Julie d’Andurain, Les troupes coloniales. Une histoire politique et militaire, Passés Composés, 2024
J’avais beaucoup apprécié la biographie du général Gouraud du même auteure. Ce nouveau livre, qui ne fait pas double-emploi avec l’excellent travail d’Anthony Guillon portant sur les tirailleurs sénégalais, mérite toute notre attention.
Le lecteur va découvrir les spécificités des troupes coloniales (et non “armée”, vous comprendrez pourquoi), en particulier de l’infanterie de marin e(qui ne dépend pas de la marine), ainsi que des différentes catégories de tirailleurs, outre la différence essentielle avec l’Armée d’Afrique, dont il est également beaucoup question.
La genèse des ces unités, les implications politiques et sociales, aussi bien en France que dans les territoires colonisés et outre-Mer, la question des carrières militaires, les débats à l’Assemblée ainsi que les discussions infra-gouvernementales, outre les frictions entre les différentes armes et entre les ministères: la complexité du sujet est traité avec réussite.
C’est d’autant plus remarquable que Julie d’Andurain sait conserver une parfaite impartialité. Les abus du système colonial ne sont pas dissimulés (aucune apologie du système), mais toujours expliqués avec le recul et les nuances nécessaires (je pense par exemple à l’affaire Voulet-Chanoine).
L’auteure nous invite à suivre ces troupes d’exception en Afrique noire, au Sahara et à Madagascar, mais aussi en Indochine. Elle nous fait ensuite accompagner ces soldats au cours des deux guerres mondiales (l’occasion de briser des clichés sur la “Force Noire”, qui ont la vie dure), puis lors des épisodes de la décolonisation.
Modalités de leur emploi? Finalités des ces troupes coloniales? Indépendance ou fusion ou sein de l’armée métropolitaine? Vous saurez tout sur la Coloniale!
On apprécie, comme toujours, le point d’honneur que met Julie d’Andurain pour user du jargon de l’armée, ainsi que celui qui a cours aux époques considérées: cela ajoute au charme de la narration et favorise l’immersion dans le sujet, outre qu’il s’agit d’une preuve supplémentaire de la maîtrise de son sujet par l’auteure.
Par inclination, ce sont les pages consacrées à l’épopée coloniale -sanglante, injuste, mais fascinante-qui m’ont particulièrement intéressé. on apprend en effet beaucoup sur le système colonial français, du rôle de ses forces armées, de l’impact des chefs de celles-ci.
En avant donc sur les traces des marsouins et des bigors, mais aussi des Sénégalais!

