Benoît Rondeau Copyright
Vor Bir Hacheim, einem engl. wichtigen Stützpunkt und Wasserstelle, 8,8 cm-Flak in Feuerstellung zur Niederhaltung der feindlichen Artillerie
Dans l’enfer du « Chaudron » de Gazala : l’Afrika-Korps au bord du gouffre ?
La bataille de Gazala qui culmine avec la chute de Tobrouk est bien connue, plus particulièrement l’affrontement de Bir Hacheim désormais passé à la postérité. Pourtant, la PzOK Afrika n’est pas passée pas loin de la destruction. Si le tournant de la bataille a lieu durant les combats pour « Knightsbridge » du 10 au 13 juin 1942, au cours desquels les forces blindées de la 8th Army, laminées, sont définitivement vaincues, nous nous attacherons ici plus particulièrement aux premiers jours cruciaux de l’offensive jusqu’à ce que Rommel parvienne à conjurer la menace d’anéantissement –ni plus ni moins- qui pèse sur son armée presqu’isolée dans ce qui sera surnommé le « Chaudron ».
Rommel trop confiant : des combats d’emblée plus durs qu’escomptés
L’offensive « Theseus » que projette Rommel –qui est loin de connaître le dispositif adverse avec exactitude (il sous-estime par ailleurs les effectifs à disposition de Ritchie)- doit aboutir à la prise de Tobrouk, trophée qui lui a échappé l’année précédente. Le plan de Rommel est ambitieux –la victoire doit être acquise en quelques jours à peine- et simple : pendant que talentueux General der Panzertruppen Crüwell –l’ancien chef de l’Afrika-Korps de retour d’Allemagne- effectuera une diversion au nord, appuyée par un débarquement sur les arrières de la ligne de Gazala, l’Afrika-Korps du Generalleutnant Nehring (un autre spécialiste éminent des blindés) et les divisions motorisées italiennes entreprendront une vaste manœuvre d’enveloppement après avoir réduit le « box » de Bir Hacheim. Une feinte sera par ailleurs mise en œuvre par des unités motorisées vers le nord avant le retour vers le sud. La défense, purement statique du 13th Corps de Gott sur la ligne de Gazala, souffre d’une limite de taille : l’existence d’un flanc sud ouvert dans le désert, qui peut donc être facilement contourné. Cette faille pourrait être contrecarrée par l’existence d’une deuxième ligne constituée par le 30th Corps de Norrie mais ses brigades (issues des 1st et 7th Armoured Divisions) sont dispersées. Auchinleck, commandant en chef du Middle East Command, perçoit la menace mais Ritchie estime cependant que son armée est prête à repousser l’assaut. « The Auk » aimerait pourtant que les unités blindées restent concentrées de part et d’autres du Trigh Capuzzo car il pense que Rommel attaquera au centre alors que Ritchie et Norrie sont d’avis que le « Renard du désert » frappera au sud. Ces derniers ont clairement percé les intentions de Rommel mais parviendont-ils à mettre à profit leur supériorité matérielle ?
Le 26 mai, alors que les 10 000 véhicules des divisions motorisées de Rommel rejoignent leurs positions d’attaque, la tempête de sable qui se lève cache leurs mouvements aux yeux des Britanniques. Certains, comme Helmut Frey, en charge du ravitaillement de la 15. Panzer-Division, sont surpris : ils pensaient que l’offensive contre Malte précéderait celle du DAK. « Nous avons eu de la chance durant notre déplacement de nuit, rapporte Horst Sonnenkalb. Il n’y a pas eu de collisions. Après presque 3 heures de route nous nous arrêtons à nouveau. A nouveau le ravitaillement en carburant, le nettoyage des filtres à air, la vérification des goupilles et des boulons. On distribue des provisions et du café chaud. Pendant le ravitaillement nous avons reçu l’ordre de vider les bisons à essence et de les stocker sur les véhicules de la logistique. Les armes sont nettoyées ainsi que les canons des Panzer et les armes automatiques. La durée de la halte a pu être de 70, 80 ou 90 minutes. Durant ce mouvement de nuit, on n’avait aucune sensation de temps, de lieu ou d’orientation. Nous savions que nous faisions mouvement vers le sud. Il était impossible d’utiliser le compas gyroscopique. Toute la concentration allait dans le fait de rester dans la colonne, de ne pas perdre contact et de ne pas heurter le véhicule qui précédait. Qui peut identifier un lieu dans la nuit, quand vous yeux brûlent et qu’il n’y aucun point de repère dans le désert, mais seulement de l’herbe à chameaux ».
Sous le clair de lune, Rommel lance l’opération « Venezia » -variante de « Theseus » qui suppose un contournement au sud de Bir Hacheim- le 27 mai, prenant Auchinleck par surprise. Pourtant, Otto Henning, alors soldat dans une unité de reconnaissance, affirme que la Luftwaffe guide l’avance de la Panzerarmee avec des fusées éclairantes, apparemment larguées au-dessus de Bir Hacheim. Les colonnes cherchent avant tout à s’orienter au moyen des étoiles : direction le Sud, puis le Sud-Est avant de rouler vers le Nord. L’avance nocturne de si longues colonnes s’effectue à un rythme mesuré, de l’ordre de 8 à 10 kilomètre par heure.
Le jour se lève et l’attaque et on peut procéder à l’attaque. Dès le premier jour, les combats sont acharnés. La 15. Panzerdivision (vers 7 heures) frappe avec force la 4th Armoured Brigade, dont deux régiments (3 RTR et 8th Hussars) sur trois sont annihilés. « Notre PzRgt 8 tourne de 90° vers la gauche et traverse la colonne qui évoluait près de nous pendant la nuit comme un ver sans fin. Bientôt, notre régiment forma à toute vitesse sa large formation d’attaque avec environ 40 mètres de distance de panzer à Panzer. Les écoutilles sont fermées. Pour moi, en tant que conducteur, il n’était possible que de voir devant moi à travers la largeur de la trappe. » Les premiers combats « Ce combat de chars ne ressemblait à rien de ce qu’on avait connu en Afrique. Du Nord auparavant. Les collisions d’acier l’un avec l’autre, tank contre tank. Les premiers tirs de tanks ennemis sont rapportés par radio ainsi que nos pertes. Et nous avons eu un certain nombre de pertes au cours de la première rencontre. L’ennemi a touché 32 de nos Panzer, dont 10 prirent feu. » Parfaitement entraîné, désormais aguerri, Sonnenkalb reste concentré sur sa tâche, ne se laissant pas distraire par le spectacle horrible de la guerre. Le PzRgt 8 de l’Oberstleutnant Tegge avance avec le reste du DAK. Le I/Abteilung est déployé sur un front de 2-3 km de large sur 1 de profondeur. Echelonné légèrement plus à droite, le II/Abteilung suit à un kilomètre de distance. Vers 7 heures, après avoir fait à nouveau halte pour se ravitailler, l’unité franchit le Trigh-el-Abd près de Bir el Harmat. Avec le jour, la chaleur devient peu à peu plus prenante et les mirages rendent l’acquisition des cibles plus difficile. La première rencontre avec des Grant sera mémorable. Les pièces de 5 cm Kurz des Panzer III sont à la peine : il faut parfois trois ou quatre coups pour immobiliser un tank adverse. Il faut jouer sur la mobilité en cherchant un contact rapide avant de s’esquiver. La coopération avec les Pak n’est pas toujours possible. Certes, l’artillerie est là : le II/ Artillerie-Regiment 33 soutien l’assaut de ses tirs. Le II/Abteilung PzRgt 8 de l’Hauptmann Wahl parvient à prendre de flanc les Britanniques accrochés par le I/Abteilung Pz Rgt 8 de l’HauptmannKümmel.
La 4th Armoured Brigade (avec dans ses rangs six équipages de tankistes américains, qui seront les premiers GI’s de l’armée de terre à combattre les nazis au cours du conflit) a subi une sévère correction : dès 8h50, elle a perdu la moitié de ses blindés. Après avoir réorganisé ses unités, le Generalmajor von Verst reprend l’avance, aiguillonné par Rommel en personne, toujours impatient. Pourtant, une autre surprise attend les Panzerschütze : après les Grant, ils font connaissance avec les antichars de 6 pounder. Nehring craint un moment de voir les deux divisions de Panzer du DAK se dissocier, aussi ordonne t-il à la 21. Panzer-Division (qui étrille de la même façon la 22nd Armoured Brigade à partir de 8 heures) d’attendre la 15. Panzer-Division, retardée par ses combats contre la 4th Armoured Brigade. Dès qu’il apprend la nouvelle, Rommel donne un contrordre. Certes, Ritchie commet alors une erreur récurrente à la 8th Army depuis « Crusader » : il envoie ses brigades combattre une par une ou, lorsque les trois sont engagées en même temps (2nd, 4th et 22nd), elles le font sans soutien mutuel. La 22nd Armoured Brigade est ainsi prise en tenaille par les deux divisions de l’Afrika-Korps. Le plan de Rommel semble fonctionner : en dépit des pertes, l’ennemi serait-il déjà battu ?
Mais, en début d’après-midi, l’opération qui avait débuté sous les meilleurs auspices (outre ces combats contre les brigades blindées, 3rd Indian Motor Brigade anéantie par une brillante attaque menée par l’Ariete, 7th Motor Brigade et QG de la 7th Armoured Division bousculés par la 90. Leichte) prend une tournure plus compliquée. Le DAK, privé de ses unités de reconnaissance parties en flanc-garde, butte sur les défenses de « Knightsbrigde », articulée autour de la 201st Guards Brigade, potentiellement soutenue par les 2nd Armoured et 1st Army Tank Brigades. Pis, les différentes brigades blindées de la 8th Army ont été en mesure de semer le chaos l’échelon arrière de la logistique des forces de Rommel. On assiste à la débandade de certains éléments de l’armée : les colonnes de ravitaillement sont à la merci des frappes des Britanniques. Hellmuth Frey, responsable de la logistique de la 15. Panzer-Division, admet rapidement que des précisions sur l’exactitude des positions britanniques leur échappe encore. « Aucun véhicule de mes colonnes n’est encore revenu en arrière jusqu’à présent du fait que l’ennemi se trouve encore sur les arrières de la division ». La Desert Air Force représente également une nuisance. La bataille aérienne est intense mais des escadrilles de bombardements parviennent à s’en prendre aux axes de communications : ainsi, 12 Boston du 12 SAAF escortés par 11 Kittyhawks du 450 Squadron décollent pour s’attaquer à 200-300 véhicules et porte-chars. L’aviation de l’Axe n’est pas inactive: ainsi, 19 C.200 du 8o Gruppo font du strafing sur des véhicules blindés britanniques dans la zone d’Acroma.
Des éléments isolés des 21. et 15. Panzer ainsi que de l’Ariete subissent les assauts des 2nd, 22nd armoured et 1st Army Tank Brigades. La Trieste, par chance on le verra, est empêtrée dans les champs de mines au nord de Bir Hacheim (alors qu’elle aurait dû elle aussi contourner la position par le sud), échappant ainsi à l’encerclement. Globalement, puisque les unités sont très dispersées, les communications sont très erratiques entre le DAK et le 20oCorpo. Plus à l’est, la 90. Leichte-Division n’est pas non plus en bonne posture. Si les automitrailleuses ont atteint El Adem, le ravitaillement et les liaisons avec l’Afrika Korps sont coupées. Si son avance semble d’abord prometteuse, elle se retrouve donc en situation périlleuse. L’inquiétude perce chez Otto Henning, un jeune soldat de l’Aufklärungs-Kompanie (mot) 580 : « C’est nous qui sommes tombés dans le piège et pas les Tommies ». Et de se demander s’il ne va pas perdre déjà sa chance alors même qu’il commence à peine sa guerre…
Ce 27 mai, à court de carburant, les Panzer, immobilisé devant « Knightsbridge », doivent faire face à plusieurs menaces qui se matérialisent à l’est et au sud-est. Le Schützen–Regiment 115 éprouve les pires difficultés à suivre l’avance rapide des Panzer et subit de sérieuses contre-attaques de la part de la 7th Motor Brigade. L’après-midi n’est qu’une suite de combats épars entre Bir el Hermat et le « box » de « Knighstbridge », Rommel s’évertuant à accomplir les desseins de son plan en poussant ses troupes à s’emparer d’Acroma avant la tombée de la nuit. En vain. Rommel est mis en difficulté : « de nombreux éléments de nos colonnes rompirent en désordre et s’enfuirent vers le sud-est pour échapper au tir de l’artillerie anglaise. Mais l’Afrika-Korps, sur la défensive à l’est, avançait mètre par mètre vers le nord ».
Les Panzer isolés avec une partie des troupes de soutien à Bir El Harmat, la principale zone de concentration de la force de frappe de Rommel, les Germano-Italiens ont la chance insigne que les flancs soient finalement sécurisés grâce au concourt et à l’intervention des unités d’artillerie, de Pak et de Flak qui dament le pion à des Britanniques qui les engagent dans des attaques manquant de coordination. Nehring réagit promptement en engageant les batteries du Flak-Regiment 135 de l’Oberst Wolz. 16 pièces de 88 mm sont ainsi mises en batterie sur un front de 3 kilomètres. Sous une grêle d’obus, les servants allemands, galvanisés par leurs chefs, poursuivent leur tâche et répliquent mortellement aux tirs des Anglais L’offensive des Grant britanniques est stoppée. Une nouvelle fois, le 88 mm a fait un miracle. Non sans mal car les Britanniques ne manquent pas de mordant. Dans son Stuart, le tankiste David Brown reçoit la dangereuse mission de repérer les positions des 88 mm en attirant le feu sur son engin. La vélocité de l’obus et sa puissance sont telles qu’un char est capable de vaciller sous l’impact. Rapidement, les soldats apprennent à reconnaître le calibre de chaque obus par son seul bruit. Une fois sa mission accomplie, son char encadré par les tirs de plus en plus précis des Flak ennemis, Brown fait demi-tour et laisse les Grant et les pièces de 25 livres affronter les terribles 88.
Tandis que la division Ariete échoue dans sa tentative de prendre Bir Hacheim, l’avance allemande est donc stoppée. A leur habitude, les antichars allemands ont infligé de lourdes pertes aux blindés britanniques mais l’Afrika Korps a perdu le tiers de ses chars en cette première journée. Le seul PzRgt 8 accuse la perte de 148 Panzer pour raisons mécaniques ou suite à des dommages infligés au combat. Les pertes définitives sont de 23 chars. La division commence la seconde journée avec 58 Panzer opérationnels… La 21. Panzer-Division n’en compte plus que 84 en état, soit 50 % de ses effectifs au 26 mai. Tout l’état-major de la PzAOK Afrika s’accorde pour admettre que l’opération est un échec. Gause, évaluant la situation avec Nehring, va même jusqu’à suggérer de câbler à l’OKW et l’OKH que l’attaque n’était qu’une reconnaissance en force afin de pouvoir entreprendre un repli sans perdre la face…
Presqu’encerclés !
Rommel ordonne de reprendre l’avance vers la Via Balbia et de percer la ligne de Gazala : c’est la meilleure façon de raccourcir les lignes de communications. Le 28 mai, la 21. Panzer –qui engage 75 Panzer– parvient à grignoter près de 15 km à l’ennemi vers le nord, s’emparant de « Commonwealth Keep ». Elle prend position de façon à pouvoir ouvrir le feu sur la Via Balbia. Si celle-ci est essentielle pour l’approvisionnement du 13th Corps déployé sur la ligne de Gazala, la situation en la matière est particulièrement lourde de menace pour la Panzerarmee Afrika. Les difficultés de ravitaillement de la veille persistent, rendant la 15. Panzer impotente même si la 22nd Armoured Brigade, « secouée » la veille, ne tente rien pour tirer profit de la situation. Vaerst est lui-même blessé et le commandement passe temporairement à l’Oberst Crasemann, le chef de l’Artillerie-Regiment 33. La question de la logistique est cruciale et ne fera que peser davantage sur les événements dans les jours à venir. Par ailleurs, la chaleur intense (il fait plus de 40° C) et la soif ne vont cesser de tourmenter les combattants.
Rommel prend la question à bras le corps. Le concours des forces italiennes est ici essentiel : l’Ariete se positionne autour de Bir el Harmat au sud de la 21. Panzer afin de faire écran et de protéger ainsi les lignes de ravitaillement. Les assauts des blindés britanniques sont repoussés. L’alerte a pourtant été chaude : « Les tanks attaquent soudainement en sortant par bonds du couvert du Trigh, faisant feu de toutes les pièces » rapportera le Tenante Calabresi qui sera décoré de la Croix de Fer de première classe par Rommel en personne. Pendant ce temps, les divisions Pavia et Trieste commencent à ménager des passages à travers les champs de mines.
La 15. Panzer envoie un groupe de 5 Panzer vers le sud à la recherche de colonnes de ravitaillement. La recherche s’avère fructueuse mais ce n’est que le lendemain, 29 mai, que les Panzer peuvent enfin refaire le plein à moitié. Les mesures défensives, nécessitant toujours la manœuvre dans le désert, s’en trouvent grandement facilités, mais il est inconcevable d’envisager une poussée vers l’avant : l’offensive est au point mort. Puisque la route d’évacuation des blessés doit elle-aussi contourner Bir Hacheim au sud, il est décidé d’établir un hôpital de campagne près du Trigh Capuzzo. La gravité de la situation n’échappe pas aux Germano-Italiens mais nombre sont encore confiants, sûrs d’avoir fait subir des pertes encore plus graves à l’adversaire.
De quels autres soutiens peuvent espérer les forces germano-italiennes dangereusement aventurées derrière les lignes Britanniques ? Au nord, Crüwell, sur ordre de Rommel, lance en vain ses quelques unités allemandes et la division Sabratha à l’assaut de la ligne de Gazala le 29 mai. D’aucuns, à l’instar d’Hellmuth Frey, pensent que les Italiens tenant cette portion du front restent bien trop timides et passifs alors que les unités mobiles de la Panzerarmeebataillent pour leur survie. Ce jugement est hâtif. Crüwell lui-même est fait prisonnier quand son avion de liaison Fieseler « Storch » est contraint d’atterrir dans les lignes alliées. La perte de ce talentueux général est durement ressentie au sein de l’Afrika Korps. « Crüwell est une grosse perte. Il avait toutes les qualités requises, étant dans de nombreux domaines meilleur que Rommel » (Hellmuth Frey). Le 29 mai, la 15. Panzer, relativement épargnée la veille, subit un bombardement en règle suivi d’une attaque de la 22nd Armoured Brigade qui est facilement repoussée (il lui faudra aussi compter avec la 2nd Armoured Brigade). Deux Züge de Panzer tentent une approche en direction d’Acroma, percent les premières défenses britanniques avant d’être repoussés par les tirs antichars et d’artillerie britanniques. Les Britanniques s’avèrent coriaces dans tous les secteurs, forçant les Germano-Italiens à réajuster leur dispositif. Les Grant opèrent des coupes sombres dans les unités de Panzer tandis que les 88 et les canons de 76,2 mm soviétiques capturés déciment les régiments blindés britanniques. L’Ariete et la 15. Panzer se replient entre les crêtes d’Aslag et de Sidra tandis que la 21. Panzer, qui s’était aventurée plus en avant, se voit elle-aussi contrainte au repli devant le risque d’être isolée du reste de l’armée par les attaques de la 1st Army Tank Brigade. Se repliant vers l’ouest, la 90. Leichte et les Auflklärungs-Abteilungen 3 et 33 rejoignent l’Ariete et l’Afrika-Korps, abandonnant eux-aussi les gains des premiers combats. Effectuer un repli sous la pression de l’ennemi est une manoeuvre délicate. Pour tout un chacun, c’est un aventure personnelle et le soldat Henning finit par ne plus savoir qui se trouve devant ou derrière sa Kübelwagen : ami ou ennemi ? Finalement, la vue d’une colonne d’Opel-Blitz embarquant des Landser coiffés de leurs tenues caractéristiques le rassure. Comme ses camarades, Henning est vite conscient de la crise que traverse la Panzerarmee. Lorsqu’il apprend que des champs de mines bloquent le passage plus à l’ouest, «Lentement, je commence à ressentir une sensation inquiétante dans l’estomac ». L’aviation de l’Axe tente de peser de tout son poids pour renverser le cours de la bataille. 108 missions de Stuka sont lancées contre des concentrations de véhicules à El Adem, Gazala, Bir el Gobi et Acroma.
Le plan de Rommel est donc tombé à l’eau. Ainsi que le commente Frey, la question de savoir si l’ennemi connaissait ou non le plan d’attaque n’a désormais aucune importance. Il n’est plus question de poursuivre l’opération « Venezia » mais de sauver l’élite motorisée de la Panzerarmee qui risque l’annihilation pure et simple si l’encerclement se concrétise. Puisqu’on ne peut enfoncer la ligne de Gazala et parvenir sur la route côtière, il faut donc envisager une autre solution.
L’impossible poussée vers la côte
La Panzerarmee Afrika est enfermée dans une zone qui est vite surnommée le « Chaudron ». Sur suggestion de Nehring, les Germano-Italiens se sont repliés sur une ligne à l’Ouest de Bir el Harmat, près de Sidi Muftah, entre le Trigu Capuzzo et le Trigh el Abd. Rommel se trouve dans une position très délicate. En dépit de la dispersion des unités blindées anglaises, l’Afrika Korps n’a pu atteindre la côte. Par ailleurs, Bir Hacheim résiste toujours et le ravitaillement ne peut rejoindre ses forces mobiles sans difficulté. L’Afrika Korps, cerné de toute part par les forces de la 8th Army et le dos aux champs de mines anglais – ces derniers couverts par les tirs du « box » de la 150th Brigade à Gott el Oualeb- est en passe d’être réduit à néant faute d’approvisionnement. Des « Jocks Columns », des raids d’automitrailleuses et des attaques de l’aviation à basse altitude sème le chaos dans la logistique. Dans le ciel, au 30 mai, la bataille aérienne a déjà coûté 37 avions à la Desert Air Force (qui revendique 73 victoires…) contre 9 à la Luftwaffe et 4 à la Regia Aeronautica. Cette nuit-là, du 29 au 30, les colonnes de la logistique parviennent à situer les Panzer et à leur apporter de précieux approvisionnements après 19 heures de traversée périlleuses autour de Bir Hacheim. Le Major Willers est l’auteur de l’exploit. Deux autres ravitaillements d’eau et de munitions parviennent aux troupes épuisées le 31 mai. Certes, le ravitaillement est arrivé (même si l’eau manque encore cruellement à la 90. Leichte faute de moyens de transport).
Peut-on poursuivre l’attaque vers la côte et Acroma ? Pour Rommel, la priorité reste de s’assurer de lignes de communications sûres. Il décide donc de former un barrage antichar vers l’est tandis que l’infanterie et le génie s’emploient à dégager des passages à travers les champs de mines vers l’ouest. Il reçoit la visite de Kesselring (qui remplace un temps Crüwell), impatient de lancer l’opération « Herkules » (l’invasion de Malte) et qui est venu dans le désert pour s’enquérir de la situation : selon le plan initial, le DAK devrait lancer maintenant son assaut final sur Tobrouk…
Le 30 mai, les forces de l’Axe sont déployées comme suit : l’Ariete sur la crête d’Aslag, la 90. Leichte face au « box » de la 150th Brigade, la 21. Panzer sur la partie ouest de la crête de Sidra et la 15. Panzer au sud-ouest du périmètre. Les timides attaques anglaises n’entament en rien les défenses d’un adversaire qui semble pourtant à la merci de la 8th Army. Auchinleck, porté par l’enthousiasme de Ritchie et sur la foi des rapports reçus, câble pourtant depuis le Caire : « Bravo la 8th Army ! Finissez-le ! ». La défaite du DAK semble en effet imminente : à tout le moins, le plan de Rommel a échoué. Pourtant, l’Afrika-Korps reste redoutable. Dans le secteur de la 15. Panzer, 28 Crusader et Stuart sont incendiés pour la perte de seulement 3 Panzer. Une colonne de la 201st Guards (Motor) Brigade est également sévèrement corrigée, accusant la perte de 157 hommes, de cinq 25 pounder et de sept 6 pounder. Le rideau antichar est décidément trop meurtrier : l’état-major britannique perd deux jours (30 et 31 mai) à préparer un assaut de l’infanterie destiné à nettoyer le terrain de toutes les positions de Pak afin d’ouvrir la route à une ruée destructrice des Armoured Brigades. Ce 30 mai, le soldat George Iceton du 6th Battalion, Durham Light Infantry, assiste, impuissant, du haut d’une crête près de « Knightsbridge », aux combats qui font rage. « Nous étions là seulement depuis quelques heures quand nous avons appris que la 150th Brigade était dans une situation critique. Nous avons reçu l’ordre de nous mettre en position à l’arrière du « box » de la 150th Brigade. Mais nous fûmes stoppés sur une crête. Nous pouvions voir la bataille se poursuivre. C’était comme être dans des tribunes regardant ces tanks combattre ». Ritchie a la possibilité d’anéantir l’intégralité de l’élite de la Panzerarmee Afrika. Après avoir renoncé à frapper les Italiens le long de la route côtière vers Tmimi, les Britanniques perdent donc un temps précieux à monter une attaque sur le « Chaudron » qui ne sera finalement lancée que dans la nuit du 4 au 5 juin.
Rommel met à profit ce délai pour aménager des lignes de ravitaillements sûres à travers les champs de mines britanniques. Le « Renard du désert » joue son va-tout. Si la percée vers l’ouest échoue, c’en est fini de l’Afrika-Korps… Des détachements puissants du DAK (incluant le Pz Rgt 5) sont donc envoyés pour ouvrir une ligne de communication à l’ouest de Sidi Muftah. La manœuvre tourne court après que 11 Panzer aient été incendiés : Nehring et Rommel comprennent alors que le terrain entre le Trigh el Abd et le Trigh Capuzzo est solidement fortifié. Un plan est arrêté avec l’aval de Kesselring : tenir défensivement vers l’est, sur des positions où les Pak vont étriller les blindés britanniques, tandis que l’armée s’aménage une sortie à travers les champs de mines pour ensuite réduire tous les « boxes » de la ligne de Gazala. Ce jour –le 30 mai- est aussi marqué par une activité fiévreuse dans la zone du 10oCorpo qui, à force d’efforts, parvient vers 10 heures à se frayer un chemin à travers les champs de mines britanniques. La traversée par les colonnes de ravitaillement n’est pas sécurisée pour autant : la Brescia est en effet encore déployée bien trop au nord…
Parvenir à une issue favorable dans cette bataille titanesque et assurer une ligne logistique sûre suppose d’anéantir le « box » de la 150th Brigade à Gott el Oualeb. Pour ce faire, le DAK devra livrer une bataille très disputée. Le moral est encore là : l’initiative est dans le camp germano-italien. Bien plus, l’ennemi a déjà perdu des centaines de tanks tandis que la Luftwaffe domine les cieux observe Frey (qui oublie au passage la Regia Aeronautica). Tandis que la Trieste opère depuis l’extérieur du « Chaudron », le premier assaut du Panzer-Regiment 5 se solde par la perte de 12 Panzer. Lorsque le génie sera parvenu à ouvrir des brèches dans le dispositif ennemi, la position ne sera enlevée qu’après d’âpres corps à corps et avec le soutien des Stukas et des Paks. Le Major Beil, chef de bataillon dans l’artillerie, donne de sa personne en s’exposant en première ligne afin de localiser les positions anglaises qui sont ensuite copieusement bombardées. Le 1er juin, la messe est dite : 3 000 Britanniques et 124 canons sont capturés. Les lignes d’approvisionnements sont désormais assurées et l’Afrika-Korps n’est plus enfermé dans le « Chaudron ». C’est l’espoir à nouveau, commente Hellmuth Frey. 157 camions de ravitaillement de la 15. Panzer opèrent ce jour-là (le 5 juin, il faudra compter 4 heures de conduite pour parcourir 57 kilomètres). Les munitions sont parmi les priorités. Mais les besoins sont tels qu’à peine un trajet est-il terminé qu’il faut repartir pour un autre voyage et embarquer un nouveau chargement. Frey souhaite un élargissement des brèches pratiquées à travers les champs mais il note qu’un général de division italien (qu’il ne cite pas) refuse sa requête, qui faciliterait pourtant grandement la traversée de ses colonnes, sous le prétexte fallacieux que cela ne pourrait qu’encourager les Anglais à contre-attaquer. Si l’Italien est cependant prêt à suivre un ordre, ce ne sera que venant de la Panzerarmee, ce qui exige du temps et laisse donc seuls les pionniers allemands.
L’état-major britannique, persuadé que le DAK était dans une situation désespérée et sans issue qu’aucune pression significative n’est exercée pour soulager la 150th Brigade, si ce n’est que trop tardivement. Situation désespérée ? Certes, le sérieux de la situation est tel que Rommel dirige en personne plusieurs assauts. Des éléments des trois divisions allemandes dûment assistés par les Stukas ont dû coordonner leurs efforts pour vaincre une unique brigade renforcée et ôter cette terrible épine susceptible de provoquer un désastre sans précédant… pour peu qu’Auchinleck et Ritchie aient saisi l’opportunité. Bien qu’éclaireur, Henning fait partie des soldats qui assistent les pionniers dans leur travail d’aménagement de passages à travers les champs de mines. Lorsqu’il atteint la limite occidentale de ceux-ci, c’est une joie indicible : « Qu’est-ce donc ? Vois-je une Fata Morgana [un mirage] ? Je connais déjà cette zone ! La piste, les marques sur les pierres et, là, derrière, le djebel derrière ! » Pour lui, aucun doute : comme la propagande le claironne si bien, le soldat allemand n’est le second de personne…
Les médecins et les infirmiers épuisés qui prennent soin de leurs patients étendus sur le sable, sur des brancards, dans les véhicules et sous les tentes du service médical, peuvent enfin évacuer les blessés vers l’arrière, don Vaerst et Westphal (blessé à la cuisse). Rommel, avec Bayerlein comme chef d’état-major depuis le 1er juin en remplacement de Gause blessé (il souffre d’une commotion cérébrale après avoir été projeté contre un char par le souffle d’une explosion), tournent alors la « Trieste » et la 90. Leichte-Division vers Bir Hacheim. Le reste du DAK se redéploye vers l’est, attendant toujours une contre-attaque d’envergure de la 8th Army. Mais, les 2 et 3 juin, une tempête de sable s’abat sur le champ de bataille, rendant toute opération ainsi que le moindre mouvement très difficile. Ces journées sont mises à profit pour récupérer les Panzer endommagés et les remettre en état. Des équipages sont reformés à partir des survivants des engins touchés ainsi que par le retour en ligne des blessés légers. Des engins de dépôts de l’arrière parviennent également à travers la nouvelle ligne de communication : ainsi, 9 Panzer flambants neufs sont perçus par la 15. Panzer-Division. Les combats se poursuivent cependant et une Kampfgruppe de la 21. Panzer lance une attaque sur Eluet el Tamar. Une réaction de la 4th Armoured Brigade, aveuglée par la tempête, se termine en fiasco : 20 Grant sont incendiés en débouchant sur des positions de Pak. Frey entend un duel d’artillerie sur le front de Gazala et assiste à la mise en échec d’une attaque de tanks subissant les répliques mortelles des Flak de 88 mm.
Pendant ce temps, la ritournelle des convois de ravitaillement se met en place, étant entendu que les automitrailleuses britanniques restent menaçantes mais qu’elles doivent, pour ce faire, descendre beaucoup plus au sud qu’auparavant. Frey décrit un convoi le 3 juin. « A l’avant, 6 Panzer en protection, de la Flak et des Pak suivent en échelon de chaque côté. Des avions volant à basse altitude assurent la sécurité dans le ciel. Avec le chef de colonne se trouvent des voitures-radio afin de maintenir longtemps la liaison avec ce qui se trouve devant et derrière. » Les précieux chargements sont sous la menace des frappes des Britanniques. Ce jour-là, quelques camions chargés de prisonniers sont pris à partie, permettant la libération de ceux-ci. On imagine également sans mal la détresse qui peut s’emparer d’équipages laissés à leur sort lorsque lâche la mécanique trop sollicitée sur des pistes sableuses difficiles à négocier. Le 4 juin, Frey estime que la troupe est désormais bien ravitaillée et que la situation n’est pas dangereuse. L’Axe domine les cieux : seuls quelques bombardiers anglais font leur apparition, affirme-t-il, et encore n’est-ce que de nuit. En fait, les Bostons de la SAAF se sont montrés plutôt actifs depuis le début des combats et bombardent sans mesure Rotonda Signali et des objectifs plus lointains tandis que Kittyhawks et Tomahawks, voire Spitfires et Hurricanes, affrontent Me-109 et Macchis dans des duels acharnés. Pendant ce temps, Ritchie perd l’occasion inespérée d’attaquer rapidement et en force un adversaire à sa merci…
Rommel pare sans difficultés l’opération « Aberdeen »
Celle-ci est particulièrement mal coordonnée, le commandement de l’ensemble des forces impliquées n’étant pas centralisé. Le plan (révisé car entre-temps la 150th Brigade a été détruite…) prévoit une attaque de la 32nd Army Tank Brigade visant à fixer la 21. Panzer tandis que l’assaut principal sera délivré de nuit par la 10th Indian Brigadepour neutraliser les positions antichars de l’Ariete. Ce sera alors au tour de la 7th Armoured Division (à laquelle a été subordonné la 9th Indian Brigade) de frapper en force en secteur italien. L’opération « Aberdeen » s’avère être un nouveau fiasco pour la 8th Army. Alors que le tir de barrage préliminaire tombe trop court, ne faisant qu’alerter les Italiens de l’imminence de l’assaut, seule la première phase de l’offensive est un succès : la 10th Indian Brigades’empare de la crête d’Aslagh. Les combats sont âpres. Rommel rameute des unités occupées à réduire le « box » de Bir Hacheim, en l’occurrence le Kampfgruppe Wolf (II/Flak-Regiment 25, Aufklärungs-Abteilung 3 (mot) et Panzerjäger-Abteilung 33) qui doit prendre de flanc l’adversaire en soutenant la contre-attaque de la 15. Panzer: il s’agit d’essayer de couper la retraite à l’ennemi. Wilhelm Hagios, Panzerschütze de la 15. Panzer, affronte pour la première fois des 6 pounder, parvient à sauver son tank en tirant sa dernière rafale de MG sur le servant d’un antichar prêt à ouvrir le feu. «Au cours de la matinée, nous allâmes sur une autre position. Près du sommet [de l’escarpement] se trouvait un champ de mines où nous vîmes un Me-109 atterrir en urgence en plein dessus et exploser. Nous avons tiré toute la matinée sur des Anglais, des Bofors étaient-là, des canons antichars et de DCA de 40 mm, des camions, tout était là. J’ai récité mes prières à Dieu quand des vies étaient soufflées. Il y avait une position, qui était tenue par l’artillerie. Il y avait un canon de 21 cm avec ses servants projetés en l’air. » Si les combats visant à réduire Bir Hacheim mobilisent d’importantes ressources aériennes, les Germano-Italiens s’emploient à conjurer le menace que représente « Aberdeen ». Sous l’escorte de 31 Me-109 et de 9 Macchis, 23 Ju 88 s’attaquent ainsi à des blindés et de véhicules à l’ouest d’El Adem. Pourtant, le 5 juin, la Lufwaffe effectue 212 sorties et les Italiens 84, soit beaucoup moins qu’au 29 mai lorsque 528 missions aériennes ont été lancées.
Ce 5 juin, les Anglais perdent 110 chars sur les 226 chars engagés par la 22th Armoured Brigade et la 32nd Army Tank Brigade. Le lendemain, une contre-attaque du DAK de Nehring balaye les unités d’infanterie britanniques et 4 régiments d’artillerie, capturant 3 100 hommes. Les Britanniques ont perdu 96 pièces de 25 pounder et 37 canons antichars. Les pertes en blindés britanniques se montent à 218 en deux jours, les Germano-Italiens restant de surcroît maîtres du terrain. Les Panzer III et IV Spezial (ces derniers ayant enfin perçus leurs munitions spécifiques), respectivement avec des pièces longues de 5 cm et de 7,5 cm font merveille et incendient sans difficulté les Infantry Tanks Matilda et Valentine pourtant mieux blindés que les autres chars de la 8th Army. Les Italiens ont également combattu avec brio sur le flanc est du « Chaudron » et infligent des pertes sérieuses aux 2nd et 22nd Armoured Brigades, notamment grâce à des pièces de 88 (des 88/56 d’origine allemande), mais aussi des canons de 90 mm de même que de vieux Skoda de 76 mm datant de la Grande Guerre. Seule la tombée de la nuit apporte un répit aux Britanniques dans leur déroute. Gerhard Kienzle est parmi les tankistes de l’Afrika-Korps blessés au cours des combats. Mais depuis l’ouverture de passages à travers les champs de mines, le « Chaudron » n’est plus un enfer où doivent être entassés les blessés. « Le commandant troupe un VW de la Flak, qui m’emmena au docteur du régiment. Le chef de compagnie, Stiefelmayer, vînt pendant une accalmie durant le combat. […] Environ 10 prisonniers Tommies (non blessés) étaient transportés à l’arrière du même camion. Ils se sont occupés de nous et nous ont donné de l’eau ça et là). Nous avons donc roulé à travers le désert et également à travers les champs de mines, où nous étions sous les tirs des Tommies. Quand le camion remuait trop lorsqu’il roulait sur de l’herbe à chameau, nous étions retenus par une paire de soldats noirs ».
La 8th Army reste une force redoutable, occupant encore la portion nord de la ligne de Gazala ainsi que les « boxes » de Knightsbridge et d’El Adem. 300 tanks sont encore opérationnels. Le 10 juin, l’Ariete détruit 28 chars de la 4th Armoured Brigade pour la perte de 24 des siens, tous récupérables car les Italiens restent maîtres du terrain. Dans la nuit qui suit, Les Français Libres évacuent Bir Hacheim : ils ont rempli leur mission avec brio, opposant une résistance remarquable à leurs adversaires, réalisant l’exploit de à tenir leurs positions pendant onze jours. Les lignes de communications germano-italiennes sont désormais assurées.
Ritchie, encore optimiste, estimait que l’ennemi se trouvait « dans une situation peu facile ». En fait, Rommel a réussi à se sortir de ce mauvais pas… Ritchie a manqué une occasion. Il eût été plus avisé de suivre l’avis d’Auchinleck qui souhaitait avant tout s’attaquer au talon d’Achille de Rommel : ses lignes de ravitaillement. Ainsi, au moment même où « Aberdeen » s’avère être un désastre complet, le groupe motorisé « August » a lancé un raid sur les lignes de communications adverses qui cause bien des soucis au « Renard du Désert ». Une option négligée qui aura des conséquences tragiques pour la 8th Army.
Epilogue
Avec la chute de Bir Hacheim, le second acte de la bataille de Gazala peut commencer. Les effectifs en blindés de la 8th Army ont fondu comme neige au soleil et les pertes de l’artillerie sont également tout aussi préjudiciables puisqu’elles dépassent 150 canons. Le 12 juin, la bataille de chars de « Knightsbridge » est particulièrement funeste pour l’arme blindée anglaise qui se fait étriller : 138 tanks sont détruits. L’Afrika-Korps, en danger d’annihilation dans le « Chaudron » deux semaines plus tôt, a désormais remporté la bataille. Le 21 juin, il entre dans Tobrouk et Rommel a déjà le regard tourné vers le Delta du Nil…

