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Janvier 1943, l’Axe prend l’initiative en Tunisie (2)

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Combats au sud : Faïd et Maknassy

A Robaa, le 31 janvier, Weber et le s.Pz Abt 501 échouent de nouveau devant la 36th Brigade, dûment soutenue par le 12th RHA, épaulée par des goumiers marocains et un bataillon américain. Un engagement désastreux au cours duquel l’Abteilung de « lourds » est réorganisé en une dizaine de Tiger-Gruppen, des groupements tactiques blindés articulés autour d’un Tiger. C’est donc en ordre dispersé que sont engagés les « lourds », au détriment de la puissance de feu et de choc ainsi que de la possibilité de manœuvrer sous le couvert de tirs de soutien que confère l’engagement dans le cadre d’un zug. Un premier Tiger est frappé de flanc, immobilisé à la chenille, puis incendié. Un Tiger et deux  Panzer foncent alors à toute allure en direction des « Buffs », dont ils traversent les lignes à la grande frayeur des Tommies, mais ils sont mis hors de combat en quelques minutes par les 6 pounder du 72nd Antitank Regiment dissimulés dans les bois. Ce dernier Tiger est le premier dont s’emparent les Alliés : le monstre est expédié en Angleterre pour y être examiné en détail par le Royal Tank Regiment. En revanche, les Panzer et les Fallschirmjäger mènent une spectaculaire contre-attaque nocturne sur la colline 286, écrasant un bataillon du London Irish qui avait omis d’armer ses mines antichars !

L’effort principal est toutefois délivré plus au sud, vers les cols du Faïd et du Rebaou, mission assignée à la 21. Panzer-Division, qui a été cédée par RommelTandis qu’un assaut frontal du Kampfgruppe Pfeifer, le Kampfgruppe Grün esquisse en enveloppement par le flanc sud. Le 30 janvier, le 2ème Régiment de Tirailleurs Algériens, qui tient tête aux assaillants toute la journée, est débordé puis pris à revers le lendemain, malgré l’intervention de l’USAAF. Les Allemands s’emparent du col en début d’après-midi du 31 janvier. L’intervention du CCA, soit 100 chars, 18 canons, 12 Tanks Destroyers et 1 000 fantassins, ne permet cependant pas de rétablir la situation. Les vétérans de l’Afrika-Korps brisent les contre-attaques américaines mal coordonnées de la Task Force du colonel Stack. Pour leur premier combat, les 17 Sherman d’une compagnie blindée, appuyés par quelques Tanks Destroyers, donnent tout droit dans un piège antichar ennemi. Le 1er février, le col de Rebaou, qui double la passe du Faïd au sud, tombe à son tour. Tous les cols de la dorsale sont entre les mains des troupes germano-italiennes au prix de 1 100 pertes supplémentaires aux Alliés (210 Américains et 904 Français). Peu après, le Generalleutnant Fischer meurt des suites de ses blessures après que son véhicule ait malencontreusement sauté sur une mine d’un champ italien mal signalé. Il est remplacé à la tête de la 10. Panzer-Division par Broich qui cède le commandement de sa division à Manteuffel.

Si Giraud est furieux de la lenteur et du manque de punch de la contre-attaque américaine, piètrement menée à ses yeux, les combats de janvier ont démontré l’incapacité des troupes françaises à se défendre efficacement contre les Panzer. La « Big Red One », est donc envoyée en soutien du corps de Koeltz. Toutefois, les Allemands relèvent que les Français se sont défendus avec acharnement sur leurs positions et qu’une excellente impression militaire se dégage des prisonniers. Les Américains sont en revanche jugés inexpérimentés et très mal encadrés. Le fait d’envoyer des messages radios en clair confine à l’amateurisme. Abondant en ce sens, Anderson, en accord avec Eisenhower, enjoint Fredendall d’arrêter toute attaque. 

Pis, le fait que ce dernier ait lancé des opérations sur Sened et Maknassy pendant que les Français se faisaient étriller laisse Eisenhower bien dubitatif quant à ses aptitudes au commandement. En effet, tandis que l’offensive Weber menace sérieusement d’effondrement le dispositif allié sur la dorsale orientale, le général Ward, propose d’engager sa1st US Armored Division vers Maknassy, autre position clé de la dorsale orientale. Fredendall est favorable à cette opération, qui mettrait de surcroît les Américains en position favorable pour pousser ensuite vers la côte. L’attaque est programmée le 30 janvier, avec pour préalable un raid sur la gare de Sened, à propos duquel Ward émet quelques réserves, craignant de ne faire qu’alerter l’ennemi. Le 24 janvier, ce raid sur Sened est cependant réalisé selon les vœux de Fredendall. Le CCC s’empare du village, ne déplorant que deux blessés et deux chars endommagés et infligeant environ 200 pertes aux Italiens, avant de retourner à Gafsa. Comme il était à prévoir, Arnim décide immédiatement de renforcer les garnisons de Maknassy et de Sened. 

Alors que Fredendall reste sourd aux demandes des Français, inquiets des préparatifs ennemis, le déclenchement d’Eilbote II provoque des errements ubuesques pour le CCC qui, les 31 janvier et 1er février, reçoit ordres et contre-ordres le dirigeant d’abord vers Faïd, puis Maknassy et enfin vers Sbeïtla. L’opération sur Maknassy est donc confiée au CCD renforcé par des éléments de la 34th ID. Les Américains sont confiants mais, ralentis par les attaques meurtrières et démoralisantes de la Luftwaffe, ils sont contraints de bivouaquer dans un champ d’oliviers et de remettre l’attaque sur Sened au lendemain. En fait de raid, l’opération se mue en un combat disputé et le village ne tombe qu’en fin d’après-midi, livrant 152 prisonniers, les Italiens de la 50a Brigata Speciale (unité interarmes)n’ayant pas démérité contrairement à l’Aufklärungs-Gruppe 334 dont la défection concède la journée aux GI’s. Le lendemain, en marche vers Maknassy de nouveau sous les attaques des Stukas, les Américains paniquent à l’apparition de blindés et refluent vers Sened, où ils sont bombardés par erreur par l’USAAF… Le 3 février, trop exposés, les GI’s se replient à Gafsa, ayant subi 331 pertes en vain. De son côté, après cette série de succès, Arnim envisage maintenant l’opération Kuckusksei en lançant les 10. et 21. Panzer sur le flanc droit britannique via Fondouk en direction d’Ousseltia. Les événements vont en décider autrement.

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