Site icon Benoit Rondeau

Recension “La Batailles de Ardennes”

Philippe Guillemot, La Bataille des Ardennes, Perrin, 2024

Le souvenir de la bataille est vivace aux Etats-Unis et l’auteur a raison de nous le rappeler. L’ampleur des commémorations dans les Ardennes le confirme.

Philippe Guillemot, qui est un connaisseur de la question, nous livre une belle synthèse très efficace, idéale pour celui qui désire, en ce 80e anniversaire de la bataille des Ardennes, découvrir ou se replonger dans cet affrontement majeur mené par l’US Army.

Le texte se lit bien, est clair et fourmille de détails intéressants, ainsi que d’éléments conférant l’atmosphère aux combats, a contrario des récits secs des auteurs qui jouent le style académique. Témoignages et conditions dans lesquelles ont été menés les affrontements y participent pleinement.

Après l’inévitable partie, mais bien menée, sur la situation à l’automne 1944, la décision de Hitler de passer à la contre-offensive et ses préparatifs, l’auteur évoque la vision dans le camp allié (certains auteurs avancent de leur côté que la faiblesse des Ardennes constituait à dessein une invite aux Allemands à contre-attaquer). Cette partie est instructive concernant la réalité de la logistique allemande, ainsi que sur le danger que confèrent les seuls chiffres bruts des effectifs, notamment en chars.

Le récit de la bataille m’a convaincu. Il est non pas mené chronologiquement, mais par secteurs du front, du nord au sud, ce qui facilite la compréhension de l’ensemble, mais rend difficile l’appréciation d’ensemble de la situation et empêche de saisir l’articulation entre les événements en diverses parties du front. Ceci étant, le texte est limpide et évite d’oublier les événements qui se déroule dans un secteur donné (inévitable si on suit la bataille chronologiquement).

Le chapitre final est particulièrement intéressant : logistique, réflexion sur une possible victoire allemande, guerre aérienne, bilan, … Beaucoup d’éléments nouveaux et de réflexion.

Bref, s’il vous faut choisir une synthèse accessible et documentée, un livre nettement au-dessus du travail proposé il y a quelques années par Guillaume Piketty au éditions Tallandier.

Le grand intérêt, ici, c’est de saisir la bataille dans sa globalité. Il ne faut pas y rechercher une narration détaillée des combats. Ceci étant, ce n’est pas du tout simplifié à l’excès: quand il le faut, on descend quand même au niveau du bataillon, voire de la compagnie. Les amateurs apprécieront en particulier les pages consacrées à l’aile gauche de l’attaque allemande, celle de la 7ème armée, ainsi qu’aux combats de la résorption du saillant, deux épisodes souvent moins traités (Montgomery est loin d’être médiocre au cours de cette campagne épique, sans Ronn plus être un génie).

Je regrette toutefois que, concernant l’échec de l’offensive, l’auteur conçoit essentiellement des causes inhérentes à l’organisation et aux moyens de la Wehrmacht, sans prendre en considération les facteurs explicatifs qu’on trouvera du côté allié (voir à ce propos mon article).

Pour compléter cette première approche, lisez les ouvrages d’Hugues Wenkin sur le sujet (bizarrement absents -sauf un- de la bibliographie de Philippe Guillemot), ainsi que la biographie que je consacre à Patton.

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