Burg-el-Arab, Buck enseigne l’art de faire exploser les avions, bien que Mittmann affirme ne pas avoir reçu de formation sur le dynamitage. « C’est la seule fois où j’ai appris quelque chose sur la structure des commandos. Celui-ci est rattaché au GQG du Caire ». Il est organisé en escadrons, chacun fort d’une centaine d’hommes, Mittmann ne connaissant lui-même que l’escadron de QG, ainsi que l’escadron A, basé d’abord dans l’oasis de Giarabub. Quant à l’escadron D, « il est vraisemblablement en réserve à Mersa Matruh ». L’Allemand ignore si les escadrons B et C existent vraiment. « Buck, poursuit Mittmann, a par ailleurs constitué un groupe spécial à partir de l’unité de QG. Il souhaite 12 hommes, choisis parmi 192. Des hommes maîtrisant l’allemand et versés dans l’art du sabotage ». Ces 192 commandos d’élite sont destinés à opérer en Afrique, mais également en Allemagne, ainsi que, précise Mittmann, en Bohême-Moravie et en Italie. Mittmann et Eiben font partie des 12 hommes sélectionnés. 8 des 9 autres (le 12e serait Buck ?) sont des Juifs, essentiellement d’Europe (des Allemands, des Autrichiens et des Tchèques) et un de Palestine. Mittmann retourne de nouveau au Caire, où il se rend même au GQG du Middle East Command, signe de la grande confiance qu’on lui témoigne. Il s’agit de ramener des uniformes allemands, y compris des contrefaçons, entreposés dans un stock spécifique.
Avec le LRDG
Parmi les véhicules du groupe du SIG, une Kübelwagen capturée par les Britanniques (ici, un modèle saisi par les Américaisn en Tunisie). Les engins sont ornés d’un petit drapeau noir à des fins de reconnaissances. De fait, le chef de la Feldgendarmerie de Derna, l’Hauptmann Gesel, rapporte qu’un officier italien lui a confié sa surprise de voir des véhicules allemands avec des drapeaux noirs. (NARA).
Début juin, le groupe est à l’oasis de Siwa, disposant d’une Kübelwagen, d’un Opel Blitz et de deux Ford V8 (un allemand et un anglais…). Mittmann indique que 15 français les rejoignent. Il les décrit comme des « parachutistes en uniformes anglais et avec des képis français ». Il s’agit en fait de membres du SAS, des FFL sous la direction du lieutenant Jordan. David Stirling, patron et créateur du SAS, s’est en effet décidé pour lancer des raids sur huit aérodromes ennemis en coordination avec le SIG. Dans l’oasis, Mittmann découvre la base du LRDG, avec ses Chevrolet dont il admire l’armement (mais il se trompe en parlant de « Vickers Wellington », confondant les mitrailleuses et le bombardier…) et les pneus qu’ils considèrent comme spéciaux car ils sont très larges (ils sont en fait standard, mais, en effet, la largeur est un atout pour négocier un passage dans le sable mou). L’Allemand ne se trompe pas quand il rapporte que le LRDG a pour mission de faire de la reconnaissance ou de déposer les différentes équipes des commandos de sabotage sur les lieux où les actes de sabotage doivent être commis. « Je ne sais pas s’il existe encore une base de vivres quelque part dans le désert. Siwa elle-même dispose de suffisamment de réserves de nourriture, d’eau et de carburant. La patrouille des gardes circule toujours en uniforme anglais, la plupart de ses membres portent la barbe. » Ce dernier détail, typique des « raiders » (mais jamais au Caire) a dû frapper un soldat habitué à la rigueur germanique…
Le 8 juin, ils quittent Siwa. Direction nord-ouest, puis plein ouest. Les 12 commandos sont à bord de leur quatre véhicules, bénéficiant de l’escorte de quatre camions du LRDG (il s’agit de la patrouille R1, soit 13 hommes), sans oublier les 15 Français. Les sources anglaises mentionnent un effectif de 15 pour le groupe du SIG (a priori, Mittmann ne s’est pas inclus avec Eigen…). Les barbelés de la frontière (« The Wire » pour les Anglais) est franchie nuitamment, près de la hauteur de Weska. La colonne se rend ensuite à Bir Hacheim, où ils passent la nuit (notons que les combats y font rage et que Rommel est alors sur le point de prendre la place : où s’est donc installée la colonne de Buck ?). Le 10, ils font route jusqu’au lac salé de Baltet-el-Zalag (à 16 km au nord de celui-ci et le 11 juin selon les National Archives). Il était en même temps prévu qu’il serve de point de rendez-vous à l’issue de l’opération, et les commandos devaient y retrouver la patrouille du LRDG le 16 juin à l’aube ou au crépuscule (le 18 d’après les sources anglaises).
En route pour le raid
Parmi les membres du commando, des SAS français. (DR)
Le 12 juin, le groupe de 27 hommes poursuit son avance à bord des véhicules allemands et du Ford anglais, Eiben avec le grade de Feldwebel, tandis que Buck porte l’uniforme d’un simple soldat. Ils roulent jusqu’à Slonta, puis vers De Martino, avant d’emprunter la Via Balbia en direction de l’est jusqu’au wadi el Magta, où le groupe se dissimule. A 17 heures, Mittmann reçoit l’ordre de rouler en direction de Derna avec l’Opel Blitz. Pour ce trajet, la croix de Saint André qui a été peinte sur le véhicule (et sur les autres engins de prise) est dissimulée à l’aide d’essence et de sable. « Le juif [sic] Gottlieb, passager, le juif Faber, qui était également assis sur le toit du camion, le capitaine Buck, un lieutenant français et deux sergents français ont participé au voyage ». Le camion roule vers le nord depuis le wadi el Magta, atteint l’aérodrome, le longe puis rejoint la Via Balbia à proximité immédiate du bâtiment du commandant de l’aérodrome. Buck connaît déjà la base de Stuka de Derna Süd pour y être déjà venu. Ils font ensuite demi-tour et reprennent la piste de Martuba jusqu’à l’oued el Magta où les attendent les autres « raiders ». Mittmann ne raconte rien des péripéties : le groupe a en effet été arrêté par une sentinelle italienne au niveau d’une barrière, cachant son ignorance du nouveau mot de passe sur le fait qu’il était en mission dans le désert. Survient alors un officier allemand qui invite Buck à discuter de la situation autour d’un verre. Buck rétorque en soulignant l’urgence de sa mission (livrer des véhicules à son unité) et ne s’en sort qu’en menaçant de faire un rapport… Plus loin, informés du risque des « raiders » par un Gefreiter, les commandos se retrouvent à faire la queue avec des soldats de l’Afrikakorps pour ingurgiter un dîner de lentilles et de viande… Mittmann omet aussi un détail compromettant : c’est lui et Eiben qui partent demander le nouveau mot de passe et qui l’obtiennent…
Nouvelle trahison
Des C. 202 italiens alignés sur un tarmac des plus sommaires. Les aérodromes de l’Axe constituent les cibles privilégiées des saboteurs des différentes « armées privées » qui dépendent du Middle East Command. (Luce)
Le soir, de retour au wadi, Mittmann reprend le « cerceau », toujours avec Gottlieb à ses côtés. A l’arrière, 10 Français, toujours vêtus d’uniformes anglais (cachés sous une bâche d’après les sources britanniques), et un des commandos habillé en soldat du DAK. On embarque des charges explosives, des mines anglaises et des grenades allemandes, ainsi que des pistolets-mitrailleurs (a priori des MP 40). Cinq SAS doivent aller à la Casa Cantoniera de l’aérodrome de Derna, tandis que les cinq autres doivent se mettre en position au niveau de la bifurcation menant à Martuba. Les explosifs doivent détonner entre minuit et 0h30. Bizarrement, Mittmann affirme ignorer les missions précises dévolues aux deux groupes… Marturba est l’objectif du camion Ford allemand et de son équipage, soit Eiben et Buck, ainsi que les cinq derniers Français, ainsi que, le suppose Mittmann, un des « Juifs sous uniforme allemand » (on perçoit toujours le nazi sous le soldat). Ils doivent se garer dans un parc de véhicules de prises britanniques sis à proximité de l’aérodrome N°5, vraisemblablement pour se diriger ensuite vers l’ancienne base de chasseurs. Le reste des commandos et des véhicules demeure pendant ce temps dissimulé dans le wadi Mugta, lieu de rendez-vous où il faudra se trouver à 4h30 au plus tard. « Au cas où les véhicules tomberaient en panne, nous devrions essayer de nous frayer un chemin à pied vers le territoire anglais avec l’aide des Arabes », ces derniers, surtout les Senoussis, hostiles aux Italiens, étant souvent favorables aux Alliés dans la zone du Djebel Akhdar.
Partant comme prévu à 20h30, Mittamnn arrive à 200-300 m du cinéma de Derna et simule alors une panne en retirant discrètement la clé de contact, et ce sans que son voisin –Gottlieb- ne s’en rende compte. Il déclare alors à Gottlieb que le moteur a surchauffé et qu’il va courir jusqu’au poste voler une clé pour le capot (il a perdu la sienne), tout en affirmant à celui qui assure son interrogatoire qu’il a alors l’intention de déclencher l’alarme et de trahir le commando. Il affirme avoir renoncé à réaliser ce projet plus tôt dans la journée, de peur que, le voyant courir ainsi, Buck ne le crible de balles. Mieux vaut, pense t-il au cours du trajet de l’après-midi, attendre la pleine obscurité et, de plus, il estime qu’il sera plus facile de les faire prisonniers au retour de Martuba.
En courant vers la base de Derna, il rencontre un soldat allemand, auquel il fait immédiatement part de la situation. Il retourne alors au camion et tous s’apprêtent à reprendre la route quand retentit l’ordre : « les mains en l’air ! ». La garde allemande, promptement avertie, a en effet déjà cerné le camion. De la plateforme arrière, Faber, un des commandos en uniforme du DAK, ouvre le feu à la MP 40, amis Mittmann réagit sans attendre, se saisit d’un Lüger P-08 et tire depuis le marchepied. Il pense avoir touché Faber, mais une explosion déchire l’arrière du véhicule (Faber, se sachant perdu, aurait jeté une grenade sur les explosifs), faisant tomber Mittmann du camion. Jordan profite de la confusion pour s’esquiver (il sera le seul rescapé de son groupe, rapatrié par le LRDG avec Buck). Au final, Gottleib et quatre Français sont capturés, dont un blessé, les six autres étant apparemment tués, tandis que l’Opel Blitz se consume. Mittmann est amené auprès du commandant de la base, puis guide un parti d’une trentaine de soldats commandés par un Oberleutnant jusqu’au wadi, où ils ne mettent la main que sur quelques Français.
Des Hurricane alignés sur le tarmac d’un aérodrome de la Desert Air Force. Mittmann a observé avec soin les différentes bases qu’il lui a été donné de voir lors de son séjour en Egypte et son débriefing après son retour dans les lignes allemandes permet de préciser quelque peu le dispositif aérien allié. (DR)
Epilogue
Le document de « débriefing » de Mittmann se termine par la liste détaillée des aérodromes britanniques en Egypte, à peine quelques jours avant que, vainqueur à Tobrouk le 21 juin, Rommel et son Afrikakorps envahissent le pays à la rencontre de leur destin à El Alamein. Ernest Mittmann est de son côté envoyé à Berlin où il se voit décerner la Deutsche Kreuz en or des mains de Hitler, qui croit encore à la victoire en Afrique.
L’erreur pour un auteur de n’avoir qu’une connaissance partielle de la Seconde Guerre mondiale
WERNER MARCKS
ALEXANDER STARK
RUDOLF LANG
SOURCES PRIMAIRES : UNE QUALITE DE TRAVAIL HISTORIQUE ASSUREE ?