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Novembre 1942, premiers combats pour Tunis (3)

Benoît Rondeau Copyright

La première tentative alliée en direction de Tunis 

La dernière semaine de novembre, la 1st Army d’Anderson lance son offensive selon trois axes sous le commandement du Major-General Evelegh. La 11th Brigade se lance sur Medjez-el-Bab le 24 novembre. Le 2nd Lance Fusiliers attaque depuis le nord pendant que le 5th Northants assaille les défenses de Koch depuis le sud-ouest. Les Fusiliers s’y reprennent en vain à quatre fois pour tenter de prendre pied sur l’autre rive de la Medjerda, au pris de 160 pertes. Quant aux Northants, ils se heurtent à des blindés et font également volte-face. Pourtant, les Britanniques entendent le son de l’explosion qui pulvérise le pont qu’ils convoitaient. Le lendemain, ils ont la surprise de découvrir une ville abandonnée : les Fallschirmjäger se sont esquivés… Entretemps, les événements se sont en effet précipités.

Au nord, lorsque la 36th Brigade renouvelle son effort sur la côte, les difficultés surgissent rapidement. Le 20, les Fallschirmjäger de Witzig et les Paracadutisti du lieutenant-colonel Delmas surprennent les Britanniques et s’emparent de trois hauteurs et de cent prisonniers à proximité d’Abiod. Mais la pression est telle qu’il faut rétrocéder les gains et se replier deux jours plus tard. Les combats défensifs menés par Witzig tournent vite à son avantage : la 36th Brigade de Kent Lemon attaque à 10 contre 1 mais rencontre d’emblée une très forte opposition à Djefna. Deux compagnies du 8th Argylls tombent dans un guet-apens tendu par les Fallschirmjäger, qui rendent ainsi la monnaie de leurs pièces aux Britanniques, puis se heurte aux défenses des Djebel Azzaq et Azred (Green Hill et Bald Hill pour les Britanniques). Du 28 au 30 novembre, Witzig revendique 30 tués et 86 prisonniers chez l’ennemi, ainsi que 10 Bren Carriers détruits dès le premier jour. Les hauteurs perdues sont reprises pour la perte d’à peine 5 tués et 5 disparus, alors qu’on dénombre 40 cadavres ennemis. L’avance est donc stoppée dans le secteur nord. Une relative petite unité de Fallschirmjäger a tenu en échec une brigade renforcée.

Au centre, la poussée principale est l’oeuvre de la Blade Force du Lieutenant-Colonel Hull, organisée autour de la 6th Armoured Division renforcée par les M3 Stuart américains du 1st/1st US Armored Rgt du Lieutenant-ColonelWaters (le gendre de Patton). La progression s’effectue via Béja puis Sidi Nsir, où se trouvent déjà des paras anglais, largués quelques jours auparavant, qui ont mené la première escarmouche de la campagne en neutralisant une patrouille de reconnaissance ennemie. La Blade Force se heurte d’abord à quelques fermes fortifiées où les défenseurs germano-italiens mènent des combats acharnés mais désespérés. Ce premier succès -4 canons automoteurs italiens et 140 soldats sont mis hors de combat ou faits prisonniers- encourage Hull. Mais la ferme suivante, baptisé Coxen’s Farm, surplombe la route de Mateur et s’avère être une noix trop dure à croquer pour les blindés britanniques momentanément dépourvus de soutien d’infanterie. Pourtant, ce même jour, la C Company du bataillon de chars américains, commandée par le Major Barlow, réussit un exploit peu commun. Les 17 Stuart de l’unité partent en reconnaissance vers le col de Chouigui qu’ils traversent sans difficultés et poursuivent avec audace leur avance, faute d’opposition. Barlow parvient ainsi jusqu’à Tébourba et surprend quelques soldats allemands sur le pont d’El Bathan, qui enjambe la Medjerda. Il s’est profondément enfoncé dans les lignes adverses : la percée est-elle acquise ? Poursuivant sa progression, il découvre à Djedeïda un aérodrome allemand sur lequel le personnel vaque à ses occupations sans se douter du danger qui menace. Averti par radio, Waters ne laisse pas passer une telle opportunité et ordonne à Barlow de semer le chaos sur les pistes. Les 17 Stuart chargent un adversaire éberlué et détruisent une vingtaine d’avions et des stocks de munitions et d’essence pour la perte de 2 tués, 1 M3 détruit, et quelques autres endommagés. Barlow retourne ensuite à la passe de Chouigui. Evelegh et Hull, désormais très proches de Tunis, se montrent satisfaits. 

            Le lendemain, les Allemands réagissent avec vigueur en soumettant les Alliés à des strafings tout au long de la journée. Pourtant, manquant de sang froid, Nehring, craignant pour la sécurité de Koch puisqu’il sait les tanks ennemis dans le secteur de Djedeïda-El Bathan, ordonne au FJR 5 d’évacuer Medjez-el-Bab. L’abandon prématuré de cet important carrefour provoque l’ire de Kesselring alors même que les premiers éléments de la 10. Panzer-Division et que les premiers Tiger vont entrer en lice. La 11th Brigade traverse donc la Medjerda à Medjez-el-Bab puis oblique vers Tébourba tandis que la Blade Force traverse la passe de Chouïgui. Les tanks américains sont alors attaqués près deCoxen’s Farm par des Panzer IV du Pz-Abt 190 soutenus par des Stukas et subissent des pertes sensibles avant que les blindés de Waters, manoeuvrant sur le flanc, « n’allument » les puissants Panzer à bout portant, rendant ainsi aux Allemands coup pour coup. Poursuivant leur avantage, et cette fois -ci avec l’appui des Valentine et des Crusaderbritanniques, les Américains participent à un nouvel assaut de la ferme où d’autres Panzer sont incendiés. Dans la nuit du 26 novembre, des combats assez sérieux opposent les Alliés au Gruppe Bürgemeister (3/Fall-Pi-Bn, 1 cgnie Feld Bn T3, 4/ Pz Abt 90) qui attaque au sud-ouest de Mateur vers Tébourba. Bürgemeister a perdu 2 Panzer mais il revendique la destruction de 20 tanks. Le 132rd Field Artillery, qui combat en appui direct, perd 8 pièces de 25 pounder.  Encerclé, l’Hauptmann Bürgemeister s’en réchappe sur ordre avec des pertes légères. La Coxen’s Farm est finalement prise le lendemain, 27 novembre, par des paras anglais appuyés par les tanks du 17th/21st Lancers. Ce même jour, la Blade Force est durement frappée par des Ju-88. La Lufwaffe et la Regia Aeronautica, très actives, réalisent environ 1 500 sorties entre le 22 et le 30 novembre 1942 (63 pertes pour les Allemands). La présence d’as et d’aviateurs chevronnés au sein des formations de la Luftwaffe assure un avantage certain aux Allemands. Pourtant, l’effort de l’aviation alliée est loin d’être négligeable : la RAF et la 12th USAAF effectuent 1 890 sorties (52 appareils abattus en combat aériens). Le 28 novembre, montés sur les Stuart et les Lee du CCB, les fantassins de la 11th Brigade tentent de reprendre la progression. Cinq blindés sont incendiés rapidement, laissant l’infanterie continuer seule, dans une tentative vouée à l’échec. Le lendemain, si une compagnie des Northamptons atteint la lisière de Djedeida, elle est aussitôt rejetée en arrière : l’échec est patent. L’offensive d’Anderson ne peut aller plus loin : ses colonnes, qui ont pris Tébourba, se heurtent à un mur de Pak et ne peuvent déboucher au-delà de Djedeïda ni vers Mateur. 

Anderson persiste dans son offensive mais elle ne peut déboucher, si ce n’est sur deux autres désastres. Le 29 novembre, le 2nd Parachute Battalion britannique du colonel Frost est largué près de Depienne. Les Red Devils, doivent s’emparer de plusieurs terrains d’aviation ennemis. Les Allemands réagissent immédiatement en faisant intervenir des unités du FJR 5, soutenus par des fantassins allemands et des troupes italiennes. L’opération est un fiasco complet qui coûte 265 paras aux Britanniques. Début décembre, sur le rivage de Sidi el Moudjad, à proximité de Bizerte, une opération amphibie du 1st Commando américano-britannique est également sévèrement repoussée par les Bersaglieri. 134 soldats alliés sont perdus. Entretemps, les événements se sont précipités à Tébourba, où Nehring a repris l’initiative. 

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