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MARIE-PIERRE KOENIG

Benoît Rondeau Copyright

Bir Hacheim, 27 mai-10 juin1942

En mai 1942, la position de Bir-Hacheim est le « box » qui forme l’extrémité du flanc gauche de la ligne de Gazala. La 1ère Brigade des Français Libres du général Koenig tient le camp retranché. L’infanterie de l’unité est composée de deux demi-brigades : la 1ère Demi-brigade (Légion) du lieutenant-colonel Amilakvari (2ème bataillon de Légion étrangère et 3ème bataillon de Légion étrangère) et la 2ème Demi-brigade (Coloniale) du lieutenant-colonel de Roux (bataillon de Marche n°2 (Oubangi), bataillon du Pacifique, bataillon d’Infanterie de Marine). Le 3ème bataillon de la Légion étrangère forme des « Jocks Columns », tandis que les autres bataillons prennent en charge une partie du périmètre. Chaque compagnie occupe un front de 1 500 mètres sur une profondeur équivalente. Deux lignes de défense sont organisées, la première sur la bordure des champs de mines et la seconde 300 mètres en arrière.  Les effectifs mis à la disposition de Koenig présents à Bir-Hacheim le 25 mai au soir se montent à 3 255 hommes, dont 103 Anglais de la 43rd Company of London Yeomanry Light Anti-Aircraft Battery of Royal Artillery (COLYLAA). Les soldats français disposent en armement collectif de 270 fusils-mitrailleurs FM 24/29, 72 mitrailleuses Hotchkiss, 100 FM modifiés pour la lutte antiaérienne, 2 mitrailleuses quadruples de 13.2 mm antiaériennes, 4 mitrailleuses jumelées de 13.2 antiaériennes, 46 fusils-antichars Boys et  40 mortiers de 81 mm. Les moyens en pièces d’artillerie sont conséquents : 50 canons antichars (26 pièces de 75 mm françaises, 12 canons de 47 mm français, 12 canons de 47 mm italiens et 16 canons de 25 mm français), 16 pièces d’artillerie (tous des 75 mm français), 30 canons antiaériens (18 Bofors de 40 mm et 12 canons de 25 mm français). Koenig dispose également de 63 chenillettes Bren-Carriers. Un détachement, placé sous le commandement du capitaine de Lamaze, surveille les champs de mines. Il est composé d’une section de commandement, de trois sections de 5 Bren-Carriers, d’une section antichar de 3 canons de 75 mm et de deux canons antiaériens de 25 mm. Enfin, une colonne mobile, baptisée « Tomcol », agit à l’ouest du camp retranché. Il s’agit d’une compagnie motorisée, de 4 canons antichars, de deux batteries de 75 mm et d’une section de Bofors. La garnison dispose de vivres pour 12 jours, de réserves d’eau pour 10 jours et de 20 000 obus. 

            Les Français attendent impatiemment d’en découdre avec l’ennemi qui occupe la mère-patrie. Le 26 mai, la garnison aperçoit l’Afrika-Korps qui défile au lointain devant les positions de Bir-Hacheim. Les premiers combats ont lieu le 27 mai. Une colonne de blindés de l’ « Ariete » est défaite. Les canons antichars français dispersent les camions du 8° Bersaglieri. Le bruit est infernal. Les obus pleuvent de toute part, projetant des nuages de poussière qui recouvrent le champ de bataille. 35 blindés sont détruits, certains s’étant approchés à 40 mètres de certains points d’appuis, la vague d’assaut n’ayant pas un instant modifié son cap en dépit des pertes subies. Cinq chars M 13 italiens ont pénétré au cœur de la défense, mais ils sont neutralisés au cocktail Molotov, à la grenade ou victimes des tirs des antichars. Les FFL ont en outre capturé 76 prisonniers. La bataille ne fait que commencer. Dans les jours qui suivent, Koenig va superviser la défense du « box » avec brio.

            Les escarmouches se succèdent autour du périmètre pendant quelques jours. Une patrouille française a intercepté à une vingtaine de kilomètres dans le sud-ouest, un convoi de ravitaillement avec une douzaine d’Allemands qui ont été facilement convaincus de l’inutilité de toute forme de résistance. Les légionnaires subissent également avec fureur la déconvenue d’un bombardement par la RAF, qui affirmera plus tard avoir été abusée par la présence des carcasses de chars italiens. La DCA a toutefois riposté, endommageant deux appareils britanniques. Les raids français se succèdent, occasionnant des pertes à l’ennemi. Le bilan de ces premiers combats penche nettement en faveur de la brigade FFL puisque celle-ci n’a perdu que 6 hommes à la date du 31 mai, dont 2 seulement tués, alors que les germano-italiens ont perdu 41 chars, 7 automitrailleuses, un canon et 251 prisonniers.

            Le 1er juin, Koenig reçoit l’ordre de faire sortir un bataillon hors du périmètre. Ce dernier doit participer à une vaste tentative d’encerclement par la 8th Army des forces de Rommel. Mais ce plan ne sera jamais mis en oeuvre. Dès le le lendemain, l’unité sélectionnée subit une violente attaque aérienne au cours de laquelle elle subit 23 pertes humaines et 12 véhicules et canon antiaérien Bofors sont incendiés. Un Messerschmitt 110 est cependant touché à l’aile, déportant l’appareil vers la droite et accrochant ainsi le Messerschmitt voisin. Les Français ont donc réussi à abattre deux avions. 

Ce même jour, Bir-Hacheim est presque totalement investi. La 90. Leichte-Division a en effet reçu l’ordre de se positionner à l’est de la place et épauler les Italiens. La division « Trieste » attaquera depuis l’ouest. Koenig reçoit un ultimatum des Italiens, puis de Rommel qui le somme de se rendre afin d’éviter d’inutiles pertes humaines. Koenig refuse, tout en ignorant avec précision les désastres qui se sont abattus sur l’armée britannique depuis le début des opérations. Rommel, de son côté, veut assurer son flanc sud et sa ligne de ravitaillement alors que va s’engager la lutte décisive contre Auchinleck. Le camp retranché est alors soumis à un bombardement en règle de la part de l’artillerie et de l’aviation ennemie, qui mitraille les postions ou largue des bombes. Le 4 juin, les Stukas attaquent en force mais, pour une fois, la RAF est de la partie et assiste efficacement la garnison assiégée. Dans la nuit, un convoi de ravitaillement britannique parvient à tromper la vigilance ennemie et rejoint Bir-Hacheim, apportant 3 000 obus de Bofors et 6 000 de 75 mm. Les soldats d’élite du Sonderverband 288 et les ex-légionnaires de l’Afrika Regiment 361 qui affrontent leurs anciens camarades de la Légion Etrangère ne suffisent pas à emporter la décision. Le 5 juin, une nouvelle demande de reddition est repoussée. Le lendemain, un nouveau convoi britannique réussit à franchir les lignes germano-italiennes avec un précieux ravitaillement en eau et 5 000 coups de 75 mm. Le 6 juin, Bir-Hacheim est encerclée par la 90. Leichte-Division (et quelques unités rattachées comme la Kampfgruppe Hecker), la « Trieste » et la « Pavia », soit 12 000 hommes. Les attaques sont à nouveau repoussées. 

Le 8 juin, un assaut en règle est lancé par Rommel, avec des moyens conséquents cette fois-ci. A 7h30, 60 bombardiers attaquent la partie nord du périmètre de concert avec l’artillerie qui pilonne les positions françaises. Vers 10 heures, les Français repoussent un premier assaut soutenu par des blindés. En une heure, 120 tonnes de bombes ont été larguées par les Junkers 88 de la Luftwaffe. Rommel renouvelle l’attaque dans le même secteur à 18 heures, mais la tentative, soutenue par l’intervention de 60 Stukas, est à nouveau vouée à l’échec. Le 9 juin, les bombardements aériens et les tirs d’artillerie redoublent d’intensité et écrasent les positions françaises sous un déluge de feu pendant des heures. En début d’après-midi, l’ennemi attaque de toute part. Il est repoussé. Mais l’alerte a été sérieuse, notamment dans le secteur nord où l’ennemi n’est arrêté qu’au nord du champ de mines. La situation devient alors critique en raison de l’épuisement des réserves de munitions. C’est donc avec soulagement que Koenig apprend de ses supérieurs de la 7th Armoured Division que la position de Bir-Hacheim n’est plus considérée comme essentielle et peut désormais être évacuée à moins que Koenig estime que son unité peut rester sur place et être ravitaillée par la voie des airs. Koenig répond qu’il a besoin de moyens de transport pour évacuer et qu’il est nécessaire de lui assurer un soutien aérien pour neutraliser les batteries ennemies et se prémunir de toute intervention de la part de la Luftwaffe.

Le 10 juin, les Allemands (qui attendent des renforts de la 15. Panzer-Division transférés depuis le nord) attaquent à nouveau en force dans le secteur nord du périmètre à trois reprises entre 9 heures et 18 heures. Les Germano-Italiens engagent jusqu’à 270 pièces d’artillerie au cours de siège, sans compter les mortiers et les antichars. Au cours du siège, les forces de l’Axe tirent 40 000 obus de gros calibres (de 105 à 210 mm), les Français répliquant par 42 000 coups de 75 mm. Tous les assauts sont repoussés mais il n’y a désormais plus de munitions pour les pièces d’artillerie françaises. A 19 heures, un nouveau bombardement embrase Bir-Hacheim, incendiant un certain nombre de précieux véhicules imprudemment sortis de leurs abris en prévision de la sortie de la brigade. C’est cette même nuit, à partir de 23h30, que débute l’évacuation de la garnison, manœuvre délicate s’il en est. Cette évacuation se déroule en fait dans des conditions particulièrement difficiles. L’obscurité est vite ponctuée de coups de départ et de traçantes. Pour la 1ère fois, les mitrailleuses allemandes MG 42, à la cadence de tir infernale de 1 200 coups par minute, entrent en action sur le front.  Les Allemands, surpris, illuminent le ciel d’une multitude de fusées éclairantes. A 3 heures, les Brens-Carriers et les fantassins écrasent les nids de résistance ennemis dans des corps à corps sanglants mais les tirs germano-italiens atteignent de nombreux véhicules, qui obstruent le passage aménagé à travers le champ de mines. Un embouteillage mortel guette la brigade. Pourtant, des petits détachements arrivent à s’extirper du chaos, les hommes s’entassant sur les véhicules de façon démesurée. Certains véhicules roulent même les pneus crevés ! La brigade de Koenig parvient néanmoins à s’échapper de la nasse en dépit de l’intervention des blindés ennemis à partir de 5 heures. La bataille de Bir-Hacheim est terminée.

Koenig et ses hommes ont rempli leur mission avec brio, offrant une défense remarquable à leurs adversaires.  Ils ont réussi à tenir leurs positions pendant onze jours, face à un ennemi supérieur auquel ils ont infligés des pertes non négligeables. Les assaillants accusent en effet la perte de pas moins de 52 chars, 5 canons automoteurs, 11 automitrailleuses, 7 avions et 3 300 hommes (dont 277 prisonniers) et de nombreux véhicules détruits. Les pertes françaises ne sont toutefois pas négligeables : 1 200 hommes sont perdus (environ 140 tués, 230 blessés et 800 disparus, dont au moins 600 prisonniers) ainsi que 53 canons et 250 véhicules, une centaine de véhicules étant en outre sérieusement endommagés. D’abord traités en francs-tireurs (car la France a signé l’Armistice), les courageux défenseurs de Bir-Hacheim capturés seront considérés comme des combattants. Parmi les légionnaires prisonniers se trouvent des soldats d’origine juive ou allemande, qui ne peuvent que se préoccuper du sort qui leur est réservé. 

Rommel ne cache pas son admiration devant « l’admirable exploit de la part des défenseurs » et reconnaît les qualités de Koenig. Ce dernier a indubitablement été l’âme de la défense du « box ». La résistance héroïque des FFL n’a en rien changé le cours de la bataille qui tourne en faveur de la Panzerarmee Afrika. La bataille de Gazala entre en effet dans sa phase finale. En revanche, cette résistance vaillante a compromis la manœuvre d’encerclement de Rommel et a donc contribué. Elle n’a en rien facilité le rétablissement à El Alamein, la bataille de Gazala n’étant pas terminée en date du 10 juin et, quoi qu’il en soit, l’issue de l’affrontement et la chute subséquente de Tobrouk, pas  plus que l’échec de Rommel à El Alamein, ne se sont pas décidés à Bir-Hacheim. La défaite des unités blindées britanniques. Il reste que le monde entier apprend que les Français sont de retour au combat et qu’ils se battent de manière redoutablement efficace.  Après l’arrivée en Allemagne du journaliste Lutz Koch, de retour de Bir-Hacheim, Hitler tient même les propos suivants : Vous entendez messieurs, ce que raconte Koch. C’est bien une nouvelle preuve de la thèse que j’ai toujours soutenue, à savoir que les Français sont, après nous, les meilleurs soldats de toute l’Europe ».

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