Comment se prétendre historien de la Seconde Guerre mondiale quand on est un béotien complet sur la bataille de l’Atlantique, la guerre du désert et la guerre du Pacifique ? Il en existe…Autant demander à un spécialiste de l’armée romaine de ne s’intéresser qu’à la guerre contre les Parthes et ignorer tout du reste.
Cette courte réflexion porte sur les livres consacrés à l’histoire militaire, et non à ceux portant sur d’autres aspects de la Seconde Guerre mondiale.
Trop souvent, je constate, en lisant des ouvrages ou en devisant avec des individus, que des auteurs et des spécialistes de la Seconde Guerre mondiale n’ont en fait qu’une connaissance très limité et partielle de la Seconde Guerre mondiale, soit qu’elle ne déborde pas de l’étroitesse de leur sujet de thèse, soit qu’elle ne concerne pas leur front fétiche, soit que leur centre d’intérêt de dépasse pas quasiment le micro-tactique (je pense à certains conservateurs ou employés de musée, ce qui n’enlève rien à leurs qualifications dans les questions abordés, dont ils sont indéniablement des spécialistes) , pour ne pas dire les “fanas” de mécanique qui n’entendent rien à l’histoire.
C’est problématique, car cela pousse à des non-sens, à une mauvaise compréhension des événements, ainsi qu’à la mise en avant de contre-vérités.
Ainsi, des historiens, obnubilés par le front de l’Est notamment, finissent par avoir une vision par trop biaisée de la Seconde Guerre mondiale. A contrario, il est des fanatiques de la bataille de Normandie qui n’entendent rien au conflit germano-soviétique (à part éventuellement Koursk, pour les aficionados des Waffen SS…). Partant, ce grave écueil pousse aussi à des absurdités lorsqu’il s’agit de répondre à la question sans intérêt autre que polémique : “Qui a permis de gagner la guerre contre le III. Reich?” (la victoire est celle d’une coalition…).
Je n’ai jamais compris non plus qu’un “spécialiste” d’un des deux fronts précédents ne puisse pas connaître ni s’intéresser à la guerre du Pacifique, à la bataille de l’Atlantique ou aux multiples campagnes survenues en Méditerranée.
Pareille remarque vaut aussi pour celui dont l’horizon se borne à un camp, ignorant “l’autre côté de la colline” ou même les éventuels alliés, comme si la guerre en Italie se bornait au CEF ou “Barbarossa” expliquée que du seul point de vue de la Wehrmacht…
Comprendre la guerre suppose en effet d’en acquérir une vision globale, sans préjugés, et de saisir les interactions entre les différents fronts, pour ne pas mentionner les aspects politiques et économiques sous-jacents.
En fait, je pense que tout est aussi question de choix et de centres d’intérêt. A chacun la liberté de ce point de vue. Un historien ne s’intéresse qu’à la Normandie en 1944, à la France en 1940, à l’Union soviétique ou à la guerre du désert ? Pourquoi pas, sa spécialisation n’en fera qu’un écrivain a priori à même de nous faire découvrir des détails et des faits méconnus et dûment sourcés, mais il devra l’assumer et il faudra prendre garde, en lisant ses écrits, que les hommes, le matériel et les batailles qui constituent sa matière d’étude sont tributaires d’événements parfois très éloignés, dans l’espace mais aussi parfois dans le temps. Il reste que trop de fronts ou d’aspects de la guerre sont si peu traités qu’un auteur peut presque être le seul à aborder un sujet, ce qui n’en fait pas pour autant un spécialiste de la question ni de son livre un bon livre.
In fine, les ouvrages traitant de la guerre sont fort divers, ce qui est appréciable car chacun y trouve son compte… Le style ou les thèmes fétiches d’un historien peuvent aussi s’avérer être très révélateurs.
« DIS-MOI CE QUE TU ECRIS ET JE TE DIRAIS QUEL HISTORIEN DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE TU ES »
Le style ou les thèmes fétiches d’un auteur peuvent s’avérer très révélateurs :
Public recherché, type d’ouvrages (témoignage, photos, uniformes, campagnes…), ceux qui ne s’intéressent pas aux aspects militaires (nombreux en France), les techniciens, ceux qui relatent des batailles dans le détail, les touche à tout ou les spécialisés, les éditions portées sur le Feldgrau, ceux qui croient faire de l’histoire, ceux qui cherchent à tout prix à remettre en cause un mythe…
Si certains restent très (trop) vagues dans leurs descriptions des batailles, des auteurs nous emmènent dans une bataille en ne nous épargnant aucun détail, et ce parfois au prix de la perte d’une vue d’ensemble, qui fait parfois complètement défaut. Globalement, les perspectives stratégiques, voire opérationnelles, du front sont passées sous silence, pour ne pas parler des autres théâtres des opérations… Le moindre combat est expliqué jusqu’au détail sections impliquées, avec les noms des officiers, le nombre de chars (si ce n’est leurs numéros…), etc. Agrémenté de témoignages et lorsque la plume est agréable, la lecture est plaisante, sinon elle risque fort d’être fastidieuse, à trop ressembler à un rapport militaire (que le texte calque chez certains auteurs…).
Si certains se sont faits des spécialités dont ils peuvent s’estimer à tort ou à raison les références, d’autres sont capables de traiter de tous les thèmes, quel que soit le théâtre des opérations ou l’aspect retenu : civils, économie, tactique…
La mémoire a le vent en poupe, ainsi que le devoir de mémoire. Collecter et transmettre les témoignages n’est pas seulement fondamental, il est aussi très enrichissant sur le plan historique, et ce à bien des points de vue. Dans un autre style, on doit saluer ici l’effort de passionnés et d’historiens qui se font les passeurs de mémoire en publiant les souvenirs des combattants, obtenus lors des interviews ou à partir de journaux intimes. La publication d’un ouvrage se limitant à la traduction intégrale des souvenirs d’un soldat est-il un travail d’historien ? Certes non, ce qui n’enlève pas pour autant l’intérêt du livre.
Il faut notez ici qu’il y a également des historiens qui s’ignorent et/ou restent inconnus du grand public ou des lecteurs : passionnés ayant accumulé une documentation ou ayant arpenté tel ou tel champ de bataille ou encore décortiqué des archives écrites ou photographiques et qui ne brillent que sur des sites personnels, des forums ou dans les remerciements, quand on ne les oublie pas, placés en fin d’ouvrage.
Spécialiste d’une armée, d’armements ou d’uniformes
Si certains se sont faits d’un front la spécialité, d’autres sont des références pour une armée. Lorsqu’un livre traitant de l’armée britannique est signé Jean Bouchery, on est assuré de la qualité de ce qu’on va lire et de la véracité des données présentées. On pourrait citer François Vauvillier ou Eric Denis pour l’armée française de 1940. Pour les Ardennes, la signature Hugues Wenkin est immédiatement rassurante, ou encore Christophe Prime pour l’US Army en Normandie. Certains restent cantonnés à un type de matériel ou d’armes : Panzer, uniformes de telle ou telle armée, … C’est heureux car on est assuré du propos. Toutefois, le détail de certains ouvrages vise plus un public de passionnés de mécanique ou de balistique que de véritables férus d’histoire. Ecrire des ouvrages sur les Feldbluse ou sur les marquages divisionnaires est certes important pour le collectionneur ou le maquettiste, mais il est presque sans intérêt sur le plan historique. Il reste que pour être une référence et assumer un rôle de spécialiste, il importe de ne pas se disperser. Quand on consacre des années à arpenter et étudier la ligne Maginot comme Michel Truttmann ou à étudier l’armée italienne comme David Zambon, on devient indiscutablement un spécialiste reconnu dont la “parole” compte.
Il reste que pour être une référence et assumer un rôle de spécialiste, il importe de ne pas se disperser. Quand on consacre des années à des recherches sérieuses et des écrits sur la ligne Maginot comme, ou sur l’Atlantikwall, comme, on devient indiscutablement un spécialiste reconnu dont la parole compte. Pour autant, à trop se spécialiser, on finit par méconnaître le conflit dans sa globalité, ce qui peut induire à bien des erreurs.
Briseurs de mythe et chasseurs de gloire
L’exemple-type est un ouvrage avec un titre tel que « les mythes de… », « la vérité sur… », « les secrets de … ». Une démarche certes salutaire, mais l’historien talentueux y côtoie le chasseur de gloire. On peut y ajouter certaines biographies ou des ouvrages prétendant faire le point sur une campagne ou une armée, avec sous-jacent et sous-entendu, en faisant fi des prédécesseurs, que tout ce qui a été écrit jusque-là n’est qu’erreurs, poncifs et autres idées reçues. Quoi de plus simple que de tirer un trait sur tout ce qui a été écrit sur un personnage ou une bataille pour tenter de se forger une renommée ? Voilà bien une catégorie d’écrivain qui me déplaît…
Comment se prétendre historien de la Seconde Guerre mondiale quand on est un béotien complet sur la bataille de l’Atlantique, la guerre du désert et la guerre du Pacifique ? Il en existe…Autant demander à un spécialiste de l’armée romaine de ne s’intéresser qu’à la guerre contre les Parthes et ignorer tout du reste.
Cette courte réflexion porte sur les livres consacrés à l’histoire militaire, et non à ceux portant sur d’autres aspects de la Seconde Guerre mondiale.
Trop souvent, je constate, en lisant des ouvrages ou en devisant avec des individus, que des auteurs et des spécialistes de la Seconde Guerre mondiale n’ont en fait qu’une connaissance très limité et partielle de la Seconde Guerre mondiale, soit qu’elle ne déborde pas de l’étroitesse de leur sujet de thèse, soit qu’elle ne concerne pas leur front fétiche, soit que leur centre d’intérêt de dépasse pas quasiment le micro-tactique (je pense à certains conservateurs ou employés de musée, ce qui n’enlève rien à leurs qualifications dans les questions abordés, dont ils sont indéniablement des spécialistes) , pour ne pas dire les “fanas” de mécanique qui n’entendent rien à l’histoire.
C’est problématique, car cela pousse à des non-sens, à une mauvaise compréhension des événements, ainsi qu’à la mise en avant de contre-vérités.
Ainsi, des historiens, obnubilés par le front de l’Est notamment, finissent par avoir une vision par trop biaisée de la Seconde Guerre mondiale. A contrario, il est des fanatiques de la bataille de Normandie qui n’entendent rien au conflit germano-soviétique (à part éventuellement Koursk, pour les aficionados des Waffen SS…). Partant, ce grave écueil pousse aussi à des absurdités lorsqu’il s’agit de répondre à la question sans intérêt autre que polémique : “Qui a permis de gagner la guerre contre le III. Reich?” (la victoire est celle d’une coalition…).
Je n’ai jamais compris non plus qu’un “spécialiste” d’un des deux fronts précédents ne puisse pas connaître ni s’intéresser à la guerre du Pacifique, à la bataille de l’Atlantique ou aux multiples campagnes survenues en Méditerranée.
Pareille remarque vaut aussi pour celui dont l’horizon se borne à un camp, ignorant “l’autre côté de la colline” ou même les éventuels alliés, comme si la guerre en Italie se bornait au CEF ou “Barbarossa” expliquée que du seul point de vue de la Wehrmacht…
Comprendre la guerre suppose en effet d’en acquérir une vision globale, sans préjugés, et de saisir les interactions entre les différents fronts, pour ne pas mentionner les aspects politiques et économiques sous-jacents.
En fait, je pense que tout est aussi question de choix et de centres d’intérêt. A chacun la liberté de ce point de vue. Un historien ne s’intéresse qu’à la Normandie en 1944, à la France en 1940, à l’Union soviétique ou à la guerre du désert ? Pourquoi pas, sa spécialisation n’en fera qu’un écrivain a priori à même de nous faire découvrir des détails et des faits méconnus et dûment sourcés, mais il devra l’assumer et il faudra prendre garde, en lisant ses écrits, que les hommes, le matériel et les batailles qui constituent sa matière d’étude sont tributaires d’événements parfois très éloignés, dans l’espace mais aussi parfois dans le temps. Il reste que trop de fronts ou d’aspects de la guerre sont si peu traités qu’un auteur peut presque être le seul à aborder un sujet, ce qui n’en fait pas pour autant un spécialiste de la question ni de son livre un bon livre.
In fine, les ouvrages traitant de la guerre sont fort divers, ce qui est appréciable car chacun y trouve son compte… Le style ou les thèmes fétiches d’un historien peuvent aussi s’avérer être très révélateurs.
« DIS-MOI CE QUE TU ECRIS ET JE TE DIRAIS QUEL HISTORIEN DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE TU ES »
Le style ou les thèmes fétiches d’un auteur peuvent s’avérer très révélateurs :
Public recherché, type d’ouvrages (témoignage, photos, uniformes, campagnes…), ceux qui ne s’intéressent pas aux aspects militaires (nombreux en France), les techniciens, ceux qui relatent des batailles dans le détail, les touche à tout ou les spécialisés, les éditions portées sur le Feldgrau, ceux qui croient faire de l’histoire, ceux qui cherchent à tout prix à remettre en cause un mythe…
Si certains restent très (trop) vagues dans leurs descriptions des batailles, des auteurs nous emmènent dans une bataille en ne nous épargnant aucun détail, et ce parfois au prix de la perte d’une vue d’ensemble, qui fait parfois complètement défaut. Globalement, les perspectives stratégiques, voire opérationnelles, du front sont passées sous silence, pour ne pas parler des autres théâtres des opérations… Le moindre combat est expliqué jusqu’au détail sections impliquées, avec les noms des officiers, le nombre de chars (si ce n’est leurs numéros…), etc. Agrémenté de témoignages et lorsque la plume est agréable, la lecture est plaisante, sinon elle risque fort d’être fastidieuse, à trop ressembler à un rapport militaire (que le texte calque chez certains auteurs…).
Si certains se sont faits des spécialités dont ils peuvent s’estimer à tort ou à raison les références, d’autres sont capables de traiter de tous les thèmes, quel que soit le théâtre des opérations ou l’aspect retenu : civils, économie, tactique…
La mémoire a le vent en poupe, ainsi que le devoir de mémoire. Collecter et transmettre les témoignages n’est pas seulement fondamental, il est aussi très enrichissant sur le plan historique, et ce à bien des points de vue. Dans un autre style, on doit saluer ici l’effort de passionnés et d’historiens qui se font les passeurs de mémoire en publiant les souvenirs des combattants, obtenus lors des interviews ou à partir de journaux intimes. La publication d’un ouvrage se limitant à la traduction intégrale des souvenirs d’un soldat est-il un travail d’historien ? Certes non, ce qui n’enlève pas pour autant l’intérêt du livre.
Il faut notez ici qu’il y a également des historiens qui s’ignorent et/ou restent inconnus du grand public ou des lecteurs : passionnés ayant accumulé une documentation ou ayant arpenté tel ou tel champ de bataille ou encore décortiqué des archives écrites ou photographiques et qui ne brillent que sur des sites personnels, des forums ou dans les remerciements, quand on ne les oublie pas, placés en fin d’ouvrage.
Spécialiste d’une armée, d’armements ou d’uniformes
Si certains se sont faits d’un front la spécialité, d’autres sont des références pour une armée. Lorsqu’un livre traitant de l’armée britannique est signé Jean Bouchery, on est assuré de la qualité de ce qu’on va lire et de la véracité des données présentées. On pourrait citer François Vauvillier ou Eric Denis pour l’armée française de 1940. Pour les Ardennes, la signature Hugues Wenkin est immédiatement rassurante, ou encore Christophe Prime pour l’US Army en Normandie. Certains restent cantonnés à un type de matériel ou d’armes : Panzer, uniformes de telle ou telle armée, … C’est heureux car on est assuré du propos. Toutefois, le détail de certains ouvrages vise plus un public de passionnés de mécanique ou de balistique que de véritables férus d’histoire. Ecrire des ouvrages sur les Feldbluse ou sur les marquages divisionnaires est certes important pour le collectionneur ou le maquettiste, mais il est presque sans intérêt sur le plan historique. Il reste que pour être une référence et assumer un rôle de spécialiste, il importe de ne pas se disperser. Quand on consacre des années à arpenter et étudier la ligne Maginot comme Michel Truttmann ou à étudier l’armée italienne comme David Zambon, on devient indiscutablement un spécialiste reconnu dont la “parole” compte.
Il reste que pour être une référence et assumer un rôle de spécialiste, il importe de ne pas se disperser. Quand on consacre des années à des recherches sérieuses et des écrits sur la ligne Maginot comme, ou sur l’Atlantikwall, comme, on devient indiscutablement un spécialiste reconnu dont la parole compte. Pour autant, à trop se spécialiser, on finit par méconnaître le conflit dans sa globalité, ce qui peut induire à bien des erreurs.
Briseurs de mythe et chasseurs de gloire
L’exemple-type est un ouvrage avec un titre tel que « les mythes de… », « la vérité sur… », « les secrets de … ». Une démarche certes salutaire, mais l’historien talentueux y côtoie le chasseur de gloire. On peut y ajouter certaines biographies ou des ouvrages prétendant faire le point sur une campagne ou une armée, avec sous-jacent et sous-entendu, en faisant fi des prédécesseurs, que tout ce qui a été écrit jusque-là n’est qu’erreurs, poncifs et autres idées reçues. Quoi de plus simple que de tirer un trait sur tout ce qui a été écrit sur un personnage ou une bataille pour tenter de se forger une renommée ? Voilà bien une catégorie d’écrivain qui me déplaît…
WERNER MARCKS
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