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1945, DIABLES ROUGES CONTRE TIGER ET PANTHER SUR LA WESER

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Après l’opération aéroportée « Varsity », lors du franchissement du Rhin mené par le 21st Army Group du maréchal Montgomery le 24 mars 1945, la 6th Airborne Division demeure sur le front et participe à l’invasion de l’Allemagne. Elle compte parmi les troupes en tête de la progression… 

Les « Reds Devils », avançant depuis Osnabrück (où la 5th Parachute Bgde demeure auprès de la 1st Commando Bgde pour sécuriser la ville), sont les premiers « Tommies » à atteindre la Weser, en l’occurrence dans l’après-midi du 4 avril. Il s’agit d’éléments de l’unité de reconnaissance, le 6th Armoured Recce Rgt, dont les trois escadrons sont ventilés entre la 6th Airlanding Bgde, la 3rd Parachute Bgde et la 22nd Independant Parachute Company (les « pathfinders »). 

Quelques escarmouches avant d’atteindre la Weser

A Holzhausen II, le C Squadron de reconnaissance est pris à partie par des Flak de 88 mm (une des batteries impliquées a la singulière particularité d’avoir des servants… italiens), tirs qui inaugurent la bataille de la Weser. Roulant en tête, les Cromwell du B Squadron –que les Allemands ont sciemment laissé passer sans dévoiler leurs positions- font demi-tour, accourent à la rescousse et les pièces ennemies sont neutralisées par une section de « pathfinders » et le C Squadron : si 200 prisonniers sont rassemblés, quatre jeeps équipées de mortiers et un scout car White sont détruits, de même qu’une équipe de Vickers, portée manquante. 

Pendant cette échauffourée, la 3rd Parachute Bgde du Brigadier Hill, suivie de la brigade aéroportée, se rapproche de Minden, ville sise au carrefour de la Weser et du canal Mittelland. Les paras ne sont pas accompagnés des Cromwell divisionnaires, mais la marche est ouverte par un escadron de Churchill de la 6th Guards Armoured Brigade, sur les superstructures desquels est juchée une compagnie de fantassins du 8 Parachute Bn. Vers 14h30, l’avance, qui s’effectue jusqu’alors sans difficulté, se heurte à un point de défense à l’orée de l’agglomération. Un StuG IV ouvre le feu et l’obus frappe un Churchill au niveau de l’anneau de la tourelle, tuant trois hommes d’équipage sur le coup. Les paras sont cloués au sol par des tirs de MG et ne peuvent manoeuvrer. Prudent, le Brigadier Hill estime préférable d’attendre la nuit pour s’emparer de la ville. Il ne sera pourtant pas nécessaire de procéder à une attaque en règle. Portant un drapeau blanc, deux officiers américains de la 9th Army de Simpson (Minden se trouve dans le secteur de l’armée américaine), accompagnés par un officier du 9th Parachute Bn, viennent parlementer et menacer les défenseurs de la place de réduire la ville à l’état de décombres. C’est ainsi que les paras font leur entrée dans la ville peu avant minuit. Ils céderont la place aux GI’s de la 5th Armored Division au cours de la journée du lendemain, 5 avril.

De son côté, suivant une route quelques kilomètres plus au nord, la 6th Airlanding Brigade, elle aussi assisté de chars Churchill, progresse vers la Weser, « Ox & Bucks » en tête. Il a fallu pour cela se frayer un passage à travers les frappes d’artillerie et les coups de Panzerfaust d’une unité spécialisée dans le combat contre les blindés : le Panzerjagdverband « Grosser Kurfürst ». Deux Churchill sont immobilisés, mais cela ne suffit pas à entraver longuement l’avance dans ce secteur : les paras atteignent la Weser au niveau de Todtenhausen en milieu d’après-midi le 5 avril.

Assaut fluvial à travers la Weser

[Scherl-Bilderdienst] Flakpanzerzug im Einsatz Ein Panzerzug ist hinter der HKL aufgefahren und die Flakkanoniere beschiessen, gut getarnt, im rollenden Einsatz Panzeransammlungen und Bereitstellungen der Sowjets. PK-Aufnahme, Kriegsberichter Ellerbrock (Sch) 11.4.45 [Herausgabedatum] ADN-ZB II. Weltkrieg 1939 – 1945 Deutsch-sowjetische Front, Pommern Ende März 1945: Flakkanoniere der faschistischen deutschen Wehrmacht auf einem selbstgebauten Eisenbahn-Flak-Zug. 342-45 [Sendungsnummer Scherl]

Reste à traverser le fleuve, ce qui reste chose téméraire de plein jour, alors que l’artillerie tonne toujours. Il faut donc attendre la venue de l’obscurité, qui se double d’une pause dans l’activité des batteries allemandes, ce qui est immédiatement mis à profit par les Britanniques. Montée à bord de canots d’assaut, une section de la B Company des « Ox & Bucks » franchit ainsi le fleuve de vive-force. Une telle opération ne saurait s’effectuer sans un minimum de couverture. L’attaque se réalise donc avec le soutien d’un barrage d’artillerie fourni par le 53rd Airlanding Light Regiment (des howitzers de 75 mm), une batterie d’artillerie de campagne (vraisemblablement des 25 pounder), ainsi que par les mortiers du bataillon. Les « Red Devils » établissent une tête de pont, ce qui permet au reste de la compagnie, puis aux A et D Compagnies, de traverser la coupure humide à leur tour. Les paras se dirigent immédiatement vers Wietersheim, qui est nettoyée de ses défenseurs qui ne font pas le poids : le Pionier-A.u.E. Bataillon 16 et une batterie de Flak servie par des membres du RAD. Toutefois, la défense est plus résolue dans la localité suivante, Frille, atteinte dès la fin d’après-midi, mais où il faudra batailler jusqu’à 20 heures pour en déloger les pionniers allemands. Pendant ce temps, le site de franchissement est équipé d’une portière par des sapeurs de la 6th Airborne, mais la tâche est périlleuse car la zone est soumise aux tirs de l’artillerie allemande, dont des Nebelwerfer. Deux pièces antichars de 6 pounder, qui vont être bienvenues pour épauler les PIAT, et des mortiers de 3-inch sont donc acheminés jusqu’aux premières lignes, même si certains mortiers et leurs servants en ont été quitte pour une baignade forcée suite à une salve trop rapprochée qui a fait chavirer l’embarcation… Cette nuit-là, le renforcement de la tête de pont sur la Weser est donc effectif, au prix de quelques pertes seulement. 

Au nord de la zone d’intervention des « Ox & Bucks », c’est le 12th Devons qui opère, traversant la forêt de Heisterholz pour atteindre une fabrique de tuiles sise sur la rive gauche. Le colonel Gleadell décide de faire traverser ses compagnies de façon séquentielle à partir du début de la nuit du 5 au 6 avril. La première à traverser, dès 19h30, est la D Company. Le trajet s’effectue de nouveau en canots d’assaut, simples embarcations de bois et de toile, qui ne remportent que bien peu de suffrages auprès des « Tommies » qui doivent monter à leur bord. La traversée est épique, les difficultés débutant avant même d’atteindre l’eau, lorsque les paras découvrent le talus raide de la berge. Certains canots partent à la dérive prématurément avec seulement un ou deux hommes à bord. Dans ces conditions, à peine la moitié des effectifs réalise une traversée sans encombre, non sans que les assaillants soient dispersés sur des kilomètres. Toutefois, pas un seul coup de feu n’est tiré par les Allemands au cours de la traversée, couverte en revanche par les Vickers du bataillon de mitrailleuses. Peu après minuit, la B Company traverse à son tour et, quelques heures après, atteint le village Lahde. Comme en amont, la position acquise ne sera sécurisée qu’après avoir érigé un pont ou des portières. La 249 Field Company éprouve cependant des difficultés pour établir un pont FBE de classe 9.

Les Royal Ulster Rifles (1 RUR), constituant le troisième bataillon de la 6th Airlanding Brigade, est quant à lui engagé plus au nord. Précédé par le 15/19 Hussars (de la 11th Armoured Division), qui y a perdu un véhicule de reconnaissance suite à un tir de Panzerfaust dans l’après-midi, il pénètre dans Petershagen, qui est sécurisée vers 21 heures.

La tête de pont britannique est peu à peu renforcée, chose facilitée par la neutralisation des pièces de 105 mm de la gare de Frille. Dans le secteur du 12th Devons, la puissance de courant demeure un handicap insurmontable, mais la 1 RUR le renforce en traversant à son tour.

6 avril 1945 : les Tiger et les Panther du Kampfgruppe Schulze contre-attaquent

Zentralbild II. Weltkrieg 1939 – 1945 An der Front in Niederschlesien, März 1945. Panzergrenadiere der faschistischen deutschen Wehrmacht und Panzer vom Typ “Panther” beziehen neue Stellung. 338-45

            Le Major Ferber, responsable du secteur, estime que l’infanterie ennemie encore esseulée est à portée d’une attaque en force. Il décide donc de lancer le Kampfgruppe Schulze pour l’écraser. Sur le flanc gauche, les 5 Tiger de l’Oberleutnant Fehrmann attaqueront vers l’ouest, via Quetzen et Maslo. A l’aile droite, ce sont 4 Panther, escorté par trois Sd. Kfz. 251 montés par des « casseurs de chars » du Panzerjagsverband « Grosser Kurfürst », qui progresseront de Quetzen vers Bierde. 

            A 10h30, le Kamfgruppe quitte la forêt de Schaumburg, où il était dissimulé, et atteint Masloh où les deux groupes se séparent. Vers 13h30, les équipages des Tiger observent les paras du 12th Devons qui avancent sur la route dans leur direction. Dès que les Britanniques s’approchent du pied de la colline, les mitrailleuses de bord ouvrent le feu et les moteurs Maybach propulsent les Panzer vers le bas de la pente. La major Palmer informe immédiatement le QG de la brigade que des Panzer sont passés à l’attaque (il les a identifié comme étant des Panther !). Le Brigadier Bellamy réagit immédiatement avec un ordre tombant sous les sens : priorité accordée aux pièces antichars de 6 pounder pour le passage à travers le fleuve sur le pont FBE. Le pont est inachevé mais 12 jeeps tractant des canons sont mises en route… Pendant ce temps, les paras doivent compter avec les seuls PIAT. La section de QG de la D Company et une des sections parvient à se réfugier à l’abri des bâtiments de Masloh et d’un bois, mais les autres sections sont surprises en plein champ. Au 21 Platoon, le lieutenant Reakes donne l’ordre de s’abriter dans des tranchées et de donner les huit roquettes à Leslie Meeks équipé du seul PIAT du groupe. Un premier tir est effectué à une cinquantaine de mètres de distance. Le Tiger F01 de l’Oberleutnant Fehrmann est endommagé : l’élévation de son tube de 88 est bloquée… Meeks et Reakes crient victoire, mais un peu trop vite car les moteurs du Panzer se remettent en route. Toutes les roquettes sont tirées… en vain. Les MG de bord balayent le terrain, obligeant les paras à se mettre face contre terre et à creuser littéralement le sol avec les ongles… Arrivés au niveau des « Red Devils », les Tiger commencent à écraser les tranchées sur leurs occupants. 51 soldats britanniques doivent déposer les armes et sont enfermés dans une maison, la Haus Johann. Fehrmann ne poursuit pas l’avantage en direction de l’usine de tuiles, sans doute faute de disposer de suffisamment de munitions de MG, le terrain étant par ailleurs défavorable, avec des ponts jugés trop fragiles pour soutenir les 56 t des monstres d’acier. Déployés en plein champ, les Tiger offrent de trop belles cibles : ils sont ainsi pris à partie par l’artillerie, dont les tirs sont dirigés par le capitaine Mooney, un observateur qui a eu le cran de rester dissimulé près de Frille après la débandade subie par l’infanterie. Les Allemands – prisonniers montés sur les tanks- sont ainsi contraints au repli, qui s’effectue sous l’attaque d’une paire de Typhoons. 

Les déboires des Panther

En fin de matinée, les Panther et les Sd. Kfz. 251 progressent en direction du nord, en direction du village de Bierde. Ils sont repérés à proximité de la localité par un observateur d’artillerie, qui ordonne immédiatement, à 11h15, un tir nourri des 61st et 63rd Medium Regiment, du 6th Field Regiment et du 53rd Airlanding Light Regiment. Un déluge d’acier qui a tôt fait de faire rebrousser chemin aux blindés. La C Company reçoit le renfort de deux pièces antichars de 6 pounder (d’autres ont traversé et rejoint les A et B Companies) au moment où, vers 16 heures, les Panther réapparaissent sur le champ de bataille. Le groupe de combat allemand commet l’erreur d’attendre encore davantage, jusqu’à 19 heures, de sorte qu’il est soumis à une chaude réception. Certes, à l’entrée du village, un civil alerte les tankistes de la présence des Britanniques, mais il est trop tard. Le combat est acharné, mais les fantassins allemands sont trop peu nombreux pour neutraliser tous les paras qui ouvrent le feu depuis des tranchées et des maisons transformées en forteresse. Un bâtiment touché par un obus explosif tiré par un Panther s’écroule sur un 6 pounder et ses servants, mais les Anglais ont le dessus. Le repli tourne à la catastrophe pour les assaillants : gênés par un ruisseau encaissé, le Gehle, deux Panther sont incendiés. La contre-attaque des Panzer est donc un échec. Le 12th Devons compte 12 tués et 48 disparus, mais la tête de pont est sécurisée et plusieurs ponts sont enfin achevés.

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