L’artillerie, arme essentielle et incontournable, joue un rôle majeur au cours de la campagne de Normandie. Passé maîtres dans l’art de la coopération interarmes, les généraux allemands ne sauraient la négliger. La Westheer compte des spécialistes de cette arme aux plus hautes responsabilités. Le Feldmarschall von Kluge, qui remplace Rundstedt à l’OB West début juillet, de même que le General der Artillerie Marcks, le chef du LXXXIV. AK, tombé sous les coups des Jabos le 12 juin, sont issus de cette arme. L’artillerie ce sont aussi les Pak et les Flak, mais notre étude laissera de côté les aspects antichars et antiaériens.
Des écueils difficilement surmontables
L’artillerie allemande multiplie les handicaps. Certains ne lui sont en aucun cas spécifiques et sont pour ainsi dire consubstantiels à la Wehrmacht en cet été 1944. Ainsi, le manque de carburant, problème endémique à l’armée allemande, ralentit également la montée au front de la 7. Werfer-Brigade en raison d’une défaillance de la chaîne d’approvisionnement qui survient dès le 10 juin.
Autre mal endémique : le manque d’obus. Bien des unités ne parviennent sur la ligne de front qu’avec le strict nécessaire. La Panzer Lehr n’est partie vers la Normandie qu’avec 840 obus pour les obusiers légers et 720 obus pour les obusiers lourds. En juin 1944, la 7. Armeene réceptionne que 37% des munitions qui lui sont envoyées. Il faut consommer les stocks avec parcimonie. Au 9 juin, si deux batteries lourdes de 17 cm sont en mesure de faire feu sur la flotte alliée, le I. SS Panzerkorps ne dispose que de 400 coups pour ces canons et il faut compter 8 jours pour que des colonnes de ravitaillement du corps aillent chercher ces munitions jusqu’en Allemagne. La 21. Panzer connaît ce désagrément très tôt dans la campagne, dès le 12 juin, lorsqu’on constate que les munitions les plus importantes font désormais défaut et qu’il faudra maintenant compter sur une navette de plusieurs jours pour s’approvisionner. Pis, certaines munitions sont particulièrement difficiles à fournir car elles ne sont plus fabriquées. L’Art.-Rgt 191 doit renoncer à ses 10,5 cm Gebirgshaubitze 40 (des pièces de montagne), faute d’approvisionnement en obus correspondants. Le matériel reste en effet par trop hétéroclite : la Westheer compte des dizaines de modèles différents. Au bout de cinq années de guerre et devant les immenses besoins et les pertes déjà subies, la Wehrmacht doit faire flèche de tout bois. De nombreuses armes de prises sont donc réutilisées : 15,5 cm GPF français, 12,2 cm russes, 14,9 cm italiens… Un cauchemar logistique qui se double de limitations d’ordre tactique en raison des différences de caractéristiques. Le manque de canons peut amener à des aberrations : le 9 juin, la 352. ID, exsangue, soit tenir un front démesuré, et on en vient à renforcer le Grenadier-Regiment 914, lui aussi décimé, avec 300 artilleurs du 3e bataillon du 1716. Artillerie-Regiment, des spécialistes qui devraient pourtant être repliés pour être rééquipés…
Le manque de munitions, on le verra plus loin, grève les options tactiques. Le 19 juin, la riposte du Pz Art-Rgt 74 est pitoyable : à peine 30 obus expédiés vers les lignes américaines en réplique aux 3 000 obus tombés sur les lignes de la 2. Panzer… Le mois suivant, devant les récriminations concernant la supériorité de l’artillerie britannique, le General Eberbach organise un tir de barrage méticuleusement préparé -2 500 obus sont stockés- afin de prendre par surprise l’ennemi dans le secteur du II. SS Panzerkorps. La réplique est foudroyante: les Britanniques réagissent immédiatement en expédiant 22 000 obus sur les lignes allemandes…
Dès le 21 juin, dans le secteur du LXXXIV. AK, des batteries d’artillerie doivent cesser de tirer en raison du manque de munitions. Début juillet, pour ne pas aggraver une situation logistique jugée difficile, Rommel refuse le transfert des schwere Artillerie Abteilungen 628 et 460 dans le secteur du LXXXIV. AK. Le 19 juillet, peu avant « Cobra », la 7. Armee prévoit de sérieux problèmes en munitions. Le 22 juillet, l’Oberstleutnant Willbrandt (qui commande l’artillerie de la 272. ID, sur le front de Caen) ordonne de limiter les tirs entre 250 et 400 coups par jour. Des réserves insuffisantes en première ligne ne représentent pas la seule lacune : les munitions, fabriquées par une main d’œuvre en grande partie forcée, sont parfois défectueuses, parce que sabotées en usine…Ces difficultés de ravitaillement s’expliquent moins en raison d’une absence de stocks qu’en raison de la suprématie aérienne ennemie, qui harcèle les colonnes de la logistique allemande. L’acheminement de l’approvisionnement doit aussi parer à de nombreuses autres difficultés : ponts détruits, engorgement des voies de communications avec conflits de priorité (lorsque le II. SS-Panzerkorps arrive du front de l’Est, Rommel ordonne que le passage lui soit laissé, et ce au détriment de la logistique ou des autres formations), la configuration du terrain (tenir la rive gauche de Caen s’avère fort délicat en raison des difficultés à faire franchir le ravitaillement au-delà de l’Orne via les ponts de Caen). La bataille de la poche de Falaise représente ici un paroxysme : la priorité des axes routiers va aux mouvements des troupes cherchant à s’extirper de la nasse, plus aucun convoi de la logistique ne devant être envoyé vers l’Ouest à destination de la 7. Armee. Les pertes y seront sensibles : les Alliés dénombreront 700 obusiers et canons détruits ou abandonnés dans le « Kessel ».
Les problèmes d’approvisionnement ne représentent qu’un des aspects des difficultés auxquelles est confrontée l’artillerie allemande. Repérer une cible, particulièrement dans le bocage, n’est pourtant pas chose aisée. Il faut avoir recours aux observateurs d’artillerie, aux avions d’observation, déceler les départs de tirs de l’ennemi pour localiser ses positions, voire utiliser l’écoute au microphone. Contrairement aux Alliés, les artilleurs allemands ne peuvent jouir de l’avantage des informations tirées de reconnaissance aérienne photographiques. Ils ne disposent pas davantage de l’équivalent –éminemment précieux- de l’observation depuis de petits appareils conçus à cet effet : les « Piper Cub » L4 et L5 des forces alliées, surnommés les « Gustave de fer » dans l’argot du front, ou encore les « Corneilles ». Les Allemands disposent pourtant d’un équivalent dans leur arsenal : le Fieseler « Storch ». Mais, à l’image de bien d’autres pièces d’équipement allemandes, ce matériel, trop sophistiqué, est onéreux à produire et n’est disponible qu’en quantité insuffisante pendant tout le conflit, nonobstant le fait qu’un « Storch » aurait représenté une proie bien facile pour le moindre chasseur en maraude… Les officiers d’artillerie allemands doivent aussi compter avec des moyens de communications insuffisants. Pis, les divisions sont loin de toutes bénéficier d’un Beobachtung Abteilung (bataillon d’observation).
Il faut donc s’appuyer sur la seule observation au sol, recours bien insuffisant pour être pleinement efficace. Une exercice ardu à réaliser compte-tenu du terrain normand : bocage avec ses haies, bois, hauteurs… Un autre souci est la poussière dégagée, de sorte que la visibilité sur le champ de bataille peut s’en trouver gravement affectée. Dans ces conditions, les collines et la moindre éminence revêtent une importance essentielle, puisqu’elles fournissent bien souvent des panoramas sur les positions adverses. Les reliefs du Pays d’Auge (hauteurs près de Troarn), du Cotentin (Mont Castre, Cote 192 près de Saint-Lô, etc), de la Suisse normande (le Mont Pinçon notamment) ou encore des environs de ce qui sera la « poche de Falaise » (Mont Ormel) prennent ainsi une importance accrue, au-delà de l’importance tactique évidente que représente la moindre élévation de terrain. Ainsi, fin juin, la prise des hauteurs dans le secteur de Rauray pendant l’opération « Martlet » est préjudiciable aux Allemands car ceux-ci perdent d’excellents observatoires. Ils sont du reste contraints de repositionner leur propre artillerie sur l’autre rive de l’Odon à la suite de la progression du XXXth British Corps. Dès qu’il parvient sur la ligne de front près de Fontenay-le-Marmion, à la mi-juillet 1944, l’observateur de la 8e batterie du III./Art. Rgt. 272 évalue d’emblée l’intérêt de la cote 88 qui offre un panorama de premier choix dans la direction de Caen. Les clochers des églises, par ailleurs nids à snipers, offrent également de remarquables postes d’observation (songeons à Meyer observant la progression des Canadiens depuis l’abbaye d’Ardenne). On essaye également de déterminer la position de batteries ennemies par la détection au son. Au niveau divisionnaire, on encourage le maintien du responsable de l’artillerie à proximité du QG du Kommandeur de la division. On attend également une étroite coordination entre les différentes armes (notamment entre l’infanterie et l’artillerie) pour l’observation des lignes ennemies, et ce afin d’opérer une gestion optimale des effectifs (ne pas attribuer la même tâche à deux groupes d’observateurs…) et s’assurer qu’aucune information ne soit perdue.
Un des écueils les plus sérieux qui désavantage les Allemands est l’absence de motorisation complète de leur armée. Ce se reflète clairement au sein des unités d’artillerie puisque la majeure partie d’entre-elles ne disposent pas motorisées (tracteurs chenillés ou à roues et pièces automotrices) mais doivent composer avec la traction animale. On imagine les difficultés pour la mise en position de tirs des pièces mais surtout la lenteur des procédures lorsqu’il faut pourtant réagir rapidement lorsqu’un danger menace. Cette absence de mobilité génère des pertes. C’est ainsi que, le 8 juin, l’avance de la 29th US ID est si rapide que la 352. ID doit se replier avec précipitation et abandonner par la même occasion la majeure partie de ses pièces d’artillerie, n’en conservant plus que 14. Si le matériel est le plus souvent efficace, les unités de Panzer sont donc les seules à bénéficier de l’avantage de pièces chenillées automotrices : les Wespe et les Hummel. Ces régiments d’artillerie blindés ont aussi l’avantage d’être dotés de Panzer de commandement (Behfehlpanzer) et d’observation au niveau de l’état major, en l’occurrence des Panzer III spécialement équipés à cet effet.
Dernier écueil à souligner et avec lequel l’artillerie allemande devra compter : le danger ne survient pas que du ciel, comme le rapporte l’Hauptmann Heinlein, du 2./Pz-Art.-Rgt 74 (2. Panzer-Division) : ses Wespe peinent à soutenir les Panzergrenadiere également du fait des tirs de la marine alliée. Une épreuve qu’il faut affronter particulièrement le 6 juin. Les batteries de Longues, de la Pointe-du-Hoc, de Merville, de Ver-sur-Mer ou encore de Cribecq et d’Azeville n’ont pas contrarié de manière significative le débarquement allié. Elles furent pourtant rapidement neutralisées –dès le premier jour à l’exception des deux dernières. Certes, la gêne occasionnée par les tirs de harcèlement du groupe d’artillerie côtière HKAA 1255 du Major Gunther (batterie du Mont Canisy ainsi que celle de Houlgate) oblige ainsi les Britanniques à renoncer à Sword Beach pour leur logistique, mais point d’appui tactique conséquent et encore moins une aptitude à repousser la flotte alliée, une difficulté qui surviendra également à Cherbourg, pris par les Américains à la fin juin.
Les effectifs disponibles : un autre écueil ?
Loin d’avoir été absente du champ de bataille, l’artillerie allemande est déployée en masse au cours de la campagne : outre les batteries divisionnaires et de l’Atlantikwall, ce ne sont pas moins de 28 unités indépendantes d’armée qui sont engagées face à l’Invasion. Notons que Rundstedt a projeté de créer une division d’artillerie à l’Ouest, à l’image de la 18. Artillerie-Division sur le front russe. Mais si un état-major d’une 309. Artillerie-Division est mis sur pied en France en 1943, le projet n’aboutit pas réellement si ne n’est une HARKO 309, avant tout un état-major et une unité de transmissions. Cet état-major, commandé par le General Grassman, sera subordonné au II. Fallschim-Korps. A la veille du D-Day, en incluant les batteries en position sur le littoral, les Allemands alignent 3 800 canons de campagne et obusiers. Fin juin, 61 batteries de Nebelwerfer, 96 batteries d’artillerie lourde et 104 batteries légères sont déployées en Normandie, ce qui n’est pas rien. Le 25 juillet, 1 672 pièces sont sur le front.
La puissance des régiments d’artillerie est fort variable puisque, bien souvent, les unités n’ont pas perçues toutes leurs pièces. Ainsi, la « Leibstandarte Adolf Hitler » a-t-elle laissée un de ses trois bataillons d’artillerie ainsi qu’une partie de son bataillon de lance-roquettes en Belgique. La situation a cependant été critique à plus d’une reprise. Le 15 juin, plus d’une semaine après le débarquement, si la densité en artillerie est satisfaisante devant Caen et Cherbourg, elle est d’une faiblesse criante entre Carentan et Caumont-l’Eventé : sur un front de 45 km, les Allemands, outre les pièces légères d’infanterie non prises en compte, n’alignent que 46 pièces de campagne (en comptant 8 canons de 8,8 cm détachés dans ce rôle). Par ailleurs, en dépit de records de production en cette année 1944, les pièces de remplacement ne parviennent qu’avec parcimonie et ne couvrent nullement les pertes subies. Si le bataillon d’artillerie de la 352. ID qui a perdu toutes ses pièces dès le 6 juin s’en voit attribuer 8 nouvelles, ces canons n’ont pas été cherchés bien loin : ils proviennent d’un dépôt situé au sud de Saint-Lô.
Dans ses conditions, la mise à contribution des Flak de 8.8 cm s’est imposée très tôt. Le fameux canon antiaérien, passé à la postérité pour son rôle de Pak, participent également à des tirs de barrage, mais les artilleurs de la Luftwaffe manquent d’entraînement pour un combat terrestre et il convient de préserver les tubes contre l’usure. Faute de disposer de suffisamment de pièces d’artillerie, cet expédient est parfois nécessaire, comme au cours du mois de juin sur le front de la 3. FJD dont le régiment d’artillerie ne possède en fait qu’un seul de ses trois bataillons (avant que des unités de Nebelwerfer et d’artillerie indépendantes ne renforcent la division). Il est particulièrement éloquent dans le secteur de Caen où est déployé la plus grande partie du III. Flak-Korps. Si le General Pickert refuse que ses batteries participent à des tirs de harcèlement, ses pièces de 8,8 cm, à la cadence de tir très rapide (une vingtaine de coups par minute, voire davantage) lancent des tirs de suppression soudain et massifs, selon la méthode dite « de Normandie », à l’aide de radios (dont les batteries de la Luftwaffe semblent être bien dotées) par le biais desquelles un message clair et concis et non codé indique simplement le carré correspondant de la carte qu’il faut matraquer en force. Il suffit de 10-15 mn pour que les tirs soient effectués… Toutefois, les dégâts qui pourraient être occasionnés sont limités par le fait que les fusées de proximité sont réservées aux tirs antiaériens. La difficulté soulevée par le fait que les obus de 8,8 cm suivent une trajectoire plane (car un canon de Flak opère des tirs tendus), est atténuée par le nombre important de cibles et de positions de tirs présentes sur des reliefs, les collines étant plus rares dans la seule plaine de Caen.
L’effort reste pourtant en-deçà des capacités de la Wehrmacht : assurant la garde de l’Atlantikwall jusqu’à l’effondrement du mois d’août, son artillerie ne peut peser de tout son poids au cours de la bataille car de nombreuses pièces –dont les plus lourdes- restent déployées sur les côtes.
Des résultats plus honorables qu’on ne le pense
La létalité des batteries d’artillerie allemande et leur efficacité potentielle est démontrée dès le premier jour de la campagne. A Omaha Beach, alors même que toutes les pièces n’ont pu être engagées en tirs indirects sur la plage, l’Artillerie-Regiment 352 a semé la mort et la chaos sur la plage (on imagine sans mal les dégâts qu’auraient provoqués les tirs de Wespe et de Hummel d’un Panzer-Division, sans qu’il ait été besoin que des Panzer tirent à vue). Le 23 juin, dans le secteur de la 3. FJD, une concentration de feu fait avorter une attaque projetée par les Américains.
Toute attaque ou contre-attaque, qu’elle soit menée au cours d’une offensive de grand style ou non, suppose l’emploi de l’artillerie qui prépare le terrain, « ramollit» l’ennemi, détruit ses concentrations de troupes ainsi que les carrefours routiers et opère des frappes de contre-batteries. En cas d’attaque, la position de chaque batterie, voire de chaque pièce, sera attribuée en fonction de la cible. Le responsable de la logistique doit par ailleurs porter sur lui les prévisions de tirs de l’artillerie, afin de savoir à quel rythme les munitions doivent parvenir aux unités. L’artillerie allemande intervient dans toutes les contre-attaques, souvent d’envergure limitées, menées dès les premiers jours de la campagne. Le 8 juillet, le Kamfgruppe Weidinger de la « Das Reich » attaque avec le soutien de 132 tubes d’artillerie, sans compter les 108 tubes de la SS Werfer Abteilung 2. La plus forte concentration de tirs serait survenue le 3 juillet contre l’étroite tête de pont alliée sise à l’est de l’Orne : 4 500 obus allemands se seraient abattus sur un espace relativement restreint. Toutefois, la faible mobilité des batteries affecte leur engagement tactique et pose la question de leur vulnérabilité et de la possibilité d’accompagner la vitesse de progression des unités auxquelles elles sont sensées apporter leur soutien. Si le tir sur cibles repérées est privilégié, on peut décider d’une frappe dans des zones d’intérêt évidentes pour l’ennemi, comme les bois ou les contre-pentes, ou encore les voies de communications (la route qui passe par Carentan est ainsi longtemps la cible des Allemands), où il est toujours d’opérer des tirs de harcèlement.
Le rôle défensif des pièces d’artillerie étant de prime importance, leurs positions doivent être réfléchies et étudiées avec soin : une pièce placée trop près du front n’en couvre qu’une partie restreinte, étant entendu qu’il faut impérativement veiller à ce qu’il n’y ait pas de solution de continuité dans la couverture d’artillerie avec l’unité voisine, ce qui suppose une bonne coordination entre divisions. Le manque de munitions et la menace constante d’une frappe mortelle de Jabos pousse les Allemands à renoncer aux puissants tirs de barrages et à adopter des tirs concentrés au niveau d’une batterie, suivis d’un déplacement immédiat vers de nouvelles positions. Parfois, on opte pour l’emploi isolé mais continu d’une unique pièce, détachée des autres canons ou obusiers de la batterie. Si elle est neutralisée, le reliquat de la batterie est préservé pour d’autres combats… Enfin, on peut opter pour des tirs opérés par différentes batteries l’une après l’autre, selon un ordre aléatoire, pour éviter toute détection.
C’est plus particulièrement sur la défensive que l’artillerie allemande montre toute son efficacité. L’artillerie allemande s’est montrée particulièrement efficiente dans la défense de Cherbourg, dans le secteur de Quinéville-Montebourg. La 709. ID est soutenue par l’Abteilung de l’Artillerie-Regiment 243, deux Abteilungen lourds motorisés (les 456. et 457. s. Art. Rgt), deux canons russes de 122 mm et six pièces françaises de 155 mm du III/ Art Rgt 1261. Toute progression du 7th US Corps est bloquée dans le secteur jusqu’à la troisième semaine de juin. L’Oberst Triepel rapporte que les 17 cm de la 10e batterie du Regiment 1261 se sont montrés redoutables : d’une portée de 30 km, ils ont harcelés la plage d’Utah Beach, avec succès s’il faut en croire les rapports fournis par les observations. De fait, l’artillerie allemande peut également causer bien des déboires, particulièrement face à une unité inexpérimentée. Ainsi, le 23 juin, à 4h30, une concentration d’artillerie brise une tentative d’assaut des troupes américaines sur le front de la 3. FJD. 4 juillet, dans le secteur de La Haye-du-Puits et du Mont Castre, des tirs de contre-batterie allemands s’abattent sur les positions américaines la 90th US ID sur le point d’attaquer. On craint que cela n’annonce une attaque allemande et les GI’s restent sur place pendant une heure ! Les 4 et 5 juillet, les bataillons d’infanterie de la 90th US ID ont toutes les peines à assurer leur ravitaillement en première ligne en raison des pilonnages qu’ils subissent de la part de l’artillerie allemande, ainsi que des mortiers. Le pire est encore à venir. Le 358th Infantry Regiment du colonel Partridge appartenant à cette même 90th US ID, est stoppé par un unique canon allemand qui ne tire que dix obus particulièrement bien ajustés puisqu’il cause la perte de 60 hommes au sein d’une compagnie. Le 10 juillet, le secteur entier du 115th US Infantry Regiment est copieusement bombardé, à telle enseigne que les hommes doivent demeurés tapis au fond de leurs trous individuels pendant toute la journée. En outre, les tirs ont sectionnés les câbles téléphoniques, de sorte que les liaisons avec l’artillerie américaine en vue d’obtenir un support deviennent très problématiques. Ces exemples peuvent se multiplier. Les 16 et 17 juillet, les succès remportés à Pont-Hébert sont attribués à la concentration de feu de l’artillerie allemande de l’aveu même de Kraiss, le commandant de la 352. ID. Elle a infligé “de lourdes pertes à un ennemi qui a attaqué en formations serrées et qui était piètrement commandé sur le plan tactique” (journal 7. Armee).
Discipline de marche et de tir, choix des couverts et des positions, disposition avec art du camouflage (l’emploi à bon escient des fumigènes peut s’avérer également salvateur) : tout doit concourir à diminuer autant que faire se peux l’impact dévastateur de l’aviation adverse ainsi que des tirs de contre-batterie des Alliés. Pour se prémunir de ceux-ci, on généralise la mise en place de positions alternative ainsi que de leurres. Mais, ainsi que le rapporte un membre du III/ Artillerie-Regiment 326, on ne procède pas à des tirs factices depuis les positions qui sont abandonnées pour en occuper de nouvelles. La menace des tirs de contre-batterie alliés est sérieuse et immédiate : à l’Artillerie-Regiment 326, la réplique britannique survient dès que 4 ou 5 obus ont été tirés… Le 25 juin, lors de la bataille de Rauray, l’état-major de la 7. Armee constate que, pour la première fois, les Britanniques ont été en mesure d’effectuer des tirs de barrage massifs sur les batteries allemandes, avec des effets dévastateurs. Un avantage dont ne bénéficie pas la Wehrmacht… Disposer de positions alternatives ne représente pour autant pas la panacée : encore faut-il pouvoir se mouvoir sans être balayer du champ de bataille… Ainsi, ces mouvements s’effectuent parfois qu’à la faveur de l’obscurité, ce qui suppose avoir survécu aux tirs de la journée… Les mesures peuvent être efficaces. Au 24 juin, la Pz Lehr et la « Hitlerjugend » n’ont encore perdu aucune pièce d’artillerie, ces dernières étant automotrices, et donc non hippomobiles, un luxe au sein de la Wehrmacht.
La Wehrmacht ne semble en revanche pas exceller dans le tir de contre-batterie, qui constitue pourtant une des missions essentielles de toute unité d’artillerie : c’est ainsi qu’au 31 juillet la 1st US Army n’a perdu que 4 pièces d’artillerie moyenne de cette façon (sur les 169 pièces antichars et d’artillerie détruites)… L’Oberst Triepel, chef de l’Art. -Rgt 191, en rapportant les combats des 4-5 juillet dans le secteur du Mont Castre, souligne combien il est difficile d’opérer des tirs de contre-batterie : « Sans bataillon d’observation, nous ne sommes pas en mesure de lancer des contre-batteries selon le plan. L’artillerie lourde ennemie est habituellement trop loin en arrière pour que nous puissions la prendre à partie avec notre propre artillerie. Celle-ci subit des pertes à cause de cela. »
Quel expédient user alors que les tirs de barrages sont difficiles à mettre en œuvre ? Pour obtenir un effet de masse, les Allemands ont recours à une arme redoutée : les Nebelwerfer vont de fait causer de lourdes pertes aux Alliés en Normandie. Le hurlement strident des roquettes et leur pouvoir de destruction terrifient les soldats alliés qui les surnomment « moaning minnies » ou « screaming memmies ». Sont engagés notamment le Werfer-Regiment 83, le Stellungs-Werfer-Regiment 101 (dans le nord Cotentin avec 54 lanceurs) et le SS-Werfer-Regiment 102 (24 lanceurs au 1er juillet). D’autres Nebelwerfer sont présents au sein de divisions, à l’instar des engins sur châssis semi-chenillés Lorraine de la 10ème compagnie de l’Artillerie-Regiment 155 de la 21. Panzer-Division. Les unités de Nebelwerfer les plus puissantes sont les 7., 8. et 9. Werfer-Brigaden qui totalisent 316 lanceurs. Un des écueils sérieux à leur emploi est la traînée de fumée que laissent les roquettes après un tir, ce qui découvre la position aux yeux des Alliés et l’expose à un tir de contre-batterie immédiat. La 21. Panzer, qui ne dispose que de 7 batterie étalées sur 25 kilomètres de front, offre un autre exemple de pragmatisme : les Sturmgeschütze (des blindés français issus des ateliers du Major Becker) font office d’artillerie de campagne et les obusiers des compagnies lourdes de Panzergrenadiere sont subordonnées à l’artillerie. On essaye de coordonner les tirs et de centraliser. Ainsi, au sein du I. SS Panzerkorps, l’ensemble de l’artillerie, y compris la Flak, est chapeautée par l’Arko I, qui se montre capable d’ordonner rapidement des tirs au profit des autres unités et d’éviter de gâcher les munitions en les utilisant de façon rationnelle.
La Wehrmacht s’est montrée capable de concentration de moyens. Pendant l’opération « Goodwood », le 18 juillet, on dénombre 76 batteries d’artillerie sur le front de Caen dans les secteurs des I. SS Panzerkorps et LXXXVI. Armee-Korps. Plus à l’ouest, le 25 juillet, dans le secteur de St-Lô, le LXXXIV. Armee-Korps, on dénombre 86 batteries. La densité en artillerie est donc la même dans ces deux secteurs du front normand. Sur le front de ce LXXXIV. Armee-Korps, en dépit des pertes, les renforts envoyés permettent un accroissement du nombre de pièces d’artillerie : on compte 177 canons et obusiers le 27 juin et 343 le 23 juillet.
Conclusion : l’artillerie, arme décisive oubliée de la bataille de Normandie
L’artillerie a été une arme décisive et déterminante de la campagne. Les déficiences de l’artillerie allemande sont en partie compensées par les mortiers (crédités de 70 % des pertes occasionnées aux Alliés), voire les StuG (la Sturmartillerie est du ressort de l’artillerie et non des Panzer) et même les Panzer, qui font office d’artillerie mobile dans le bocage… Des expédients insuffisants pour contrer la puissance adverse. à La Wehrmacht va au contraire perdre la majeure partie de son artillerie engagée en Normandie. Un désastre comparable à celui qui frappe les unités de la Panzerwaffe déployées à l’Ouest.
L’artillerie allemande dispose enfin d’une arme qui aurait pu être employé à meilleure escient si elle avait été conçue pour un usage contre des cibles purement militaire : la bombe volante V1, dont aucun exemplaire ne sera dirigé sur les ports d’embarquement et les concentrations de troupes alliées en Angleterre… Enfin, pour la Wehrmacht à l’ouest, point de soutien de croiseurs ou de destroyers comme leur camarades de l’Ostheer dans la secteur de Riga : à l’Ouest, le luxe d’un soutien de l’artillerie navale est réservé à leur adversaires.
Organisation type d’un bataillon d’observation d’artillerie
1ère batterie : section météorologique et section d’impression de cartes
2ème batterie de repérage acoustique : cinq équipes avec microphones et deux groupes d’écoute sur la ligne de front
3ème batterie de repérage par les lueurs des coups de départ
Renforts en artillerie accordés par l’OKW le 10 juin 1944
En faveur du II. Fallschirm-Korps :
a)HARKO 309 avec comme unités rattachées :
Etat-major d’artillerie 761
Feuerleit-Batterie 502 (batterie de direction de tir)
1er bataillon d’artillerie (de l’Artillerie-Schule Suippes)
schwere Artillerie-Abteilung 460
b)un bataillon hippomobile de l’Artillerie-Schule Suippes
un bataillon hippomobile de l’Artillerie-Schule Autun
Le schwere Artillerie-Abteilung 460 qui doit être acheminé par voie ferrée
En faveur du Panzergruppe West :
HARKO 474. Les tracteurs chenillés de l’unité devront être acheminés par rail dans la zone Donfront-Romagny
Ordre de bataille en Normandie au 21 Juin 1944
(non inclus les obusiers et canons d’infanterie, soit une vingtaine par division)
Groupe d’artillerie du secteur de Caumont (zone ouest du front de Normandie)
Leichte Beobachtungs-Abteilung 14
Artillerie-Batterie 628 (dotée de pièces de 21 cm)
Artillerie-Abteilung 1151 (12 10cm)
Artillerie-Abteilung 1192 (12 14,9cm sFH)
Artillerie-Abteilung 1194 (12 14,9cm sFH)
Artillerie-Abteilung 1198 (12 14,9cm sFH)
Artillerie-Abteilung 992 (12 15,2cm)
Artillerie-Abteilung 460, (8 15,2cm & 4 12,2cm)
Artillerie-Batterie 625 (3 17cm)
Leichte Artillerie-Abteilung 861 (12 10,5cm leFH)
Leichte Artillerie-Abteilung 934 (12 10,5cm leFH)
Groupe d’artillerie du secteur de Caen(zone est du front de Normandie)
Leichte Beobachtungs-Abteilung
Artillerie-Abteilung 763 (6 17cm)
Artillerie-Abteilung 555 (12 12,2cm sFH)
Artillerie-Abteilung 1151 (8 14,9cm sFH)
Artillerie-Abteilung 1193 (12 14,9cm sFH)
Artillerie-Abteilung 725 (4 28cm K5)
Artillerie divisionnaire dans le secteur de Caumont:
276. ID (36 10,5cm leFH, 12 15cm sFH)
277. ID (36 10,5cm leFH, 12 15cm sFH)
2. Panzer-Division (24 10,5cm leFH, 14 15cm sFH, 4 10cm)
Panzer-Lehr (24 10,5cm leFH, 6 150mm sFH, 12 152mm sFH)
2. SS Panzer-Division (20 10,5cm leFH & 4 15cm sFH)
9. SS Panzer-Division (20 10,5cm leFH & 20 15cm sFH)
10. SS Panzer-Division (20 10,5cm leFH & 20 15cm sFH)
1.SS Panzer-Division (24 10,5cm leFH & 6 15cm sFH)
3. FJD (12 LG)
Artillerie divisionnaire dans le secteur de Caen:
16. Luftwaffe Feld-Division (8 7,62cm & 12 12,2cm)
346. ID (12 7,62cm, 12 10,5cm , & 9 12,2cm)
21. Panzer-Division (24 10,5cm leFH, 8 12,2cm, 12 15cm sFH & 4 10cm)
12. SS Panzer-Division (30 10,5cm leFH, 18 15cm sFH, & 4 10cm)
Unités d’artillerie indépendantes allemandes en Normandie autres que les Nebelwerfer et non citées dans l’ordre de bataille du 21 juin
Artillerie-Brigade 704, dotée de pièces de 21 cm, 17 cm et de Sturmpanzer IV « Brummbär » de 15 cm (sur châssis Panzer IV)
SS Artillerie-Abteilung 101, doté de pièces de 21 cm et de 17 cm
Artillerie-Abteilung 456, doté de pièces russes de 122 mm et de 152 mm ainsi que de 88 mm
Artillerie-Abteilung 457, doté de pièces russes de 122 mm et de 152 mm
Artillerie-Batterie 628, dotée de pièces de 21 cm
Artillerie-Abteilung 937
Artillerie-Abteilung 989, doté de pièces russes de 122 mm
Artillerie-Abteilung 1193, doté de pièces italiennes de 149 mm
Artillerie-Schule Autun
Artillerie disponible au sein des divisions de Panzer engagées en Normandie au 1er juin 1944 (hors canons d’infanterie)
| UNITE | PIECES D’ARTILLERIE |
| 1.SS Panzer-Division | 43 |
| 2. SS Panzer-Division | 45 |
| 9. SS Panzer-Division | 71 |
| 10. SS Panzer-Division | 51 |
| 12. SS Panzer-Division | 52 |
| 17. SS Panzer-Grenadier-Division | 41 |
| Panzer-Lehr | 36 |
| 2. Panzer-Division | 44 |
| 9. Panzer-Division | 31 |
| 21. Panzer-Division | 48 |
| 116. Panzer-Division | 16 |
Artillerie côtière allemande en Normandie au 6 juin 1944
Artillerie-Kommandeur 118 (Oberst Hamann – PC : Château de Chiffrevast)
Artillerie-Kommandeur 474 (PC : Le Parc de la Mare)
Heeresküstenartillerie-Regiment 1261 (Oberst Gerhard Treipel – PC : Le Poteau)
I./1261 (PC : Foucarville)
1./1261 : 4x 12,2 cm K390/2 (r) (Oberleutnant Erben – PC : St-Martin-de-Varreville)
2./1261 : 4x 10,5 cm K331 (f) (Leutnant Kattnig – PC : Azeville)
3./1261 : M.K.B. Marcouf
4./1261 : 4x 10,5 cm K331 (f) (Oberleutnant Schultz – PC : Quinéville)
II./1261 (PC : Morsalines)
5./1261 : 4x 10,5 cm K331 (f) (Oberleutnant Frantz Kerber – PC : Crasville)
6./1261 : 6x 15,5 cm K416 (f) (PC : Morsalines)
7./1261 : 6x 15,5 cm K420 (f) (PC : Gatteville)
III./1261 (PC : Gouberville)
8./1261 : 6x 15,5 cm K420 (f) (PC : Les Couplets)
9./1261 : 6x 10,5 cm K331 (f) (PC : La Pernelle I)
10./1261 : 3x 17 cm K18 ((PC : La Pernelle II)
Heeresküstenartillerie-Regiment 1262 (Major Hubert Otte – PC : Sotteville)
I./1262 (PC : Beaumont-Hague)
1./1262 : 6x 15,5 cm K416 (f) (PC : Auderville-la-Roche)
2./1262 : 4x 10,5 cm K331 (f) (PC : Biville)
3./1262 : 2x 20,3 cm K (E) (PC : Auderville-Laye)
II./1262 (PC : La Roche Coucou)
4./1262 : 4x 17 cm K18 (PC : Cap Flamanville)
5./1262 : 4x 12,2 cm K390/1 (r) (PC : Cap Carteret)
Heeresküstenartillerie-Abteilung 1255 ( Major Fritz Günther – PC : Blonville-sur-Mer)
1./1255 : 6x 15,5 cm K420 (f) (PC : Villerville)
2./1255 : 6x 15,5 cm K420 (f) (Oberleutnant Sondam – PC : Mont Canisy)
3./1255 : 6x 15,5 cm K420 (f) (PC : Houlgate Tournebride)
4./1255 : 4x 10,5 cm K331 (f) (PC : Hennequeville)
Heeresküstenartillerie-Abteilung 1260 (Major Paul Friedrichs – PC : Arromanches)
1./1260 : 6x 15,5 cm K418 (f) (PC : Riva-Bella)
2./1260 : 6x 15,5 cm K418 (f) (PC : Pointe-du-Hoc)
3./1260 : 4x 122 mm K390/1 (r) (PC : Mont Fleury)
Marineartillerieabteilung 266 (Korvettenkapitän Hans von Martin – PC : Le Havre)
M.K.B Le Havre : 3x 38 cm KM35/36 (f)
M.K.B. Cap de la Hève : 4x 15,5 cm K418 (f)
M.K.B. St. Adresse : 4x 15 cm Tbts.L/45
M.K.B. Nordmole : 2x 10,5 cm SKC/32U
M.K.B. Zentralmole : 2x 7,5 cm SA09 (f)
M.K.B. Südmole : 3x 9,4 cm Vickers M39 (e)
M.K.B. Petrolhafen : 3x 13,8 cm KM24 (f)
M.K.B. Quai d’Escale : 2x 10,5 cm SKC32/U
M.K.B. Vasouy : 3x 15 cm Tbts.KL/45
Marineartillerieabteilung 260 (Kapitänleutnant Karl Weise – PC : Cherbourg)
M.K.B. Longues : 4x 15 cm SKL/C36 (Oberleutnant Kurt Weil)
M.K.B. Marcouf : 4x 21 cm K39/41, 1x 150 mm SKL/45 (Oberleutnant Walter Ohmsen
M.K.B. Blankenese : 4x 9,4 cm Vickers M39 (e) (PC : Néville)
M.K.B. Hamburg : 4x 24 cm SKL/40 (Oberleutnant Rudi Gelbhaar – PC : Fermanville)
M.K.B. Brommy : 4x 15 cm SKC/28 (PC : Les Caplains)
M.K.B. Fort du Roule : 4x 10,5 cm SKC/32 u
M.K.B. Bastion Cherbourg : 4x 10,5 cm SKC/32 u (PC : l’Arsenal)
M.K.B. Yorck : 4x 17 cm SKL/40 (Oberleutnant Hans Brenzel – PC : Anfreville)
M.K.B. Landemer : 4x 15 cm SKC/28 – (Oberleutnant Gerhard Kubis – PC : Castel-Vendon)
M.K.B. Greville : 2x 38 cm SKC/34 (PC : Castel-Vendon)
Leichte-Beobachtung-Abteilung 33 (Major Boetticher – PC : Torigni-sur-Vire)
1./33 (Oberleutnant Rademacher)
2./33 (Oberleutnant Rolf Maass)
3./33 (Oberleutnant Richard Meyer)

