Seconde Guerre Mondiale WWII

RAIDERS DANS LE DESERT (2) :  ILRS ET AUTRES FORCES SPECIALES

Les unités de "raiders" méconnusse, autres que le SAS et le LRDG

Benoît Rondeau Copyright

Ci-dessus: “Popski”

Indian Long Range Squadron (ILRS)

            En 1941, le haut-commandement britannique, à l’instigation notamment d’Ord Wingate, discute de la multiplication d’unités de raiders à l’image du LRDG afin d’opérer en Afrique, mais aussi en Syrie. La mise en place et l’entraînement de ces nouvelles unités doit être supervisée par Ralph Bagnold. En fait, en raison du manque d’hommes et d’équipement, mais aussi car le sentiment d’alors est que les Allemands seront bientôt chassés d’Afrique. Finalement, on ne crée que le seul ILRS. L’ILRS, comprenant quatre patrouilles, est mis sur pied dans l’optique de mener des opérations similaires au LRDG mais en Iran et en Irak, au cas où la Wehrmacht y parviendrait. L’idée de créer l’ILRS vient d’un certain  Captain McCoy, de la 9th Army, qui en prendra le commandement. Le personnel de l’ILRS provient de la 3rd Indian Motor Brigade, composante de la 31st Indian Armoured Division. Les hommes sont en majorité des Indiens. A la date de sa création, l’ILRS compte 7 officiers britanniques, 9 sous-officiers et soldats britanniques et 85 Indiens, dont 3 officiers. Abandonnant ses véhicules de reconnaissance, les raiders, à l’instar de leurs camarades du LRDG, sont dotés de Chevrolet et de jeeps, au nombre de 35. Après avoir mené des patrouilles au Moyen-Orient, l’unité est envoyée en Egypte. L’ILRS, bien que formé par le LRDG et ayant accomplit des missions de concert avec celui-ci, n’est pas une composante du LRDG. Alors que son unité est encore en Syrie, un soldat de l’ILRS participe à une opération de la patrouille Y2 du Captain Lloyd-Owen lancée depuis Siwa vers la Tripolitaine centrale le 24 décembre 1941.  C’est le 11 mai 1942 que les deux premières patrouilles de l’ILRS arrivent de Syrie. La 1st Indian Patrol est composée de Jats, la 2nd de Musulmans. Elles sont commandées par le Captain Rand et le Lieutenant Nangle. Pour s’acclimater, elles effectuent  un petit trajet entre Siwa et le Trigh el Abd.  Les 3rd Indian Patrol (Rajputs) et 4th Indian Patrol (Sikhs) entrent en lice plus tard, en octobre 1942.

            Le 30 mai 1942, la 1st Indian Patrol quitte Siwa dans l’intention de déposer le Lieutenant Losco et des soldats de l’ISLD  dans le Djebel Akhdar et de ramener le Captain Melot du G(R). Avec l’approbation de ce dernier, la voie ferrée Barce-Benghasi sera minée. La patrouille ne parvient pas à trouver Melot au lieu de rendez-vous mais sa position est indiquée par deux de ses Arabes. Le 7 juin, la voie ferrée est minée avec de la gélignite. Le 9, la patrouille est à Siwa, après avoir été pris en chasse par cinq véhicules qu’elle est parvenue à semer.

            Du 11 au 18 juin 1942, la 2nd Indian Patrol (lieutenant Nangle) est en position d’embuscade entre Jalo et Jrabub mais aucun convoi ne se présente.

            Le 30 octobre 1942, la 3rd Indian Patrol du capitaine Rand quitte Koufra avec pour mission de ramener le Major Chapman et un petit groupe du service de renseignements. Le rendez-vous est fixé à Regima, à proximité de l’escarpement de Benghasi. Les  conducteurs indiens sont toutefois encore inexpérimentés et le temps perdu dans la Grande Mer de Sable contraint Rand à renoncer. Toutefois, le 11 novembre lors du voyage de retour, au nord de la Grande Mer de Sable, la patrouille est attirée par un bruit de véhicules et découvre une procession ininterrompue de véhicules sur la piste qui relie les oasis de Jalo et de Jarabub. Le 13, mission lui est confiée de partir en reconnaissance à Jarabub et Siwa. Il est alors avéré que l’ennemi a abandonné les deux oasis. Pendant ce temps, la 2nd Indian Patrol, commandée par la Captain Birdwood,  part chercher Chapman et ramène deux prisonniers évadés. 

            Le 1er décembre, la 4th Indian patrol du Lieutenant Nagle accompagne la patrouille Y1 dans un raid contre un érodrome à Hon. La pluie et le terrain, très mauvais pour les véhicules, empêchent les deux patrouilles d’atteindre leur objectif. Ce même 1er décembre, la 1st Indian Patrol du Captain Cantlay (5 Britanniques, 11 Indiens et 5 véhicules) quitte à son tour Koufra.  Mission : assurer la surveillance de la route entre El Agheila et Sirte. Toutefois, le 6 décembre, les ordres sont changés en raison des pertes essuyées par la patrouille G1. Il s’agit maintenant d’aller lui prêter main forte. En raison du mauvais temps, Cantlay éprouve des difficultés à localiser le campement de la patrouille G1 mais la jonction est finalement établie.  Alors que les eux patrouilles se mettent en route vers Koufra, elles sont réorientées vers Zella, où elles parviennent le 20 décembre. Les Indiens procèdent ensuite à la destruction d’un champ de mines sur la piste de Marada. 

            Le 24 décembre, la 4th Indian Patrol, alors basée à Zella, reçoit pour mission de repartir vers Hon, mais aussi Uaddan, afin d’établir si l’ennemi a abandonné les deux localités et, dans le cas contraire d’évaluer sa force et ses intentions. Le 25, en début de matinée, on ouvre le feu sur la patrouille. Celle-ci se met en ligne et commence à manoeuvrer mais s’enlise dans le sable mou. Tandis que la moitié des Indiens attaque à pied, le reste des hommes se démènent pour dégager les véhicules. L’ennemi saisit alors l’occasion pour se replier à bord de ses quatre camions. Le lendemain, deux Arabes qui accompagnent la patrouille doivent s’infiltrer à Uaddan mais, démoralisés par le combat de la veille, ils refusent. Finalement, le 2 janvier, la patrouille constate l’abandon de Uaddan, puis de Hon. 

            Une semaine après la 4th, la 2nd Indian Patrol (captain Birdwood) quitte à son tour Zella avec pour mission de s’attaquer à tout véhicule ennemi sur la route Brach-Mizda-Tripoli. Brach est alors entre les mains des FFL de Leclerc, lequel a été rejoint à Esc-Sciuref par la 1st Indian Patrol qui accompagne ensuite les Français jusqu’à Nalut, atteint le 21 février. Le 4 janvier,  Birdwood est prêt à passer à l’action. Le 6, un convoi de 30 camions escorté par deux blindés est repéré. Les raiders laissent passer 15 camions puis se mettent en route, en ligne, et remontent la colonne adverse après avoir ouvert le e feu à une distance de 300 mètres. De nombreux fantassins sautent alors des camions et répliquent aux tirs des Indiens. la patrouille est alors contrainte au repli mais reste dans le secteur encore cinq jours.  Le 8, elle reçoit l’ordre de déminer  la route où elle vient de poser ses mines car les Français sont annoncés. Le 11 janvier, une petite colonne formée de deux autos-blindées, l’une d’entre-elles arborant un drapeau français, et six camions remplis de soldats, apparaissent, faisant mouvement vers le nord. La patrouille de l’ILRS se trouve alors en excellente position d’embuscade. Son signal de reconnaissance ne reçoit pas de réponse. La colonne continue  à avancer avant de stopper tandis que la patrouille se replie sans être vue. Les automitrailleuses ouvrent alors le feu sur la colline où étaient les Indiens qui répliquent à bord de leurs cinq camions. Une course poursuite s’engage ensuite sur environ 9 kilomètre. Birdwood apprendra ensuite que les Français qui devaient emprunter la route ont en fait pris un autre chemin et que sa patrouille a donc dû affronter des Italiens. 

            Le 21 janvier 1943, la 3rd Indian Patrol (Captain Rand) quitte Hon pour une mission de repérage topographique dans le sud tunisien. Elle doit trouver un passage à l’est du Grand Erg Oriental. Le 22 janvier, elle se trouve avec la patrouille R1 à Esc Sciuref puis campe dans le secteur d’Allagh dans la nuit du 24 au 25. La patrouille se heurte ensuite à une ceinture de dunes qui, bien qu’aisément franchie par les jeeps, cause des difficultés aux Chevrolets 30-cwt. Rand fait le plein de carburant au “Wilder’sDump”. Les jours suivants, la patrouille se rapproche de l’Erg, mais le terrain est mauvais. Rand, ayant établi une base, est parti avec une jeep et deux Chevrolet  quand il reçoit alors l’ordre de partir à la recherche de la patrouille T2 dont on est alors sans nouvelles depuis le 27 janvier, date à laquelle celle-ci a subi une attaque aérienne. Rand parvient à localiser les épaves des véhicules de la patrouille T2  sur lesquels il trouve deux notes, l’une d’elles mettant en garde contre les espions arabes. Rand rentre alors à sa base le 5 février où il retrouve les 2nd puis 4th Indian Patrols. A Tripoli, Rand fait son rapport au général Freyberg et lui annonce que, bien que n’ayant pu patrouiller au nord de la zone, il peut, pour la partie qu’il a parcourue, recommander un passage contournant la ligne Mareth. Les 2nd et 4th Indian Patrols effectuent également des reconnaissances topographiques, notamment dans le Djebel Tebaga. Les deux patrouilles ont dû chacune abandonner un camion pour ennuis mécaniques. La reconnaissance du secteur est alors menée par une patrouille composite formée de 4 jeeps et de 4 Chevrolets. Deux bases dotées chacune de deux Chevrolet sont établies afin de se prémunir d’un désastre comme celui qui vient de survenir dans le même secteur à la patrouille T2 qui y a perdu tous ses engins sous les coups d’une attaque aérienne. La mission est terminée le 10 février. Si elle rapporte que le Djebel Tebaga est infranchissable, elle permet d’établir en revanche qu’un passage existe au sud.

            Début mars, l’ILRS est déplacé de Hon vers la frontière tunisienne où il mène notamment des patrouilles de sécurité pour des aérodromes ou des reconnaissances pour établir des routes. Le 3 avril 1943, il rentre en Egypte. Le bilan est mitigé. Certes, l’ILRS est engagé tardivement et les missions sont en général remplies, mais les patrouilles participent peu aux missions d’observation de la route ni aux attaques d’aérodromes, parmi les plus réussies au LRDG. En revanche, sa contribution dans le cadre des reconnaissances topographique est indéniable, notamment à l’ouest de la ligne Mareth, vers Tebaga.

Popski’s Private Army (PPA)

            Connue aussi sous le nom de N°1 Demolition Squadron, cette unité est crée  par le Major Peniakoff en 1942 au Caire. Elle découle du Sabotage Platoon du LRDG, autorisé début 1942 mais jamais mis en place. Puisque son nom est trop difficile à prononcer par le personnel des transmissions, Peniakoff est finalement surnommé Popski par Kennedy Shaw, responsable du renseignement au LRDG et grand arpenteur du désert occidental avant guerre. Pour la petite histoire, Popski est un personnage de caricature du Daily Mirror. La mission principale dévolue à Peniakoff et ses hommes est le sabotage, en particulier la destruction de dépôts de carburant. 

            Le Major Peniakoff est d’abord des raids avec la Libyan Arab Force (voir infra) pendant trois mois. En fait, c’est en tant qu’arabophone qu’il rrejoint le 3rd Battalion de l’armée senussi. Toutefois, les Britanniques n’ont guère confiance en ces Arabes qui sont cantonnés à des missions de police et de surveillance. La vie de garnison ne convient pas à Popski et il décide de créer le Libyan Arab Force Commando avec du personnel britannique et arabe. C’est ainsi qu’une douzaine d’hommes l’accompagnent avec une patrouille du LRDG qui l’emmène de Siwa au Djebel Akhdar. Parmi les faits d’armes de son groupe, la destruction d’au moins trois dépôts de carburant totalisant presque 100 000 litres d’essence. Cette unité est pourtant dissoute en l’absence de Peniakoff, qui découvre le faut accompli en août 1942 à son retour au Caire après cinq mois passés derrière les lignes ennemies. En septembre 1942, le Major Peniakoff et ses hommes sont mis à contribution dans l’opération “Caravan” menée sur Barce dans le cadre de la grande opération combinée lancée de concert sur Benghasi, Tobrouk, Barce et Jalo. Les faits sont bien connus, aussi nous ne n’y attarderons pas. Notons seulement que le fiasco est presque total et que, parmi les tués on compte Hasleden lui-même. Peniakoff, qui participe donc au raid du LRDG sur Barce, s’initie ainsi à ses méthodes et ne renonce pas à créer sa propre “armée” de raiders. Après plusieurs semaines de convalescence, Popski va trouver le colonel Hackett, alors chargé de l’organisation des différentes unités irrégulières de la 8th Army. C’est ce dernier qui autorise Peniakoff à mettre en place une nouvelle unité, le N°1 Demolition Squadron. C’est ainsi qu’est formée ce qui sera surnommée la Popski’s Private Army, ce qui constitue également une façon de masquer la mission première de l’unité. Parmi les premiers officiers engagés, trois de ses amis qui ont combattu à ses côtés au sein de la Libyan Arab Force.

            Le 10 décembre 1942, l’unité passe sous les ordres du LRDG. Ses effectifs se montent à 23 Britanniques, dont 5 officiers et 24 Arabes. Elle dispose de 8 jeeps et de 4 camions de 3 tonnes. A cette date, la PPA n’a pas encore été beaucoup engagée. Or, la guerre du désert touche à sa fin! A partir de ce moment-là, elle s’avère particulièrement efficace, infligeant des pertes sensibles à l’ennemi en s’infiltrant de nuit au sein de ses convois. Lorsqu’une opportunité se présente, c’est à dire quand rouler hors de la route semble facile, les hommes de Popski ouvrent alors le feu sur l’ennemi avant de quitter la route pour s’esquiver dans la nuit. Toutefois, en janvier 1943, Popski est pris en embuscade par les Allemands. Ces derniers perdent deux automitrailleuses mais ils ont détruits une jeep et plusieurs camions. Peu après, alors que le LRDG cherche un passage pour contourner la Ligne Mareth, Popski découvre que son échelon arrière, trahi par des Arabes, a été mitraillé par des appareils ennemis. La seule alternative pour les hommes du LRDG et de la PPA est de marcher sur Tozeur, alors entre les mains des forces françaises. Popski s’arrange ensuite pour rattacher son unité à la 1st British Army en Tunisie où il termine la campagne d’Afrique du Nord. L’unité n’a pas manqué d’allant mais, de petite taille, son impact tactique sur le champ de bataille est réduit. Bien que Peniakoff s’en donne le mérite, c’est plutôt au LRDG et à l’ILRS qu’il faut attribuer le fait d’avoir trouvé la voie pour contourner la Ligne Mareth que va emprunter le général Freyberg en mars 1943.

Libyan Arab Force

            La dure et sanglante conquête de la Libye par l’armée italienne laisse bien des rancoeurs. Lors de l’entrée en guerre de l’Italie en 1940, un certains nombre de leaders libyens saisissent l’opportunité pour tenter d’organiser une guérilla aux côtés des Britanniques. C’est ainsi que va naître la Libyan Arab Force, ou armée Senussi. Elle compte plusieurs bataillons sous commandement britannique. Si l’intention première est de les engager dans le Djebel Akhdar pour y mener des opérations de guérilla, ils sont avant tout relégués à des tâches secondaires, comme la surveillance de prisonniers ou d’installations militaires. En effet, combattre dans le désert nécessite d’être motorisé, ce qui nécessite un minimum de connaissances techniques et mécaniques qui fait défaut. Un bataillon combat cependant dans Tobrouk assiégé. Trois bataillons sont levés pour des missions de guérilla. De fait, de nombreuses missions sont organisées sur les arrières ennemis en Cyrénaïque de concert ave le LRDG.

            Les patrouilles du LRDG, notamment les patrouilles R et T du A Squadron, vont multiplier les transports d’agents britanniques et arabes derrière les lignes ennemies, dans le Djebel Akhdar, au point que le Squadron est vite surnommé “Libyan Taxis Ltd”. C’est en juin 19471 que le LRDG reçoit en effet la mission de convoyer des agents en Cyrénaïque et collecter leurs rapports. Le 11 juin 1941, la H Patrol du Lieutenant Easonsmith dépose deux Arabes à proximité de Gambut. Le 19 du même mois, la H Patrol quitte à nouveau Siwa pour emmener notamment un officier de renseignement britannique et deux officiers Senussi dans le Djebel Akhdar.  En juillet, deux autres agents arabes sont déposés à Mersa Lukk, sur la côte, à l’est de Tobrouk. En juillet-août 1941, c’est au tour de la Y Patrol de transporter un officier et un groupe envoyés par le GQG du Caire. En août, la patrouille R dépose deux agents arabes au nord de Bir Raggia, à nouveau dans le Djebel Akhdar. Après les avoir attendu 12 heures au point de rendez-vous fixé, la patrouille doit retourner à Siwa sans eux mais deux autres arabes, connaissant bien la région et les positions ennemies, repartent avec les hommes du LRDG. En septembre 1941, la patrouille R doit déposer deux agents à l’ouest de Mechili et les ramener avec deux autres qui opèrent dans le même secteur. Les deux premiers reviennent bien au rendez-vous fixé au bout d’un jour et demi mais les deux autres ont entamé de leur propre chef le voyage de retour, sur dromadaires, et arrivent à Jarabub une ou deux semaines plus tard. La même patrouille R dépose deux autres agents arabes dans le Golfe de Bomba, à l’ouest de Tmimi en octobre 1941. Après quatre jours d’absence, les deux agents retrouvent la patrouille et sont ramenés à Siwa. En octobre, c’est la Captain Haseleden, fameux agent britannique déguisé en arabe, est ramené à Siwa.  En novembre 1941, à la veille de l’opération Crusader, la patrouille T2 du Catain Hunter doit emmener Hasleden et cinq hommes, dont deux arabes, les déposer en un point convenu le 10 novembre au plus tard, puis reprendre ceux-ci le 39 novembre et les ramener à Siwa. La connaissance du terrain de Hasleden aide beaucoup à la navigation de la patrouille. Le 13 novembre, Hasleden envoie un de ses agents arabes prévenir Hunter que depuis trois semaines la division motorisée Trieste a quitté Slonta, entre Benghasi et Derna, et s’est dirigée vers l’est. L’information est d’importance car le QG de la 8th Army l’ignore. Aussi est-elle transmise par radio. 

            Le 9 février 1942, la patrouille G2 du LRDG du Lieutenant Timpson quitte Siwa avec pour mission d’observer le trafic routier ennemi. Le Captain Hasleden est du voyage, ainsi que, sur son conseil, Hussein Eff Taha, ex-Mudir de Slonta. Ce dernier sera une aide précieuse pour savoir s’il est possible de faire confiance aux Arabes de Cyrénaïque. Les accompagne également un certain Tayeb el Barani, un natif de Slonta, qui est réfugié en Egypte depuis plusieurs années. A Baltat el Zelagh, au sud de Mechili, des Arabes informent la patrouille qu’il n’y a  eu aucun mouvement de l’ennemi dans le secteur. Le 12, mes camions sont camouflés dans un wadi à proximité de Slonta. Timpson et Hasleden prenne en charge chacun un groupe pour observer le trafic sur les routes du nord et du sud en direction de Barce. Hasleden rapportera qu’un véhicule sur cinq est d’origine britannique et que ces derniers sont en bien meilleur état que les engins de facture allemande ou italienne. Les Arabes locaux s’avèrent être  une source précieuse d’informations sur les mouvements de troupes ennemies. Hasleden apprend aussi d’un homme de la tribu Barassa que quelques Britanniques ont été vus le 11 février. Certains peuvent être localisés et sont ramenés à Siwa, en l’occurence un tambour du Royal Sussex Regiment, 3 hommes du Welsh Regiment et 11 du 3rd Battalion Libyan Arab Force. Les Arabes s’avèrent dans l’ensemble favorables aux Britanniques, en particulier ceux des tribus Barassa et Obeidat. Hasleden observe également que, bien que pillant à l’occasion les colons, les Arabes ne subissent aucune forme de représailles. Lors de son voyage de retour à sa base de Siwa, la patrouille G2 emporte 47 passagers, dont deux épouses et un enfant d’Hussein Eff Taha.

            Le 25 février 1942, la patrouille S1 du Captain Holliman reçoit une mission similaire à la patrouille G2 pour surveiller les deux routes menant à Barce. L’accroissement de l’activité de l’ennemi empêche  les camions de se rapprocher à proximité des routes. Le transport, qui devait être assuré par des agents arabes, ne se matérialise pas, de sorte que seul le trafic sur la route méridionale pourra être surveillé trois jours durant. Le 15 mars 1942, la patrouille S2, en mission avec des hommes du SAS, dont David Stirling lui-même, embarque également à bord de ses camions le Captain Melot, un officier britannique du GQG parlant arabe, ainsi que deux hommes du Senussi Regiment. Ces derniers seront chargés de faire des reconnaissances, notamment  sur les aérodromes visés par le SAS. La patrouille R2, qui part en mission le 5 avril, transporte un officier arabophone du QG et deux soldats de la Libyan Arab Force. La mission de la patrouille du 2nd Lieutenant Croucher est de ramener un groupe de raiders du SAS commandé par le 2nd Lieutenant Dodd. Une fois encore, les rabes seront des auxiliaires précieux. A Baltert el Zelagh, l’agent arabe Hamed bu Serawaliya informe la patrouille du LRDG que les hommes du SAS seront à Hagfet Gelgaf, à 35 km au nord, dans la soirée du 20. Au lieu du rendez-vous, Croucher découvre, en sus des 7 hommes du SAS, le Captain Chapman du GQG, un officier de la Libyan Arab Force, un caporal du GQG et 6 membres de la RAF. Arrivée à Siwa le 10 avril, la patrouille repart aussitôt pour récupérer trois autres soldats de la Libyan Arab Force ainsi que des commandos. Enfin, courant avril, deux agents arabes sont déposés à proximité de l’oasis de Djalo par la patrouille G1 qui les récupère 4 jours plus tard après avoir acquis de précieux renseignements sur la garnison qui s’y trouve. En mai 1942, la patrouille G2 emmène deux officiers de renseignement, dont le Captain Melot (G (R)) et deux Arabes. La patrouille S2 emmène elle-aussi 3 officiers du G(R) ainsi que des soldats de la Libyan Arab Force. La patrouille Y1 surveille la route Mechili-Msus du 30 mai au 9 juin, déposant par la même occasion le Major Peniakoff et 17 hommes de la Libyan Arab Force sur un poste d’observation à une vingtaine de kilomètres au sud de Baltet el Zelagh. Le 19 juin, la patrouille T2 doit récupérer un aviateur de la RAF qui a réussi à entrer en contact avec les hommes de Peniakoff. La patrouille emmène par la même occasion 12 hommes de la Libyan Arab Force sous la direction du Captain Grandguillot dans le but de créer une organisation pour faciliter le retour dans les lignes britanniques de soldats évadés et de pilotes. 

            En juillet 1942, alors que la première bataille d’El Alamein fait rage, les patrouilles S2 et R2 transportent jusque dans le secteur de Benghasi des hommes du G(R), de l’ISLD et de la Libyan Arab Force opérant avec Peniakoff. Le 4 août, le Captain Kennedy-Shaw quitte le Fayoum avec les patrouilles Y2 et G2. Celles-ci ont notamment pour mission de déposer 4 hommes de l’ISLD avec un émetteur radio dans le secteur de Regima et de les ramener à la fin de leur mission. Elles doivent également rejoindre un point de rendez-vous à l’ouest de Mechili pour y apporter deux millions de lires à Peniakoff et ramener Chapman et autant d’hommes que Peniakoff désire, dans la limite de 30. La dépression de Qattara est franchie le 6 août. Les hommes de l’ISLD sont déposés à Umm el Schechaneb le 11 août. Le contact est établi avec Peniakoff et 20 de ses hommes embarquent pour le voyage de retour.  Le 29 août, la patrouille R1 quitte Koufra pour entreprendre le long voyage jusqu’à Tarhuna, dans le secteur duquel doivent être déposés le Lieutenant Losco et trois hommes de l’ISLD. La mission se déroule comme prévue.

            Le 23 août 1942, une conférence tenue au quartier-général décide entre-autres que la composante militaire du G (R) ne doit pas entreprendre de reconnaissance en temps que telle, puisque c’est la mission dévolue à l’ISLD. En revanche, elle peut faire part de toute information glanée à ce propos au cours de ses activités sur les arrières de l’ennemi. En octobre-décembre 1942, alors que Rommel est vaincu à El Alamein et que débute sa grande retraite vers la Tunisie, le LRDG continue ses missions de taxi pour l’ISLD, le G(R) et les hommes de Peniakoff, notamment en Tripolitaine, à Bir Tala, au sud-ouest de Misurata,  et à Buerat. En janvier 1943, quittant Zella, 6 hommes de la PPA accompagnent la patrouille S1 dans le sud tunisien, à proximité de l’Algérie. Peniakoff et ses hommes font des raids dans le secteur d’Esc-Sciuref. Ils établissent un dépôt d’essence avec la patrouille T2 et la section lourde du LRDG. Toutefois, le 27 janvier, des avions de l’Axe attaquent les bases d’opérations de la patrouille T2 et de la PPA. Cinq jeeps seulement sont encore en état, dont 2 du LRDG. Les survivants se mettent en route vers le secteur de la 1st Army et parviennent à Tébessa.  En février 1943, la patrouille S2 arrive à Tozeur où elle doit convoyer le Captain Grandguillot, un opérateur-radio et quatre Arabes avec leur équipement. En route, elle découvre les carcasses des engins de la patrouille T2. Le 16 février, alors qu’il se trouve en opération, des méharistes français informent Grandguillot que Tozeur est tombé, suite à l’offensive de Rommel vers Gafsa. La patrouille longe alors l’Erg Oriental. Afin d’éviter un fort parti de soldats italiens montés sur dromadaires, les raiders doivent traverser les dunes où le terrain et la progression sont plus difficiles. 

“Buck” Party ou SIG (Special Interrogation Group)

            Il s’agit d’un petit groupe de commandos germanophones, essentiellement des Juifs palestiniens ou réfugiés dans la région. On compte aussi des recrues provenant de la Légion Etrangère Française ainsi que des forces tchécoslovaques. Ils sont commandés par le Captain Buck,  qui est membre de l’Intelligence Service au Moyen-Orient et qui est un parfait germanophone. Buck, capturé par les Allemands, a réussi à s’évader puis à rejoindre l’Egypte en portant un uniforme allemand. La mission du SIG est le sabotage derrière les lignes ennemies, le plus souvent sous l’uniforme allemand. Ses membres savent donc qu’ils encourent la peine de mort en cas de capture car ils seront considérés comme des espions. Les Britanniques craignent toutefois que fois que ces hommes, capturés, ne parlent trop  ou, pire, soient des agents-doubles nazis. 

            La patrouille R1 du LRDG quitte Siwa le 8 juin 1942 pour une mission de “taxi”, en l’occurrence transporter 15 Français du SAS sous le commandement du Lieutenant Jordan ainsi que le Captain Buck et 15 de ses hommes. Les objectifs de Buck sont les aérodromes de Martuba et de Derna. Toutefois, un des Palestiniens trahit le groupe, de sorte que l’intégralité du groupe SAS français est capturée, non sans avoir au préalable détruit 20 appareils ennemis. Les survivants du SIG sont récupérés par le LRDG qui les rapatrie à Siwa. Le SIG participe au raid manqué sur Tobrouk en septembre 1942 (opération Agreement).

Special Boat Section

            Le Special Boat Section, parfois connu sous le nom 1 SBS, est constitué à partir d’éléments des N°7, 8 et 11 commandos après dissolution de ces derniers. Il provient en particulier du Folbot Troop attaché au QG de la Layforce. Comme le nom de l’unité l’indique clairement, les commandos opèrent des sabotages amphibies. Ils participent à différents raids, notamment en Crète. La méthode d’action employée suppose en général un acheminement de deux hommes par sous-marin avant d’opérer à bord de canots pneumatiques, déposant des charges explosives sur les flancs de navires ennemis. En 1942, l’unité, rebaptisée Special Boat Squadron, devient le D Squadron du 1 SAS Regiment. Pourtant, cette unité opère indépendamment et devient finalement un régiment à part entière, quoique conservant béret et cap badge du SAS. 

G (R),ISLD (Inter-Services Liaison Department),A Force

            Plusieurs organisations émanant des services d’espionnage et de contre-espionnage britanniques participent aux opérations menées en Libye.

            Le SOE (Special Executive Operations) a été créé à l’instigation de Churchill afin d’organiser la guérilla dans les lignes ennemies et d’assister les réseaux de résistance dans leur lutte contre l’occupant. Au sein de l’état-major au Moyen-Orient, le SOE prend apparemment le nom de G (R) (“G” pour guérilla?). Les agents qui relèvent de cette organisation seront convoyés sur leurs zones d’opérations par le LRDG. 

            L’ISLD en fait du nom de couverture pris par l’Intelligence Service au Moyen-Orient pendant la guerre. Comme à son habitude, les services de renseignements britanniques opèrent en envoyant leurs agents recueillir des renseignements derrière les lignes ennemies. rompus aux méthodes es services secrets, les membres du ISLD peuvent, le cas échéant, avoir à leur disposition des postes émetteurs.

            La N Section de la A Force est notamment responsable de l’aide apportée aux soldats alliés présents derrière les lignes ennemies et qu’il s’agit d’évacuer.